Au Sénat américain, Ted Cruz dénonce un réseau d’influence des Frères musulmans implanté de longue date aux États-Unis
Lors d’une audition organisée par la sous-commission judiciaire du Sénat américain, le sénateur républicain du Texas Ted Cruz a soutenu que les manifestations propalestiniennes qui ont suivi l’attaque du Hamas contre Israël le 7 octobre 2023 n’étaient pas un mouvement spontané, mais l’aboutissement d’un travail d’organisation mené depuis plusieurs années par des réseaux
Il estime proches des Frères musulmans. Intitulée « Hidden in Plain Sight: Confronting the Muslim Brotherhood Network in America » (« Caché au grand jour : faire face au réseau des Frères musulmans en Amérique »), cette audition visait à examiner les liens allégués entre certaines organisations américaines et le Hamas.
Ted Cruz a affirmé que les campements installés sur les campus universitaires au printemps 2024 avaient bénéficié d’un soutien juridique, logistique et stratégique préparé bien avant les événements du 7 octobre.
Selon lui, ces mobilisations auraient été coordonnées par des militants expérimentés et des organisations déjà implantées dans les universités américaines, capables de fournir conseils juridiques, formation des organisateurs et assistance médiatique.
À ses yeux, ces manifestations traduisaient une stratégie politique de long terme plutôt qu’une réaction immédiate à la guerre à Gaza.
Pour étayer cette analyse, trois témoins ont été entendus : Lara Burns, ancienne agente spéciale du FBI ayant dirigé l’enquête sur la Holy Land Foundation ; Arielle Klepach, juriste au National Jewish Advocacy Center ; et Kyle Shideler, du Center for Security Policy.
Tous ont estimé que l’influence des Frères musulmans aux États-Unis ne passerait plus principalement par le financement direct d’organisations terroristes, mais par un réseau d’associations, de structures éducatives, de campagnes juridiques, d’organisations militantes et d’institutions à but non lucratif.
Une large partie de l’audition a porté sur l’affaire de la Holy Land Foundation, une organisation caritative texane dont plusieurs dirigeants ont été condamnés en 2008 pour avoir apporté un soutien matériel au Hamas.
Lara Burns a déclaré que cette enquête avait mis au jour, selon elle, une infrastructure ancienne de soutien au Hamas et aux Frères musulmans sur le territoire américain. Elle a affirmé que ces informations étaient connues depuis des décennies mais qu’elles avaient été largement ignorées.
Les débats se sont également concentrés sur le Council on American-Islamic Relations (CAIR). Les intervenants ont rappelé que cette organisation avait été désignée par les procureurs fédéraux comme co-conspiratrice non inculpée dans le dossier Holy Land Foundation.
Lara Burns a indiqué que plusieurs fondateurs du CAIR avaient participé à une réunion enregistrée en 1993 réunissant des sympathisants du Hamas.
Toutefois, il convient de rappeler que le CAIR n’a jamais été poursuivi pénalement dans cette affaire et qu’il rejette toute accusation de soutien au Hamas ou aux Frères musulmans.
L’organisation affirme condamner sans ambiguïté tous les actes de terrorisme, y compris ceux commis par le Hamas.
Arielle Klepach a, pour sa part, plaidé en faveur d’un renforcement de la législation américaine afin d’empêcher qu’une organisation condamnée puisse poursuivre ses activités sous une nouvelle dénomination.
Elle s’est notamment appuyée sur le contentieux engagé par la famille de David Boim, un adolescent américain tué en Israël par des terroristes du Hamas en 1996.
Selon elle, certaines nouvelles structures auraient succédé à des organisations condamnées, compliquant l’exécution des décisions de justice et les indemnisations des victimes.
Ted Cruz a également relié ces questions à l’actualité politique américaine, évoquant la campagne du candidat démocrate au Sénat dans le Michigan, Abdul El-Sayed, en s’interrogeant sur certaines relations familiales et associatives.
Les témoins n’ont toutefois présenté aucune preuve établissant que celui-ci aurait participé à une activité criminelle ou apporté un soutien matériel à une organisation terroriste.
L’audition a été boycottée par les cinq sénateurs démocrates membres de la sous-commission, qui ont dénoncé une initiative susceptible, selon eux, de stigmatiser les musulmans américains.
Ils ont accusé Ted Cruz de transformer cette audition en procès politique et ont mis en garde contre les risques d’alimenter l’islamophobie dans un contexte déjà marqué par de fortes tensions.
Au terme des débats, les témoins ont appelé l’administration fédérale à réexaminer les activités de certaines organisations qu’ils considèrent comme liées au Hamas ou aux Frères musulmans, à renforcer les contrôles des associations à but non lucratif et à appliquer plus strictement les lois américaines relatives au soutien matériel au terrorisme.
Cette audition reflète un débat politique et juridique toujours très vif aux États-Unis.
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