Riyad et Abou Dhabi à couteaux tirés
Mukalla, 4 janvier 2026 – La province pétrolière du Hadramout, frontalière avec l’Arabie saoudite, est devenue le théâtre d’une confrontation directe entre forces saoudiennes et séparatistes du sud soutenus par les Émirats arabes unis (EAU).
Vendredi, le gouverneur saoudien-backed du Hadramout, Salem Ahmed Saeed al-Khunbashi, a annoncé le lancement d’une « opération pacifique » pour reprendre les sites militaires contrôlés par le Conseil de transition du Sud (STC). Quelques heures plus tard, ses forces revendiquaient la reconquête du camp d’al-Khasha’a, le plus grand de la province.
Mais le STC, qui avait saisi de vastes territoires en décembre 2025 lors d’une offensive éclair, dénonce une tout autre réalité : sept frappes aériennes saoudiennes auraient visé ses positions, tuant au moins sept personnes et en blessant plus de vingt, selon des responsables séparatistes.
« L’Arabie saoudite a trompé la communauté internationale en annonçant une opération pacifique qu’elle n’avait jamais l’intention de mener pacifiquement », a accusé Amr Al Bidh, haut dirigeant du STC.
Ce clash marque l’escalade la plus grave depuis des années entre Riyad et Abou Dhabi, anciens alliés au sein de la coalition anti-Houthis formée en 2015. L’Arabie saoudite soutient le gouvernement yéménite internationalement reconnu et voit dans l’expansion du STC une menace directe pour sa sécurité nationale, Hadramout partageant une longue frontière avec le royaume et abritant d’importants champs pétrolifères.
Les EAU, qui ont annoncé le retrait total de leurs troupes restantes du Yémen fin décembre après des frappes saoudiennes sur un port contrôlé par le STC, continuent néanmoins de soutenir les séparatistes aspirant à l’indépendance du sud.
Parallèlement, l’aéroport international d’Aden, principal hub pour les zones hors contrôle houthi, est resté fermé vendredi pour le deuxième jour consécutif. Les accusations fusent : le STC reproche à Riyad d’imposer un blocus aérien, tandis que l’ambassadeur saoudien au Yémen pointe du doigt le leader séparatiste Aidarus Al-Zubaidi pour avoir refusé l’atterrissage d’une délégation saoudienne.
Le STC a franchi une nouvelle étape en appelant ouvertement à un référendum sur l’indépendance du sud d’ici deux ans, renforçant les craintes d’une fragmentation définitive du Yémen.
Quant à Israël, aucun rôle direct n’apparaît dans ce conflit interne au camp anti-Houthis, même si des liens historiques entre le STC et les EAU – normalisés avec Israël via les Accords d’Abraham pourraient indirectement influencer les dynamiques régionales.
Dans une région déjà fragilisée par les attaques houthis en mer Rouge, cette rivalité entre deux poids lourds du Golfe risque de relancer la guerre civile yéménite et de compliquer les efforts de paix. Riyad appelle à la désescalade, mais les forces du STC se disent en alerte maximale, prêtes à riposter. 2026 s’annonce sous le signe d’une instabilité accrue au Yémen.
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