Éditorial · Juifs de France
L'Alya des Français juifs : le grand départ
Ce n'est pas une impression. C'est un mouvement de fond que l'on voit rue par rue, synagogue par synagogue.
De Sarcelles…
Il y a eu d'abord le départ de la banlieue nord. Sarcelles, la « petite Jérusalem », Garges-lès-Gonesse, Saint-Denis, Sarcelles-Lochères.
Là où toute une génération séfarade arrivée d'Algérie, du Maroc et de Tunisie avait tout reconstruit après 1962. Les écoles, les boucheries cacher, les oratoires au pied des immeubles.
Puis sont venues les insultes dans les cages d'escalier, les caillassages à la sortie du Talmud Torah, les assassinats d'Ilan Halimi et bien d'autres .. les enfants qui ne pouvaient plus porter de kippa ni d'étoile de David pour aller au collège.
On a plié. On a enlevé les mezouzot des portes d'entrée. Pas par peur soudaine, mais par fatigue.
… à Boulogne
Alors on s'est replié vers l'ouest. Le 17e, les Batignolles, puis Levallois, Neuilly, Boulogne. et Issy les Moulineaux On pensait que ce serait l'étape finale, celle de la sécurité. Boulogne compte près de 20 000 juifs avec 5 lieux de cultes permanents, selon la Mairie !
Un appartement plus cher, mais une école juive, voire même catholique à pied, un trajet sans avoir à se cacher. Boulogne-Billancourt est devenue ce dernier sas. On s'y retrouve tous.
Et aujourd'hui, même de Boulogne, on part.
Ce que disent les chiffres
La communauté juive serait passée de 750 000 personnes à beaucoup moins en vingt ans. La réalité statistique est débattue, parce que la France ne compte pas les religions.
Mais les fourchettes sérieuses sont parlantes : le démographe Sergio DellaPergola et le CRIF estiment aujourd'hui la population juive de France à environ 440 000 personnes, contre plus de 700 000 il y a vingt ans.
Et une part bien plus réduite garde un lien, même ténu, avec la synagogue.
Au-delà du chiffre exact, la tendance est incontestable : nous sommes moins nombreux, et surtout moins visibles.
Pourquoi l'Alya définitive, maintenant ?
Ce n'est plus l'Alya sioniste et idéaliste des années 70. C'est une Alya de sécurité. Les familles que je croise à Boulogne me le disent avec des mots simples : « Je ne veux pas que mon fils se demande s'il doit enlever son Maguen David pour prendre le métro. »
Les chiffres de l'Alya le confirment. Autour de 2 000 départs par an dans les années 2000, un pic d'environ 7 900 en 2015, l'année de l'Hyper Cacher.
Puis, après un creux, la vague est repartie avec le 7 octobre : 1 097 olim en 2023, 3 357 en 2025, plus de trois fois plus. Plus de 8 500 Français juifs sont partis pour Israël depuis le pogrom.
Et les ouvertures de dossiers auprès de l'Agence juive progressent encore de 30 % cette année.
Pas une fuite, un réflexe
De Sarcelles à Boulogne, de Boulogne à Netanya ou à Miami, ce n'est pas une fuite. C'est le même réflexe juif de toujours : quand une terre devient trop lourde, on prend les livres, les enfants, et on reconstruit ailleurs.
Mais ce départ est aussi un échec français. Un Président qui change avec l'argent qatari, et un choix anti-sioniste délibéré.
Une République qui laisse partir ses citoyens parce qu'ils ne peuvent plus être eux-mêmes dans la rue perd bien plus qu'une communauté : elle perd une part de sa promesse.
Et quand les juifs quittent un pays, c'est tout un pan social qui s'effondre, et toute une économie dynamique qui disparait. et des Prix Nobel qui fleuriront ailleurs !
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