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mercredi 7 janvier 2026

L Histoire des Juifs du Vénézuéla. JBCH N° 2601 - 777

Juifs du Venezuela : 

Cinq siècles de présence, d’espoirs et de persécutions


L’histoire des Juifs au Venezuela est ancienne, complexe et profondément marquée par des cycles de tolérance fragile et de violences récurrentes. 

Elle commence il y a près de cinq siècles, à l’ombre de l’Inquisition espagnole, et se poursuit jusqu’à aujourd’hui, où l’antisémitisme reste un outil politique dans un pays en crise.



Dès la fin du XVe siècle, alors que les conquistadors espagnols découvrent les côtes de ce qu’ils appellent « la Petite Venise », des Juifs arrivent clandestinement dans la région. Contraints à la conversion forcée par l’Inquisition, ces crypto-Juifs pratiquent leur foi en secret. La répression est brutale : en 1720, Joseph Diaz Pimienta est exécuté pour judaïsme, un cas emblématique de la violence inquisitoriale.



La proximité de l’île de Curaçao, passée sous domination néerlandaise au XVIIe siècle et devenue un havre de liberté religieuse, joue un rôle central. Des communautés juives florissantes s’y développent et entretiennent des liens commerciaux étroits avec les côtes vénézuéliennes. À la fin du XVIIe siècle, les Juifs fondent même une ville quasi autonome, Tucacas, grand centre du commerce du cacao. Mais cette expérience prend fin en 1720, lorsque les troupes espagnoles détruisent la ville et expulsent sa population juive, forcée de fuir une nouvelle fois vers Curaçao.



Le XIXe siècle apporte un espoir nouveau. Des Juifs soutiennent activement Simón Bolívar, le Libérateur de l’Amérique latine. Des financements, des soutiens logistiques et même des officiers juifs participent aux guerres d’indépendance. En 1821, la Grande Colombie proclame la liberté religieuse. Dans ce contexte, des familles juives s’installent à Coro, port vénézuélien voisin de Curaçao.


Synagogue de Coro


Mais l’illusion est de courte durée. Les Juifs de Coro prospèrent rapidement, suscitant jalousie et ressentiment. À partir de 1831, des émeutes éclatent. Les autorités locales imposent aux Juifs des taxes discriminatoires, puis exigent des « prêts » forcés pour financer l’armée. En 1855, lorsque la communauté refuse de continuer à payer, une campagne antisémite ouverte est lancée : tracts incendiaires, accusations sexuelles, menaces explicites. Des bandes armées attaquent les maisons et pillent les commerces juifs. En février 1855, les 168 Juifs de Coro sont expulsés, marquant la première expulsion de Juifs d’un État indépendant en Amérique du Sud.




Sous pression diplomatique néerlandaise, le Venezuela accepte trois ans plus tard d’indemniser les victimes et de garantir leur retour. Mais l’hostilité persiste. Peu reviennent. La communauté de Coro ne s’en relèvera jamais.


Le XXe siècle voit une lente reconstruction. Malgré des restrictions migratoires sévères — notamment pendant la Shoah, où le Venezuela refuse largement les réfugiés juifs — la communauté grandit après 1948, accueillant des Juifs ashkénazes et séfarades fuyant l’Europe, le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord. Dans les années 1990, environ 25 000 Juifs vivent au Venezuela, dans un climat relativement stable.






Tout bascule avec l’arrivée au pouvoir d’Hugo Chávez en 1999. Son discours populiste recycle des clichés antisémites classiques, associant les Juifs à la richesse, au complot et à l’impérialisme. Ses alliances avec l’Iran et le Hezbollah, sa rupture avec Israël en 2008, et ses accusations répétées contre les institutions juives créent un climat de peur. Des synagogues sont attaquées, des écoles juives perquisitionnées, des responsables communautaires espionnés.



Son successeur, Nicolás Maduro, poursuit cette instrumentalisation. Les Juifs deviennent des boucs émissaires commodes dans un pays ravagé par la crise économique et politique. Même aujourd’hui, les dirigeants vénézuéliens continuent d’accuser le « sionisme international » de comploter contre le régime, recyclant des discours vieux de plusieurs siècles.




Résultat : l’exode. De 35 000, la communauté juive est tombée à environ 4 000 personnes. Pourtant, la vie juive persiste, fragile mais déterminée, à travers synagogues, écoles et œuvres sociales.


L’histoire des Juifs du Venezuela n’est pas marginale. Elle est révélatrice d’un mécanisme universel : lorsque les institutions s’effondrent, lorsque le pouvoir cherche des coupables, l’antisémitisme ressurgit comme un réflexe politique


. Comprendre cette histoire, c’est refuser qu’elle se répète — au Venezuela comme ailleurs.



Mercosur Macron reste isolé ... JBCH N° 2601 - 776

Mercosur : l’Europe s’apprête à trancher, la France isolée


Un vote formel des Vingt-Sept pourrait intervenir dès vendredi à Bruxelles. Dans la foulée, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, s’envolerait pour l’Amérique latine afin de signer l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et les pays du Mercosur Argentine, Brésil, Paraguay et Uruguay mettant ainsi un point final à plus de vingt-cinq ans de négociations.



En France, l’événement s’annonce explosif. Une partie du monde agricole y voit un drame annoncé, la plupart des forces politiques dénoncent un choc et une humiliation, tandis que l’accord apparaît comme un nouveau désaveu pour Emmanuel Macron, qui avait promis d’en empêcher l’adoption. Le chef de l’État s’est d’autant plus piégé lui-même que le traité a été présenté, souvent de manière caricaturale, comme une menace existentielle pour l’agriculture française.


Or, à y regarder de près, le Mercosur est loin du monstre décrit dans le débat public. Sur le point le plus sensible — la viande bovine — l’accord prévoit un quota supplémentaire annuel de 99 000 tonnes pour l’ensemble de l’Union européenne, sur un marché de plus de six millions de tonnes. Cela représente 1,6 % de la production européenne, soit l’équivalent d’un steak par an et par Européen. Pour la volaille, le quota s’élève à 180 000 tonnes, soit 1,4 % du marché, un volume inférieur aux importations actuelles de poulets ukrainiens.



La crainte de viande nourrie aux hormones revient régulièrement dans le débat. Mais les règles européennes restent inchangées : hormones et antibiotiques demeurent interdits. La vraie question porte davantage sur l’efficacité et la fréquence des contrôles, un sujet réel mais rarement abordé de manière sérieuse.


En contrepartie, l’accord ouvrirait aux entreprises européennes un marché de 270 millions de consommateurs aujourd’hui fortement protégé, avec des droits de douane allant de 20 à 35 %, appelés à disparaître. Une opportunité majeure pour les filières industrielles à forte valeur ajoutée — automobile, aéronautique, pharmacie, chimie — ainsi que pour les services, secteurs où la France dispose d’atouts importants. Côté agricole, vins et fromages seraient gagnants, avec la reconnaissance et la protection des appellations d’origine, interdisant notamment les faux Champagne ou faux Roquefort.




Cet enjeu économique et industriel considérable est pourtant largement absent du débat public, au point de laisser croire que le Mercosur ne serait qu’une invention bruxelloise destinée à inonder l’Europe de bœuf sud-américain et à sacrifier ses éleveurs. Un scénario déjà entendu lors de la signature du CETA avec le Canada, accord qui a pourtant permis à la France de tripler son excédent agricole avec ce pays en huit ans.


Dernier argument, rarement assumé : la géopolitique. Alors que Donald Trump a relancé une guerre commerciale et entend réaffirmer la domination américaine sur le continent, l’Union européenne dispose avec le Mercosur d’une occasion unique de s’implanter durablement en Amérique latine et de contrebalancer l’influence des États-Unis sur leur propre terrain.


Le verrou politique vient de sauter. L’Italie dira oui. Giorgia Meloni, que Paris avait convaincue en décembre de soutenir un report d’un mois, ne s’oppose plus au texte. 


Sans Rome, la France, la Pologne et la Hongrie ne sont plus en mesure de constituer une minorité de blocage. Cette fois, sauf surprise majeure, le Mercosur devrait être adopté.





mardi 6 janvier 2026

Les Cuirassés de Trump. JBCH N° 2601 - 775

La « Trump Class Navy » : 

un retour en arrière stratégique



Le projet annoncé par Donald Trump le 22 décembre à Mar-a-Lago construire une flotte de nouveaux cuirassés géants baptisés « Trump Class » relève moins d’une vision stratégique que d’un geste politique et symbolique. 


Présentés comme « les plus grands, les plus rapides et les plus puissants jamais construits », ces navires incarnent une nostalgie guerrière déconnectée des réalités militaires contemporaines.




D’abord, le cuirassé est un concept obsolète. Depuis près d’un siècle, l’histoire navale a démontré leur vulnérabilité face à l’aviation, aux sous-marins et aujourd’hui aux missiles hypersoniques et aux drones. 


Dès les années 1920, les démonstrations du général Billy Mitchell avaient mis en évidence leur fragilité. Pearl Harbor, puis la bataille de Midway, ont définitivement consacré la supériorité du porte-avions et de la guerre aéronavale. La destruction du Yamato en 1945 — symbole ultime de la démesure navale — a scellé le sort stratégique des cuirassés.




Ensuite, le projet est incohérent sur le plan militaire. La doctrine actuelle de l’US Navy repose sur la dispersion des capacités de frappe, la furtivité, la modularité et l’inter-opérabilité. 


À l’inverse, un cuirassé concentre armement, équipage et valeur symbolique sur une seule plateforme, devenant une cible idéale. Malgré l’intégration de missiles modernes, ces navires seraient improprement appelés « cuirassés » et ne correspondraient à aucun besoin tactique réel face aux menaces chinoises, russes ou asymétriques.





Sur le plan budgétaire, le programme est une folie annoncée. Avec un coût estimé entre 9 et 14 milliards de dollars par unité, il ferait exploser les budgets de défense, tout en entrant en concurrence avec des programmes plus pertinents. 


Les précédents sont éloquents : les frégates Constellation annulées après des milliards engloutis, ou les destroyers furtifs Zumwalt, passés de 32 navires prévus à seulement trois exemplaires hors de prix. Les experts s’accordent à dire que le programme Trump Class serait probablement abandonné avant même la mise à l’eau du premier navire.




Le calendrier lui-même est irréaliste : aucun déploiement avant les années 2030, donc sous une autre administration, ce qui rend le projet politiquement fragile et stratégiquement inutile. Comme le soulignent plusieurs analystes militaires, ces navires semblent conçus davantage pour « impressionner » que pour combattre.


Enfin, le projet révèle une conception viriliste et théâtrale de la puissance militaire, où la taille et la force brute remplacent l’analyse rationnelle des conflits modernes. 


Dans un contexte où l’administration affirme ne pas pouvoir financer la santé, l’aide sociale ou les secours aux catastrophes, l’idée de dilapider des milliards dans un programme voué à l’échec apparaît profondément irresponsable.


La « Trump Class Navy » ne serait ni un atout stratégique ni un progrès technologique, mais un monument flottant à la nostalgie, au gaspillage et à l’illusion de puissance — un cuirassé déjà dépassé avant même que le premier rivet ne soit posé.




lundi 5 janvier 2026

Erdogan avance ses pions . JBCH N° 2601 - 774

Le risque stratégique turc : 

F‑35, ambitions néo-ottomanes et menace pour Israël


La Turquie d’Erdogan représente aujourd’hui un pouvoir régional aux ambitions clairement expansionnistes. Avec plus de 90 millions d’habitants et une économie en développement, Ankara cherche à restaurer l’influence territoriale et politique de l’ancien Empire ottoman


L’histoire récente montre que cette stratégie n’est pas qu’un slogan : la Turquie a déjà utilisé sa puissance militaire pour intervenir en Syrie, en Libye, et s’est emparée d’une partie de Chypre, démontrant sa volonté de transformer la diplomatie en conquête concrète.




Si la Turquie venait à acquérir des F‑35, le rapport de force militaire dans la région changerait radicalement. Ces avions furtifs de 5ᵉ génération sont capables de pénétrer des défenses aériennes sophistiquées et de frapper avec précision des cibles stratégiques. Entre les mains d’Ankara, ils constitueraient un outil redoutable pour imposer sa volonté, non seulement sur les États voisins, mais aussi pour menacer directement Israël, qui se situe à portée de missiles et d’opérations aériennes.




Le président Erdogan a clairement affiché sa volonté de ne rien céder sur la scène régionale. Son discours néo-ottoman, mêlé à une politique de nationalisme religieux, laisse peu de place à la négociation. Israël, en tant qu’État juif et puissance militaire avancée dans la région, deviendrait la première cible d’une offensive turque : à la fois pour son rôle stratégique et symbolique dans le Moyen-Orient et pour s’affirmer face à l’influence américaine et occidentale.




Le danger ne se limite pas à Israël. Une Turquie équipée de F‑35 pourrait déstabiliser l’ensemble de l’équilibre militaire et diplomatique du Moyen-Orient, accroître le risque de conflits ouverts avec la Grèce et Chypre, et renforcer les ambitions ottomanes dans les Balkans et la Méditerranée orientale. Les alliances traditionnelles, notamment avec l’OTAN, seraient mises à rude épreuve, car Ankara pourrait disposer d’une puissance de frappe autonome capable de défier les partenaires occidentaux eux-mêmes.


La perspective d’un arsenal avancé entre les mains d’Erdogan transforme la Turquie d’un acteur régional influent en menace militaire directe pour Israël et pour la stabilité du Moyen-Orient


La communauté internationale doit considérer non seulement la capacité de frappe, mais aussi la détermination d’un dirigeant prêt à réécrire les frontières régionales et à poursuivre ses ambitions impériales à tout prix.







La Mainmise du Qatar est indécente JBCH N° 2601 - 773

PSG, Qatar et la France sous influence : 

Bernard Arnault et le réveil du Paris FC face à un système d’instrumentalisation


Depuis plus d’une décennie, le Paris Saint-Germain n’est plus seulement un club de football. Il est devenu l’outil le plus visible d’une stratégie de soft power qatarie, visant à contrôler l’image et les symboles de la France et, par extension, de l’Europe. 


Derrière la façade glamour, le PSG illustre comment un État étranger peut transformer un club historique en vitrine diplomatique et financière, au détriment de la souveraineté sportive, économique et culturelle.

La responsabilité française dans cette situation est loin d’être neutre. Sous le mandat de Nicolas Sarkozy, des décisions fiscales et diplomatiques majeures et iniques 
ont ouvert la voie à l’entrée massive du Qatar dans le sport, le luxe et l’économie française. 


Plein les poches !!! 

Les régimes fiscaux avantageux, les contrats de sponsoring et les facilités d’investissement offerts à l’émirat n’étaient pas des gestes gratuits : ils ont créé un système de dépendance mutuelle, où les retours financiers et politiques pour certaines personnalités françaises apparaissent trop évidents pour être ignorés. 




Cette politique a favorisé une mainmise étrangère sur des institutions stratégiques françaises, tout en fragilisant les contre-pouvoirs nationaux.



Dans ce contexte, Bernard Arnault apparaît comme le contrepoids essentiel. Contrairement à d’autres acteurs économiques ou politiques, il refuse de s’aligner sur les logiques qataries et investit dans des alternatives crédibles, notamment le Paris FC. Ce club, longtemps oublié, représente aujourd’hui une alternative structurée et souveraine, construite sur la formation, la continuité et l’identité locale, plutôt que sur le marketing et la diplomatie d’influence.




Le contraste est saisissant. Le PSG, saturé de stars surpayées et de contrats de sponsoring opaques, reste un géant financier mais un échec sportif européen répété. Ses succès sont artificiels, ses échecs répétés. Le Paris FC, à l’inverse, incarne un modèle durable, rationnel et authentiquement français, capable de montrer que l’on peut réussir dans le sport sans vendre son indépendance à un État étranger.



L’influence qatarie dépasse largement le football. Elle s’étend à l’immobilier de prestige, aux médias, au luxe et à certaines sphères intellectuelles, transformant des symboles nationaux en vitrines au service d’intérêts étrangers. Dans ce système, la France devient progressivement complice passive, en laissant se développer un mécanisme où le prestige du pays est monnayé et les règles économiques nationales contournées.


En réveillant le Paris FC, Bernard Arnault ne défie pas seulement un club et un actionnaire. Il oppose une vision de souveraineté et de responsabilité nationale à une stratégie de domination étrangère. Il rappelle que la France peut reprendre la main sur ses symboles, ses institutions et son imaginaire collectif. L’ombre de Sarkozy et de ses choix fiscaux et diplomatiques pèse encore, mais le réveil du Paris FC constitue une contre-narrative salutaire, qui montre que l’argent ne doit pas être le seul maître du jeu et que la France peut retrouver un contrôle sur son sport et sa culture.





Ainsi, le PSG n’est pas seulement un club de football : il est devenu un symbole de la compromission et de la dépendance, alors que le Paris FC incarne la possibilité d’un retour à l’indépendance, à la logique de mérite et à la défense des intérêts français face à une mainmise étrangère soigneusement préparée par des décennies d’aveuglement et de calculs politiques. 


L’enjeu dépasse le sport : il s’agit de la souveraineté de la France et de son influence en Europe, confrontée à une stratégie qatarie que trop de dirigeants français ont encouragée, consciemment ou non.



dimanche 4 janvier 2026

Le Nouveau Shah .... JBCH N° 2601 - 772

Le retour du « Javid Shah » : 

l’Iran au bord d’une nouvelle révolution ?


Téhéran, 4 janvier 2026 – Ce qui a commencé comme une simple grève des commerçants du Grand Bazar de Téhéran face à l’effondrement historique du rial tombé à plus de 1,45 million pour un dollar s’est transformé en quelques jours en un mouvement de contestation nationale d’une ampleur inédite depuis les manifestations « Femme, Vie, Liberté » de 2022. 


Des villes comme Ispahan, Mashhad, Hamadan, Ahvaz et même Qom, bastion clérical, résonnent aujourd’hui de slogans hostiles au guide suprême Ali Khamenei et, surtout, d’un cri longtemps tabou : « Javid Shah ! » (Vive le Shah !).



Ce slogan, qui appelle au retour de la monarchie et soutient ouvertement le prince héritier en exil Reza Pahlavi, fils du dernier shah Mohammad Reza renversé en 1979, marque un tournant symbolique profond. 



Pour un régime fondé sur l’éradication de l’héritage pahlavi, entendre des foules scander « Reza Pahlavi reviendra » ou « Le Shah rentrera au pays » constitue une menace existentielle. Il révèle que la colère populaire dépasse largement les griefs économiques – inflation à plus de 42 %, hausse de 72 % des prix alimentaires – pour viser le cœur du système théocratique lui-même.




Les protestations ont éclaté fin décembre 2025, quand les bazari, cette classe marchande historiquement influente, ont fermé leurs boutiques en réponse à la crise monétaire aggravée par les sanctions internationales et les séquelles de la guerre éclair avec Israël en juin. 



Rapidement, les étudiants ont rejoint le mouvement, formant une alliance rare et explosive : les bazari pour leur poids économique, les jeunes pour leur mobilisation numérique et leur rejet de l’idéologie imposée. Des vidéos vérifiées montrent des manifestations nocturnes où l’on entend « Ni Gaza ni Liban, ma vie pour l’Iran », dénonçant les dépenses régionales du régime au profit de proxies comme le Hezbollah.

Reza Pahlavi, depuis son exil, s’est imposé comme figure centrale de l’opposition fragmentée. Dans un message de Nouvel An, il a déclaré que « le régime actuel est arrivé au bout de la route » et a appelé tous les Iraniens, y compris les forces de sécurité, à rejoindre les manifestants pour une « naissance d’un nouvel Iran ». Il insiste sur une transition démocratique, avec référendum pour décider du futur régime, monarchie comprise ou non. 




Son appel trouve un écho croissant chez une jeunesse née après la révolution islamique, qui idéalise l’époque pahlavi comme une période de modernité sans domination cléricale. Les slogans visent directement le cœur du régime : « Mort au dictateur », « Ce système criminel a pris notre avenir en otage », « Ni Gaza ni le Liban, ma vie pour l’Iran »,

Côté pouvoir, la réponse reste mesurée pour l’instant : gaz lacrymogènes, arrestations ciblées, mais pas de répression massive comme en 2019 ou 2022. Le président Pezeshkian promet du dialogue, tandis que des fermetures administratives visent à contenir l’élan. 


Pourtant, avec plusieurs morts rapportés et des manifestations s’étendant à plus de 50 villes, la question n’est plus de savoir si le régime est fragilisé, mais s’il pourra survivre à cette convergence historique entre colère économique et aspiration à un changement radical.


Quarante-sept ans après la révolution islamique, les Iraniens semblent prêts à tourner la page. Le « Javid Shah » n’est plus une nostalgie isolée : il est devenu le symbole d’un rejet total du système actuel. 2026 pourrait bien marquer le début d’une ère nouvelle pour l’Iran.






Au Yemen du Sud : lutte Arabie/EAU ! JBCH N° 2026 - 771


Tensions explosives au sud du Yémen : 

Riyad et Abou Dhabi à couteaux tirés


Mukalla, 4 janvier 2026 – La province pétrolière du Hadramout, frontalière avec l’Arabie saoudite, est devenue le théâtre d’une confrontation directe entre forces saoudiennes et séparatistes du sud soutenus par les Émirats arabes unis (EAU). 


Vendredi, le gouverneur saoudien-backed du Hadramout, Salem Ahmed Saeed al-Khunbashi, a annoncé le lancement d’une « opération pacifique » pour reprendre les sites militaires contrôlés par le Conseil de transition du Sud (STC). Quelques heures plus tard, ses forces revendiquaient la reconquête du camp d’al-Khasha’a, le plus grand de la province.



Mais le STC, qui avait saisi de vastes territoires en décembre 2025 lors d’une offensive éclair, dénonce une tout autre réalité : sept frappes aériennes saoudiennes auraient visé ses positions, tuant au moins sept personnes et en blessant plus de vingt, selon des responsables séparatistes. 





« L’Arabie saoudite a trompé la communauté internationale en annonçant une opération pacifique qu’elle n’avait jamais l’intention de mener pacifiquement », a accusé Amr Al Bidh, haut dirigeant du STC.




Ce clash marque l’escalade la plus grave depuis des années entre Riyad et Abou Dhabi, anciens alliés au sein de la coalition anti-Houthis formée en 2015. L’Arabie saoudite soutient le gouvernement yéménite internationalement reconnu et voit dans l’expansion du STC une menace directe pour sa sécurité nationale, Hadramout partageant une longue frontière avec le royaume et abritant d’importants champs pétrolifères. 


Les EAU, qui ont annoncé le retrait total de leurs troupes restantes du Yémen fin décembre après des frappes saoudiennes sur un port contrôlé par le STC, continuent néanmoins de soutenir les séparatistes aspirant à l’indépendance du sud.





Parallèlement, l’aéroport international d’Aden, principal hub pour les zones hors contrôle houthi, est resté fermé vendredi pour le deuxième jour consécutif. Les accusations fusent : le STC reproche à Riyad d’imposer un blocus aérien, tandis que l’ambassadeur saoudien au Yémen pointe du doigt le leader séparatiste Aidarus Al-Zubaidi pour avoir refusé l’atterrissage d’une délégation saoudienne.


Le STC a franchi une nouvelle étape en appelant ouvertement à un référendum sur l’indépendance du sud d’ici deux ans, renforçant les craintes d’une fragmentation définitive du Yémen. 


Quant à Israël, aucun rôle direct n’apparaît dans ce conflit interne au camp anti-Houthis, même si des liens historiques entre le STC et les EAU – normalisés avec Israël via les Accords d’Abraham pourraient indirectement influencer les dynamiques régionales.


Dans une région déjà fragilisée par les attaques houthis en mer Rouge, cette rivalité entre deux poids lourds du Golfe risque de relancer la guerre civile yéménite et de compliquer les efforts de paix. Riyad appelle à la désescalade, mais les forces du STC se disent en alerte maximale, prêtes à riposter. 2026 s’annonce sous le signe d’une instabilité accrue au Yémen.