Tissu ressuscité : Institut Weizmann
Une découverte israélienne à la pointe mondiale de la régénération tissulaire
Des chercheurs de l’Institut Weizmann des Sciences en Israël (dirigés par le Pr Eli Arama et le Dr Tslil Braun) ont résolu un mystère vieux de 50 ans : le mécanisme moléculaire de la prolifération compensatoire, cette capacité étonnante des tissus épithéliaux (peau, organes) à se régénérer massivement après des dommages importants, comme une forte irradiation.
Le phénomène « phénix »
Décrit pour la première fois dans les années 1970 chez les larves de mouches (qui font repousser des ailes fonctionnelles après destruction massive), ce processus existe aussi chez l’humain. Pourtant, son fondement moléculaire restait inconnu.
La clé : les caspases, à la fois bourreaux et sauveurs
L’étude, publiée dans Nature Communications (2025), montre que les caspases (enzymes de l’apoptose, la mort cellulaire programmée) jouent un rôle inattendu. Chez les larves de drosophile irradiées, les scientifiques ont identifié deux populations de cellules résistantes à la mort :
- Cellules DARE (Dronc-activating radiation-induced apoptosis-resistant epithelial cells) : elles activent la caspase initiatrice (Dronc) mais survivent grâce à une protéine « moteur moléculaire » qui bloque le signal de mort en fixant la caspase à la membrane cellulaire. Ces cellules se multiplient rapidement, reconstruisent près de la moitié du tissu en 48 heures et envoient des signaux de croissance aux cellules voisines.
- Cellules NARE (non-activatrices) : elles ne déclenchent pas la caspase initiatrice. Elles contribuent à la régénération mais dépendent entièrement des DARE pour proliférer.
Les cellules mourantes envoient des signaux qui activent les DARE. Une boucle de rétroaction négative entre DARE et NARE empêche la croissance excessive : les DARE stimulent les NARE, qui à leur tour freinent les DARE.
Conséquences majeures pour le cancer
Les descendants des cellules DARE héritent d’une résistance exceptionnelle (7 fois plus résistantes à la mort). Cela explique pourquoi certaines tumeurs, après radiothérapie, réapparaissent plus agressives et résistantes : elles détournent ce mécanisme de survie et de régénération.
Perspectives thérapeutiques
Ces découvertes israéliennes ouvrent la voie à :
- Des traitements accélérant la cicatrisation des plaies et la régénération tissulaire saine.
- De nouvelles stratégies pour empêcher les récidives cancéreuses en bloquant la résistance acquise par ces cellules « ressuscitées ».
Grâce à un modèle simple (la mouche), l’Institut Weizmann place une fois de plus Israël à la tête des nations en biologie fondamentale et en recherche contre le cancer. Cette avancée pourrait révolutionner la médecine régénérative et l’oncologie.
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