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mardi 6 janvier 2026

Les Cuirassés de Trump. JBCH N° 2601 - 775

La « Trump Class Navy » : 

un retour en arrière stratégique



Le projet annoncé par Donald Trump le 22 décembre à Mar-a-Lago construire une flotte de nouveaux cuirassés géants baptisés « Trump Class » relève moins d’une vision stratégique que d’un geste politique et symbolique. 


Présentés comme « les plus grands, les plus rapides et les plus puissants jamais construits », ces navires incarnent une nostalgie guerrière déconnectée des réalités militaires contemporaines.




D’abord, le cuirassé est un concept obsolète. Depuis près d’un siècle, l’histoire navale a démontré leur vulnérabilité face à l’aviation, aux sous-marins et aujourd’hui aux missiles hypersoniques et aux drones. 


Dès les années 1920, les démonstrations du général Billy Mitchell avaient mis en évidence leur fragilité. Pearl Harbor, puis la bataille de Midway, ont définitivement consacré la supériorité du porte-avions et de la guerre aéronavale. La destruction du Yamato en 1945 — symbole ultime de la démesure navale — a scellé le sort stratégique des cuirassés.




Ensuite, le projet est incohérent sur le plan militaire. La doctrine actuelle de l’US Navy repose sur la dispersion des capacités de frappe, la furtivité, la modularité et l’inter-opérabilité. 


À l’inverse, un cuirassé concentre armement, équipage et valeur symbolique sur une seule plateforme, devenant une cible idéale. Malgré l’intégration de missiles modernes, ces navires seraient improprement appelés « cuirassés » et ne correspondraient à aucun besoin tactique réel face aux menaces chinoises, russes ou asymétriques.





Sur le plan budgétaire, le programme est une folie annoncée. Avec un coût estimé entre 9 et 14 milliards de dollars par unité, il ferait exploser les budgets de défense, tout en entrant en concurrence avec des programmes plus pertinents. 


Les précédents sont éloquents : les frégates Constellation annulées après des milliards engloutis, ou les destroyers furtifs Zumwalt, passés de 32 navires prévus à seulement trois exemplaires hors de prix. Les experts s’accordent à dire que le programme Trump Class serait probablement abandonné avant même la mise à l’eau du premier navire.




Le calendrier lui-même est irréaliste : aucun déploiement avant les années 2030, donc sous une autre administration, ce qui rend le projet politiquement fragile et stratégiquement inutile. Comme le soulignent plusieurs analystes militaires, ces navires semblent conçus davantage pour « impressionner » que pour combattre.


Enfin, le projet révèle une conception viriliste et théâtrale de la puissance militaire, où la taille et la force brute remplacent l’analyse rationnelle des conflits modernes. 


Dans un contexte où l’administration affirme ne pas pouvoir financer la santé, l’aide sociale ou les secours aux catastrophes, l’idée de dilapider des milliards dans un programme voué à l’échec apparaît profondément irresponsable.


La « Trump Class Navy » ne serait ni un atout stratégique ni un progrès technologique, mais un monument flottant à la nostalgie, au gaspillage et à l’illusion de puissance — un cuirassé déjà dépassé avant même que le premier rivet ne soit posé.




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