Dahlan, futur homme fort de Gaza ? Les enjeux d'un retour
À 63 ans, Mohammad Dahlan reste une figure incontournable de la politique palestinienne. Ancien chef des services de renseignement à Gaza et dirigeant historique du Fatah, il a bâti sa réputation sur une gestion sécuritaire rigoureuse avant d'être contraint à l'exil à Abu Dhabi, en 2011, après une rupture violente avec Mahmoud Abbas.
L'article du Times of Israel évoquant ses échanges avec Jared Kushner, gendre de Donald Trump, illustre ses réseaux transatlantiques.
Les Émirats arabes unis, son pays d'accueil, le considèrent comme un relais privilégié, tandis qu'il entretient des contacts étroits avec les services israéliens.
Cette assise internationale fait de lui un interlocuteur crédible pour les puissances extérieures, mais ne résout pas sa légitimité intérieure.
L'exil forcé et son exclusion du Fatah ont en effet fragilisé sa base populaire. À Gaza comme en Judée-Samarie, il n'a pas organisé de structure militante visible depuis quinze ans, ce qui pose la question de son ancrage réel sur le terrain.
Mahmoud Abbas le tient pour responsable de sa chute et le Hamas le perçoit comme un rival sécuritaire. Son retour nécessiterait donc soit une transition politique majeure, soit une imposition de l'extérieur.
Dans l'hypothèse d'un plan de reconstruction de Gaza supervisé par les puissances du Golfe et les États-Unis, Dahlan pourrait être propulsé comme gestionnaire technocrate.
Cependant, une telle nomination risquerait d'apparaître comme une marionnette des capitales étrangères.
Depuis près de vingt ans, le paysage politique arabe reste fracturé entre le Fatah, le Hamas et de multiples factions. L'émergence d'un dirigeant unique sans accord national semble aujourd'hui utopique.
Par ailleurs, Dahlan incarne une génération politique des années 1990. Or, une partie de la société arabe notamment les jeunes, réclame un renouvellement des élites que son profil ne symbolise pas.
Son alignement sur la politique d'ouverture envers Israël et les monarchies du Golfe le rend acceptable à l'international, mais le rend suspect aux yeux des courants nationalistes et islamistes qui structurent encore le champ politique palestinien.
Enfin, aucune élection générale n'a eu lieu depuis 2006. Sans scrutin, Dahlan ne pourrait accéder au pouvoir que par désignation externe, un mécanisme qui priverait d'emblée son autorité de toute légitimité populaire.
Mohammad Dahlan dispose certes des atouts diplomatiques et sécuritaires pour séduire les puissances régionales à la recherche d'un interlocuteur stable.
Toutefois, sans consensus et sans assise électorale, son accession au leadership de Gaza et de la Judée-Samarie relève davantage du scénario diplomatique que de la réalité politique.
JBCH Août 2026
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