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lundi 21 juillet 2025

Essai sur le Temps


Ce texte, rédigé en mai 1997, propose une méditation sur le Temps, cette entité insaisissable qui structure notre expérience, mais échappe à nos sens et à notre compréhension complète. Le présent travail propose une version enrichie, clarifiée et accompagnée de références philosophiques, scientifiques et spirituelles.




LE MYSTÈRE DU TEMPS ET LA CONSCIENCE HUMAINE

Le Temps est le plus grand mystère auquel l’homme soit confronté. Il nous échappe totalement : aucun de nos cinq sens ne peut le saisir. Il est pur concept, abstraction incarnée dans la continuité, sans forme, sans limite. Comme le dit saint Augustin dans Les Confessions : « Qu’est-ce donc que le temps ? Si personne ne me le demande, je le sais ; si je veux l’expliquer à quelqu’un, je ne le sais plus. »

Nous ne sommes jamais sortis du Temps. Nous le vivons de l’intérieur, sans jamais pouvoir l’observer de l’extérieur. Le Temps n’a pas d’extérieur ; c’est une dimension constitutive de notre condition humaine.

LE TEMPS DANS LA PENSÉE PHILOSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUE


Au XVIIe siècle, Galilée le pose comme grandeur mesurable. Newton en fait une entité absolue et uniforme. Puis vient Einstein, qui, au XXe siècle, avec ses théories de la relativité restreinte et générale, bouleverse notre rapport au Temps : il n’est plus universel, mais relatif au mouvement et à la gravitation.

Enfin, Bergson oppose au Temps scientifique (temps spatialisé) le temps vécu ou durée (La durée et la simultanéité, 1922). La science quantifie le Temps ; la conscience humaine le qualifie.

LE TEMPS SPIRALÉ : DE LA TRADITION AU MYSTIQUE

Dans la tradition juive, notamment le Talmud et la Kabbale, le Temps est vu comme une spirale : il revient cycliquement, mais toujours à un niveau différent. Le Chabbat, par exemple, n’est pas seulement un jour de repos hebdomadaire, mais une élévation temporelle, une re-création spirituelle.

La Bible, contrairement aux mythes païens qui sacralisent des lieux, sacralise le Temps. La sainteté s’attache au septième jour (Genèse 2:3), non à un objet spatial. Pour Abraham Heschel, le judaïsme est une religion du Temps plus que de l’espace (The Sabbath, 1951).

LA CONSCIENCE DU TEMPS : ENTRE MÉMOIRE ET ANTICIPATION

La conscience du Temps naît dans la relation entre un avant et un après. C’est cette succession qui construit la narration, la musique, la mémoire. Comme le dit Emmanuel Levinas : « Le Temps, ce n’est pas ce qui passe, c’est ce qui fait qu’il y ait du sens. » (Le Temps et l’Autre, 1947).

Le Temps structure nos sentiments : l’attente, l’espérance, la nostalgie, la patience, la peur. Il est l’élément invisible de nos états intérieurs. Nous ne possédons pas le Temps : il nous traverse.

LE TEMPS COMME RÉVÉLATEUR DU SACRÉ

Le Temps est sacré. Il est le contenant de la Révélation. La Bible ne nous montre pas un Dieu des montagnes ou des rivières, mais un Dieu de l’Histoire. L’exode d’Égypte (Exode 20:2) est un événement temporel, fondateur.

Contrairement aux religions archaïques attachées à des lieux sacrés, la Bible inscrit le divin dans une narration historique. Le sabbat devient la première révolution sociale et spirituelle : faire cesser le travail, même pour les esclaves, les animaux, et la terre.

LA TECHNIQUE, L’ESPACE ET LE TEMPS

Notre civilisation moderne a triomphé de l’espace : nous avons parcouru les océans, conquis le ciel, marché sur la Lune. Mais nous restons impuissants devant le Temps. Nous le mesurons, nous l’évaluons, mais nous ne le possédons pas.

Nous gagnons de l’espace en gaspillant du Temps. Et nous avons sacrifié l’Être à l’Avoir. Le monde profane privilégie la possession plutôt que la présence.

LE TEMPS ET LA MORT

La mort est le scandale du Temps. Elle n’est pas un événement spatial, mais un point d’irruption dans la durée. Vladimir Jankélévitch dit : « La mort est irréversible. » (La Mort, 1966).
Heidegger, dans Être et Temps (1927), voit dans la mort l’horizon du sens. Elle structure notre existence comme finitude. Bergson, lui, affirme que la durée vécue contient en elle tout le passé : chaque instant recrée tout ce qui l’a précédé. L’espérance, selon Ernst Bloch (Le Principe Espérance, 1959), est un dépassement du Temps par l’utopie. TEMPS, CIVILISATIONS ET VANITÉ DE L’EMPREINTE
Les civilisations anciennes ont voulu inscrire leur passage dans la pierre : pyramides, routes romaines, stèles. Mais les monuments s’érodent. Les pierres parlent d’un passé que plus personne ne comprend. Chez les Romains, l’immortalité n’était pas spirituelle, mais mémorielle : on survivait dans le souvenir des vivants, dans les honneurs. Cicéron écrivait : « La vie brève que nous accorde la nature peut être rendue éternelle par la mémoire des actions nobles. » Mais ces gloires de l’espace sont vouées à l’oubli si elles ne sont pas transcendées par le Temps spirituel.

LE TEMPS, L’ÊTRE ET LA SPIRITUALITÉ

Le Temps est la dimension de l’Être. Être, c’est durer. C’est cheminer dans le Temps en conscience. La technique triomphe de l’espace ; seule la spiritualité triomphe du Temps. L’homme spirituel ne cherche pas à avoir davantage, mais à être davantage. Ce renversement axiologique est central : préférer l’épanouissement intérieur à l’accumulation extérieure.
LE TEMPS DÉTRÔNE LES DIEUX DE L’ESPACE

Les mythologies anciennes localisaient le divin : une montagne (l’Olympe), une forêt, un temple. Le Dieu biblique, au contraire, n’est pas un Dieu de l’espace, mais du Temps. Le divin se manifeste dans l’histoire, dans l’alliance, dans les commandements donnés dans le Temps. Même le panthéisme, tel que Spinoza l’envisage (Deus sive Natura), reste spatial. Le sacré véritable est dans la transformation du Temps en sanctuaire.

LE TEMPS ET LA BIBLE

Dans la Bible, l’espace est secondaire par rapport au Temps. Le premier objet sanctifié dans la Torah n’est ni une montagne ni un objet : c’est un jour. « Et Dieu bénit le septième jour et le sanctifia » (Genèse 2:3). Le mot hébreu kaddosh, saint, signifie aussi séparé. Le Chabbat n’est pas un lieu mais un moment. Il nous apprend que la sainteté n’est pas dans les choses, mais dans le Temps, dans la conscience que nous en avons.

LE TEMPS COMME CHEMIN VERS LA LUMIÈRE

Notre époque sacrifie le Temps sur l’autel de la rentabilité, de la vitesse, de la technique. Pourtant, le Temps reste le seul sanctuaire inviolé. Il est le lieu de la mémoire, de la conscience, de la prière, de la rencontre avec l’autre et avec le divin. « Le présent est la chose suprême », écrivait Spinoza. Vivre le présent, ce n’est pas oublier le passé ni ignorer l’avenir, mais entrer pleinement dans le mystère du Temps qui nous traverse. C’est dans ce rapport au Temps que l’homme retrouve sa dignité, son universalité, et peut, s’il le souhaite, tendre vers l’éternité.

« L’espérance et le Temps sont intimement liés, y compris dans la notion de l’infini et de la Totalité. »— Emmanuel Levinas


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La lettre Zain

Zayin : symbolisme de cette lettre hébraïque (l’épée)
La lettre Z est présente le symbolique ... Dirigeons nous vers l'origine orientale de cette lettre. Zayin : symbolisme et signification ésotérique de la septième lettre de l’alphabet hébraïque et phénicienne. Qu’évoque Zayin ? Quel sens ? 

Dans la tradition ésotérique de la Kabbale, chaque lettre de l’alphabet hébraïque porte une dimension de la connaissance sacrée. A chaque lettre est associée une valeur numérique qui nécessite une interprétation symbolique. L’ésotérisme de la lettre Zayin évoque l’idée d’un combat intérieur, qui passe par la connaissance de soi. Par ailleurs, Zayin est indissociable du symbolisme de l’épée. Entrons dans le symbolisme et la signification de la lettre Zayin. La lettre Zayin et son symbolisme ésotérique. 

Zayin est la septième des 22 lettres de l’alphabet hébraïque. Issue de l’alphabet phénicien, elle correspond à la lettre Z de notre alphabet, et au Zêta grec. Zayin signifie arme en hébreu ; la forme de la lettre évoque une épée, un glaive ou un poignard.

Voici les caractéristiques de Zayin : 

• gématrie (valeur numérique) : 7 
• signe ou symbolisme associé : l’épée flamboyante, le glaive 
• autre symbolisme rencontré : les Gémeaux 
• couleur associée : jaune feu • caractéristiques : le discernement, la lutte intérieure

Zayin et sa signification ésotérique. Voici les différentes dimensions symboliques et ésotériques de la lettre hébraïque Zayin. Le symbolisme de Zayin : l’épée, le discernement. 

C’est ainsi qu’il chassa Adam ; et il mit à l’orient du jardin d’Eden les chérubins qui agitent une épée flamboyante, pour garder le chemin de l’arbre de vie. Genèse 3, 24

Zayin signifie « arme », en l’occurrence il s’agit d’un glaive. Cette épée évoque celle des chérubins interdisant l’entrée du jardin d’Eden à Adam et Eve après qu’ils aient croqué du fruit défendu de l’arbre de la connaissance du bien et du mal. 

L’épée est ce qui tranche, ce qui sépare. En l’occurrence, elle établit une séparation entre ce qui est en-dedans (le paradis avec l’arbre de Vie en son centre) et ce qui est en-dehors (le monde de la souffrance, de l’inconscience et de la haine). 

 L’épée nous invite à trancher en nous-mêmes, à distinguer ce qu’il y a en nous de grand et d’universel, et au contraire ce qu’il y a d’égoïste et de décentré. Zayin nous incite à discerner : un effort qui passe nécessairement par une plongée en soi-même, une introspection. 

Il s’agit de visiter notre psychisme, de rencontrer notre inconscient, de comprendre de quoi nous sommes faits (génétique, psychologie, vécu personnel, influences extérieures, éducation reçue…), bref de connaître l’origine de nos pensées. Peu à peu, nous prenons conscience de nos conditionnements, et nous arrivons à combattre ce qui relève en nous de l’illusion, de la séparation, de la fausse certitude, de l’aveuglement, du préjugé. Cette épée est une épée de lumière : elle offre la guérison. 

C’est une grâce : à nous de savoir nous en servir. Savoir l’utiliser, c’est savoir discerner. Zayin : du combat à la réconciliation. Le combat intérieur dont nous avons parlé (qui évoque aussi le grand djihad de l’Islam) est une lutte contre la face sombre et égoïste de nous-mêmes.

En réalité, il ne s’agit pas de haïr ou de rejeter une partie de soi-même, ce qui mènerait à l’autodestruction, mais de comprendre de quoi nous sommes faits. C’est en effet l’ouverture de la conscience qui permet de dissoudre les ténèbres de l’inconscient, comme la lumière dissout l’obscurité. 

Il s’agit donc plus d’une transformation intérieure (au sens d’une transmutation alchimique), ou encore d’une conquête des aspects inconnus de nous-mêmes, que d’une guerre contre soi-même.

L’objectif final est la réconciliation, la paix retrouvée avec notre individualité et notre ego : c’est l’amour qui triomphe.

La valeur numérique 7: Zayin est indissociable du chiffre 7, qui évoque la présence divine, la perfection, la plénitude, l’achèvement. C’est un chiffre très présent dans la Bible. C’est bien sûr la création du monde en 6 jours, le repos du septième jour symbolisant le “pacte” entre Dieu et l’Homme. 

Ce septième jour récapitule le travail des six jours précédents : il est la synthèse du monde matériel (le chiffre 4) et du monde spirituel (le chiffre 3). Enfin, le chiffre 7 est celui de la gnose, ou connaissance intégrale de la vérité (cf. les Sept vérités gnostiques, les Sept métaux ou les Sept sphères de purification alchimique).

Conclusion sur Zayin et son symbolisme . L’épée Zayin est l’arme du guerrier de lumière : l’outil de celui qui sait plonger en lui-même pour y trouver la vérité. C’est une arme puissante, parfois douloureuse (elle entre dans la chair), mais qui peut donner l’accès au paradis, c’est-à-dire à la sérénité.

La mythologie grecque n'est pas en reste puisque Zeta est une des lettres les plus importantes , du moins dans le sacré ... Zeus détient la foudre ... en forme de Z, Zéphir, Zélos, Zetes siègent aussi au Panthéon de l'Olympe.

Revenons à Zayin, cette lettre nous libère de nos conditionnements, de nos bagages inconscients, de nos poids accumulés, trop présents en nous parce que mal compris. 

Le fil de sa lame nous coupe de nos incompréhensions, de nos illusions, de nos souffrances. Zayin nous questionne : sommes-nous prêts à plonger en nous-mêmes ? à visiter notre inconscient ? à abandonner nos pulsions ?

Histoire de l'écriture


L'Histoire de l'écriture

De tous temps, l’Homme a cherché à communiquer, il a inventé le langage, ce qui le différencie des animaux, voire des végétaux, puis le dessin, les représentations en sorte de sculptures, les plus anciennes traces sont retrouvées dans les grottes, avec les peintures rupestres, et d’autres signes, ont été créés afin de communiquer avec les divinités, sur des sites tels les Dolmen, les Menhirs, les statues de l’ile de Pâques, les dessins des Nazca, des olmèques, et les premières écritures que l’on a trouvé en Mésopotamie et en Égypte.


 

Le silence est souvent associé à la réflexion, à la méditation et à la prudence.

L'écriture peut être perçue comme un outil pour documenter et réfléchir sur son propre cheminement personnel et spirituel. Cela peut inclure la tenue d'un journal de réflexion, la rédaction de discours maçonniques, de planches . Voilà pourquoi on conçoit des planches, écrites avec patience, avec le recul et la réflexion, ou même la création d'œuvres artistiques.

Vous le comprendrez, comme il y a un avant et un après usage de la parole, il y aura un avant et un après au sujet de l’écriture. En effet l’écriture permet de sortir des sociétés orales, celles-ci existent encore et perdurent en Afrique par le biais des griots qui tels les troubadours voyagent de villages en villages afin de transmettre la mémoire, d’un clan, d’un peuple, d’une nation.

L'invention de l'écriture est l'un des événements les plus fondamentaux de l'histoire de l'humanité, marquant le passage de la préhistoire à l'histoire et permettant le développement de civilisations complexes

Claude Lévi-Strauss sépare la pensée sauvage, la pensée mythique et magique de la pensée domestiquée, celle du monde dit moderne, porté par la pensée scientifique.

Avec l’écriture, la pensée devient plus avancée que dans les sociétés sans écriture, car elle est un outil à la portée de tous.

Si la parole, que nous appelons Dvar, d’où vient le mot Débir, est liée à la personne qui parle, elle procède à la communicationnel face à face, alors que l’écriture se situe en dehors du contexte immédiat.

La pensée critique est facilitée par l’écriture, je peux me relire, rectifier ma phrase, la bonifier, le temps agit sur ma pensée, alors qu’avec la parole, il est difficile de revenir en arrière. La Logique semble être du côté de l’écriture,

Quant à l’Histoire, sans l’écriture, c’est difficile , car le passé sans l’écrit s’évanouit, il y a des histoires, des évènements, qui sont restreints, car la mémoire ce n’est pas l’Histoire

Mais les peuples sans écriture, on l’a dit précédemment, en Afrique, ont une pensée philosophique, j’ai personnellement assisté en Afrique a des palabres où lorsqu’on évoque les questions du « Bien et du Mal » ou de l’origine de l’Humanité on y retrouve la distinction entre les éléments , en général : le Feu, l’Air, le Sang et l’Eau, et bien d’autres techniques héritées de génération en génération.

Bien qu’il ait existé des systèmes graphiques découverts dans les grottes, et sur des monuments néolithiques qui datent de 10 000 à 5 000 ans, l'écriture est apparue de manière indépendante dans différentes régions du monde, avec des systèmes distincts comme le cunéiforme en Mésopotamie, les hiéroglyphes en Égypte, utilisés pendant trois mille ans, de-3150 à la fin du IVème siècle, puis les caractères chinois en Chine, et l'alphabet en Phénicie.

C’est avec Champollion qu’on a véritablement décrypté les hiéroglyphes par le biais de la découverte de la pierre de Rosette, et découvert la splendeur d’une civilisation, puis on a pu relire des papyrus, écrits par des scribes. Toujours au 19ème siècle, les tablettes en écritures cunéiformes, ont été retrouvées en Mésopotamie, et en Perse. Ainsi on a pu connaitre le Code d’Hammourabi, la légende de Gilgamesh …

C’est ainsi qu’au sortir d’une captivité de 70 ans à Babylone, où ils ont côtoyé une multitude de civilisations, que les juifs, libérés par Cyrus rentrent avec leur trésor rendu , et se rendent en Judée pour reconstruite le second Temple, conduits par Zorobabel, entouré du prophète Néhémie, et surtout du scribe Ezra. C’est Ezra qui va sortir l’hébreux de son cocon cunéiforme, et créer l’alphabet hébraïque en combinant vingt-deux consonnes sans voyelles, et crée la lettre la plus majestueuse, la plus élégante le Lamed peut être la lettre la plus fondamentale Lamed, enseigner, transmettre et de l’autre côté : Le mot hébreu Lamed signifie autant enseigner qu’« étudier »,. Graphiquement, la lettre Lamed dépasse les autres lettres, ce qui peut renvoyer à la notion d’élévation par l’apprentissage. Lamed est la douzième des 22 lettres de l’alphabet hébraïque. Elle correspond au lambda grec, et à la lettre L de notre alphabet. Ezra a donc réécrit les cinq livres qui composent le Torah, et cette écriture est présente depuis 2500 ans.

Chez les Précolombiens, l’écriture est présente depuis au moins 28 siècles ; les Olmèques puis les Mayas utilisaient une écriture idéographique, c’est une écriture dite glyphique sous forme de calendriers, les Aztèques aussi ils peignaient sur stuc, ou sur papier végétal, mais on estime que ce sont les Olmèques qui ont inventé l’écriture méso-américaine, les Incas avaient aussi leur écriture. Il va de soi que les conquistadors accompagnés des clercs ont détruit tout ce qu’ils pouvaient sur leur passage dévastateur.

L’écriture alphabétique nous apparait comme un système simple et évident. On l’apprend en France dès la maternelle et cela constitue le « B.-A.-BA » Pourtant on parle d’alphabétisation à propos de pays dont l’écriture n’est pas alphabétique comme la Chine ou l’Inde.

En fait, l’écriture moderne va émerger sur les côtes méditerranéennes de l’Asie, en Phénicie et en Judée.

Les Grecs reconnaissent devoir aux phéniciens la naissance de leur écriture, les phéniciens, grands navigateurs avaient avec leurs voisins établis des comptoirs commerciaux partout en méditerranée et aussi le long des côtes africaines. Le Punique et son dérivé l’araméen et l’hébreu ont alors perduré avec 22 consonnes . Les Grecs se sont approprié non seulement cette écriture, mais aussi la forme des lettres et leur ordre. Aleph, Beth, Gimmel en hébreux sont devenus Alpha Beta, Gamma …

Cette écriture est simple et s’adapte ; elle n’a pas la pesanteur de l’écriture chinoise, ni celle des Égyptiens. C’est là un système démocratique, ouvert à tous, la culture livresque s’ouvre à tous, fini le monopole des scribes. Les religions dites du Livre , en premier lieu le Judaïsme, sont nées dans ces sociétés où on connaissait l’alphabet.
La philosophie a pu à partir d’Athènes se faire connaitre, la mise en écrit des Lois, et de la représentation du monde, l'écriture des textes sacrés, des rituels religieux, des mythes et des légendes. Finalement, ce sont toutes les civilisations et leurs mémoires qui dépendent de cette invention.
Il a fallu rassembler les textes, sur les tablettes sumériennes , c’était mission impossible , sur les papyrus, c’était plus facile, il suffisait de coudre les morceaux écrits, puis plus tard sur les gros volumes, il a fallu coudre les pages et fabriquer des codex, dont on tourne les pages, les ancêtres de nos livres.

Malheureusement la majorité des originaux et de leurs premières copies ont disparu. A Alexandrie, le roi Ptolémée a eu l’idée de conserver, de protéger les livres, il construisit à cet effet un monument pour l’Humanité, la fameuse Bibliothèque d’Alexandrie, détruite partiellement et involontairement par Jules César. Au VIIème siècle, Nous voilà à Alexandrie, la ville est jeune, cosmopolite, les ruelles grouillent de marchands, passants, mendiants, Nous sommes en l’an 642, le 22 décembre, les troupes arabes du Calife Omar viennent d’entrer en triomphateurs dans la Ville, et là au détour d’une rue, ils se trouvent face à la Grande Bibliothèque d’Alexandrie, la plus célèbre du Monde, qui renfermait des millions de documents, de manuscrits et qui va en cette journée disparaître pour toujours… 

Le calife Omar Ier, questionné sur ce qu'on devait faire de tous ces livres, de tous ces documents répondit : « S’ils sont conformes au Coran, ils sont inutiles, s’ils sont contraires au Coran, ils sont pernicieux : donc il faut les détruire ». En conséquence, son gouverneur Amrou ibn al-Asi fit distribuer les millions de manuscrits de papyrus de tablettes et de livres dans les bains d'Alexandrie qu’ils chauffèrent durant plus de deux ans. On raconte que les écrits des philosophes grecs, les tablettes sumériennes et les papyrus sacrés disparurent. Tout comme les originaux de la septante ! un désastre pour la Mémoire de l'Humanité.

La transmission se faisait par la copie, les scribes pouvaient alors à leur gré, rectifier, modifier , embellir l’original qui était devant lui, souvent selon son inspiration, plus souvent selon les tendances philosophiques et politiques, c’est-à-dire imposer une sorte de censure. Qui n’a pas un jour été fasciné par les manuscrits, tous écrits à la main, ces splendides textes calligraphiés sur parchemin, enluminés, scellés. Il est à noter que les arabes ont créé une calligraphie spectaculaire, avec la dynastie omeyyade. Les califes à la tête d’un empire établi sur trois continents ont voulu dépasser les écritures byzantines et perses sassanides, Il fallait qu’en regardant simplement le texte sacré, soit une phrase du Coran, on absorbe une bénédiction. Les Chinois ont excellé dans la copie des textes, seul moyen de transmission de la connaissance, et ce n’est que vers 1644 que la production de livres, sous la dynastie des Ming a pu se développer.

Le fait le plus important est apparu avec l'invention miraculeuse de l'imprimerie par Gutenberg en 1454. C’est l’arrivée du Progrès, Plus jamais un texte quel qu’il soit ne sera trahi, par la volonté d'un seul homme. On assiste là à une véritable révolution, et à la fin des copistes, et des scribes. Mais fini l’art des pleins et des déliés, dessinés à la plume et qui nous réjouissent encore aujourd’hui. L'invention de l'imprimerie par Johannes Gutenberg au XVe siècle a été une révolution majeure dans l'histoire de l'humanité et a profondément bouleversé l'ordre du monde à de nombreux niveaux. Voici quelques-unes des façons dont l'imprimerie a eu un impact significatif sur l'ordre du monde : L'imprimerie a permis une reproduction rapide et moins coûteuse des livres, des journaux et d'autres documents, favorisant ainsi la diffusion des connaissances à une échelle sans précédent. 

Cela a contribué à l'essor de la Renaissance, de la Réforme et des Lumières en Europe, stimulant le développement des arts, des sciences, de la philosophie et de la politique. L'imprimerie a contribué à réduire les barrières à l'accès à l'information. Les livres imprimés sont devenus plus accessibles à un plus large éventail de personnes, ce qui a favorisé l'éducation et l'apprentissage chez les masses. Cela a également contribué à l'émergence d'une classe intellectuelle plus éclairée et a stimulé l'émergence de mouvements sociaux et politiques. L'imprimerie a joué un rôle crucial dans la propagation des idées religieuses et politiques. Par exemple, elle a contribué à la diffusion des écrits de Martin Luther pendant la Réforme protestante, ce qui a eu des répercussions profondes sur la religion et la société en Europe. De même, les pamphlets imprimés ont été utilisés pour diffuser des idées politiques et mobiliser l'opinion publique lors de révolutions et de mouvements de réforme. L'imprimerie a également eu un impact économique significatif en favorisant le développement du commerce et de l'économie. La production en masse de documents commerciaux tels que les contrats, les factures et les livres de compte a facilité les transactions commerciales et financières, contribuant ainsi à l'essor du capitalisme et du commerce international.

L'écriture a révolutionné la communication en permettant de transmettre des informa-tions sur de longues distances et à travers les générations. Cela a favorisé le développe-ment des échanges commerciaux, de la diplomatie, de la science, de la religion, et de la littérature. L'écriture a contribué à l'organisation sociale en permettant la tenue de registres, la gestion des ressources, l'administration des lois et des règlements, ainsi que la hiérarchisation des sociétés en classes sociales ou en castes. L'écriture a été essentielle au développement des connaissances et des savoirs. Les textes écrits ont permis la conservation des connaissances scientifiques, historiques, philosophiques, médicales et artistiques, favorisant ainsi l'accumulation et la transmission du savoir. L'écriture a joué un rôle majeur dans le développement des religions et des croyances spirituelles en permettant l'écriture des textes sacrés, des rituels religieux, des mythes et des légendes.

L'alphabétisation, c'est-à-dire la capacité à lire et à écrire, est devenue une compétence essentielle pour la participation à la vie sociale, politique et économique des civilisations. L'éducation formelle a prospéré grâce à l'écriture qui a permis de conserver l'histoire des civilisations à travers les récits historiques, les chroniques, les inscriptions et les archives, offrant ainsi un aperçu précieux sur le développement des sociétés humaines. 

 L'écriture a contribué à l'évolution et à la standardisation des langues, facilitant la diffusion des cultures et des idées à travers les frontières géographiques et temporelles. Attention au dicton : « C’est imprimé … donc c’est vrai » le faux en écriture apparait, et les tribunaux se mettent à juger les plagias, et les fausses nouvelles, si « verba volant » les écrits restent ! Les journaux se multiplient, et vont quotidiennement avoir des tirages de plusieurs millions d’exemplaires, la Liberté de la presse est garantie par la Constitution, les journaux satiriques vont jusqu’à critiquer les gouvernants, et même à faire pencher les opinions. A chacun de choisir et de se faire son opinion.

Voilà qu’à la fin du XXème et au début du XXIème siècle le monde change subitement, une nouvelle ère apparait, mettant de côté l’écriture, celle de l’Image … qui peut être déviée, tronquée, falsifiée, avec l’aide de Photoshop. En ce qui concerne la vision maçonnique de l'écriture et de son utilisation, la franc-maçonnerie valorise l'éducation, la connaissance et la communication. L'écriture est considérée comme un outil essentiel pour transmettre des idées, des valeurs et des enseignements maçonniques. Dans les rituels maçonniques, des symboles et des allégories sont souvent utilisés pour illustrer des concepts plus profonds, et l'écriture peut être utilisée pour documenter et transmettre ces enseignements de génération en génération

Et l’écriture tombe dans le panneau celle des réseaux sociaux, par le biais de l’Internet, ces nouveaux médias peuvent être pervers, ils ont permis la diffusion de messages islamiques, d’embrigadement d’esprits faibles, de diffusion par des états autoritaires de « fake-news », pour faire basculer et déstabiliser nos démographies. L’écriture numérique bouleverse notre monde, c’est une révolution , elle va déclasser le livre, fini le plaisir sensuel de feuilleter un ouvrage, fini le plaisir de sentir le papier et l’encre ; pour nous un livre est une entité, il y a un début et une fin, l’électronique permet de se porter directement sur le paragraphe le plus saillant, trahissant le sens donné et le but de l’écrivain. L’écriture numérique est à prendre avec précaution, elle dématérialise, elle désacralise le texte, il faut impérativement enseigner et faire porter un nouveau regard critique, afin d’éviter le danger du copier-coller ; de nouvelles formes d’écrit apparaissent : les SMS, les textos, les courriels avec l’@, les Tweets ou « X ». le quoi 2-9 est apparu !! ainsi que l’apparition des nouvelles calligraphies transformées en icones appelée smileys. Et nous revenons donc aux hiéroglyphes.

Mais voilà qu’il y a quelques mois, une nouvelle application bouleverse l’écriture … c’est l’arrivée sur le marché de l’intelligence artificielle, laquelle offre probablement une prime à la paresse. L'intelligence artificielle (IA) est déjà en train de bouleverser l'écriture, la lecture et l'enseignement de multiples façons, et ces tendances sont susceptibles de se renforcer à l'avenir. Les outils d'écriture assistée par l'IA, tels que les correcteurs grammaticaux avancés, les générateurs de contenu automatiques et les assistants d'écriture, peuvent accélérer le processus d'écriture et d’améliorer la qualité des textes produits. Cependant, cela soulève des questions sur l'authenticité et l'originalité des œuvres créées, ainsi que sur la dépendance excessive à ces outils. 

 Les systèmes d'IA utilisés par les plateformes de lecture numérique et les réseaux sociaux analysent les préférences et les comportements de lecture des utilisateurs pour proposer des recommandations personnalisées. Cela peut enrichir l'expérience de lecture, mais cela peut aussi conduire à une bulle de filtrage où les lecteurs sont exposés uniquement à des contenus similaires à leurs préférences existantes, limitant ainsi leur exposition à de nouvelles idées et perspectives. L'IA sera utilisée dans l'éducation pour créer des systèmes d'apprentissage personnalisés et adaptatifs. 

Ces systèmes peuvent analyser les performances des élèves, identifier leurs lacunes et adapter les cours et les exercices en conséquence. Cela peut améliorer l'efficacité de l'enseignement, bien sûr, sous le contrôle de l’enseignant, mais cela soulève également des préoccupations concernant la confidentialité des données des élèves et la pertinence des évaluations automatisées. Les systèmes d'IA peuvent reproduire et amplifier les biais présents dans les données sur lesquelles ils sont entraînés, ce qui peut entraîner des décisions injustes ou discriminatoires, notamment dans le domaine de l'éducation. 

 Une dépendance excessive à l'IA dans les processus d'écriture, de lecture et d'enseignement pourrait conduire à une déshumanisation des interactions, réduisant la créativité, l'empathie et les compétences sociales. L'utilisation généralisée de l'IA soulève des préoccupations quant à la perte de contrôle sur les processus décisionnels et la manipulation de l'information, en particulier lorsque les algorithmes sont opaques et non réglementés. Il va falloir dompter, maîtriser cette nouvelle technologie, et une fois, les règles établies, l’adopter, car il en va du progrès. Ainsi l’IA deviendra une chance pour élever le niveau d’éducation.

L’arrivée de l’écriture a donc transformé l’humanité en profondeur en facilitant la gestion des sociétés, en transmettant la connaissance et en favorisant le progrès. Elle a permis aux hommes de se libérer des limites de la mémoire orale et d'initier une civilisation écrite qui a changé pour toujours le cours de l’histoire humaine. Elle marque le passage de la préhistoire à l'histoire et continue d'être au cœur du développement culturel et scientifique de l’humanité.

Aujourd’hui, dans le Monde quatre adultes sur cinq sont alphabétisés.


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Massacres de Druzes en Syrie

Massacre des Druzes en Syrie : quand Nathalie Loiseau se trompe lourdement et que l’Occident détourne le regard Depuis plusieurs semaines, dans le sud de la Syrie, une épuration à peine voilée vise la minorité druze de la région de Soueïda. 

Tandis que les Druzes, encerclés, tentent de se défendre contre les milices pro-iraniennes et les services du régime syrien, l’Occident reste muet, voire indifférent. Et pire encore : certaines voix prétendument éclairées, à l’image de Mme Nathalie Loiseau, députée européenne française, galvaudent la réalité et inversent les rôles. 

Une vérité établie : « 1 160 morts » au soir du 21 Juillet 2025 Deux fautes majeures en une phrase : 

Oui, il y a eu un massacre. Selon les estimations les plus prudentes (OSDH, rapports croisés), plus de 880 Druzes ont été tués, et plus de 280 civils et le reste en troupes du régime envoyé par Damas , et les chiffres continuent de monter. Mais ce n’est pas un “prétexte”. C’est un drame, une hécatombe, une réalité documentée. 





Madame Loiseau commet une effroyable erreur en accusant Israël ! ...

Et non, Israël ne se cache pas derrière ce drame : il est intervenu précisément parce qu’aucune autre puissance ne bougeait. Israël, qui compte en son sein une communauté druze loyale et intégrée, ne pouvait rester indifférent à la souffrance de ses frères en Syrie. 







Un lien de sang, pas une instrumentalisation Ce que Mme Loiseau refuse de voir, c’est que les liens entre les Druzes d’Israël et ceux de Syrie sont organiques, familiaux, historiques. Ce n’est pas un “calcul géopolitique” mais un devoir moral. Pendant que Paris, Bruxelles ou Berlin relativisent ou ignorent la situation, Israël agit — avec ses moyens, certes militaires, mais avec clarté. 🤐 Le silence occidental : une honte Où sont les grandes voix européennes pour défendre les minorités persécutées au Moyen-Orient ? 

Où sont les ONG, les médias, les diplomates pour dénoncer ce qui ressemble à une épuration ? Pourquoi un massacre de civils (hommes, femmes, enfants, chefs religieux druzes) ne déclenche-t-il aucune réunion d’urgence au Conseil de sécurité, aucune déclaration conjointe de l’UE, aucune couverture en “une” de nos journaux ? 





 Mme Nathalie Loiseau devrait présenter ses excuses, pour avoir banalisé un massacre réel en le qualifiant de “prétexte” israélien. Quand une minorité millénaire comme les Druzes, loyale, pacifique et profondément enracinée dans le Levant, est prise pour cible, notre devoir n’est pas de relativiser, mais de dénoncer et de soutenir. 

Un cessez-le-feu fragile a été signé il y a peu de temps, espérons qu'il durera !

 Et si Israël est aujourd’hui le seul État à avoir agi, ce n’est pas une faute : c’est un rappel glaçant de l’abandon occidental. 

L’ONU s’est une nouvelle fois decrebiléisée. Une nouvelle trève vient d'être signée, espérons que ce sera la dernière !


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dimanche 20 juillet 2025

Le Stoffato, Recette Livournaise pour Pessah


La mémoire du goût, celui de l'enfance ... ne s'efface pas, Ma grand'mère Mamy Georgette De Paz était la championne en cuisine livournaise.




Le stoffato (ou “foie à l’étouffée”) est un plat traditionnel préparé par les Juifs de Livourne, en Italie, souvent pour les fêtes de Pessah. Ce plat savoureux, à base de foie, est cuit lentement pour obtenir une texture fondante et des saveurs riches. 

Voici une recette typique, inspirée des traditions livournaises, adaptée pour respecter les règles de Pessah (sans ingrédients interdits comme le pain ou les céréales non autorisées). Recette du Stoffato (Foie à l’étouffée) pour Pessah Ingrédients (pour 4 personnes) : • 500 g de foie de veau ou de poulet (frais et kasher, bien nettoyé) • 2 oignons moyens, finement émincés • 2-3 cuillères à soupe d’huile d’olive (ou de graisse d’oie, selon la tradition) • 1 verre de vin rouge kasher pour Pessah • 1 petite boîte de concentré de tomate (environ 100 g, sans additifs non kasher) • 1 cuillère à café de sucre (facultatif, pour équilibrer l’acidité) • Sel et poivre noir (au goût) • 1 pincée de noix de muscade (facultatif, pour une touche traditionnelle) • 1/2 verre d’eau ou de bouillon de poulet kasher (optionnel, pour ajuster la consistance) • Quelques feuilles de laurier ou de sauge (facultatif, pour parfumer) Préparation : 

1. Préparer le foie : • Nettoyez soigneusement le foie pour retirer les veines et les membranes. Si nécessaire, faites-le tremper dans de l’eau froide pendant 30 minutes pour éliminer tout résidu de sang, puis égouttez et séchez avec du papier absorbant. • Coupez le foie en morceaux moyens (environ 3-4 cm). 

2. Faire revenir les oignons : • Dans une grande casserole ou une cocotte à fond épais, faites chauffer l’huile d’olive à feu moyen. • Ajoutez les oignons émincés et faites-les revenir lentement jusqu’à ce qu’ils soient dorés et fondants (environ 10-15 minutes). Remuez régulièrement pour éviter qu’ils ne brûlent. 

3. Cuire le foie : • Ajoutez les morceaux de foie dans la casserole avec les oignons. Faites-les dorer légèrement de tous les côtés à feu moyen (environ 5 minutes). • Assaisonnez avec du sel, du poivre et, si vous le souhaitez, une pincée de noix de muscade. 

4. Ajouter les ingrédients pour l’étouffée : • Versez le vin rouge dans la casserole et laissez mijoter à feu doux pendant 2-3 minutes pour que l’alcool s’évapore. • Ajoutez le concentré de tomate dilué dans un peu d’eau ou de bouillon, et mélangez bien pour enrober le foie. • Si vous utilisez du laurier ou de la sauge, ajoutez-les à ce stade. • Couvrez la casserole et laissez cuire à feu très doux pendant 30 à 40 minutes, en remuant de temps en temps. Si la sauce épaissit trop, ajoutez un peu d’eau ou de bouillon pour obtenir une consistance onctueuse. 

5. Vérifier et ajuster : • Goûtez et rectifiez l’assaisonnement si nécessaire. Si la sauce est trop acide, ajoutez une petite pincée de sucre pour équilibrer. • Le foie doit être tendre et la sauce bien réduite, enrobant les morceaux. 

6. Servir : • Servez le stoffato chaud, accompagné de légumes cuits (comme des pommes de terre ou des carottes, autorisés pour Pessah) ou de matzah pour respecter la tradition de Pessah. • Ce plat peut aussi être préparé à l’avance et réchauffé doucement avant le repas. Conseils : • Respect des règles de Pessah : Assurez-vous que tous les ingrédients (vin, concentré de tomate, etc.) soient certifiés kasher pour Pessah. Vérifiez auprès de votre autorité rabbinique si nécessaire. • Texture : Le secret du stoffato réside dans une cuisson lente et douce pour que le foie reste moelleux et la sauce bien parfumée. • Variante : Certaines familles ajoutent des herbes comme du persil haché en fin de cuisson pour une touche de fraîcheur. Ce plat est un véritable hommage à la cuisine juive livournaise, mêlant simplicité et richesse des saveurs.


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L'Homme qui a apprivoisé la Lumière ... Claude Cohen-Tannoudji Prix Nobel de Physique 1997

Claude Cohen-Tannoudji : l’homme qui a apprivoisé la lumière Le 15 octobre 1997, la science française brillait de mille feux : Claude Cohen-Tannoudji recevait le Prix Nobel de physique, aux côtés des Américains Steven Chu et William D. Phillips. 

Leur distinction saluait une révolution silencieuse mais décisive : la maîtrise des atomes par la lumière. Une prouesse longtemps considérée comme impossible… et qui a pourtant changé le monde. Qui est Claude Cohen-Tannoudji ? Né en 1933 à Constantine, en Algérie, dans une famille juive sépharade, Claude Cohen-Tannoudji suit un parcours brillant : École normale supérieure, thèse sous la direction du prix Nobel Alfred Kastler, puis professeur au Collège de France. 

Très vite, il se passionne pour la physique atomique et l’interaction entre la lumière et la matière. Mais là où d’autres observent les atomes, lui veut les contrôler. Pas les casser comme dans une bombe atomique, mais les manipuler en douceur, avec la lumière, sans contact, avec la précision d’un horloger. Refroidir les atomes avec un rayon de lumière ? Oui, c’est possible. 

 C’est en ralentissant les atomes que Cohen-Tannoudji va frapper un grand coup. Un atome, c’est comme une minuscule bille qui bouge très vite quand elle est chaude. Le ralentir, c’est le refroidir. Et comment faire ? Avec un laser ! 

 En envoyant un faisceau lumineux à l’encontre d’un atome en mouvement, celui-ci absorbe de l’énergie… et ralentit. Si l’on combine plusieurs faisceaux dans toutes les directions, on obtient ce que les chercheurs appellent une “mélasse optique” : un piège de lumière où les atomes perdent leur énergie, jusqu’à des températures proches du zéro absolu. 

 Cohen-Tannoudji ira encore plus loin en perfectionnant ce refroidissement avec des méthodes dites de “sub-recul”, permettant une précision inégalée. Pourquoi est-ce une révolution ? Parce qu’en ralentissant les atomes, on peut : • mesurer leur comportement avec une précision extrême ; • fabriquer des horloges atomiques (comme celles utilisées pour le GPS ou la synchronisation des télécommunications) ; • sonder les lois de la physique quantique dans des conditions inédites ; • préparer le terrain à l’ordinateur quantique, qui pourrait un jour surpasser toutes nos machines actuelles. 

 Ces techniques sont aujourd’hui utilisées dans les plus grands laboratoires du monde, et même… dans notre vie quotidienne ! Et concrètement, quelles applications ? • 🛰️ GPS : sans horloges atomiques ultra-précises, impossible de calculer la position avec exactitude. 
 • 🧭 Horloges de référence : nécessaires à la navigation, à la finance, à la météo.
 • 🧬 Recherche fondamentale : tests de la relativité, observation d’états de matière exotiques. 
 • 🖥️ Informatique quantique : manipuler les atomes, c’est manipuler l’information à une échelle jamais atteinte. 

Un homme de science… et de transmission Claude Cohen-Tannoudji est aussi un immense pédagogue. Son cours de mécanique quantique, coécrit avec Bernard Diu et Franck Laloë, est une référence mondiale. Des générations d’étudiants ont appris la physique grâce à son style rigoureux, progressif et limpide.

Un héritage vivant Aujourd’hui en 2025,  âgé de plus de 90 ans, Claude Cohen-Tannoudji incarne une science rigoureuse, passionnée et utile. Il n’a pas seulement contribué à la physique fondamentale, il a changé notre rapport au temps, à l’espace et à l’invisible. « Je voulais simplement comprendre comment les choses fonctionnent… », dit-il humblement. 

Mais ce qu’il a découvert a permis à l’humanité de mieux maîtriser la matière, et d’imaginer les technologies du futur.

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Chypre, 51 ans après : une division qui défie le droit et la paix

Chypre, 51 ans après : une division qui défie le droit et la paix 







 Il y a 51 ans, le 20 juillet 1974, la Turquie lançait une opération militaire dans le nord de Chypre, violant tous les traités qu’elle avait signés, notamment le traité de garantie de 1960. Résultat : près de 40 % du territoire chypriote est encore aujourd’hui occupé par l’armée turque. Malgré l’intervention rapide des Nations Unies, qui installèrent une force d’interposition de casques bleus, l’île demeure divisée, marquant une fracture persistante au cœur de la Méditerranée orientale.





Une anomalie géopolitique persistante Chypre est aujourd’hui un cas unique en Europe :
 • Deux États sur une seule île : au sud, la République de Chypre, reconnue internationalement et membre de l’Union européenne depuis 2004 ; au nord, la République turque de Chypre du Nord (RTCN), reconnue uniquement par la Turquie. 
 • Une capitale divisée, Nicosie, coupée par une ligne verte surveillée par l’ONU. 
 • Trois puissances “garantes” – la Grèce, la Turquie et le Royaume-Uni – mais dont le rôle est aujourd’hui dépassé. Plus paradoxal encore : la Grèce, la Turquie et Chypre sont tous membres de l’OTAN ou de l’UE, ce qui aurait dû favoriser le dialogue. 




Or, malgré des dizaines de cycles de négociations, aucune solution durable n’a vu le jour. ⸻ La question du gaz : nouvel élément de tension Depuis les années 2010, d’importants gisements de gaz naturel ont été découverts en Méditerranée orientale, notamment dans les zones économiques exclusives (ZEE) de Chypre, d’Israël et de l’Égypte. 

Ces ressources stratégiques ont ravivé la rivalité entre Nicosie et Ankara : • La République de Chypre a signé des accords de prospection avec des entreprises internationales (Total, ENI, ExxonMobil). • La Turquie, qui ne reconnaît pas la souveraineté chypriote sur l’ensemble de l’île, conteste la légitimité de ces forages et affirme défendre les “droits des Chypriotes turcs”. 
 • Ankara a envoyé à plusieurs reprises des navires de forage escortés par des frégates militaires, provoquant des incidents diplomatiques avec la Grèce, la France et même l’Union européenne. Ce bras de fer énergétique complexifie toute tentative de négociation politique. Le gaz, qui aurait pu être un levier de coopération régionale, devient un facteur de confrontation, en l’absence d’accord sur le partage des ressources. ⸻ Pourquoi le conflit reste gelé Plusieurs facteurs expliquent la persistance du statu quo : 
 • La présence militaire turque (environ 30 000 soldats dans le nord de l’île) reste un obstacle majeur à la réunification. • Les tentatives de solution fédérale (comme le plan Annan en 2004) ont échoué, faute de consensus entre les deux communautés.
 • La Turquie utilise la RTCN comme levier stratégique, non seulement pour peser à Chypre, mais aussi dans la rivalité avec la Grèce en mer Égée.
 • L’Union européenne, bien que solidaire de Chypre, n’a pas réussi à imposer de véritables sanctions ou pressions à Ankara. 
Peut-on encore espérer une sortie de crise ? À court terme, peu de signes vont dans ce sens. La Turquie d’Erdoğan poursuit une politique affirmée de puissance régionale, peu compatible avec une solution négociée. 





La République de Chypre, protégée par son appartenance à l’UE, refuse toute concession perçue comme une légitimation de l’occupation. À moyen ou long terme, une issue reste possible : • Un changement politique en Turquie, avec un pouvoir plus ouvert à l’apaisement. 
 • Une nouvelle dynamique économique régionale, où le gaz deviendrait un bien commun au lieu d’un motif de conflit. 
 • Une pression internationale accrue, notamment de la part des États-Unis, de l’OTAN ou de puissances méditerranéennes comme la France ou l’Italie. Mais tant que l’occupation perdure, et qu’un dialogue sincère est absent, cette division restera une plaie ouverte en Méditerranée. ⸻ Une cicatrice européenne Chypre est bien plus qu’un “petit conflit local”. C’est un révélateur des failles du système international :
 • Où l’on tolère une occupation militaire au sein même de l’Europe. • Où des membres d’alliances communes (OTAN, UE) restent dans un état de quasi-conflit. • Où des ressources énergétiques exacerbent les tensions au lieu de favoriser la coopération. 

 Conclusion 51 ans après, la division de Chypre reste une anomalie historique et stratégique. Une situation où le droit est suspendu, et où la paix est mise entre parenthèses. 

Il est temps, pour les Européens, les alliés de l’OTAN, et les acteurs régionaux, de faire de la réunification de Chypre une priorité diplomatique. 

Ce conflit ne peut – et ne doit – pas durer éternellement.


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Le mystère des dunes ...

Ces dunes qui vibrent, chantent… et nous fascinent 

 Elles semblent figées dans le paysage, comme des vagues de sable pétrifiées au cœur du désert. Et pourtant, les dunes sont tout sauf immobiles. Ces montagnes dorées, parfois hautes de plusieurs centaines de mètres, sont en réalité de véritables voyageuses, perpétuellement façonnées par le vent. 

 Mais que cache cette apparente simplicité ? Des chercheurs en physique s’y penchent depuis des décennies, et ce qu’ils découvrent est bien plus complexe – et poétique – qu’on ne l’imagine. 


🌬️ 

Le vent, grand sculpteur du désert La forme d’une dune n’est pas le fruit du hasard. Elle est le miroir du vent. Lorsque celui-ci souffle dans une seule direction, comme les alizés, il crée des dunes transversales ou des barkhanes, en forme de croissant. 

À l’inverse, dans des régions où le vent change souvent de direction – comme au Sahara algérien ou dans la péninsule Arabique – apparaissent de magnifiques dunes étoilées, aux crêtes rayonnantes. Dans certains cas, le vent aiguise les dunes comme des lames de couteau, étirant leurs crêtes sur des kilomètres. Un paysage tout droit sorti d’un rêve… ou d’une équation de mécanique des fluides. 




Comment naît une dune ? Le processus est plus subtil qu’on le croit. Pour qu’une dune se forme, il faut un léger décalage entre le point de vent maximum et le sommet de la dune. Ce décalage permet au sable de se déposer toujours un peu en arrière, là où la dune est déjà haute. Résultat : la dune grandit, lentement mais sûrement. Plus surprenant encore : la hauteur d’une dune est proportionnelle à sa largeur. 

Une règle simple permet de l’estimer : une dune fait en hauteur environ 1/13e de sa largeur. Certaines dunes géantes, comme celles qu’on trouve au cœur du Sahara, peuvent ainsi culminer à 800 mètres. 

Des géantes… en mouvement constant Aussi monumentales soient-elles, les dunes se déplacent sans cesse. Le vent soulève les grains de sable sur la face exposée, puis les redépose derrière. Ce va-et-vient, invisible à l’œil nu, fait avancer les dunes lentement, parfois de plusieurs mètres par an. Le physicien Bruno Andreotti, qui étudie les dunes depuis plus de 20 ans, compare ce mécanisme à des travaux de terrassement naturels, guidés non pas par des machines, mais par les forces du vent. 




Quand les dunes chantent… ou rouillent Certaines dunes produisent un phénomène mystérieux et envoûtant : elles chantent. Littéralement. Le glissement coordonné de millions de grains de sable émet un bourdonnement grave, presque surnaturel. Les scientifiques cherchent encore à en comprendre tous les secrets. 

 D’autres dunes présentent une teinte rougeâtre, due à la présence d’oxyde de fer sur les grains – un phénomène que l’on pourrait presque qualifier de “rouille” naturelle. 

Un terrain de jeu pour la science Longtemps considérée comme marginale, l’étude des dunes est aujourd’hui reconnue comme un véritable champ scientifique, à la croisée de la géophysique, de la météorologie et de l’astrophysique. Elle a été défendue dès les années 1990 par Pierre-Gilles de Gennes, prix Nobel de physique, qui voyait dans ces « objets simples » des trésors de complexité. Comprendre les dunes, c’est aussi mieux comprendre les paysages martiens, les dynamiques du climat, et même les risques liés à la désertification. 

Un monde mouvant, fragile, fascinant Les dunes nous rappellent que même ce qui semble immobile peut être en mouvement. Que la nature obéit à des lois invisibles, mais harmonieuses. Et qu’en regardant un grain de sable emporté par le vent, on peut entrevoir toute la beauté d’un monde en perpétuelle transformation.

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Le petit bijou de Jérusalem

Les découvertes archéologiques que vous mentionnez  le “petit bijou” de Jérusalem et le scarabée trouvé en Galilée — s’inscrivent dans une série de fouilles récentes qui confirment, une fois de plus, la présence juive ancienne en Terre d’Israël, notamment à Jérusalem et dans le nord du pays. Voici un éclairage sur ces découvertes : 


Le “petit bijou” de Jérusalem : 

 ➤ Qu’est-ce que c’est ? • Une boucle d’oreille ou un bijou en or, incrusté de pierres précieuses (comme du grenat ou de la perle), découvert à Jérusalem, près de la vieille ville ou dans la Cité de David. • Daté de la période hellénistique ou hasmonéenne, soit entre le IIIe et le Ier siècle avant notre ère. 
 ➤ Que représente-t-il ? • Ce bijou illustre la richesse culturelle et économique de Jérusalem à cette époque.

 • Il témoigne d’un raffinement artisanal et d’influences gréco-orientales, mais souvent adaptées dans un contexte local juif. • Certains chercheurs y voient un objet porté par une femme juive de la haute société, vivant à Jérusalem à l’époque du Second Temple

➤ La présence juive est-elle attestée ? • Oui, absolument. Jérusalem à cette époque est le centre religieux, politique et spirituel du judaïsme, sous la domination des rois hasmonéens après la révolte des Maccabées. 
 • De nombreuses découvertes corroborent l’existence d’une population juive importante à Jérusalem : bains rituels (mikvaot), inscriptions en hébreu et araméen, pièces frappées au nom de souverains juifs, etc.  Le scarabée découvert en Galilée : 

 ➤ Qu’est-ce que c’est ? • Un scarabée gravé, utilisé comme sceau ou amulette, souvent porté comme bijou dans l’Antiquité. • Découvert près de la ville de Tsofit (nord d’Israël), en Galilée occidentale, daté probablement du XVe ou XIVe siècle avant notre ère, à l’époque cananéenne. 

 ➤ Que représente-t-il ? 
 • Le scarabée représente une figure assise sur un trône, souvent interprétée comme un dirigeant ou un roi, dans une pose d’autorité. • Ce style est typique des influences égyptiennes de l’époque cananéenne.
 
 ➤ Est-ce lié à la présence juive ? • Pas directement. Cette découverte est antérieure à l’installation des Israélites, telle que décrite dans la Bible (à partir du XIIIe siècle av. J.-C.).
 • Cependant, elle documente le contexte cananéen dans lequel la tradition biblique situe l’arrivée des tribus d’Israël. • Elle éclaire aussi les contacts culturels et politiques entre Canaan et l’Égypte. 

Ces découvertes illustrent la continuité historique et culturelle du peuple juif sur la terre d’Israël, en particulier à Jérusalem, où la présence juive est non seulement attestée, mais également centrale à l’histoire de la ville depuis plus de 2 500 ans.

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L' altérité, c'est Emmanuel Lévinas


Emmanuel Levinas : une révolution éthique de la pensée moderne

Emmanuel Levinas (1906-1995) est aujourd’hui reconnu comme l’un des philosophes les plus profonds et originaux du XXe siècle. Issu d'une famille juive pratiquante, né en Lituanie, formé en Allemagne auprès de Husserl et Heidegger, puis établi en France, il a développé une pensée radicalement nouvelle centrée sur l’éthique comme fondement premier de la philosophie.

Son œuvre majeure,

Totalité et Infini, publiée en 1961, marque une rupture avec la tradition occidentale centrée sur l’être, la totalité, la connaissance, pour réorienter la pensée vers la responsabilité infinie envers autrui. brUne critique de l’ontologie dominante
Dans Totalité et Infini, Levinas s’en prend à ce qu’il appelle la logique de la totalité. Il considère que la philosophie occidentale, depuis les Grecs jusqu’à Heidegger, a pensé l’homme à partir de l’Être, de la totalité du monde, de la compréhension rationnelle et du pouvoir de la subjectivité. Même des penseurs comme Husserl ou Heidegger, pourtant novateurs, restent selon lui prisonniers de cette logique ontologique. L’homme s’y affirme comme un sujet souverain qui saisit, comprend, englobe le monde et les autres dans ses catégories.

Levinas renverse cette hiérarchie. Pour lui, l’éthique précède l’ontologie. L’expérience primordiale n’est pas celle de l’être, ni de la connaissance, mais celle de la rencontre avec autrui, du visage qui me fait sortir de moi-même. Ce visage, dit-il, « parle », et me met immédiatement en cause.

Il m’oblige, avant toute décision consciente. Il est nu, fragile, et en même temps porteur d’une autorité irréductible. Le visage de l’autre : une transcendance immanente Le concept central de Totalité et Infini est celui de visage. Le visage n’est pas une donnée physique ou psychologique ; il est ce par quoi autrui échappe à toute réduction, à toute saisie, à toute objectivation. Il est ce qui me résiste, ce qui m’interpelle. La présence du visage de l’autre est un événement éthique, une transcendance immanente, une manière dont l’infini surgit dans le quotidien.

Levinas écrit : « Le visage est signification sans contexte. » Il brise la logique du même, de la compréhension totale, et introduit un ordre nouveau : celui de la responsabilité inconditionnelle. Cette pensée s’enracine aussi dans son expérience historique : Levinas, d’origine juive, a vu sa famille décimée par la Shoah.

Lui-même, prisonnier de guerre en France, a été protégé en tant qu’officier.

Son œuvre porte donc la trace d’une rupture : celle d’un monde où la culture, la philosophie, la raison n’ont pas empêché la barbarie. D’où la nécessité, pour lui, de fonder une pensée qui ne commence pas par l’être, mais par l’autre, par ce qui échappe à tout système. Une philosophie de la responsabilité Chez Levinas, la responsabilité est asymétrique et infinie. Il ne s’agit pas d’un contrat réciproque entre égaux, mais d’un engagement unilatéral qui ne dépend pas de la réponse de l’autre. Je suis responsable de l’autre avant même de l’avoir voulu, avant même qu’il me parle.

Il écrit : « Je suis responsable de l’autre sans attendre la réciproque, fût-ce au péril de ma vie. » Cette responsabilité n’est pas facultative, elle est l’essence même du sujet humain.

Le “je” n’existe pas en tant qu’être autonome, mais en tant que réponse à l’appel de l’autre. Cette conception bouleverse les catégories classiques de la morale (devoir, liberté, autonomie) et ouvre une voie radicalement nouvelle, qui inspire aujourd’hui aussi bien la pensée éthique que politique, juridique ou théologique. Une influence silencieuse mais profonde si Levinas n’a jamais acquis une notoriété grand public comparable à celle de Sartre ou Foucault, son influence dans les cercles philosophiques, théologiques et humanistes est immense.

Il a inspiré des penseurs aussi divers que Jacques Derrida, Paul Ricœur, Jean-Luc Marion ou Judith Butler. En insistant sur l’altérité radicale, sur l’éthique de la responsabilité, il a contribué à renouveler des débats sur la justice, l’hospitalité, la dignité humaine et la place de l’autre — qu’il soit exilé, étranger, pauvre ou vulnérable — dans nos sociétés. Dans un monde marqué par la montée des individualismes, des exclusions, des replis identitaires, la pensée de Levinas résonne avec une force particulière.

Elle rappelle que la relation humaine ne commence pas par l’appropriation ou la reconnaissance réciproque, mais par l’obligation inconditionnelle envers l’autre. Elle nous oblige à penser la démocratie, le droit, et même la philosophie à partir d’un horizon éthique, non d’un calcul rationnel.

Emmanuel Levinas n’est peut-être pas, dans l’absolu, « le plus grand philosophe du XXe siècle » — une telle désignation resterait subjective et dépend des critères que l’on choisit. Mais il est assurément l’un des plus indispensables. À l’heure où les crises humanitaires, écologiques, sociales nous poussent à repenser les fondements de notre vivre-ensemble, la voix de Levinas — discrète, exigeante, profondément humaine — s’impose comme un phare éthique. Il nous enseigne que l’altérité n’est pas un obstacle à la pensée, mais son origine même.