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jeudi 10 avril 2025

 Moyen-Orient : Ce n est pas un conflit territorial !

L’analyse d’André Kaspi et de Gilles Kepel sur la nature du conflit israélo-palestinien repose sur l’idée que celui-ci ne serait pas seulement territorial, mais essentiellement religieux. Selon cette perspective, l’opposition arabe à la présence juive en Palestine mandataire et à la création d’Israël ne relèverait pas uniquement d’un refus de partage des terres, mais d’un principe fondamental de l’islam qui considère qu’un territoire conquis par les musulmans ne peut être repris par des non-musulmans.

 

1. Une opposition religieuse plutôt que territoriale ?

 

La thèse avancée par Kaspi et Kepel repose sur un principe théologique islamique qui affirme que les terres ayant fait partie du Dar al-Islam (la maison de l’islam) ne peuvent pas être reconquises par des non-musulmans.

 La Palestine, ayant été sous domination musulmane depuis le VII siècle (après la conquête des armées arabes et jusqu’à l’occupation ottomane et britannique), est donc perçue par les théologiens musulmans et de nombreux dirigeants arabes comme une terre définitivement islamique.

 Selon cette vision, le fait que des Juifs (perçus historiquement comme une minorité dominée en terre d’islam) puissent établir un État souverain sur un territoire musulman serait une hérésie inacceptable sur le plan religieux, bien plus encore que sur le plan national.

 

2. Le rôle du grand mufti de Jérusalem, Amin al-Husseini

 

Un des personnages centraux de cette lecture du conflit est Hadj Amin al-Husseini, grand mufti de Jérusalem dans les années 1920-1940 et fervent opposant au sionisme.

 Al-Husseini ne voyait pas seulement l’immigration juive en Palestine comme une menace politique et démographique, mais comme une offense à l’islam, car elle venait défier la suprématie musulmane sur un territoire islamisé depuis des siècles.

 Pendant la Seconde Guerre mondiale, il s’est allié aux nazis et a rencontré Hitler en 1941 à Berlin. Il a soutenu les thèses antisémites du Troisième Reich et a même encouragé la création de divisions musulmanes de la Waffen-SS dans les Balkans (comme la division Handschar, composée majoritairement de musulmans bosniaques).

 Après la guerre, al-Husseini a continué à jouer un rôle dans le monde arabe, influençant de nombreux dirigeants, dont Yasser Arafat, qui se présentait comme son disciple spirituel.

 

3. Influence sur les dirigeants palestiniens et arabes

 

L’idée selon laquelle le conflit israélo-palestinien serait avant tout religieux a été renforcée par des figures politiques et religieuses qui ont adopté les thèses d’al-Husseini.

 Yasser Arafat : Bien qu’il ait longtemps été un leader nationaliste et laïc, il a progressivement intégré des éléments religieux dans son discours, notamment après l’échec des négociations d’Oslo et la montée du Hamas. Il a rencontré al-Husseini et se référait à lui comme une figure historique importante.

 Les Frères musulmans et le Hamas : Contrairement à l’OLP, qui avait une idéologie nationaliste, le Hamas considère ouvertement la lutte contre Israël comme un djihad religieux. Sa charte de 1988 cite des versets du Coran pour justifier la guerre contre les Juifs et rejette toute solution politique.

 L’influence sur d’autres dirigeants arabes : Des figures comme Nasser, Kadhafi ou encore Saddam Hussein ont, à divers moments, utilisé la cause palestinienne comme un levier politique, en mélangeant panarabisme, antisionisme et discours religieux pour mobiliser les foules contre Israël.

 

4. Conséquences de cette vision religieuse du conflit

 Un rejet de la solution à deux États : Si le conflit était purement territorial, un compromis serait envisageable. Mais si la lutte est perçue comme une guerre religieuse, alors aucune concession n’est possible.

 Un conflit exacerbé par la montée de l’islamisme : Avec la montée des mouvements islamistes à partir des années 1980 (Hamas, Hezbollah, Al-Qaïda, etc.), le conflit s’est de plus en plus teinté de références religieuses, rendant encore plus difficile toute négociation politique.

 Une radicalisation des positions : Les appels à la destruction d’Israël ne sont plus seulement politiques, mais aussi théologiques. De même, des extrémistes israéliens adoptent une lecture biblique du conflit pour justifier la colonisation de la Cisjordanie.

 

Conclusion

 

D’après l’analyse d’André Kaspi et Gilles Kepel, le conflit israélo-palestinien ne se limite pas à une dispute territoriale, mais trouve ses racines dans une opposition religieuse profonde qui remonte à l’histoire islamique et qui a été renforcée par des figures comme le grand mufti Amin al-Husseini. Cette dimension religieuse, longtemps masquée par les discours nationalistes, explique pourquoi la question de Jérusalem, du droit au retour et de l’existence d’Israël reste si sensible et difficile à résoudre.

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