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lundi 6 avril 2026

Nouvelle histoire venue du Portugal .... JBCH N° 2604 - 991

Pendant des siècles, des familles du nord du Portugal allumaient des bougies le vendredi soir sans savoir pourquoi. Un capitaine de l’armée portugaise est venu leur révéler la raison.


Dans les villages montagneux du nord du Portugal, derrière des portes closes et des rideaux tirés, des familles gardaient depuis des siècles des secrets qu’elles ne pouvaient expliquer pleinement. Elles allumaient des bougies le vendredi soir sans en connaître la raison, évitaient certains aliments et murmuraient des prières en fragments incomplets d’une langue que les arrière-arrière-grands-parents parlaient autrefois librement. 


Catholiques, elles conservaient cependant dans leurs foyers un vestige ancien et à demi-oublié, comme une braise qui ne s’éteint jamais complètement.




Ces familles étaient les descendants des Juifs portugais convertis de force, les crypto-juifs ou marranes, dont les ancêtres avaient été confrontés à l’Inquisition : se convertir, fuir ou mourir. La plupart s’étaient convertis. Au fil des générations, leur identité juive s’était retirée dans l’intimité, codifiée dans des fragments rituels et des coutumes familiales discrètes, dépouillée de son nom et de sa structure, mais jamais totalement éteinte.


C’est dans ce monde qu’est intervenu, dans les années 1920, Arturo Carlos de Barros Basto, avec la conviction que ces communautés cachées méritaient de revenir à leurs racines.


Arturo Carlos de Barros Basto est né le 18 décembre 1887 à Amarante, au Portugal. Élevé dans la société catholique, il croyait que sa propre famille descendait de Juifs convertis de force. Devenu capitaine dans l’armée portugaise, il s’est distingué par sa carrière militaire.






Son retour au judaïsme n’était ni symbolique ni privé. En 1920, il se rendit à Tanger où il se convertit officiellement devant un tribunal rabbinique reconnu et adopta le nom hébraïque Abraham Israel Ben-Rosh. De retour au Portugal, il épousa Lea Azancot, issue d’une famille juive séfarade de Lisbonne, ancrant son engagement personnel dans les structures communautaires établies.


Dans les années 1920, Barros Basto développa une vision plus large : les descendants des crypto-juifs constituaient un fragment dispersé mais continu du peuple juif, victime de coercition historique et non d’assimilation volontaire. Il créa l’Obra do Resgate (« Œuvre de la Rédemption ») pour reconnecter ces familles à l’éducation et à la vie communautaire juive.


En 1927, il fonda le journal Ha-Lapid, qui proclamait : « Notre communauté vient d’allumer cette petite flamme… et grâce à nos efforts nous apporterons bientôt la rédemption à des milliers de Portugais… vivant une vie spirituelle avec des souvenirs vagues de la religion de leurs ancêtres. »


Barros Basto parcourut le nord du Portugal, rencontrant les familles préservant des traces de pratiques juives. Certaines accueillirent cette reconnexion ; d’autres hésitèrent, marquées par des siècles de crainte. Son action culmina avec la construction de la synagogue Kadoorie Mekor Haim à Porto en 1938, symbole public du renouveau juif au Portugal.





En 1937, il fut traduit devant un tribunal militaire pour « conduite immorale » liée à la supervision de circoncisions, et expulsé de l’armée, interrompant son œuvre. En 2012, le Parlement portugais annula cette décision, reconnaissant qu’il avait été victime de ségrégation politique et religieuse.


Barros Basto ne vécut pas pour voir la pleine restauration de son projet. Pourtant, la synagogue subsiste, tout comme la mémoire juive parmi les descendants de convertis forcés. 


Son histoire montre que, malgré des siècles de silence, l’identité et la mémoire peuvent renaître. Les bougies du Shabbat, allumées par des familles ayant oublié le nom mais pas le geste, brûlaient toujours : Barros Basto les a simplement aidées à retrouver leur nom.



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