Diplomatie & mémoire
Kinshasa-Jérusalem : le retour d'un vieil ami
D'APRÈS MES ANALYSES, MES LECTURES DANS LES JOURNAUX FRANÇAIS ET INTERNATIONAUX ET LES MEDIAS, UN COMPLÉMENT SE TROUVE DANS JBCH CLIPS et JBCH Echanges
En transférant son ambassade à Jérusalem, la RDC ne fait pas seulement un choix diplomatique à contre-courant : elle referme une boucle amorcée dès 1960.
JBCH Réflexions — JBCH SeptemBre 2026
Une visite qui scelle une constance
Le président congolais Félix Tshisekedi a effectué le 31 août une visite officielle à Jérusalem, la seconde depuis 2021, à l'invitation d'Isaac Herzog. Entretiens avec le président israélien, rencontre avec Benjamin Netanyahu, recueillement à Yad Vashem : le déplacement s'est conclu le 3 septembre par une annonce que la presse internationale a immédiatement relevée comme un geste rompant avec le consensus diplomatique dominant le transfert de l'ambassade congolaise de Tel-Aviv à Jérusalem, dans le sillage des États-Unis, du Guatemala ou du Kosovo.
Ce que les commentateurs pressés présentent comme un coup diplomatique isolé est en réalité la continuité d'une relation entamée dès l'indépendance congolaise, en 1960. Formation d'officiers, d'agronomes et de médecins en Israël, transferts de technologies agricoles jusque dans le Kasaï, coopération sécuritaire contre les groupes armés de l'Est : le partenariat qui se scelle aujourd'hui à Jérusalem n'invente rien, il officialise soixante-cinq ans de proximité discrète.
Une coopération déjà ancienne
- 1960 : la RDC parmi les premiers pays africains à nouer une relation suivie avec Israël
- Formations d'officiers, agronomes et médecins congolais en Israël
- Irrigation goutte-à-goutte au Kasaï, agri-tech, cybersécurité, gestion de l'eau
- Appui au renseignement et à la sécurisation d'infrastructures stratégiques
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Les bâtisseurs oubliés de Léopoldville
Ce que la diplomatie d'aujourd'hui met en lumière, c'est un chapitre que l'histoire officielle du Congo a largement effacé : le rôle des Juifs grecs de Rhodes et des Juifs ashkénazes de Belgique, installés dès les années 1920-1930 à Élisabethville, Luluabourg et surtout Léopoldville.
Ils n'étaient pas les administrateurs de la colonie, ils en étaient les commerçants et les entrepreneurs — au point de fonder, avec des associés grecs, les premiers labels de disques d'Afrique centrale, Ngoma, Esengo, Opika, CEFA, matrices de la rumba congolaise.
Leur empreinte dépasse largement le commerce du disque. Les magasins « Au Chic » des frères Hasson, ouverts en 1946, ou « La Coupole » d'Henri Palacci, ont vendu indifféremment aux Blancs et aux Noirs, à rebours de la ségrégation coloniale ordinaire, contribuant à faire des Congolais des consommateurs à part entière plutôt que des sujets administrés.
Le rabbin Moïse Lévy, consulté par les gouverneurs belges et reçu par les rois Léopold III et Baudouin, incarne à lui seul l'influence disproportionnée de cette petite communauté, qui comptait 600 membres en 1960 et atteindra un millier en 1985.
Une empreinte que la zaïrianisation n'a pas effacée.
La zaïrianisation de Mobutu, en 1973, puis les pillages de 1991, pousseront la majorité de cette communauté au départ. Mais son empreinte reste inscrite dans l'ADN économique et culturel du grand Congo jusque dans les sillons de la rumba, dont peu d'auditeurs savent aujourd'hui qu'elle doit une part de sa naissance industrielle à des commerçants juifs venus de Rhodes et de Belgique.
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Le mystère bakongo, à prendre avec prudence
Reste la partie la plus fragile de cette histoire, et celle qu'il convient de traiter avec le plus de rigueur : l'hypothèse d'une origine hébraïque lointaine du peuple bakongo.
Elle s'appuie sur un précédent réel les Lemba d'Afrique australe, chez qui une équipe menée par Karl Skorecki a identifié en 1997 le « Cohen Modal Haplotype », signature génétique associée aux Cohanim. Cette découverte elle-même a depuis été nuancée par des études ultérieures, qui ont montré que ce marqueur n'était ni unique ni exclusivement sacerdotal.
Concernant les Bakongo spécifiquement, la prudence s'impose davantage encore. Tradition orale d'une migration venue du Nord-Est, pratiques rappelant la cacherout ou le repos du samedi, pistes génétiques évoquant l'haplogroupe L2a1f chez certains descendants : ce faisceau d'indices circule dans certains cercles, y compris israéliens, mais aucune étude scientifique publiée et répliquée à grande échelle ne l'établit à ce jour.
Le distinguo est essentiel entre une hypothèse qui mérite d'être creusée sérieusement et une conclusion qu'on annoncerait déjà comme acquise.
Ce que l'histoire suffit déjà à raconter
Faut-il pour autant réduire l'amour du Congo pour Israël à une hypothétique mémoire du sang ? Je ne le crois pas, et je m'en méfierais même : l'histoire vérifiable suffit largement à l'expliquer, sans avoir besoin d'un roman généalogique.
Une amitié d'État entamée en 1960, une communauté juive qui a façonné l'économie et la culture congolaises, une coopération sécuritaire et technologique continue jusqu'à aujourd'hui — voilà un attachement qui n'a nul besoin d'un chromosome pour se justifier.
Le geste de Tshisekedi à Jérusalem n'est pas le retour d'un frère perdu retrouvé par la génétique. C'est la fidélité, plus prosaïque et plus solide, de deux nations qui n'ont jamais vraiment cessé de se parler.
D'après des éléments de presse sur la visite officielle du président Tshisekedi en Israël (31 août-3 septembre 2026) et sur l'histoire des communautés juives du Congo belge.
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Tellement rare qu’il faut le souligner
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