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mercredi 7 janvier 2026

Mercosur Macron reste isolé ... JBCH N° 2601 - 776

Mercosur : l’Europe s’apprête à trancher, la France isolée


Un vote formel des Vingt-Sept pourrait intervenir dès vendredi à Bruxelles. Dans la foulée, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, s’envolerait pour l’Amérique latine afin de signer l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et les pays du Mercosur Argentine, Brésil, Paraguay et Uruguay mettant ainsi un point final à plus de vingt-cinq ans de négociations.



En France, l’événement s’annonce explosif. Une partie du monde agricole y voit un drame annoncé, la plupart des forces politiques dénoncent un choc et une humiliation, tandis que l’accord apparaît comme un nouveau désaveu pour Emmanuel Macron, qui avait promis d’en empêcher l’adoption. Le chef de l’État s’est d’autant plus piégé lui-même que le traité a été présenté, souvent de manière caricaturale, comme une menace existentielle pour l’agriculture française.


Or, à y regarder de près, le Mercosur est loin du monstre décrit dans le débat public. Sur le point le plus sensible — la viande bovine — l’accord prévoit un quota supplémentaire annuel de 99 000 tonnes pour l’ensemble de l’Union européenne, sur un marché de plus de six millions de tonnes. Cela représente 1,6 % de la production européenne, soit l’équivalent d’un steak par an et par Européen. Pour la volaille, le quota s’élève à 180 000 tonnes, soit 1,4 % du marché, un volume inférieur aux importations actuelles de poulets ukrainiens.



La crainte de viande nourrie aux hormones revient régulièrement dans le débat. Mais les règles européennes restent inchangées : hormones et antibiotiques demeurent interdits. La vraie question porte davantage sur l’efficacité et la fréquence des contrôles, un sujet réel mais rarement abordé de manière sérieuse.


En contrepartie, l’accord ouvrirait aux entreprises européennes un marché de 270 millions de consommateurs aujourd’hui fortement protégé, avec des droits de douane allant de 20 à 35 %, appelés à disparaître. Une opportunité majeure pour les filières industrielles à forte valeur ajoutée — automobile, aéronautique, pharmacie, chimie — ainsi que pour les services, secteurs où la France dispose d’atouts importants. Côté agricole, vins et fromages seraient gagnants, avec la reconnaissance et la protection des appellations d’origine, interdisant notamment les faux Champagne ou faux Roquefort.




Cet enjeu économique et industriel considérable est pourtant largement absent du débat public, au point de laisser croire que le Mercosur ne serait qu’une invention bruxelloise destinée à inonder l’Europe de bœuf sud-américain et à sacrifier ses éleveurs. Un scénario déjà entendu lors de la signature du CETA avec le Canada, accord qui a pourtant permis à la France de tripler son excédent agricole avec ce pays en huit ans.


Dernier argument, rarement assumé : la géopolitique. Alors que Donald Trump a relancé une guerre commerciale et entend réaffirmer la domination américaine sur le continent, l’Union européenne dispose avec le Mercosur d’une occasion unique de s’implanter durablement en Amérique latine et de contrebalancer l’influence des États-Unis sur leur propre terrain.


Le verrou politique vient de sauter. L’Italie dira oui. Giorgia Meloni, que Paris avait convaincue en décembre de soutenir un report d’un mois, ne s’oppose plus au texte. 


Sans Rome, la France, la Pologne et la Hongrie ne sont plus en mesure de constituer une minorité de blocage. Cette fois, sauf surprise majeure, le Mercosur devrait être adopté.





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