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vendredi 6 mars 2026

Les Juifs et l'Argentine JBCH N° 2603 - 930

 L'Argentine et les juifs 


À la fin du XIXᵉ siècle, lorsque les plaines immenses de l’Argentine semblaient encore attendre leurs habitants, une histoire singulière commença à s’écrire entre un peuple ancien et une terre neuve. 




Des milliers de Juifs d’Europe de l’Est fuyaient alors les pogroms et la misère de l’Empire russe. Beaucoup rêvaient de l’Amérique, mais certains allaient trouver leur refuge bien plus au sud, dans les pampas infinies de l'Argentine.





Derrière cette aventure humaine se trouvait la vision d' hommes comme le Baron de Rothschild ou le Baron Maurice de Hirsch. Ce dernier, financier et philanthrope d’origine austro-hongroise, il était convaincu que les Juifs persécutés d’Europe devaient retrouver dignité et autonomie par le travail de la terre. 


Contrairement au Baron de Rotschild, qui achetait des terres aux Ottomans, en 1891, il fonda lui, la "Jewish Colonization" Association, une organisation destinée à acheter des terres en Argentine et à y installer des familles juives venues d’Europe orientale.




À cette époque, l’Argentine était un pays jeune, avide de colons et d’énergie humaine. Le gouvernement encourageait l’immigration pour peupler les vastes territoires agricoles. Les bateaux quittèrent donc les ports d’Odessa, de Hamburg ou de Trieste, chargés de familles juives qui n’avaient souvent jamais vu un champ de blé autrement que depuis la fenêtre d’un train.


Lorsqu’ils arrivèrent dans les colonies agricoles comme Moises Ville ou Basavilbaso, dans la province de Santa Fe Province et celle d’Entre Ríos Province, ils durent tout apprendre. Beaucoup venaient de petites villes où l’on vivait de commerce ou d’artisanat. Ici, il fallait labourer la terre, semer le blé, surveiller les troupeaux et survivre aux saisons de la pampa.






On les appela bientôt les “gauchos juifs”, une expression devenue célèbre grâce au livre de Alberto Gerchunoff, Los Gauchos Judíos. L’image était forte : des hommes portant la kippa sous le large chapeau des cavaliers argentins, récitant les prières du sabbat dans des maisons de bois au milieu des champs dorés.


La vie n’était pas facile. La Terre était ingrate et difficile à cultiver, d'ou la transformation de ces terres en "pampas d'élevage, Les premières années furent marquées par la pauvreté, les maladies et parfois l’hostilité locale. Pourtant, à force de travail, les colonies prospérèrent peu à peu. Des écoles, des synagogues, des coopératives agricoles virent le jour. Les enfants parlaient espagnol, yiddish et parfois hébreu, naviguant entre deux mondes.


L’héritage du baron  de Hirsch dépasse pourtant ces villages agricoles. Son projet démontra qu’un exil pouvait se transformer en renaissance. L’Argentine offrit aux Juifs un espace de liberté où ils purent reconstruire leurs vies, contribuer à l’économie du pays et enrichir sa culture.




Aujourd’hui encore, dans les vastes plaines argentines, certaines anciennes colonies gardent la mémoire de cette épopée. Les synagogues de briques rouges, les vieux cimetières et les récits transmis de génération en génération racontent l’histoire improbable d’un peuple venu d’Europe, qui trouva dans la pampa un nouveau commencement. l’histoire ne s’arrête pas là. 


Au fil des décennies, la présence juive en Argentine s’est transformée, passant des champs poussiéreux des colonies agricoles à l’effervescence des grandes villes. À Buenos Aires,  les descendants des premiers colons devinrent commerçants, médecins, avocats, journalistes, écrivains. La communauté juive allait devenir l’une des plus importantes du monde hors d’Israël et des États-Unis.




Dans les années 1930 et 1940, une nouvelle vague d’immigration arriva d’Europe, fuyant la montée du nazisme. L’Argentine, malgré ses ambiguïtés politiques de l’époque, accueillit des milliers de réfugiés juifs. Beaucoup s’intégrèrent rapidement dans la vie culturelle et économique du pays. Des journaux en yiddish circulaient dans les quartiers juifs, tandis que les théâtres et les librairies faisaient vivre une intense activité intellectuelle.


Pourtant, le destin des Juifs d’Argentine ne fut pas toujours paisible. Le pays connut des crises politiques, des dictatures militaires et des périodes d’antisémitisme latent. Dans les années 1970, pendant la “guerre sale”, plusieurs Juifs argentins furent victimes de la répression militaire, disparaissant dans les prisons clandestines.


Plus tard, dans les années 1990, deux attentats tragiques marquèrent profondément la communauté : l’attaque contre l’ambassade d’ Israël en 1992 et l’attentat contre le centre communautaire juif AMIA à Buenos Aires en 1994. Ces événements rappelèrent brutalement que l’histoire juive, même en terre d’accueil, restait fragile.




Malgré ces épreuves, la communauté juive argentine demeure aujourd’hui une force culturelle majeure. Des écrivains, des scientifiques, des artistes et des entrepreneurs issus de cette diaspora ont contribué à façonner la société argentine moderne.


Et dans certaines soirées tranquilles de la pampa, lorsque le vent traverse les champs de blé, on raconte encore l’arrivée des premiers bateaux. Des familles venues d’Europe, portant dans leurs valises quelques livres de prière, une langue ancienne et une immense espérance.


Ils cherchaient simplement un endroit où vivre libres. Et dans l’immensité de l’Argentine, ils trouvèrent un nouveau monde.


Un siècle après l’arrivée des pionniers juifs dans la pampa, une scène politique inattendue s’est ouverte en Argentine. À sa tête, un président au style iconoclaste, économiste libertarien et provocateur assumé : Javer Milei  Mais derrière ses discours flamboyants et ses réformes économiques radicales se cache une dimension moins connue de sa personnalité : une fascination profonde pour le judaïsme et pour Israël


Dès son arrivée au pouvoir en 2023, Milei a surpris le monde diplomatique en plaçant Israël au cœur de sa politique étrangère. Lors de son premier voyage officiel hors d’Amérique latine, il s’est rendu àJ érusalem, où il s’est recueilli longuement devant le Kotel . Les images du président argentin, les yeux fermés et enveloppé dans une émotion visible, ont fait le tour du monde.




Ce geste n’était pas seulement symbolique. Milei a annoncé son intention de transférer l’ambassade d’Argentine à Jérusalem, rejoignant ainsi un petit groupe de pays ayant reconnu la ville comme capitale d’Israël. Pour lui, Israël représente bien plus qu’un partenaire diplomatique : c’est un modèle civilisationnel.


Depuis plusieurs années, Javier Milei s’intéresse à la pensée juive. Il a étudié certains textes bibliques et s’est rapproché de rabbins argentins. Selon plusieurs proches, il envisagerait même une conversion au judaïsme après son mandat présidentiel. Cette curiosité spirituelle s’accompagne d’une admiration pour la résilience historique du peuple juif et pour la réussite technologique d’Israël.





Dans ses discours, Milei évoque souvent l’esprit d’innovation israélien, la capacité du pays à transformer le désert en terres agricoles fertiles et à devenir une puissance technologique mondiale. Pour cet économiste obsédé par la liberté individuelle et l’entrepreneuriat, Israël incarne une forme de miracle historique : un petit État entouré d’ennemis mais capable de prospérer grâce à la science, à l’éducation et à l’audace.




Cette proximité avec Israël a également une dimension politique. Milei a adopté une position très ferme contre l'Iran qu’il accuse d’être responsable des attentats contre l’AMIA à Buenos Aires en 1994, l’une des attaques antisémites les plus meurtrières de l’histoire de l’Amérique latine.




Dans les rues de Buenos Aires, certains voient en lui un dirigeant atypique, parfois déroutant. Mais pour la communauté juive argentine, l’une des plus importantes du monde l’attitude de Javier Milei représente une rupture historique : jamais un président du pays n’avait affiché un tel attachement à Israël et au judaïsme. Au moins 250 000 juifs vivent aujourd'hui en Argentine.


Ainsi, plus d’un siècle après le rêve agricole du baron de Hirsh et l’installation des premiers colons à Moïse City l’histoire entre l’Argentine et le peuple juif semble connaître un nouveau chapitre.


Cette fois, il ne se joue plus seulement dans les champs de la pampa, mais au sommet de l’État argentin, porté par un président convaincu que l’histoire d’Israël est aussi une leçon pour le monde.



Pourquoi la Bourse de Tel Aviv explose. JBCH N° 2603 - 929

           La Bourse de Tel-Aviv défie les tensions régionales et poursuit sa progression


Malgré le contexte de guerre au Moyen-Orient et l’incertitude géopolitique, la Bourse de Tel Aviv  affiche une étonnante solidité. Jeudi, les principaux indices du marché israélien ont terminé la séance nettement dans le vert, confirmant une dynamique haussière qui intrigue autant qu’elle rassure les investisseurs. 


Le cours actuel de TASE est de 16 150 ILA - 5,83 % en 24 heures ... qui dit mieux ?


Cette hausse s’explique en grande partie par la forte performance de certains secteurs clés de l’économie israélienne. L’indice de la construction s’est envolé de 4,58 %, porté par l’optimisme des investisseurs envers les valeurs immobilières, dans un contexte où les marchés anticipent un possible assouplissement monétaire. Le secteur des technologies propres, représenté par l’indice Cleantech, a également enregistré une progression notable de 3,8 %. Mais c’est surtout le secteur de la défense qui attire l’attention : l’indice des entreprises liées à l’industrie militaire a gagné 3,64 % sur la séance.


Depuis le début du mois, les sociétés de défense cotées à la bourse de Tel Aviv (SETA) affichent une hausse spectaculaire de 11,4 %, et même de 37,9 % depuis le début de l’année. Cette performance reflète l’augmentation anticipée des budgets militaires et la demande croissante pour les technologies de sécurité et d’armement. Dans un environnement régional instable, les investisseurs parient sur le rôle stratégique de ces entreprises dans l’économie israélienne et dans les marchés internationaux.




Le secteur des assurances suit également une trajectoire impressionnante. L’indice TA-Assurances a progressé de 15,6 % depuis le début du mois et de plus de 35 % depuis janvier. Cette hausse est alimentée par des résultats financiers solides et par la perception d’un secteur capable de résister aux fluctuations économiques.


Au total, une vingtaine d’actions composant l’indice TA-125 ont enregistré des hausses supérieures à 5 %, dont près de la moitié appartiennent au secteur immobilier. En revanche, le secteur bancaire a connu une séance plus difficile. L’indice TA-Banques a reculé de 1,48 %, les investisseurs réagissant aux résultats financiers publiés récemment par plusieurs établissements majeurs. 


Parmi les titres en baisse figurent notamment la compagnie aérienne El Al,  le groupe Electra Consumer Products, l’entreprise de télécommunications par satellite Gilat, ainsi que les grandes banques israéliennes Léumi et Hapoalim,  Le géant pharmaceutique Teva a également reculé d’environ 2 %.




Un autre élément marquant de la séance concerne les volumes d’échanges, particulièrement élevés. Environ 7 milliards de shekels ont été échangés sur le marché des actions, un niveau inhabituel pour une période sans échéance mensuelle ni révision d’indices. Une part importante des transactions a concerné les fonds indiciels (ETF), dont près d’un tiers répliquait l’indice TA-35. Ce phénomène traduit un retour de l’intérêt des investisseurs pour les grandes capitalisations israéliennes, souvent perçues comme plus stables en période d’incertitude.


Sur le marché obligataire, l’activité est restée tout aussi soutenue. Les obligations d’État et les bons du Trésor ont généré un volume d’environ 7,3 milliards de shekels, tandis que les obligations d’entreprises ont enregistré près d’un milliard de shekels d’échanges. Cette intensité reflète une forte mobilisation du capital sur l’ensemble des marchés financiers israéliens.




Du côté des devises, le dollar s’échangeait autour de 3,08 shekels, un niveau relativement stable. Dans le même temps, les marchés américains ont ouvert la séance en légère baisse, accentuant le contraste avec la performance israélienne. Les économistes de la Bourse soulignent que le marché local continue de démontrer une résilience remarquable face aux tensions régionales.


Cette solidité ne signifie pas que tous les secteurs évoluent de manière uniforme. Les banques réagissent aux publications de résultats, les sociétés immobilières profitent des perspectives de baisse des taux d’intérêt, les entreprises de défense bénéficient de la hausse des dépenses militaires, tandis que les sociétés de logiciels suivent le rebond du secteur technologique mondial.






La journée a également été marquée par la publication des résultats annuels de la Bourse elle-même. La société exploitant la place financière de Tel-Aviv, cotée sous le symbole TASE, a annoncé des performances financières solides pour l’année 2025. Ses revenus annuels ont atteint 563,5 millions de shekels, soit une progression de 29 % par rapport à l’année précédente. Le bénéfice net a quant à lui bondi de 79 %, pour atteindre 181 millions de shekels.


Cette croissance s’explique principalement par l’augmentation significative des volumes de transactions et par l’intensification de l’activité sur les marchés financiers israéliens. Profitant de cette dynamique, la Bourse a également annoncé le versement d’un dividende total d’environ 144,8 millions de shekels à ses actionnaires, dont une partie prendra la forme d’un dividende exceptionnel lié à l’amélioration de la rentabilité.




Dans un environnement international marqué par les crises géopolitiques, les tensions énergétiques et les incertitudes économiques, la Bourse de Tel-Aviv semble ainsi envoyer un signal fort : celui d’un marché capable de résister aux turbulences et de continuer à attirer les capitaux. 


Pour de nombreux analystes, cette résilience reflète non seulement la solidité de certains secteurs stratégiques israéliens, mais aussi la confiance persistante des investisseurs dans la capacité d’innovation et d’adaptation de l’économie du pays.



L'IA et le droit d'auteur. JBCH N° 2603 - 928

Intelligence artificielle et droit d’auteur : 

Une frontière juridique encore floue


Une nouvelle bataille juridique s’annonce aux États-Unis autour d’une question devenue centrale à l’ère numérique : jusqu’où un créateur peut-il utiliser l’intelligence artificielle tout en revendiquant la paternité d’une œuvre ? 


Qu’il s’agisse d’un tableau, d’un livre ou d’une composition musicale, la frontière entre création humaine et production automatisée reste aujourd’hui incertaine.




Le débat a été relancé par la décision de la Cour suprême américaine de ne pas examiner le recours du chercheur en informatique Stephen Thaler. Depuis près de huit ans, celui-ci tente de faire reconnaître que son système d’intelligence artificielle puisse être considéré comme l’auteur légal d’une œuvre. 


En refusant de se saisir de l’affaire, la plus haute juridiction américaine laisse en place la décision de la Cour d’appel du district de Columbia : seuls des êtres humains peuvent être enregistrés comme auteurs d’une œuvre protégée par le droit d’auteur.




Mais cette décision ne règle pas tout. Les juges eux-mêmes reconnaissent qu’une question essentielle demeure ouverte : à partir de quel moment une œuvre assistée par l’intelligence artificielle peut-elle être protégée par le copyright ?


Jusqu’à présent, les litiges liés à l’IA portaient surtout sur l’utilisation massive de livres, films ou chansons pour entraîner les modèles. Désormais, un nouveau défi se profile : distinguer une œuvre véritablement créée par un humain d’une production générée par une machine. Une distinction difficile, car les outils d’IA deviennent de plus en plus intégrés au processus créatif.




Pour les spécialistes du droit de la propriété intellectuelle, le principe reste pourtant clair : une œuvre n’est protégeable que si elle contient une contribution créative humaine originale. Cette règle s’applique déjà à d’autres technologies. Personne ne doute par exemple qu’une photographie retouchée avec Photoshop ou une chanson utilisant l’auto-tune puisse être protégée par le droit d’auteur.


Avec l’intelligence artificielle, la situation est plus complexe. Le U.S. Copyright Office considère que seule la partie réellement créée ou modifiée par un humain peut bénéficier d’une protection. Dans un cas récent, l’administration a refusé de protéger les illustrations générées par IA d’un roman graphique, tout en acceptant de protéger la sélection et l’agencement de ces images par l’auteur. Dans une autre affaire, un artiste n’a pu revendiquer des droits que sur les modifications qu’il avait apportées à une image produite par une IA.




Pour certains juristes, cette approche reste fragile. Elle accorde ce que l’on appelle parfois un « copyright mince » : la protection ne porte pas sur l’image générée elle-même, mais seulement sur la manière dont l’auteur l’a organisée ou transformée.


La question des prompts, ces instructions écrites qui guident l’IA, pourrait devenir décisive. Une simple demande — par exemple « dessine un chat » — aurait peu de chances d’être considérée comme une création originale. En revanche, un prompt extrêmement détaillé décrivant un personnage, une scène ou un style artistique pourrait être interprété comme une véritable contribution créative.




Les tribunaux devront donc trancher un problème finalement ancien sous une forme nouvelle : combien d’expression créative suffit-il pour qu’une œuvre soit protégée ? Dans l’histoire du droit d’auteur, certaines créations très courtes ont été jugées trop limitées pour être protégées, tandis que d’autres ont été reconnues comme des œuvres à part entière.


Même s’il a perdu sa bataille judiciaire, Stephen Thaler estime avoir forcé les institutions à réfléchir à la notion même de créativité à l’ère de l’intelligence artificielle. Selon lui, les tribunaux maîtrisent le droit, mais restent encore loin de comprendre pleinement les technologies qui redéfinissent aujourd’hui la création artistique.


Une chose est certaine : le droit d’auteur entre dans une zone d’incertitude, où la frontière entre l’imagination humaine et la puissance des machines devra être redessinée par les juges dans les années à venir.



jeudi 5 mars 2026

Arthur entre dans la danse des TV israeliennes. JBCH N° 2603 - 927

L’homme d’affaires Patrick Drahi s’associe à l’animateur et producteur Arthur Essebag ainsi qu’au financier américain John Paulson pour racheter la chaîne israélienne N° 13 


Cette alliance marque une nouvelle étape dans la recomposition du paysage audiovisuel en Israël, avec l’ambition affichée de renforcer un pôle médiatique influent et international



Patrick Drahi, déjà actionnaire minoritaire de la chaîne depuis février, à hauteur d’environ 15 %, consolide ainsi sa position grâce à l’arrivée de partenaires de poids. L’annonce, faite le 3 mars 2026, transforme ce qui apparaissait initialement comme une simple prise de participation en un projet stratégique de grande envergure. Le consortium entend non seulement stabiliser l’avenir économique de la chaîne, mais aussi en faire un acteur majeur du débat public israélien




Dans un communiqué transmis à l’AFP, les trois investisseurs soulignent que cette nouvelle structure renforce considérablement l’opération, tant sur le plan financier que sur le plan stratégique. Pour Patrick Drahi, également propriétaire de Altice et de I24 NEWS ce projet s’inscrit dans une stratégie de recentrage sur Israël après la cession de ses actifs médiatiques français, notamment RTL, BFM, RMC destinée à réduire la dette de son groupe.




L’apport du consortium repose sur des compétences complémentaires. Arthur Essebag, fondateur de Satisfaction Group et ancien dirigeant lié à Endemol apporte une expertise reconnue dans la production audiovisuelle et la création de formats populaires. John Paulson, célèbre pour ses succès dans la gestion de fonds spéculatifs, garantit quant à lui une solidité financière et une crédibilité internationale à l’opération




Ce rapprochement constitue également une réponse aux inquiétudes exprimées par le comité des employés de la chaîne, qui s’interrogeait sur la viabilité et la légalité de l’offre initiale de Drahi. En structurant un consortium solide, les investisseurs cherchent à rassurer salariés et partenaires, tout en affirmant une vision ambitieuse pour l’avenir du média.




Au-delà de la logique économique, les trois hommes revendiquent une dimension idéologique et stratégique. Ils affirment vouloir contribuer au renforcement de l’économie israélienne et soutenir une presse libre et influente dans un contexte régional marqué par les tensions géopolitiques et la guerre.




Leur objectif est clair : transformer Reshet 13 en un acteur central du paysage médiatique israélien et en une plateforme capable de porter la voix d’Israël sur la scène internationale


https://video.lefigaro.fr/figaro/economie/l-animateur-arthur-s-allie-a-patrick-drahi-pour-racheter-une-chaine-de-tele-israelienne-20260303

Ki Tissa, raconte l'épisode du Veau d'Or JBCH N° 2603 - 926

La paracha de la semaine Ki Tissa, occupe une place centrale dans la pensée biblique, car elle met en scène l’un des épisodes les plus dramatiques de l’histoire d’Israël : la faute du veau d’or

Alors que Moïse se trouve sur le mont Sinaï pour recevoir la Torah, le peuple, inquiet de son absence, demande à Aaron de fabriquer une idole visible pour guider la communauté. 


Cette scène, au-delà du récit historique, représente une tentation humaine permanente : remplacer l’invisible et l’exigence spirituelle par une certitude matérielle et immédiate.  





Le judaïsme fait précisément du rejet de l’idolâtrie un principe fondateur. Depuis la destruction des idoles par Abraham jusqu’à l’épreuve du Sinaï, la tradition biblique affirme que la liberté humaine ne peut exister que si l’homme refuse d’adorer les œuvres de ses propres mains. L’idolâtrie n’est pas seulement religieuse : elle peut être politique, idéologique, économique ou technologique. Elle apparaît chaque fois qu’une structure humaine se substitue à la responsabilité morale. Le récit de Moïse brisant les tables de la Loi face au veau d’or symbolise ce refus radical d’un système qui prétend remplacer la relation vivante entre Dieu et l’homme.



Cette tension traverse toute l’histoire d’Israël et se retrouve également dans la Haftara associée à la paracha, qui relate le célèbre affrontement entre le prophète Elie et les prêtres du dieu Baal. Sur le mont Carmel, Élie démontre que l’idole, malgré son apparente puissance, est incapable de répondre à l’appel humain. L’épisode illustre une idée centrale : une civilisation peut être technologiquement avancée et pourtant spirituellement vide si elle repose sur des idoles – qu’elles soient religieuses ou politiques.


Ces enseignements résonnent fortement avec la situation contemporaine d’Israël. La société israélienne traverse aujourd’hui des divisions politiques profondes, où chaque camp peut être tenté d’ériger ses convictions en vérités absolues. 




La paracha rappelle que la cohésion d’un peuple ne peut reposer sur des symboles figés ou des identités rigides, mais sur une responsabilité collective et un dialogue permanent. Dans un pays confronté à des débats intenses sur la gouvernance, la justice ou l’identité nationale, le message de Ki Tissa invite à dépasser les « idoles » idéologiques pour préserver l’unité du peuple.



Sur le plan économique et scientifique, Israël est souvent présenté comme une “Start-Up Nation”, symbole de réussite technologique et d’innovation. Mais la paracha rappelle aussi un principe de mesure : la réussite matérielle ne doit pas devenir une nouvelle forme d’idolâtrie. 



Les avancées israéliennes dans l’agriculture, notamment l’irrigation de précision et les technologies agricoles adaptées aux zones arides, montrent qu’il est possible de conjuguer progrès scientifique et responsabilité envers la terre. Dans ce domaine, la tradition biblique – qui accorde une grande importance à la gestion de la terre d’Israël – rejoint les défis contemporains liés à l’eau, au climat et à la sécurité alimentaire.




La dimension militaire et sécuritaire constitue également un parallèle évident. Israël vit dans un environnement conflictuel et doit constamment assurer sa défense. Pourtant, Ki Tissa rappelle que la force ne peut jamais devenir une idole. Dans la Bible, la puissance militaire n’a de sens que si elle est guidée par une vision morale et par la recherche de justice. Cette tension entre sécurité et éthique reste au cœur des débats israéliens actuels.



Pour "Manitou", Pourim représente la survie d’Israël dans l’histoire, tandis que Pessa’h symbolise la libération ultime. Entre les deux, la paracha Ki Tissa rappelle que la liberté ne se maintient que si le peuple refuse l’idolâtrie sous toutes ses formes.


Ainsi, ce texte biblique ancien éclaire étonnamment les défis contemporains : la tentation des idéologies absolues, le rapport entre technologie et spiritualité, l’équilibre entre puissance et responsabilité. Plus de trois millénaires après le Sinaï, la question demeure la même : comment construire une société forte et innovante sans perdre le souffle spirituel qui en constitue le fondement.



mercredi 4 mars 2026

Juifs perses à Los Angeles .. JBCH N° 2603 - 925

Regarde me dit mon fils à Los Angeles, regarde papa, c’est une boucherie casher ! … 


Impossible la devanture était en écriture arabe … alors Igal m’explique que les juifs d’origine perse sont très nombreux à LA et que ce que lis, c'est du farsi … 

قصابی کوشر


Alors que la guerre s’intensifie au Moyen-Orient, les Juifs iraniens installés aux Los Angeles vivent une période de bouleversement émotionnel, mêlant espoir, inquiétude, fierté et peur. Dans cette ville, qui abrite l’une des plus importantes communautés iraniennes hors d’Iran, le conflit ravive une mémoire collective marquée par l’exil et la rupture.






Au sein de l’Eretz Cultural Center, principal centre communautaire juif perse de Californie, les fidèles expriment une large palette de sentiments. Sa directrice, Rebecca Aghalarpour, évoque des inquiétudes profondes, une foi persistante et une forte résilience collective. Beaucoup portent encore le souvenir transmis de la révolution islamique de 1979, qui avait contraint des milliers de familles juives à fuir leur pays.







Aujourd’hui, trois demandes reviennent souvent : davantage de prières, un renforcement de la sécurité et l’espoir d’un changement politique. Les rassemblements communautaires se multiplient, tandis que les dispositifs de protection sont renforcés en coordination avec les autorités. Mais derrière la crainte, subsiste aussi une aspiration : celle d’un avenir plus libre pour l’Iran et d’une paix durable, notamment avec Israël.






 L'heure est davantage à l’enthousiasme.On assiste à des rassemblements marqués par la présence simultanée de drapeaux iraniens et israéliens, symbole d’une convergence inédite.


Toutefois, l’inquiétude demeure quant à l’avenir, notamment pour la petite communauté juive restée en Iran et face à un éventuel vide politique. Très nombreux sont ceux qui soutiennent une transition menée par Reza Pahlavi.






Dans cette période tendue, les membres de la communauté restent rivés à leurs téléphones, alternant entre médias américains, israéliens et persanophones. Beaucoup ont suivi les premiers jours du conflit lors de la conférence annuelle de J Street, où les débats étaient sans cesse interrompus par les alertes d’actualité.






Le contexte religieux renforce encore l’intensité émotionnelle. La fête de Pourim, qui rappelle l’histoire d’Esther en Perse antique, précède de peu Nowrouz, le Nouvel An iranien. Cette juxtaposition entre mémoire juive et tradition perse, sur fond de guerre contemporaine, nourrit un sentiment de destinée partagée.





Malgré les divergences politiques, et il y en a, un fort sentiment d’unité traverse la communauté. Les fidèles recherchent des informations fiables, une parole apaisante et un leadership fondé sur la paix et la dignité. 

Pour beaucoup, l’attachement à l’Iran reste intact, même chez ceux qui n’y ont jamais mis les pieds.


Les Enfants du Cap Vert JBCH N° 2603 - 924

Les Enfants du Cap-Vert Le Destin de João II Ebauche d'un Roman historique

Jacques-Bernard Cohen-Hadria




Prologue – Les registres du roi Lisbonne, automne 1493.

Les bougies vacillaient dans la salle du conseil. Le roi João II, que l’on surnommait déjà le Prince Parfait, fixait les parchemins déroulés devant lui. Des noms. Des centaines, des milliers de noms. Des enfants.

« Deux mille, Sire », murmura le secrétaire, la voix tremblante. « Les parents n’ont pas payé. Les édits sont clairs. »

João II ne répondit pas tout de suite. Il n’était pas un monstre assoiffé de sang. Il avait vu les bûchers de l’Inquisition en Espagne voisine ; il savait ce qui attendait ces âmes juives si elles restaient.

Mais le royaume avait besoin de colons pour les îles lointaines, ces terres volcaniques arrachées à l’océan : São Tomé, Principe, et plus au nord, l’archipel du Cap-Vert. Des enfants baptisés, élevés dans la foi chrétienne, pourraient peupler ces lieux, labourer la canne à sucre, bâtir un empire.

« Qu’ils partent », dit-il enfin, d’une voix sans timbre. « Que Dieu les garde. »

Mais Dieu, ce soir-là, semblait détourner le regard.




L’adieu forcé

Beatriz avait sept ans. Elle serrait la main de sa mère si fort que ses ongles laissaient des croissants rouges dans la paume.

« Maman, je ne veux pas aller sur le bateau. »

Sa mère, Rachel, s’agenouilla. Ses yeux étaient deux puits de larmes contenues.

« C’est pour te sauver, minha filha. Le roi dit que là-bas, il n’y aura pas de feu, pas de croix brûlantes. Tu auras une maison, de la terre… »

Mais sa voix se brisa. Derrière elles, les gardes royaux poussaient les enfants vers les quais. Isaac, dix ans, portait son petit frère Yossi sur son dos. Yossi, quatre ans, pleurait sans bruit, le visage enfoui dans le cou de son aîné.

« On va où ? » demanda Isaac à un garçon plus âgé.

« São Tomé. Une île pleine de serpents et de fièvre, paraît-il. »

Les cloches de Lisbonne sonnaient le glas. Les mères hurlaient des bénédictions en hébreu, vite étouffées par les ordres en portugais.

On arracha Beatriz des bras de Rachel. Elle se débattit, griffa, cria. Un soldat la souleva comme un sac.

Le dernier regard qu’elle échangea avec sa mère fut un regard qui dura une éternité — et qui se termina quand la foule les sépara.





La mer cruelle

Les navires étaient des cercueils flottants. Entassés sous les ponts, les enfants respiraient un air chargé de sel, de vomi et de peur. Les tempêtes de l’Atlantique les secouaient comme des dés dans un gobelet.

Beatriz s’était réfugiée près d’Isaac. Ils formaient un petit cercle avec Maria, huit ans, et Samuel, neuf ans. Maria avait caché son petit frère cadet sous un tas de sacs de farine dans la cale. Chaque nuit, elle descendait lui murmurer des histoires de Lisbonne : les fêtes de Pourim, les chants, les odeurs de pain frais.

« Il faut qu’il se souvienne », disait-elle. « Sinon, il deviendra comme eux. »

Samuel avait trouvé un vieux livre de prières dans un coffre abandonné par un marchand. À la lueur d’une chandelle volée, il lisait à voix basse le Shema Israël.

Les autres enfants s’approchaient, fascinés. Ces mots étaient un bouclier invisible contre la faim, contre le scorbut qui rongeait les gencives, contre les corps que l’on jetait par-dessus bord à l’aube.

Un matin, la tempête fut si violente que le navire gîta dangereusement. L’eau envahit les cales. Isaac serra Yossi contre lui.

« Tiens bon, petit frère. On va arriver. »

Mais Yossi ne répondit pas. Son corps était devenu léger, trop léger. Ils le perdirent cette nuit-là. Isaac pleura en silence, le visage tourné vers la paroi du navire, pour que Beatriz ne le voie pas.

Des dizaines moururent ainsi. Les registres du bord, quand ils existaient, notaient froidement : « Enfant décédé de fièvre » ou « Perdu en mer ». Le roi, à Lisbonne, recevait ces rapports et fermait les yeux.




L’île des ombres

São Tomé apparut comme un mirage vert et noir. Volcanique, humide, grouillante de vie hostile. Les enfants furent débarqués sur une plage de sable noir, pieds nus, affaiblis.

Les colons portugais les regardaient avec un mélange de pitié et de mépris. « Des petits juifs baptisés », disaient-ils. « Ils travailleront la canne. »

On les répartit dans des baraques de bois et de feuilles. On leur apprit à planter, à couper, à porter. Pedro de Souza — car on leur donnait maintenant des noms portugais — se souvenait des premiers jours :

« Je ne savais plus qui j’étais. Plus de parents, plus de prières à haute voix. Juste la machette et la sueur. »

Pourtant, la nuit, dans l’obscurité moite, les fragments survivaient. Maria continuait de parler à son frère caché (il avait survécu, miracle fragile). Samuel lisait toujours son livre, désormais en loques. Beatriz apprit à murmurer le Shema en travaillant, les lèvres à peine remuantes.

Certains s’éteignirent. La malaria, les crocodiles des marais, les fièvres. D’autres grandirent. Ils se marièrent avec des Africains amenés comme esclaves, avec des colons. Les noms comme de Souza se multiplièrent. Les traits juifs s’estompèrent, mais pas la mémoire.

Les secrets chuchotés

Les années passèrent. Les survivants eurent des enfants, puis des petits-enfants.

À São Tomé, puis au Cap-Vert où certains migrèrent pour le commerce ou la fuite, les histoires se transmettaient à voix basse.

« Nos ancêtres venaient d’une ville aux sept collines, avec des cloches qui sonnaient la peur. »

« Un roi a voulu nous sauver, mais il nous a tués d’une autre façon. »

Maria, devenue vieille, racontait encore à ses petits-enfants comment elle avait sauvé son frère. Samuel avait transmis son livre à un neveu ; il circulait de main en main, caché sous des lattes de plancher.

Un jour, un descendant de Pedro de Souza trouva un vieux registre portugais mentionnant « les enfants de 1493 ». Il pleura. Pour la première fois, le chagrin avait un nom, une date.




Le fil de la mer

Cap-Vert, XXIe siècle.

Une femme nommée Ana de Souza allume une bougie dans une petite maison de Mindelo. Elle murmure une prière ancienne, en portugais teinté de créole.

Elle sait. Elle sait que ses ancêtres ont traversé l’océan dans des cales puantes. Ils ont perdu des frères, des mères, une foi proclamée à voix haute. Mais ils ont gardé un fil invisible : la mémoire.




La mer qui les a séparés de Lisbonne les a aussi reliés, génération après génération.

João II voulait peupler des îles. Il a semé des âmes brisées.

Mais ces âmes ont poussé, ont résisté, ont transmis.

Et aujourd’hui, sur ces îles battues par l’Atlantique, les Enfants du Cap-Vert racontent encore leur histoire — entre ombre et lumière, avec le courage hérité de ceux qui, jadis, ont survécu




La Musique dans le monde juif. JBCH N° 2603 - 923

Aujourdh'ui en 2026, par le biais de l'intelligence artificielle des milliers de passionnés juifs créent une nouvelle musique, un nouvel art.

Depuis plus d’un siècle, les artistes juifs ont profondément marqué l’histoire de la musique mondiale, des grandes scènes d’opéra aux cultures urbaines contemporaines. Leur influence, souvent discrète mais déterminante, s’est exercée à travers une diversité de styles qui ont façonné les sensibilités musicales modernes.




Dans la musique classique et l’opéra, des figures comme Léonard Bernstein ont incarné ce dialogue entre tradition savante et modernité. Chef d’orchestre, compositeur et pédagogue, il a contribué à démocratiser la musique classique tout en y insufflant une énergie nouvelle. Avant lui,George Gershwin avait déjà brisé les frontières entre musique savante et populaire, intégrant le jazz dans des œuvres symphoniques devenues emblématiques.




À côté de ces grandes figures, la musique liturgique juive a joué un rôle fondamental. Les chants synagogaux, nourris de traditions millénaires, ont influencé aussi bien la musique sacrée occidentale que certaines formes de gospel et de musique chorale. Cette transmission spirituelle a servi de socle à de nombreux musiciens, formés dès l’enfance à la rigueur vocale et à l’émotion collective.




Dans le jazz, l’empreinte juive est tout aussi visible. La musique Klezmer l'a initié en compagnie des musiques des esclaves du sud des USA. De nombreux producteurs, compositeurs et instrumentistes ont participé à l’essor de ce genre, notamment à New York. Leur rôle fut central dans la structuration des grandes maisons de disques et des clubs qui ont permis au jazz de devenir un langage universel.






La musique populaire du XXe siècle doit également beaucoup à des artistes comme Bob Dylan et Léonard Cohen. Tous deux ont renouvelé l’écriture musicale en y intégrant une dimension poétique, spirituelle et politique, transformant la chanson en véritable espace de réflexion existentielle.




Dans les musiques urbaines, notamment le hip-hop, des producteurs, managers et artistes juifs ont contribué à structurer l’industrie et à promouvoir de nouvelles voix. Ils ont favorisé l’émergence de talents issus des minorités, participant à faire du rap un outil d’expression sociale et politique majeur.


Dans la variété internationale, leur influence s’est également manifestée à travers la production, la composition et l’édition musicale. 


L'IA s'est introduite dans ce schéma.. De Broadway à Hollywood, en passant par les grandes scènes européennes, les créateurs juifs ont souvent été à l’avant-garde des innovations artistiques et techniques.