Le retour du « Javid Shah » :
l’Iran au bord d’une nouvelle révolution ?
Téhéran, 4 janvier 2026 – Ce qui a commencé comme une simple grève des commerçants du Grand Bazar de Téhéran face à l’effondrement historique du rial tombé à plus de 1,45 million pour un dollar s’est transformé en quelques jours en un mouvement de contestation nationale d’une ampleur inédite depuis les manifestations « Femme, Vie, Liberté » de 2022.
Des villes comme Ispahan, Mashhad, Hamadan, Ahvaz et même Qom, bastion clérical, résonnent aujourd’hui de slogans hostiles au guide suprême Ali Khamenei et, surtout, d’un cri longtemps tabou : « Javid Shah ! » (Vive le Shah !).
Ce slogan, qui appelle au retour de la monarchie et soutient ouvertement le prince héritier en exil Reza Pahlavi, fils du dernier shah Mohammad Reza renversé en 1979, marque un tournant symbolique profond.
Pour un régime fondé sur l’éradication de l’héritage pahlavi, entendre des foules scander « Reza Pahlavi reviendra » ou « Le Shah rentrera au pays » constitue une menace existentielle. Il révèle que la colère populaire dépasse largement les griefs économiques – inflation à plus de 42 %, hausse de 72 % des prix alimentaires – pour viser le cœur du système théocratique lui-même.
Les protestations ont éclaté fin décembre 2025, quand les bazari, cette classe marchande historiquement influente, ont fermé leurs boutiques en réponse à la crise monétaire aggravée par les sanctions internationales et les séquelles de la guerre éclair avec Israël en juin.
Rapidement, les étudiants ont rejoint le mouvement, formant une alliance rare et explosive : les bazari pour leur poids économique, les jeunes pour leur mobilisation numérique et leur rejet de l’idéologie imposée. Des vidéos vérifiées montrent des manifestations nocturnes où l’on entend « Ni Gaza ni Liban, ma vie pour l’Iran », dénonçant les dépenses régionales du régime au profit de proxies comme le Hezbollah.
Reza Pahlavi, depuis son exil, s’est imposé comme figure centrale de l’opposition fragmentée. Dans un message de Nouvel An, il a déclaré que « le régime actuel est arrivé au bout de la route » et a appelé tous les Iraniens, y compris les forces de sécurité, à rejoindre les manifestants pour une « naissance d’un nouvel Iran ». Il insiste sur une transition démocratique, avec référendum pour décider du futur régime, monarchie comprise ou non.
Son appel trouve un écho croissant chez une jeunesse née après la révolution islamique, qui idéalise l’époque pahlavi comme une période de modernité sans domination cléricale. Les slogans visent directement le cœur du régime : « Mort au dictateur », « Ce système criminel a pris notre avenir en otage », « Ni Gaza ni le Liban, ma vie pour l’Iran »,
Côté pouvoir, la réponse reste mesurée pour l’instant : gaz lacrymogènes, arrestations ciblées, mais pas de répression massive comme en 2019 ou 2022. Le président Pezeshkian promet du dialogue, tandis que des fermetures administratives visent à contenir l’élan.
Pourtant, avec plusieurs morts rapportés et des manifestations s’étendant à plus de 50 villes, la question n’est plus de savoir si le régime est fragilisé, mais s’il pourra survivre à cette convergence historique entre colère économique et aspiration à un changement radical.
Quarante-sept ans après la révolution islamique, les Iraniens semblent prêts à tourner la page. Le « Javid Shah » n’est plus une nostalgie isolée : il est devenu le symbole d’un rejet total du système actuel. 2026 pourrait bien marquer le début d’une ère nouvelle pour l’Iran.
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