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mercredi 15 avril 2026

Ma petite fille porte son prénom ... Ada Lichtman-Fiszer JBCH N°2604 - 1011


Sobibor : l’histoire d’Ada Lichtman (née Fiszer)


Fier de la famille de mon gendre Artur, je voulais décrire la vie d'Ada Lichtman , Ada ce joli prénom que porte avec fierté ma petite fille qui vit à Amsterdam.



Née le 1er janvier 1915 à Jarosław (alors en Autriche-Hongrie, aujourd’hui Pologne), est l’une des rares survivantes du camp d’extermination de Sobibor.


Déportée en juin 1942 dans un convoi de 7 000 Juifs, elle est sélectionnée dès son arrivée pour travailler à la blanchisserie des SS, avec deux autres femmes : Beila Sobol et Serka Katz. Son témoignage, recueilli en polonais en 1959 à Holon (Israël), constitue l’un des récits les plus détaillés et les plus poignants sur la vie quotidienne dans ce camp de la mort.


Le convoi arrive dans un chaos indescriptible : sifflement de locomotive, portes fracassées, cris des SS et des gardes ukrainiens (« Schneller, heraus ! »), coups de fouet et de bâton. Aveuglés par la lumière après des jours dans l’obscurité des wagons, les déportés sont triés.




Ada, veuve (son mari tué à Pustków), est sortie du rang par l’officier SS Gustav Wagner. Il lui ordonne de choisir deux aides pour la blanchisserie. Sur 7 000 personnes, seules trois survivent ce jour-là ; les autres sont gazées en quelques heures dans le camp III. Les tas de vêtements, valises, landaus et chaussures d’enfants s’amoncellent en silence.






Les trois femmes sont logées dans une petite chambre aux châlits superposés, près des ateliers d’artisans juifs (bijoutiers, tailleurs, cordonniers). Leur travail est épuisant : lessive du linge sale des SS (plein de poux), désinfection au lizol, eau tirée d’un puits profond, transport en landaus sur deux kilomètres pour le bouillage. Serka, qui fait aussi le ménage chez les Allemands, se montre souvent violente et refuse d’aider, laissant Ada et Beila trimer du matin au soir jusqu’à l’épuisement total (bras et jambes gonflés, poumons brûlants).





Sobibor est un lieu d’extermination systématique, mais aussi de cruauté gratuite. Presque chaque jour arrivent des convois de petites villes et villages polonais. Les victimes attendent parfois des heures ou toute la nuit sur la place, sans ombre ni eau. La nuit, le garde ukrainien Iwan viole des fillettes tandis que ses collègues illuminent la scène avec des torches. Ada ose un soir entrouvrir sa porte ; l’Oberwachmann Lachman et son chien Barry la menacent aussitôt.

Les SS s’amusent avec sadisme :





Paul Groth tue les « fatigués » qu’il prétend envoyer au lazaret, pend des hommes, force un prisonnier à boire de l’urine et des alcools avant de le faire fouetter. Des femmes viennoises sélectionnées pour la cuisine sont violées puis fusillées après quelques semaines. Une femme accouche près de la blanchisserie ; Wagner donne le nouveau-né à tuer et jeter dans une fosse d’aisances. Le petit corps remonte à la surface le lendemain. Wagner jette lui-même des enfants gelés ou vivants comme des « petits animaux » dans des wagonnets. Des Juifs affamés en pyjamas rayés (probablement de Majdanek ou d’un autre camp) sont battus à mort à coups de branche par Gomerski, puis arrosés de chlorure corrosif, vivants ou morts.




Les gardes ukrainiens et SS (Wagner, Frenzel, Gomerski, Bolender, Michel, etc.) multiplient les humiliations : exercices disciplinaires humiliants (ramper, sauter comme des grenouilles), danses forcées pendant les exécutions, chants pendant les fusillades. Quand 72 Hollandais sont abattus après une tentative d’évasion dénoncée, les femmes sont obligées de chanter tandis que les salves retentissent.

Les Juifs du camp (environ 600 travailleurs forcés) construisent paradoxalement le luxe des SS : un mess élégant comme un café, pelouses, fleurs, panneaux artistiques, villas décorées par des peintres et sculpteurs juifs. Derrière la palissade, les victimes se déshabillent avant d’être gazées.


Les évasions tentées (comme celle du Waldkommando où 12 hommes tuent un garde) entraînent des représailles collectives : exécutions publiques auxquelles les survivants doivent assister sans détourner les yeux. Les kapos juifs (Mojsze « le Gouverneur », puis Berliner) se montrent souvent plus cruels que les SS pour plaire à leurs maîtres.


Ada subit elle-même une violente bastonnade par l’Unterscharführer Graetschus et des Ukrainiens pour une veste volée : gifles, coups de poing avec gants de boxe, fouet, coups de pied dans le dos jusqu’à l’évanouissement. Elle rampe ensuite sur les graviers, blessée, le visage tuméfié, la mâchoire démise. Wagner, étrangement, l’épargne parfois (il la dispense de travail un jour, lui évite le « lazaret »).





Malgré tout, des moments de dignité subsistent : prières de Yom Kippour cachées dans une baraque, avec violon ; tentatives d’entraide ; humour noir (les femmes habillent une poupée en uniforme Hitlerjugend pour Wagner, qui ne comprend pas l’ironie).


Ada apprend la mort de sa mère, arrivée dans un convoi de Cracovie : elle est gazée le jour même sans qu’Ada puisse l’approcher, pour ne pas être emmenée avec elle. Elle récite le kaddish pour elle.

À l’automne 1943, les convois se raréfient : les SS savent que les Juifs d’Europe de l’Est sont presque tous exterminés. Le camp est fortifié, miné, électrifié. Ada et les autres sentent leur fin proche. Le 14 octobre 1943 éclate la grande révolte de Sobibor, organisée notamment par des prisonniers soviétiques et juifs (Alexander Pechersky, Leon Feldhendler…). Ada fait partie des quelque 300 évadés qui réussissent à fuir dans la forêt ; une cinquantaine seulement survivront jusqu’à la Libération.





Après la guerre, Ada Lichtman s’installe en Israël. Elle témoigne dès 1959, puis au procès d’Eichmann en 1961, dans des interviews pour Claude Lanzmann (dans le film Shoah et Les Quatre Sœurs), et auprès de nombreux historiens et institutions (USHMM, etc.). Elle meurt en 1993.






Son récit, d’une précision implacable, montre Sobibor non seulement comme une usine de mort industrielle, mais comme un enfer de sadisme quotidien où la vie ne tient qu’à un fil : un jour de travail supplémentaire, un caprice d’un SS, une sélection évitée de justesse.


Ada Lichtman incarne cette résistance par la survie et par la parole : « Pour chaque jour de dur labeur, je recevais le plus grand salaire qu’un Juif pouvait recevoir… un jour de vie. »



Les dirigeants nord - coréens ont peur JBCH N° 2604 - 1010

Bien que protégés par un bouclier nucléaire maison, À Pyongyang, Kim Jong Un craint une « décapitation » après la chute de Maduro

Selon Lee Il-kyu, ex-diplomate nord-coréen (conseiller politique à Cuba 2019-2023)

La chute de Nicolas Maduro au Venezuela, capturé dans son propre pays par une opération américaine, a provoqué un « choc absolu » à Pyongyang. Kim Jong Un y voit désormais comme réaliste le scénario d’une opération de « décapitation »(assassinat ou renversement ciblé du dirigeant).





L’ex-diplomate Lee Il-kyu, transfuge en novembre 2023 et aujourd’hui commentateur en Corée du Sud, affirme que Kim va remanier entièrement son système de sécurité et ses contre-mesures pour se protéger d’une telle attaque.

Contexte de la défection de Lee Il-kyu : Poste clé à Cuba : défense des intérêts nord-coréens en Amérique latine, négociations pour libérer un navire saisi au Panama (2013), tentative (vaine) d’empêcher La Havane de reconnaître Séoul. 







Refus de payer des pots-de-vin → frustration → défection avec femme et fille. Bloqué dans un aéroport d’Amérique centrale, il a dû lutter physiquement pour éviter un rapatriement via le Venezuela et Cuba. Sauvé in extremis par un diplomate sud-coréen qui a invoqué la Constitution de Séoul (les Nord-Coréens sont citoyens sud-coréens).


Avertissement sur deux soldats nord-coréens en Ukraine Pyongyang a envoyé des milliers de troupes aux côtés de la Russie. Deux soldats nord-coréens ont écrit une lettre pour demander la défection vers la Corée du Sud.





Lee Il-kyu : « S’ils sont renvoyés au Nord, il vaudrait mieux qu’ils soient morts que vivants. Vivre deviendrait un supplice. »

Pouvoir « déifié » au Nord vs démocratie résiliente au Sud





Le régime nord-coréen ne peut pas laisser croire que le « chef suprême » puisse être renversé par la volonté populaire. À l’inverse, Lee salue la stabilité sud-coréenne : destitution de Yoon Suk Yeol (loi martiale décembre 2024), élection de Lee Jae Myung (juin 2025) et plusieurs mois sans président… sans que le système ne s’effondre.


Conclusion de Lee Il-kyu : La Corée du Sud doit protéger les deux soldats nord-coréens et la communauté internationale doit intervenir. 


L’affaire Maduro a rendu le cauchemar d’un changement forcé de régime beaucoup plus concret aux yeux de Kim Jong Un.

(Source : entretien à l’AFP – GEO France, 28 janvier 2026)




mardi 14 avril 2026

Les marmites ... Askenazes ou sépharades ? JBCH N° 2604 - 1009

La Marmite : Régal de nos Palais …    

Imaginez deux mamies juives qui se disputent dans une cuisine cosmopolite : l’une, Mamelle d’Odessa, emmitouflée dans trois pulls même en juillet, l’autre, Nona  de Tunis qui danse en tongs devant ses fourneaux. 

Même Torah, mêmes règles casher, mais question assiette… c’est Game of Thrones version marmite.

Les légumes : la guerre du froid contre le soleil

Chez les Ashkénazes, on vénère le tubercule  : Pommes de terre, choux, betteraves et carottes : tout ce qui pousse dans la boue gelée de Pologne ou d’Ukraine. 

On les fait bouillir, écraser, farcir dans du chou (les fameux prakes), ou on les noie dans un kugel qui ressemble à une brique dorée. 
Légumes ? Oui, mais en mode « survie hivernale » : fade, réconfortant, et légèrement dépressif.


Chez les Sépharades, c’est le carnaval des couleurs. Aubergines, courgettes, poivrons, tomates, artichauts, épinards… tout ce que le bassin méditerranéen offre de joyeux. On les farcit, on les grille, on les fait danser dans l’huile d’olive. 
Résultat : une assiette qui chante « olé » au lieu de soupirer « oy vey ».

Ingrédients et épices : le schmaltz contre le feu d’artifice

Ashkénaze : le roi, c’est le schmaltz (graisse de poulet). Sel, poivre, un peu de paprika doux pour faire genre, et du sucre dans les plats salés parce que pourquoi pas ? L’oignon sauté dans la graisse de volaille est leur madeleine de Proust. C’est lourd, c’est riche, ça colle aux côtes comme un oncle qui raconte la même histoire depuis 1947.

Sépharade : là, on entre dans le souk des épices qui chatouille notre odorat : Cumin, safran, cannelle, coriandre, harissa, paprika fumé, citron confit, fleur d’oranger… 
On assaisonne comme si on voulait réveiller les morts (et parfois ça marche). 
L’huile d’olive remplace le schmaltz, et soudain le plat a du caractère, de la personnalité, presque une opinion politique.

Petit déjeuner: 

Ashkénazes : pain ou bagel, fromage frais, hareng, œufs, parfois porridge.

Sépharades … Mouffleta, sfenjs,  beignets au miel, 








Hors-d’œuvre : la bataille des petites bouchées
Ashkénaze : hareng mariné, gefilte fish (cette boule de poisson haché qui ressemble à un nuage gris déprimé), ou un peu de foie haché sur du pain. C’est bon… après trois verres de slivovitz pour anesthésier les papilles.

Sépharade : briques en triangle croustillantes soit au thon, soit à la viande, shakshuka qui allume avec l'harissa, salades fraîches, et multicolores, hummus pour les uns,  Trina d’aubergines pour les autres.

On commence le repas en disant « mazal tov » à ses artères.
Viandes et poissons : le cholent versus le tagine !

Ashkénaze : le cholent – ce ragoût qui mijote 18 heures pour respecter le shabbat. Viande de bœuf, haricots, orge, pommes de terre. Ça sort du four le samedi midi avec la texture d’un amour de longue date : solide, fiable, un peu monotone.

Sépharade : couscous viande, ou poulet ou poisson, tagine à l’agneau, ou boulettes parfumées au coriandre, et l’hiver la fameuse soupe de légumes, la Hrirha. 
Poisson ? Le fameux Hraime (mulet en sauce tomate épicée) qui te met le feu à la bouche, ou des boulettes de poisson . Chez eux, même le poisson a de l’ambition.

Desserts : le miel contre le sucre oriental

Ashkénaze : rugelach, babka, honey cake, compote de pruneaux, lekvar. Tout est sucré au miel ou au sucre, un peu dense, très « grand-mère qui t’aime trop ». On finit le repas en se tenant le ventre en murmurant « assez, assez ».

Sépharade : guizadas, manicottis, farka aux dates et aux noix, , harissa (gâteau de semoule imbibé d’eau de fleur d'oranger). 

C’est parfumé, croustillant, soyeux,   On sort de table en se disant que le paradis doit ressembler à ça, 

Au final, la cuisine ashkénaze c’est le câlin chaud d’une grand-mère yiddish qui te borde avec une couverture en laine : réconfortant, un peu lourd, parfait pour survivre à un hiver russe ou à une belle-mère exigeante.

La cuisine sépharade, c’est la fête permanente de Nona qui a mis trop d’épices « juste pour le goût » : vibrante, parfumée, parfois un peu trop intense,  

Et comme dans toute bonne famille juive : on se chamaille sur qui fait le meilleur cholent ou le meilleur couscous, mais à la fin, on mange les deux. Parce que, entre nous, l’un sans l’autre, ce serait quand même un peu triste.

Bon appétit, et que Dieu protège nos artères.

recettes sépharades : http://www.mamiesol.com