Carnet de lecture · 5785 JBCH N° 158
Sefer HaBahir
JBCH - Journal de réflexions en quatre jours
Le Bahir est le tout premier texte ectit au 12ème siècle issu de la Cabbale juive l'auteur est inconnu
J'ai essayé d'en reconstituer le sens ... et ce n'est pas tout a fait ca .. je ne suis qu'un profane, PARDON
qu’on ne peut pas voir
Le Bahir commence comme une hésitation. Rabbi Ne’hounia ben HaKanah ne commente pas, il interroge. « Pourquoi la Torah commence-t-elle par un Beth ? » Pas Aleph, qui est un. Beth, qui est deux. Déjà, le Livre refuse la ligne droite. Il me force à regarder de côté.
J’ai passé l’après-midi sur ce premier verset : « Et pourquoi pas Aleph ? » Parce que Aleph est caché, dit-il. Et je comprends peu à peu : ce n’est pas de la philologie. C’est une théologie de la pudeur. Dieu ne commence pas par se montrer. Il commence par une maison.
C’est le cœur des §2-5. Il y a une lumière qui éclaire et une lumière qui aveugle parce qu’elle est trop elle-même. Le midrash dit qu’elle a été mise en réserve pour les justes du monde à venir. Pas retirée. Réservée. Comme on garde un vin.
Et puis arrive ce vertige linguistique qui m’a retenu une heure entière au §8-9. Tohu et Bohu — que j’ai toujours lus comme « désert et vide » — deviennent sous la plume du Bahir des phrases entières.
Je referme sur cette idée : la lumière du Bahir n’est pas faite pour être expliquée. Elle est faite pour être entrevue. Rabbi Ne’hounia me donne moins une doctrine qu’une direction pour plisser les yeux. Regarder de côté, comme on regarde une étoile faible.
Jour 2 — La Maison
du Monde
Si le Jour 1 était la lumière, le Jour 2 est la maison qui peut la contenir. Tout revient à cette lettre : Beth. ב. Le Bahir s’y attarde comme à une architecture.
J’ai dessiné la lettre dix fois dans la marge. Un trait qui ferme trois côtés et s’ouvre vers le nord. Le Bahir dit : c’est Berakhah (bénédiction) et c’est Bayit (maison). Une seule lettre qui est à la fois le contenant et le contenu, le toit et la bénédiction sous le toit.
Le détail qui m’a arrêté : la forme même du Beth. Le Bahir insiste. Fermée derrière, au nord, à l’est, à l’ouest. Ouverte devant, vers le sud — direction du Hesed, de l’expansion. C’est un plan d’architecte mystique.
Au §22-27, le ton change. Parabole. Un roi avait creusé pour trouver de l’eau et, au fond, il trouve une source qui jaillit d’elle-même. Il se dit : « Si je plante sur cette source, mon jardin vivra de sa propre eau. » Et il plante.
J’ai d’abord lu cela comme une image pastorale. Puis j’ai compris : le roi, c’est le monde supérieur qui découvre que la création n’est pas une construction extérieure. Elle est une source intérieure qui jaillit. Le monde n’est pas posé sur l’eau. Il est planté dans l’eau qui est lui.
Je commence à sentir la cohérence : Jour 1, lumière insoutenable. Jour 2, architecture qui la rend habitable. Le Beth n’est pas une lettre, c’est une hospitalité.
Jour 3 — Les Voix
et la Fenêtre
Le Bahir bascule. On quitte la lettre pour la voix. Et quelle phrase ! « Et tout le peuple voyait les voix » — Exode 20:18. J’ai toujours lu cela comme une faute de style. Le Bahir en fait le sommet de l’expérience.
De là, le Bahir tire son grand développement sur les sept voix du Psaume 29. J’ai compté : sept fois « Kol Adonai », la voix de Dieu. Sept colonnes de son. Et je ne peux m’empêcher de penser aux sept jours, aux sept sphères inférieures.
Et puis, au §46-54, la parabole qui m’a retenu le plus longtemps. La plus douce aussi, après tant de cosmologie.
Un roi avait une fille belle et pudique. Il la gardait dans une chambre intérieure. Il voulait la montrer au monde, mais sans l’exposer. Alors il fit tailler une fenêtre — petite, haute, voilée — par laquelle on pouvait l’entrevoir.
Je reste longtemps sur cette image. La Torah comme fille cachée. Pas comme loi, pas comme code. Comme présence aimée qu’on entrevoit. Le Bahir n’est pas un commentaire, c’est une éducation du désir de voir.
Si « le peuple voyait les voix », c’est qu’il a, un instant, regardé par cette fenêtre. Il a vu ce qui s’entend et entendu ce qui se voit. Un instant seulement. Puis le voile est retombé. Mais le souvenir de la fenêtre est resté — et c’est ce souvenir que nous appelons étude.
Relire les §1-54 d’un seul souffle : du Tohu étonné à la Fille entrevue, le Bahir raconte une seule chose — comment l’infini apprend à avoir une maison, et comment la maison apprend à avoir une fenêtre. Tout le reste est commentaire de ce Beth initial. Tout le reste est apprentissage de la pudeur de la lumière.
Jour 4 — La Fenêtre
dans mon quotidien
4ème jour, je referme le livre et je l'ouvre en moi. Trois jours à lire le Bahir comme on regarde une lumière trop forte de côté. Aujourd'hui, je ne veux plus seulement comprendre le Beth. Je veux habiter dedans. Qu'est-ce que cela change, demain matin, quand je fais mon café, quand j'ouvre mes messages, quand je prie ?
Le Bahir n'a jamais été un traité. C'est un mode d'emploi pour ne pas être aveuglé. Alors je me demande : si la lumière est Bahir — éblouissante — comment je vis avec, sans la fuir ni m'y brûler ?
Pratique quotidienne — Arroser l'arbre même quand il pleut
Psaume 111:10 · רֵאשִׁית חָכְמָה יִרְאַת יְהוָה
« Réshit Hokhmah Yirat Adonaï — Le commencement de la sagesse est la crainte de Dieu. » Le Bahir lit : Yirah n'est pas peur, c'est la conscience que la lumière est trop forte. Alors comment l'arroser, cet arbre, même quand il pleut — même quand la bénédiction est déjà là ?
Prière finale JBCH
Inspirée par « Tehhilato Omedet La'ad » — Sa louange éternellement (Ps 111:10)
Toi qui as caché la lumière pour que je puisse Te chercher,
et qui as percé une fenêtre pour que je puisse T'entrevoir,
fais de ma journée une maison — Beth —
fermée à l'angoisse d'hier et de demain,
ouverte à Ta bénédiction d'aujourd'hui.
Que je n'aie pas peur de l'obscurité :
qu'elle me rappelle que Ta lumière est trop belle pour être fixée,
et qu'elle m'apprenne à regarder de côté, comme on regarde une étoile faible.
Et si aujourd'hui j'entends une voix,
donne-moi, un instant, de la voir.
Tehhilato omedet la'ad —
que ma petite louange tienne, elle aussi, un peu, dans l'éternel.
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