Éditorial · Éducation
PISA, Parcoursup :
une jeunesse trahie deux fois
Une école qui n'apprend plus à lire ni à compter, puis une machine qui trie les bacheliers au bout de la chaîne : la colère des étudiants n'est pas un caprice. C'est la facture de vingt ans de renoncement.
PISA : la sirène hurle
Le 8 septembre, l'OCDE a publié les résultats de PISA 2025.
Le verdict est sans appel. Nos élèves de 15 ans obtiennent 458 points en mathématiques et 456 en compréhension de l'écrit, sous la moyenne de l'OCDE.
En trois ans, la France a perdu 16 points en maths et 18 en lecture. Ailleurs aussi le niveau baisse, mais chez nous la chute en mathématiques est presque deux fois plus forte que la moyenne.
Le pays de Descartes et de Pascal fait désormais moins bien que la moyenne en mathématiques. Et le plus grave est ailleurs : un gouffre d'environ 100 points sépare les élèves des milieux favorisés de ceux des milieux défavorisés. L'école républicaine, censée corriger le destin, le grave dans le marbre.
Parcoursup, la machine à trier
Créé en 2018 par la loi Orientation et réussite des étudiants, Parcoursup a remplacé APB et son tirage au sort indigne. Le principe : le lycéen formule ses vœux, chaque formation classe les candidats selon ses propres critères, notes, appréciations, lettre de motivation, puis les propositions aidées par l'IA tombent au fil de l'été.
Sur le papier, c'était la fin de la loterie. Dans les faits, c'est devenu une épreuve d'angoisse collective. Plus d'un million de candidats cette année, plus de 14 millions de vœux.
Des critères locaux opaques, des « attendus » que personne ne sait vraiment lire. Selon FO, plus de 126 000 candidats étaient encore sans affectation à la mi-juillet, sans compter les 37 000 qui avaient quitté la plateforme.
Une génération apprend à 17 ans qu'un algorithme (IA) a jugé son dossier insuffisant, sans jamais savoir pourquoi.
Pourquoi la révolte
Car voilà le drame : Parcoursup trie à l'arrivée des élèves que l'école a mal formés au départ. On fait payer à 18 ans les défaillances accumulées depuis le CP. Le bon élève d'un lycée de centre-ville, conseillé par des parents qui connaissent les codes, s'en sort.
Le lycéen de banlieue, souvent premier de sa famille à viser le supérieur, sans réseau et mal orienté, se retrouve affecté par défaut, loin de chez lui ou nulle part.
Ce sont d'abord ces jeunes-là, ceux des quartiers populaires, qui paient le prix fort. Leur colère serait légitime, si elle ne se faisait pas déborder par des "Blacks Blocks". ou les islamistes, et ne faisait pas de compétitions sur Snapchat ou TikTok ...
LFI, ou la colère captée
La France insoumise a flairé l'occasion. Assemblées générales, appels à la mobilisation, tribunes enflammées : elle se pose en porte-voix de la jeunesse des banlieues.
Mais il y a une différence entre défendre ces jeunes et les instrumentaliser. LFI vend l'abrogation comme une victoire politique ; elle ne dit presque rien de l'effondrement du niveau qui la rend nécessaire. Supprimer le thermomètre ne guérit pas la fièvre.
Abroger, et faire justice
Le pouvoir n'aura guère le choix : pour apaiser le mouvement, il devra lâcher Parcoursup. Soit. Mais une abrogation sèche ne serait qu'une capitulation. Le remplacer exige une vraie justice d'orientation :
- des places en nombre suffisant dans les filières demandées, au lieu de suppressions discrètes ;
- des critères de sélection publics, nationaux et compréhensibles ;
- une place garantie dans le supérieur pour les meilleurs élèves de chaque lycée, quel que soit le quartier ;
- une orientation sérieuse dès la seconde, par des conseillers formés et disponibles.
Et surtout, le chantier qu'aucun gouvernement n'ose ouvrir : reconstruire les fondamentaux à l'école primaire.
Lire, écrire, compter. Tout le reste en découle.
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