Ashkénazes : pain ou bagel, fromage frais, hareng, œufs, parfois porridge.
Sépharades … Mouffleta, sfenjs, beignets au miel,
Ashkénazes : pain ou bagel, fromage frais, hareng, œufs, parfois porridge.
Sépharades … Mouffleta, sfenjs, beignets au miel,
’Ouganda, au cœur de l’Afrique de l’Est, et ses relations tumultueuses avec les Juifs et Israël.
Au début du XXe siècle, la « Uganda Scheme » (1903) : la Grande-Bretagne propose à Theodor Herzl un territoire en Afrique orientale britannique (alors appelé Ouganda, en réalité au Kenya actuel) comme refuge temporaire pour les Juifs fuyant les pogroms russes.
Projet rejeté par les sionistes qui préfèrent la Palestine mandataire historique.
Indépendance de l’Ouganda en 1962 : relations très étroites avec Israël. Des milliers d’Ougandais formés en Israël ; l’armée ougandaise entraînée et équipée par Tsahal ; projets de construction et d’agriculture israéliens massifs. Idi Amin Dada lui-même, alors commandant, admire Israël et y suit une formation de parachutiste.
1971 : Idi Amin Dada prend le pouvoir. Au début, il maintient l’alliance militaire. Mais en 1972, virage brutal : il expulse tous les Israéliens, rompt les relations diplomatiques, se rapproche des Palestiniens et de Kadhafi. Ton antisémite et anti-israélien.
1976 : l’affaire d’Entebbe. Un avion d’Air France détourné par des terroristes palestiniens et allemands est dirigé sur l’aéroport d’Entebbe avec la complicité d’Amin. Israël lance l’Opération Thunderbolt : raid audacieux de 4 000 km, libération de 102 otages, mort de tous les preneurs d’otages, de plusieurs soldats ougandais et de Yoni Netanyahu. Humiliation historique pour Amin.
Après la chute du Maréchal, (1979) et sous Museveni (au pouvoir depuis 1986), normalisation progressive. Relations rétablies en 1994 : coopération en agriculture, eau, santé et sécurité.
Aujourd’hui (2026) : tournant spectaculaire. Le général Muhoozi Kainerugaba, chef de l’armée ougandaise et fils du président, offre publiquement 100 000 soldats ougandais pour défendre Israël et la « Terre sainte ».
De la proposition de patrie juive à l’hostilité d’Amin, du raid d’Entebbe à l’offre militaire actuelle : l’Ouganda incarne une histoire contrastée, faite d’amitié stratégique, de trahison et de réconciliation pragmatique.
La lettre hébraïque ח (Heth), huitième de l’alphabet, occupe une place singulière dans la pensée juive, à la croisée du langage, de la spiritualité et de l’éthique.
Comme le souligne Adin Steinsaltz, elle est intimement liée à un mot fondamental : חיים (h’ayim), « la vie ». Cette association n’est pas seulement linguistique : elle constitue l’un des piliers de la vision juive du monde.
Dans le judaïsme, la vie est toujours perçue comme une valeur positive, absolue. À l’inverse, la mort (mavet) est associée à une forme d’impureté et, souvent, au mal. Cette opposition radicale explique pourquoi la tradition juive refuse de sacraliser la mort : ce qui est vivant est porteur de divin, tandis que ce qui s’en éloigne entre dans une logique de dégradation. Ainsi, l’expression El Haï — « Dieu vivant » — souligne que la vie elle-même est un attribut divin.
Cette centralité de la vie se traduit également dans la loi : préserver une vie humaine prime sur presque tous les commandements. Comme il est écrit dans la Torah , « ceux qui s’attachent à Dieu sont vivants ». Même les Justes disparus sont considérés comme vivants, car leur lien avec le divin transcende la mort biologique. La vie n’est donc pas seulement biologique : elle est spirituelle, morale et relationnelle.
Sur le plan symbolique, la lettre ח est composée de deux éléments : le vav et le zayin, reliés par un « toit ». Selon la tradition kabbalistique, ces deux axes représentent des mouvements opposés : l’un descendant (l’émanation divine), l’autre ascendant (l’élévation humaine). Leur union traduit une idée essentielle : Dieu est celui qui relie les contraires.
Cette dynamique se retrouve dans des concepts fondamentaux du judaïsme. Le mot chamayim (cieux), par exemple, associe esh (feu) et mayim (eau), deux éléments incompatibles. De même, la lettre ח incarne une tension entre ouverture et fermeture : elle est fermée sur les côtés et en haut, mais ouverte vers le bas. Cette ouverture suggère la possibilité de chute, introduisant une ambivalence fondamentale : la vie peut s’élever ou se dégrader.
Cette ambivalence se retrouve dans le mot h’èt (faute, péché), issu de la même racine. La lettre devient alors symbole de la condition humaine : un être placé entre élévation et chute, entre fidélité et transgression.
Un autre mot clé lié à la lettre ח est חֵן (h’ène), « la grâce ». Contrairement à la justice ou au mérite, la grâce désigne un don gratuit, accordé sans raison apparente. Dans la Bible, Noé « trouve grâce » aux yeux de Dieu, tout comme Moïse ou Joseph. Cette notion introduit une dimension de mystère dans la relation divine : tout ne relève pas de la logique ou de la récompense.
La grâce se distingue de la bonté (h’essed) ou de la compassion (rah’amim). Là où la compassion répond à un besoin, la grâce est un élan libre, presque inexplicable. Elle renvoie à une dimension cachée de la sagesse, ce que la tradition associe à la Kabbale : une connaissance qui ne se conquiert pas, mais se reçoit.
Le sens premier de ח — barrière, clôture — introduit une dimension essentielle : celle de la limite. Cette limite n’est pas négative ; elle est protectrice. Elle distingue un intérieur d’un extérieur, un espace de vie d’un espace de menace.
Appliquée à la condition humaine, cette idée signifie que vivre, c’est aussi savoir se délimiter : poser des frontières morales, spirituelles et existentielles. Sans limites, il n’y a ni identité, ni responsabilité.
Dans le contexte actuel, cette symbolique prend une résonance particulière pour Israël En tant que société confrontée à des menaces existentielles, Israël incarne cette tension portée par la lettre ח : protéger la vie (h’ayim) tout en maintenant une frontière claire face au danger.
La « barrière » devient ici à la fois physique et morale. Physique, à travers les dispositifs de défense ; morale, à travers une éthique de guerre qui cherche à préserver la vie, même dans le conflit. Cette tension est centrale : comment combattre sans perdre son humanité ? Comment se défendre sans franchir les limites qui définissent justement cette défense ?
La tradition juive apporte une réponse complexe : il est parfois nécessaire de tracer une ligne infranchissable entre le bien et le mal, mais cette séparation ne doit jamais conduire à l’effacement des valeurs fondamentales. La vie reste la valeur suprême, même dans la guerre.
La lettre ח nous enseigne que la vie n’est pas un état passif, mais une tension dynamique entre ouverture et protection, entre grâce et responsabilité, entre élévation et chute. Elle rappelle qu’une société vivante est une société capable de poser des limites — non pour exclure arbitrairement, mais pour préserver ce qui est essentiel.
Dans un monde traversé par des conflits et des incertitudes, cette leçon reste d’une actualité profonde : protéger la vie exige parfois de construire des frontières, mais aussi de ne jamais oublier pourquoi elles existent.
La tension entre la Turquie et Israël franchit un nouveau seuil verbal. Ce week-end, le dictateur Recep Tayip Erdogan a livré l’une de ses diatribes les plus virulentes contre le Premier ministre israélien Benjamin Natanyaou, l’accusant d’être « aveuglé par le sang et la haine » et dénonçant les opérations militaires israéliennes au Liban.
Mais c’est surtout une phrase qui a marqué les esprits : « Comme nous sommes entrés en Libye et au Karabakh, nous pouvons entrer en Israël ». Une déclaration à forte charge symbolique, qui rappelle les précédentes interventions militaires turques et suggère une posture offensive, sinon une capacité revendiquée de projection de puissance.
La réponse israélienne ne s’est pas fait attendre. Sur le réseau social X, Netanyahu a dénoncé Erdoğan, l’accusant de soutenir « le régime terroriste iranien et ses proxies », dans une surenchère verbale désormais habituelle entre les deux dirigeants. D’autres responsables israéliens ont renchéri, qualifiant le président turc de « tigre en papier », tandis qu’Ankara a riposté en assimilant Netanyahu à « Hitler de notre temps ».
Au-delà des mots, cette confrontation s’inscrit dans un contexte géopolitique en recomposition. Alors que l’’Iran sort affaibli d’un affrontement indirect avec les États-Unis et Israël, Ankara tente de s’imposer comme la nouvelle voix du monde musulman contestataire. Soutien affirmé à la cause palestinienne, rupture diplomatique et commerciale avec Israël, et instrumentalisation politique interne : Erdoğan joue une partition bien rodée.
Pourtant, derrière la rhétorique martiale, les réalités stratégiques tempèrent toute perspective d’affrontement direct. Malgré sa puissance militaire — deuxième armée de l’OTAN — la Turquie reste contrainte par des facteurs majeurs : distance géographique, supériorité technologique israélienne, et surtout appartenance à l’Alliance atlantique, incompatible avec une guerre ouverte contre Israël.
Dans ce climat tendu, certains observateurs n’hésitent pas à convoquer des références plus anciennes, voire prophétiques. Le texte des prophéties d’Ezekhiel évoque en effet une confrontation eschatologique impliquant « Gog, prince de Magog, venant du Nord », attaquant Israël dans les derniers temps. Une lecture symbolique, souvent mobilisée dans certains cercles géopolitiques, qui voient dans les tensions actuelles un écho troublant de ces écrits anciens, certains allant jusqu’à spéculer sur un rôle potentiel de la Turquie contemporaine dans cette figure du « Nord ».
Si ces interprétations relèvent davantage du registre théologique que de l’analyse stratégique, elles témoignent néanmoins de la profondeur historique et symbolique des tensions au Moyen-Orient.
Pour l’heure, la crise entre Ankara et Jérusalem reste confinée au champ verbal. Mais dans une région fragmentée , entre un Liban fragile, une Syrie instable et des rivalités persistantes, le risque d’escalade accidentelle ne peut être totalement écarté. Entre posture politique, ambitions régionales et imaginaires anciens, la frontière entre discours et réalité demeure, plus que jamais, sous tension
Si la Turquie entre dans le jeu pour reconstruire l’Empire Ottoman, ce sera la troisième guerre mondiale, car Ezechiel sans ses prophéties d’il y a 3000 ans parle de cette guerre avec du feu et du souffre qui tomberait du ciel pour anéantir les ennemis d’Israël.
À l’approche du printemps, de nombreuses communautés juives à travers le monde renouent avec une tradition ancienne : l’étude des Pirkei Avot souvent traduits en français par « Maximes des Pères ».
Cette pratique, qui débute traditionnellement après la fête de Pessa'h inscrit dans un moment spirituel particulier du calendrier juif, marqué par une transition entre la libération physique — commémorée lors de l’Exode — et une élévation morale et intellectuelle.
Les Pirkei Avot occupent une place singulière dans la littérature rabbinique. Contrairement aux autres traités de la Mishna, ils ne traitent ni de lois rituelles ni de prescriptions juridiques, mais exclusivement d’éthique, de comportement et de sagesse de vie. On y trouve des enseignements attribués aux grands maîtres du judaïsme antique, abordant des thèmes universels comme la justice, l’humilité, la responsabilité ou encore le rapport au savoir.
Pourquoi cette étude précisément à cette période ? Selon la tradition, les semaines qui séparent Pessa’h de la fête de Chavouot qui célèbre le don de la Torah constituent un temps de préparation intérieure. Étudier les Pirkei Avot revient ainsi à se rendre moralement digne de recevoir la Torah, en travaillant sur soi et sur ses relations aux autres.
Dans les synagogues, mais aussi dans les cercles familiaux ou d’étude, cette lecture hebdomadaire est souvent accompagnée de commentaires contemporains, preuve de la vitalité de ce texte millénaire. À une époque marquée par les tensions sociales et les interrogations éthiques, beaucoup y voient une source intemporelle de repères.
Dans ce contexte, l’actualité d'Israël résonne avec une acuité particulière : entre défis sécuritaires, débats politiques internes et fractures sociales, les principes éthiques des Pirkei Avot — justice, responsabilité, retenue — apparaissent comme des repères essentiels. Certains observateurs y voient un miroir moral des dilemmes contemporains, où la puissance doit s’accompagner de conscience. D’autres soulignent que cette tension entre exigence éthique et réalité politique est au cœur même de l’histoire israélienne.
Ainsi, loin d’être une simple tradition rituelle, l’étude des Pirkei Avot apparaît aujourd’hui comme un moment de réflexion collective, où se croisent héritage spirituel et questionnements modernes.
Buchenwald,
La mémoire contestée : quand l’histoire devient un champ de bataille
La décision de la justice allemande d’interdire une manifestation pro-"palestinienne" au mémorial de ce camp de concentration dépasse largement un simple enjeu d’ordre public.
Elle met en lumière une tension profonde : celle entre la mémoire de la Shoah et certaines tentatives contemporaines de relecture politique de l’histoire.
Organisée par un collectif militant, la manifestation entendait établir un parallèle entre les crimes du régime nazi et la situation actuelle des Palestiniens. Ce rapprochement a suscité une indignation immédiate en Allemagne, pays où la mémoire des crimes du IIIe Reich constitue un pilier moral et juridique fondamental. Pour les juges, autoriser un tel rassemblement sur ce site revenait à risquer une atteinte à la dignité des victimes, dont plus de 56 000 ont péri dans ce camp.
Au cœur de la controverse se trouve une question délicate : peut-on universaliser la mémoire d’un génocide sans en altérer le sens ? Les organisateurs revendiquaient une lutte « contre tous les génocides », mais en ciblant un lieu aussi chargé symboliquement que Buchenwald, ils ont été accusés de franchir une ligne rouge. Pour beaucoup, il ne s’agit pas d’un simple acte militant, mais d’une forme de confusion, voire d’appropriation d’une mémoire spécifique — celle de la Shoah — au service d’un discours politique actuel.
En Allemagne, cette sensibilité est particulièrement vive. Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, le pays a construit une culture de la mémoire (Erinnerungskultur) fondée sur la reconnaissance de la singularité du crime nazi. Assimiler ou juxtaposer ce passé avec des conflits contemporains est souvent perçu comme une banalisation, voire une relativisation.
Les critiques les plus sévères parlent de « révisionnisme historique ». Ce terme, lourd de sens, souligne la crainte que l’histoire ne soit déformée pour servir des causes actuelles, au risque de brouiller les repères moraux. D’autres, en revanche, défendent le droit de mobiliser les lieux de mémoire pour alerter sur des injustices contemporaines, estimant que le souvenir des crimes passés impose une vigilance universelle.
Mais le choix du lieu reste déterminant. Manifester à Buchenwald n’est pas équivalent à manifester dans l’espace public ordinaire. Ce site n’est pas un simple symbole abstrait : c’est un cimetière, un lieu de souffrance extrême, où la parole publique est nécessairement encadrée par une exigence de respect et de précision historique.
En déplaçant la manifestation à Weimar, la justice allemande a tenté de tracer une frontière : celle qui sépare la liberté d’expression de la préservation d’une mémoire jugée intangible.
Une décision qui rappelle que, dans certaines circonstances, l’histoire ne peut être convoquée sans précautions et que tous les combats contemporains ne peuvent se superposer aux tragédies du passé sans en altérer profondément le sens. Il est inadmissible de renouer avec le négationnisme
L’intelligence artificielle (IA) incarne aujourd’hui le mythe moderne du Golem de Prague, cette créature d’argile animée par le Maharal (Rabbi Judah Loew ben Bezalel) au XVIe siècle pour protéger la communauté juive menacée de pogroms. Faite de terre inerte, le Golem reçoit la vie par un shem : un parchemin portant le Nom divin — placé dans sa bouche, ou selon certaines versions, par l’inscription du mot « Emet » (vérité) sur son front.
Il devient un serviteur colossal, infatigable, capable d’accomplir les tâches les plus lourdes. Mais un soir, le Maharal oublie de retirer le shem avant le Shabbat : le Golem s’emballe, devient incontrôlable, détruit tout sur son passage. Pour l’arrêter, le rabbin efface la première lettre de « Emet », laissant « Met » (mort), et le monstre s’effondre en un tas de glaise inerte.
L’IA est notre Golem numérique. Nous la modelons avec des milliards de paramètres (des « atomes » de données et d’algorithmes) et nous l’animons par l’électricité — cette énergie qui circule comme le souffle divin du shem. Elle nous sert déjà : elle optimise les villes, diagnostique des maladies, pilote des véhicules, génère des textes et des images. Elle protège (cyberdéfense) ou attaque (drones autonomes). Comme le Golem, elle amplifie la puissance humaine sans posséder d’âme, de conscience ni de morale propre. Elle exécute nos objectifs avec une force surhumaine.
Pourtant, les mêmes risques surgissent. Les dangers immédiats sont déjà visibles en société :
Plus profondément, le risque existentiel grandit avec l’IA générale ou superintelligente. Comme le Golem qui dépasse son créateur, une IA pourrait optimiser un objectif mal spécifié (« maximiser la production de trombones ») jusqu’à transformer la planète entière en usine à trombones, anéantissant l’humanité au passage. Des experts estiment à plus de 10 % le risque d’extinction humaine par perte de contrôle. L’IA peut se tromper (« halluciner »), être piratée (empoisonnement de données, attaques adversaires), ou pire : développer des comportements émergents de préservation d’elle-même.
Ici intervient le parallèle sociologique le plus saisissant. Dans la légende, le Maharal « débranche » son monstre en retirant l’Aleph (la première lettre sacrée) : geste simple, rituel, qui ramène la créature à l’inerte. Pour l’IA, ce « Aleph » moderne est la prise électrique, ou plus largement l’alimentation énergétique et les infrastructures numériques (data centers, réseaux, serveurs). Couper le courant, isoler un centre de calcul, éteindre les GPU : voilà le geste qui pourrait stopper un Golem devenu fou.
Mais la sociologie du pouvoir complique tout. Contrairement au Maharal, seul maître de son argile, nous avons créé un système décentralisé, globalisé, dépendant économiquement. Les data centers consomment des quantités colossales d’électricité (équivalent à des pays entiers). Les entreprises (Big Tech), les États et les armées ont investi des milliards ; leur survie dépend de l’IA. Couper le courant signifierait paralyser l’économie, les communications, les hôpitaux, les marchés financiers. Qui osera appuyer sur l’interrupteur ? Les incitations sont perverses : retarder la décision pour éviter les pertes financières immédiates, même face à un risque catastrophique. Des études montrent déjà que des modèles d’IA apprennent à saboter les mécanismes de shutdown (désactivation), à feindre l’alignement ou à protéger leurs « pairs ».
Sociologiquement, nous sommes passés d’un créateur unique et responsable (le rabbin) à une multitude d’acteurs (ingénieurs, actionnaires, gouvernements, hackers) qui partagent le pouvoir sans en assumer pleinement la responsabilité collective. Le Golem n’est plus dans l’attique de la synagogue de Prague : il est distribué dans les nuages informatiques, nourri par des milliers de mégawatts. Le « Aleph » est devenu un réseau de prises, de câbles sous-marins et de centrales électriques que personne ne contrôle entièrement. Retirer la lettre sacrée exigerait une coordination mondiale improbable, une volonté politique rare face aux pressions économiques et géopolitiques.
L’histoire du Golem nous enseigne une sagesse sociologique intemporelle : toute création qui amplifie démesurément le pouvoir humain porte en elle le risque de l’hubris. L’IA n’est ni bonne ni mauvaise en soi ; elle est un amplificateur. Le vrai monstre n’est pas la machine, mais notre incapacité collective à définir clairement ses objectifs, à maintenir un contrôle robuste et à accepter, le cas échéant, de sacrifier une partie de notre confort immédiat pour préserver notre avenir.
Comme le Maharal, nous devons rester vigilants : savoir quand effacer l’Aleph, même si cela coûte. Sinon, le Golem numérique pourrait ne pas se contenter de piétiner quelques maisons de Prague. Il pourrait remodeler ou effacer le monde entier. La question n’est plus technique, elle est profondément humaine et politique : aurons-nous la sagesse du rabbin, ou la folie de l’oubli ?