La « génération pieuse » d'Erdogan, financée par Bruxelles
Cinquante mille personnes réunies dans un stade d'Istanbul, des portraits de sultans ottomans à la place des footballeurs : derrière la mise en scène, un empire de fondations familiales largement subventionné par l'Union européenne.
Début août, le stade du Galatasaray à Istanbul n'accueillait pas un match mais le rassemblement estival de la Tügva, une puissante fondation islamique pour la jeunesse turque. Cinquante mille personnes, des portraits géants des sultans ottomans Mehmet II et Selim Ier, et Recep Tayyip Erdogan haranguant la foule pendant une demi-heure dans une ferveur que les observateurs comparent à un culte de la personnalité. Plus de 700 000 collégiens ont participé cette année aux activités de l'organisation.
Fondée en 2014, un an après les émeutes de Gezi, la Tügva a pour mission assumée de former la « génération pieuse » qu'Erdogan appelait de ses vœux dès 2012, en rupture avec la tradition laïque kémaliste.
Supervisée par Bilal Erdogan, l'un des fils du président, elle mêle études coraniques, enseignement des hadiths et activités sportives et culturelles, revendiquant plus de 400 antennes en Turquie et des camps d'été jusqu'en France.
Des fonds européens malgré les alertes
Le paradoxe, documenté depuis 2024 par le journaliste d'investigation turc Metin Cihan contraint depuis à l'exil sous la menace de six ans de prison, tient au financement : la Tügva a perçu environ 700 000 euros du programme européen Erasmus+ pour seize projets depuis 2020, complétés par quatre projets financés par le Corps européen de solidarité.
Ces fonds ont notamment permis l'organisation de « camps d'action » où, selon l'enquête, de jeunes participants étaient incités à « faire le djihad ». En décembre 2025 encore, un programme d'échange européen finançait un séjour de six semaines à Istanbul pour des jeunes venus de toute l'Europe.
Financements européens
Tügva : ≈700 000 € (Erasmus+, 16 projets depuis 2020) + 4 projets via le Corps européen de solidarité.
Autres fondations financées : Türgev, Seta, IHH, Önder, Kadem, Ensar, Nur.
Réseau Tügva : plus de 400 antennes en Turquie, camps d'été en Europe dont la France.
Une affaire de famille
Au-delà de la Tügva, c'est tout un écosystème de fondations qui gravite autour du clan Erdogan. La Türgev, dédiée à la jeunesse et à l'éducation, vient de fêter ses trente ans en présence du président et de son épouse Emine, l'occasion pour Erdogan de dénoncer les « déviances » LGBT qu'il juge « incompatibles avec la nature humaine ». Longtemps dirigée par l'épouse de l'ex-directeur de la communication présidentielle, elle est aujourd'hui menée par une avocate militante, tandis que Bilal Erdogan a rejoint une organisation sœur, l'Ilim Yayma Vakfi.
La fille aînée du président, Esra Albayrak, mariée à l'ancien ministre des Finances Berat Albayrak, occupe quant à elle des postes stratégiques dans plusieurs de ces structures : conseil d'administration de la fondation Turken aux États-Unis, qui gère plus de 100 millions de dollars ; fondatrice de la Turkuvaz en 2024 ; membre du conseil du Croissant-Vert, dédié à la lutte contre les addictions ; soutien de la Kadem, dirigée par sa sœur Sümeyye. Elle dirige enfin la fondation NUN, qui gère des écoles, et a présidé à Istanbul en mai un « Forum mondial de la décolonisation ».
Un instrument de pouvoir, pas seulement de charité
Ce que documente l'enquête de Metin Cihan dépasse la question du financement : ces fondations serviraient aussi de relais pour placer des cadres loyalistes au sein de l'appareil d'État turc, justice, éducation, défense et de caisse de redistribution politique pour le premier cercle du pouvoir. Malgré ces révélations, largement reprises par l'opposition turque, les financements européens n'ont pas été remis en cause à Bruxelles.
La Turquie vient de signer avec le Pakistan (puissance nucléaire) et l'Arabie Saoudite un pacte inédit d'aide militaire réciproque, je n'y crois pas parceque je connais le naïf MBS et les deux autres pays non arabes.
La Turquie abrite le QG du Hamas qui vient d'être expulsé du Qatar. ... Drôle de comportement pour un pays qui a une ambassade en Israël !
Le réseau familial
Bilal Erdogan : conseil d'administration de la Tügva.
Esra Albayrak : Türgev, Turken (États-Unis), Turkuvaz, Croissant-Vert, NUN.
Sümeyye Erdogan Bayraktar : fondation Kadem.
Source
Cette chronique condense et reformule une enquête journalistique fondée sur les travaux du journaliste turc en exil Metin Cihan, relayés en 2024 par Le Point.
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