Rechercher dans ce blog

vendredi 25 avril 2025

 

Le Judaïsme face au Protestantisme




Les traditions religieuses du calvinisme, du luthéranisme et du judaïsme présentent des similitudes et des différences notables en matière de récits historiques et de philosophie. Voici une analyse approfondie de leurs convergences et divergences.



Fondements scripturaires et théologiques




 

Sola Scriptura et étude des textes


Le calvinisme et le luthéranisme, deux branches majeures du protestantisme, mettent l’accent sur le principe de Sola Scriptura, affirmant que la Bible est l’unique autorité en matière de foi et de pratique. Cette approche valorise la lecture personnelle et directe des Écritures, s’opposant à l’interprétation exclusive par le clergé. 


De même, le judaïsme accorde une importance centrale à l’étude des textes sacrés, notamment la Torah et le Talmud, encourageant une lecture et une interprétation communautaires et individuelles. Cette convergence souligne une valorisation commune de l’engagement intellectuel et de la responsabilité personnelle dans la compréhension des textes sacrés.  


Grâce et élection

Dans le calvinisme, la doctrine de la prédestination affirme que Dieu a choisi, de toute éternité, ceux qui seront sauvés, indépendamment de leurs actions. Le luthéranisme, tout en reconnaissant la grâce divine, insiste davantage sur la foi personnelle comme moyen de salut. 

Le judaïsme, quant à lui, met l’accent sur l’alliance entre Dieu et le peuple juif, soulignant la responsabilité collective et individuelle dans l’observance des commandements. Ainsi, bien que les concepts de grâce et d’élection soient présents dans les trois traditions, leur interprétation et leur application varient considérablement. 


Récits historiques et interactions


Interactions historiques

Au cours de l’histoire, des interactions significatives ont eu lieu entre les communautés juives et protestantes. Par exemple, à Amsterdam au XVIIe siècle, des échanges culturels et intellectuels ont été observés, notamment l’appréciation par les élites juives des œuvres bibliques produites en milieu protestant.  


De plus, certains concepts théologiques, tels que la prédestination, ont des racines communes ou des parallèles dans les deux traditions.  


Philosophie et éthique



Calvin


Approches philosophiques

Le calvinisme met l’accent sur la souveraineté absolue de Dieu et la prédestination, influençant une vision du monde où chaque événement est perçu comme faisant partie du plan divin.  Le luthéranisme, quant à lui, insiste sur la justification par la foi et la liberté chrétienne, offrant une perspective plus centrée sur la relation personnelle avec Dieu. Le judaïsme, avec sa riche tradition philosophique, explore des questions éthiques et métaphysiques à travers des penseurs tels que Maïmonide et Salomon Maïmon, mettant l’accent sur la raison et l’étude comme moyens de comprendre la volonté divine.  Joseph Caro, Isaac Louria, ont consolidé et remis en scène la Kabbale, puis Moses Mendelssohn, Heinrich Heine, Franz Rosenweig, Martin Buber, Emmanuel Levinas et bien d’autres.


Synthèse

Bien que le calvinisme, le luthéranisme et le judaïsme partagent certaines valeurs, telles que l’importance de l’étude des textes sacrés et la reconnaissance de l’autorité divine, leurs doctrines, pratiques et philosophies présentent des différences significatives. Ces distinctions reflètent des compréhensions variées de la relation entre l’humanité et le divin, de la nature du salut et de la manière dont les croyants doivent vivre leur foi au quotidien.

L’antisémitisme chez certains protestants, loin d’être systématique ni inhérent à la doctrine protestante elle-même, a existé dans l’histoire et s’est manifesté de plusieurs manières, selon les époques, les lieux et les figures religieuses. Voici une analyse en profondeur de ses sources, ses expressions et ses paradoxes.



Martin Luther et l’antisémitisme théologique



Luther



Les écrits tardifs de Luther

  • Martin Luther (1483–1546), fondateur du luthéranisme, a eu une évolution radicale dans sa vision des Juifs.
  • Au début de sa carrière, il espérait convertir les Juifs au christianisme en leur présentant une foi débarrassée des dogmes catholiques.
  • Mais face à leur refus, il publie en 1543 un pamphlet intitulé “Des Juifs et de leurs mensonges”, dans lequel il exprime une haine virulente :

Il y recommande la destruction de leurs synagogues, de leurs livres, la suppression de leurs droits civils et même leur expulsion.

  • Ces textes, bien qu’écrits dans un contexte particulier, ont été instrumentalisés des siècles plus tard, notamment par les antisémites allemands et les nazis, qui y voyaient une caution historique.

⚠️ Important : De nombreux protestants modernes (notamment luthériens) ont depuis condamné sans ambiguïté ces écrits et pris position en faveur de la mémoire de la Shoah et du dialogue judéo-chrétien.


 

Théologie de la substitution

Certains courants protestants ont hérité ou reproduit, consciemment ou non, la théologie de la substitution (comme chez les catholiques avant Vatican II) :

  • Cette doctrine considère que l’Église chrétienne a remplacé le peuple juif comme peuple élu de Dieu.
  • Cela a parfois conduit à une hostilité doctrinale ou culturelle envers le judaïsme considéré comme “ancien”, “aveugle” ou “dépassé”.
  • Cette idée a été remise en cause par des théologiens protestants modernes, notamment dans les courants libéraux et œcuméniques.



Variabilité selon les contextes nationaux

L’attitude des protestants envers les Juifs varie énormément selon les régions et les périodes :


🇫🇷 France

  • Les protestants français, souvent eux-mêmes minoritaires et persécutés (notamment après la Révocation de l’Édit de Nantes), ont parfois manifesté de la solidarité envers les Juifs.
  • Mais certains cercles réformés ont aussi pu développer des stéréotypes antijuifs, notamment à travers un prisme théologique ou social.
  • La majorité des protestants de France ont protégé et caché des juifs, nombreux sont ceux qui ont été nommés « Justes parmi les Nations » par le Yad Vachem
  • Le Chambon sur Lignon est une commune reconnue par tous pour avoir su protéger avec succès les juifs pendant l’occupation 

🇩🇪 Allemagne

  • En Allemagne, certains milieux protestants conservateurs du XIXe et XXe siècle ont nourri un antijudaïsme culturel, teinté de nationalisme.
  • Certaines Églises protestantes ont collaboré ou gardé le silence sous le nazisme, alors que d’autres, comme la “Bekennende Kirche” (Église confessante), ont résisté.


Protestantisme contemporain et dialogue judéo-chrétien

Depuis la Seconde Guerre mondiale :

  • De nombreuses Églises protestantes ont officiellement reconnu leur responsabilité ou leur silence face à l’antisémitisme.
  • Des engagements fermes ont été pris pour le dialogue interreligieux, la mémoire de la Shoah, la lutte contre l’antisémitisme et l’enseignement du respect mutuel.
  • Le pasteur Roland Poupin a été une figure centrale du dialogue entre protestants et juifs en France. En tant que président de la Commission des relations avec le judaïsme de la Fédération protestante de France (FPF), il a œuvré pour renforcer les liens entre ces deux traditions religieuses.  
  • Par ailleurs, le pasteur Christian Krieger, président actuel de la FPF, joue un rôle actif dans le dialogue interreligieux. Il a notamment contribué à la rédaction d’un appel à la paix et à la fraternité publié par la Conférence des responsables de culte en France (CRCF), soulignant l’importance du dialogue entre les différentes confessions, y compris entre protestants et juifs.  
  • D’autres personnalités protestantes, telles que le pasteur Serge Wüthrich, ont également participé à des initiatives de dialogue avec des représentants juifs, comme la rabbin Pauline Bebe, illustrant la diversité des engagements en faveur de la compréhension mutuelle entre ces deux traditions.  
  • Ces efforts collectifs témoignent de l’engagement continu des responsables protestants en France pour promouvoir un dialogue respectueux et constructif avec la communauté juive.

Par exemple :

La Fédération luthérienne mondiale a reconnu en 1983 la gravité des propos de Luther et leur rejet explicite.

En 2017, à l’occasion des 500 ans de la Réforme, de nombreuses Églises protestantes ont réaffirmé leur volonté de réconciliation avec les Juifs.

 


Contexte général : le dialogue interreligieux

          La France a connu une période sanglante et difficile dont l’apogée se situe le24 Août 1572 … c’est la Saint Barthélemy, cette nuit des dizaines de milliers de huguenots sont massacrés par les catholiques. 

          Il y a donc une similitude historique avec la déportation des juifs de France pendant la seconde guerre mondiale, ce qui rapproche les deux communautés.

 

  • Après la Shoah et avec les évolutions sociétales du XXe siècle, les Églises chrétiennes — dont les protestants — ont entrepris une réflexion profonde sur leurs relations avec le judaïsme.
  • En France, cela a encouragé un rapprochement entre les institutions religieuses juives et protestantes, dans une volonté commune de respect mutuel, de mémoire partagée (notamment de la Shoah) et de défense des libertés religieuses.


Relations officielles entre le Consistoire et la FPF

  1. Dialogue interreligieux structuré
    • La Commission des relations avec le judaïsme de la FPF est chargée de maintenir et de développer les liens avec les instances juives.
    • Le Consistoire, en tant que représentant officiel du judaïsme consistorial, participe aux échanges, aux rencontres et aux commémorations.
  1. Commémorations communes
    • Participation régulière aux cérémonies de mémoire de la Shoah, au Yom HaShoah, à la Journée nationale du souvenir des victimes de la déportation, etc.
    • Appels communs contre l’antisémitisme, les actes de haine ou d’exclusion.
  1. Déclarations conjointes et prises de position publiques
    • Sur des sujets comme la laïcité, les valeurs républicaines, ou les droits des minorités religieuses, les deux institutions ont souvent signé des textes communs ou convergents.
  1. Formations et conférences
    • Organisation de tables rondes, colloques ou conférences sur des sujets communs : Bible, spiritualité, État et religion, place de la foi dans la société, etc.
    • Participation de rabbins à des événements protestants, et vice versa.


Valeurs partagées

  • Le judaïsme consistorial et le protestantisme français ont en commun :
    • Un attachement à la Bible hébraïque.
    • Une forte tradition d’étude et de lecture critique des textes.
    • Un rapport libre et personnel à Dieu, valorisant l’intelligence de la foi.
    • Un respect de la conscience individuelle.
    • Une histoire de persécutions et de résilience.


Points de vigilance

  • Le protestantisme français n’est pas homogène : la FPF regroupe plusieurs courants (réformés, évangéliques, luthériens…), certains plus engagés dans le dialogue juif-protestant que d’autres.
  • Les positions théologiques varient également sur la lecture de l’Ancien Testament ou sur la légitimité de l’existence de l’Etat d’Israël

  • Exemples de coopérations concrètes
  • Participation du Grand Rabbin de France à des conférences organisées par la FPF.
  • Présence de représentants protestants à des cérémonies officielles du Consistoire.
  • Les jamborées de scouts protestants et d’éclaireurs israélites
  • Signature de déclarations interreligieuses communes (par exemple contre l’antisémitisme ou pour la liberté religieuse).


L’antisémitisme chez certains protestants est un phénomène historique, souvent lié à des interprétations théologiques ou des contextes politiques précis. Il ne peut être généralisé à tout le protestantisme, qui comprend des traditions très diverses, et dont de nombreuses branches ont aujourd’hui une posture résolument favorable au dialogue avec le judaïsme.


© 2025 JBCH. Reproduction interdite sans autorisation.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire