imposer le libéralisme à un pays shooté à la dépense publique...
quelles leçons pour la France?
La venue de Javier Milel Président élu de l'Argentine à Paris du 30 septembre au 2 octobre pour l'Argentina Week et sa rencontre avec Emmanuel Macron tombe à pic.
L'homme à la tronçonneuse est le seul libéral au monde à avoir été élu en promettant explicitement de couper dans l'État.
Pour une droite française qui depuis 40 ans promet de baisser la dépense sans jamais le faire, le cas argentin est une expérience en laboratoire.
C'est quoi, la méthode Milei?
Ce n'est pas juste "couper". C'est trois chocs simultanés :
1. Le choc budgétaire : A son arrivée, 18 ministères ramenés à 8, 50 000 à 80 000 emplois publics supprimés selon les bilans, fermeture d'agences clientélistes. Résultat : premier excédent budgétaire en 14 ans.
2. Le choc monétaire : Arrêt de la planche à billets pour financer le déficit. L'inflation qui était à plus de 200% en 2023 est retombée à environ 30% en septembre 2025.
3. Le choc narratif : La tronçonneuse brandie en meeting. Milei a assumé un "mépris infini pour l'Etat" et a transformé l'austérité en geste héroïque, pas en gestion comptable.
Aujourd'hui, le revers de la médaille apparaît : PIB en repli de 0,6% au T2 2026 et un redécollage qui se fait attendre. La thérapie de choc stabilise, elle ne garantit pas la croissance.
Peut-on l'importer en France?
Non, pas en copier-coller. Et pour trois raisons structurelles :
L'Argentine était au bord du gouffre, pas la France. Milei a pu imposer 200% d'inflation comme argument massue.
La France a 57% de dépenses publiques sur PIB, 3200 milliards de dette, mais une inflation à 2% et un euro qui nous protège.
On n'a pas le sentiment d'effondrement qui fait accepter la tronçonneuse.
L'Argentine n'avait plus d'Etat social à défendre. Milei a coupé dans un Etat corrompu et inefficace.
En France, couper touche immédiatement le pouvoir d'achat, la retraite, la fonction publique territoriale. Politiquement, c'est suicidaire sans majorité idéologique.
L'Argentine est présidentielle. Milei, même minoritaire au Congrès, gouverne par décrets. La France est une démocratie parlementaire fragmentée où chaque niche fiscale a son lobby.
C'est là qu'est la "malédiction libérale" française : nous voulons l'équilibre argentin sans jamais oser la campagne argentine.
Les 4 leçons transposables pour 2027
Si la méthode n'est pas importable, l'esprit l'est :
Leçon 1 : Le mandat clair. Milei a été élu SUR la tronçonneuse, pas malgré elle. La droite française a toujours fait l'inverse : promettre de ne pas toucher aux retraites pour rassurer, puis échouer à réformer. Il faut faire campagne en disant exactement où on va couper.
Leçon 2 : Couper l'Etat, pas les services. La bonne tronçonneuse française n'est pas de supprimer des infirmières.
C'est de faire ce que Milei a fait : 18 ministères -> 8. En France : fusionner les agences, supprimer les comités Théodule, fermer l'ADEME, l'OFII et les 1200 agences d'Etat qui sont en double, 80 000 postes administratifs centraux, pas 80 000 soignants.
Leçon 3 : La séquence. Milei a d'abord fait l'excédent, puis la dérégulation. En France, on fait l'inverse : on libère un peu sans jamais équilibrer.
La leçon c'est : 18 mois de rigueur crédible pour baisser les taux, puis baisse massive des charges.
Leçon 4 : La bataille culturelle. Le rassemblement de quelques dizaines de pro- Milei près de l'ambassade d'Argentine à Paris le 30 septembre montre que la demande existe.
Milei a gagné parce qu'il a parlé aux jeunes qui n'avaient jamais connu autre chose que la décadence. La droite française parle encore aux retraités. Ma nièce qui vit a Buenos Aires a souligné la popularité de Milei partout et dans tous les milieux.
En conclusion, la France n'a pas besoin d'un Milei français. Elle a besoin de son audace.
Pas d'une tronçonneuse aveugle, mais d'une tronçonneuse assumée, avec un mandat de rupture clair : "Nous allons dépenser moins pour taxer moins."
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