La Paracha de la semaine : BÉRÉCHIT
Le recommencement qui n'est jamais un retour en arrière
JBCH N° 202 le 4 octobre 2026
En souvenir du 7 Octobre 2023 , ou nous étions Perla & moi en Galilée à Moreshet chez Kotiel et Penny ! Drôle jour de fête !!!
Ce jour ou Amalekh a voulu à nouveau tuer le peuple juif !
Nous sommes le 4 octobre 2026, 23 Tichri 5787, et c'est Sim'hat Torah.
Aujourd'hui en Israël et dans la diaspora, nous dansons avec la Torah qui se termine et qui recommence dans le même souffle.
Et Chabbat prochain, nous lirons Béréchit
La première Paracha ... Celle qui contient tout.
1. Sa place dans la Torah :
Pourquoi commencer par le début du monde?
Les Sages demandent : pourquoi la Torah ne commence-t-elle pas par la première mitsva donnée à Israël? Rachi, dès le premier verset, répond : "Au commencement, Dieu créa".
Si les nations du monde disent à Israël "vous êtes des voleurs, vous avez pris la terre de Canaan", Israël répondra : toute la terre appartient à D.ieu, c'est Lui qui l'a créée, et c'est Lui qui décide à qui la donner.
Béréchit n'est donc pas un livre d'histoire ou de science. C'est l'acte de propriété du monde.
Sans Béréchit, toute la Torah est un code juridique sans légitimité. Avec Béréchit, nous comprenons que la Torah n'est pas venue organiser un peuple déjà existant, mais créer un monde pour que ce peuple y accomplisse sa mission.
C'est aussi la seule Paracha où l'homme est créé seul, avant même le peuple juif. Pour nous enseigner que l'humanité précède la particularité.
2. Sa philosophie : Le drame de la liberté
La philosophie de Béréchit tient en trois crises qui sont les nôtres aujourd'hui :
a) Bara - Créer ex-nihilo. Le verbe hébreu "Bara" n'est utilisé que pour D.ieu. L'homme "fait", "forme", "produit". Il ne crée jamais du néant. C'est l'humilité fondamentale que le monde moderne a oubliée.
b) Tselem Elohim - A l'image de D.ieu. "Faisons l'homme à notre image" (1:26). Quelle image? Nos Sages disent : la capacité de choisir. Les animaux suivent leur instinct. L'homme peut aller contre son instinct. C'est tout le drame du jardin d'Eden. D.ieu crée le premier homme libre, et donc le premier homme capable de se tromper.
c) Ayeka - Où es-tu? Après la faute, D.ieu ne demande pas "Qu'as-tu fait?" mais "Où es-tu?" (3:9). C'est la question existentielle par excellence. Ce n'est pas une question géographique, c'est une question de positionnement moral. Où en es-tu dans ta vie? C'est la première séance de Téchouva de l'histoire.
Et puis il y a Caïn. Le premier meurtre n'est pas pour de l'argent ou du pouvoir, mais par jalousie spirituelle. "Et D.ieu se tourna vers Hével (Abel) et son offrande, mais vers Caïn il ne se tourna pas" (4:4-5).
La philosophie nous dit : le meurtre commence quand on croit que l'amour de D.ieu est une quantité limitée. Si Il t'aime, Il ne m'aime plus.
Toute l'idolâtrie de la comparaison est là.
3. Son rapport vis-à-vis de la Kabbale :
Le secret du Tsimtsoum
Aucune Paracha n'est plus kabbalistique que Béréchit. Le Zohar s'ouvre par : "Béréchit - Bara Chit" - Au commencement, Il créa six.
Le Ari Zal explique le concept fondamental sans lequel on ne comprend rien : le Tsimtsoum. Pour que le monde existe, l'Infini (Ein Sof) a dû se contracter, se retirer pour laisser un vide, un "halal".
Béréchit, ce n'est pas D.ieu qui entre dans le monde, c'est D.ieu qui se retire pour que le monde puisse respirer. C'est l'acte d'amour suprême : le retrait du parent pour que l'enfant existe.
Puis vient la lumière : "Yehi Or Que la lumière soit" (1:3).
Le Zohar enseigne que cette lumière n'est pas celle du soleil créé au 4ème jour; c'est le Or HaGanouz, la lumière originelle avec laquelle Adam voyait d'un bout du monde à l'autre.
D.ieu l'a cachée pour les Tsadikim du futur.
Les 10 paroles de la création (Vayomer Elohim 10 fois) correspondent aux 10 Sefirot.
Le monde est construit comme un arbre : Keter (volonté de créer), 'Hokhma (l'étincelle), Bina (le plan), et ainsi de suite jusqu'à Mal'hout
(la réalisation : "Et ce fut soir et ce fut matin").
La faute d'Adam, en Kabbale, c'est la Chévirat HaKélim, la brisure des vases.
L'homme a voulu prendre la lumière sans le vase, le fruit sans l'arbre, la connaissance sans la sainteté.
Depuis, notre travail est le Tikoun, ramasser les étincelles tombées dans ce monde.
4. Le rapport avec l'actualité civile en Israël et dans le monde - Octobre 2026
Et c'est ici que Béréchit nous brûle les lèvres.
Nous sommes en octobre 2026. Trois ans après le 7 octobre 2023. Sim'hat Torah est à nouveau tombé un Chabbat. Pour des milliers de familles en Israël, ce jour n'est plus seulement une fête, c'est une cicatrice et une renaissance. Lire Béréchit maintenant, c'est refuser le discours de la fin du monde.
En Israël, l'actualité civile est celle de la reconstruction. Au propre comme au figuré. On reconstruit des kibboutzim, on reconstruit un contrat social. Le débat qui déchire encore le pays, judiciaire, identitaire, guerre et paix est exactement le débat de Béréchit : sommes-nous frères? Caïn dit "Suis-je le gardien de mon frère?" (4:9). La réponse israélienne de 2026, après la douleur, est : oui. Le mouvement de volontariat, de 'hessed, de reconstruction du Néguev occidental est la réponse juive à Caïn.
Dans le monde, Béréchit résonne avec deux crises majeures :
La crise écologique.
"Et D.ieu prit l'homme et le plaça dans le jardin d'Eden pour le travailler et le garder" (2:15) - Léovda Ouléchomra. Nous ne sommes pas propriétaires de la terre, nous en sommes les gardiens. Le monde parle de climat comme d'un problème technique. Béréchit nous dit que c'est un problème théologique. Si nous détruisons le jardin, nous nous expulsions nous-mêmes.
La crise de l'Intelligence Artificielle.
L'homme crée à son tour une intelligence "à son image". Il ne faut pas oublier qu'en 1580, le Maahal de Prague avait créé le Golem,
Pour la première fois, nous comprenons un peu ce que signifie "Tselem". Allons-nous faire comme D.ieu et laisser de la place à l'autre, ou comme l'homme qui veut tout contrôler?
Béréchit nous met en garde : toute création sans morale devient un déluge. C'est la Paracha de la semaine prochaine, Noa'h, mais elle est déjà inscrite dans Béréchit.
Béréchit nous apprend enfin que tout recommencement est possible. La Torah aurait pu commencer par le Sinaï.
Elle commence par un échec : l'expulsion, le meurtre, le déluge qui arrive pour nous dire : votre histoire n'est pas définie par vos chutes, mais par votre capacité à dire, après chaque destruction : "Béréchit" - Au commencement.
Ce n'est jamais le même commencement. C'est un commencement plus profond.
'Hag Saméa'h.
© JBCH Octobre 2026
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