Auchan : Rien ne va plus.
De Moscou à Croix, la fin d'un empire
Auchan, Mulliez, grande distribution
La boucle est bouclée pour Auchan. L'enseigne qui a inventé l'hypermarché à la française est en train de devenir foncière.
J'y étais rentré en 1975 à mon retour de Côte d'Ivoire, j ai beaucoup appris, mais j'étais un étranger aux grandes familles du Nord, si discrètes et si solidaires, et au fur et à mesure de ma progression dans la pyramide des carrières, j'étais petit à petit rejeté car les belles places et les bons jobs étaient réservées aux rejetons des familles actionnaires , et on en voit les conséquences néfastes aujourd'hui.
Souvenez-vous. 2002, Auchan s'installe en Russie. En 2022, au moment où tout le CAC 40 quitte Moscou après l'invasion de l'Ukraine, la famille Mulliez reste.
Auchan reste ouvert, au nom de "nourrir la population". En réalité, 10% de son chiffre d'affaires mondial est là-bas. Le scandale est immense. Boycott en France, accusations de ravitaillement de l'armée russe, enquêtes.
Résultat : en 2024-2025, le robinet se coupe. Entre sanctions, rouble effondré, pressions politiques et impossibilité de rapatrier les bénéfices, Auchan doit brutalement réduire puis arrêter. Le rêve russe, qui a rapporté pendant 20 ans, se termine en désastre industriel et d'image.
Et c'est là que la stratégie française devient claire.
Auchan ne ferme pas vraiment. Il se transforme en propriétaire.
Le modèle est simple et brutal, déjà vu chez Casino : on garde les murs, les terrains, les zones commerciales qui valent de l'or, et on confie la gestion des magasins déficitaires à des concurrents.
C'est officiel : une grande partie des supermarchés Auchan passent sous bannière Intermarché et Netto. Les Mousquetaires reprennent le fonds de commerce, Auchan garde le terrain et touche un loyer.
Et la suite est déjà sur la table : des discussions avancées avec Aldi et Lidl pour reprendre des dizaines de sites supplémentaires.
Le hard-discount allemand qui vient gérer les hyper que les Mulliez ne savent plus rentabiliser.
Auchan ne sera plus un commerçant. Ce sera un rentier immobilier. C'est la fin du modèle Gérard Mulliez.
Auchan : le Conseil d'État valide le PSE géant - 2391 postes supprimés, c'est définitif
Auchan, PSE, Conseil d'Etat
C'est tombé vendredi 2 octobre 2026 à 20h06. Le Conseil d'État a sifflé la fin de la partie.
Dans sa décision consultée par l'AFP, la plus haute juridiction administrative annule les deux décisions qui invalidaient le Plan de Sauvegarde de l'Emploi (PSE) d' Auchan. Le PSE est légal. Les près de 2400 suppressions de postes sont confirmées.
Pour comprendre, il faut remonter.
Fin 2024, Auchan Retail France annonce un plan social massif : 2391 postes supprimés. La CGT et FO attaquent.
Première victoire pour les syndicats : le tribunal administratif de Lille invalide le PSE. Motif : le plan aurait dû être signé par les syndicats de chacune des 5 composantes du groupe, pas seulement au niveau global.
Auchan fait appel. La cour administrative d'appel de Douai,
en janvier 2026, confirme l'invalidation. Mais pour un autre motif : Auchan n'aurait pas donné aux CSE les chiffres de Acanthe, Valorest et Cimofat, les trois holdings de la galaxie Mulliez qui chapeautent Suraumarché, qui elle-même contrôle les 8 sociétés concernées.
Auchan se pourvoit devant le Conseil d'État. Et gagne sur tout.
Le Conseil d'État balaye les deux arguments :
- Depuis la loi El Khomri de 2016, un accord au niveau du groupe est valable. Pas besoin de 5 signatures.
- Acanthe, Valorest et Cimofat ne sont pas dans la distribution mais dans la finance/holding, donc pas obligées de fournir leurs comptes pour un PSE distribution. Erreur de droit de la cour d'appel.
Conséquence immédiate :
Pour Auchan Retail, qui a salué la décision, c'est "la validité de la procédure engagée" qui est confirmée. Le groupe précise que sur 2090 emplois supprimés dans le projet de réorganisation, 1415 collaborateurs ont déjà "trouvé une solution" : reclassement interne, préretraite, création d'entreprise.
Pour la CGT Commerce, c'est "une justice à double vitesse" et "sous la coupe des Mulliez", qui inflige "une double peine : licenciements et précarité à perpétuité".
Juridiquement, c'est énorme. Si le PSE avait été définitivement invalidé, chaque
salarié licencié pouvait aller aux prud'hommes et obtenir des indemnités majorées pour licenciement sans cause réelle et sérieuse.
Là, la porte se ferme. Le PSE "fonctionne", comme le dit la CFDT, seule organisation signataire à ne pas avoir attaqué.
2391 postes.
C'est le plus gros PSE de la grande distribution française depuis 10 ans. Validé.
Nous assistons à la fin d'un empire commercial !
© JBCH octobre 2026
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