Rechercher dans ce blog

samedi 5 septembre 2026

Berlin revit alors que Paris s'éteint. JBCH N° 2609 - 148




Urbanisme · Deux capitales, deux modèles



Berlin se modernise, Paris s'appauvrit : deux conceptions antagonistes de la ville




Par Jacques-Bernard — 5 septembre 2026        JBCH N° 148

Alors que Paris multiplie les pistes cyclables, les zones 30 et les fermetures de voies aux voitures au nom d'une « ville du quart d'heure » idéalisée, Berlin prend le chemin inverse. 

La capitale allemande réduit les aménagements cyclables, relève les limitations de vitesse et achève son autoroute urbaine. Deux philosophies s'affrontent : l'une qui place la fluidité et l'efficacité au centre, l'autre qui fait de la restriction automobile un dogme.

L'épisode de la Friedrichstrasse illustre parfaitement le retournement berlinois. Ouverte aux vélos en 2020, transformée en « zone tranquillisée », cette artère légendaire  autrefois coupée par le Checkpoint Charlie  a été refermée aux voitures, puis rouverte en 2023 après décisions de justice et alternances politiques. 

Coût de l'expérimentation : 3 millions d'euros. Résultat : un sentiment de chaos et de gâchis partagé par automobilistes et cyclistes.


Le projet a « refroidi une grande partie de la population pourtant favorable à une transformation ».Andreas Knie, sociologue de la mobilité, WZB


Depuis, les conservateurs de Kai Wegner, au pouvoir depuis 2023, ont fait de la « libre circulation des voitures » leur ligne de campagne. Les affiches de la CDU pour les municipales du 20 septembre 2026 sont sans ambiguïté : « Il est interdit d'interdire la voiture. » 

L'extrême droite surenchérit : « La voiture, ce n'est pas illégal ! » Les Verts refusent d'entrer dans ce « petit jeu électoral », mais le message populaire est clair : les Berlinois en ont assez des expérimentations qui ralentissent la ville sans convaincre.

Berlin ne refuse pas le vélo. Elle refuse que la piste cyclable devienne un outil de ralentissement systématique et de moralisation. 




Elle préfère une métropole qui circule, qui connecte ses quartiers, qui accepte la réalité d'une ville polycentrique et d'une économie qui a besoin de mobilité. Paris, à l'inverse, a transformé la restriction automobile en projet identitaire. 

Résultat : embouteillages déplacés, commerces fragilisés dans certains arrondissements, sentiment d'enfermement pour une partie des habitants, et une ville qui, sous couvert d'écologie, s'appauvrit en accessibilité et en attractivité fonctionnelle.

Quant à Paris, ce sont les banlieusards exilés à cause du prix des taxes et des logements, ces banlieusards qui ne peuvent plus prendre la voiture, et qu on oblige a prendre des transports en commun sales, et inadaptés et jamais à l'heure qui en subissent les conséquences.




Deux conceptions s'opposent. L'une veut une ville qui respire par la contrainte. L'autre veut une ville qui fonctionne. Berlin a choisi la seconde. 

Et, pour l'instant, une majorité de ses habitants semble lui donner raison.



Une ville qui circule, ou une ville qui se contraint — le choix n'a rien d'anodin.

© JBCH Septembre 2026

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire