Imprimeur, hébraïsant, psychanalyste, écrivain, franc-maçon, le portrait d'un homme libre
Une enfance grise et cachée à Paris, pendant la dernière guerre, avec ses peurs, ses déchirures.
Bombardements, arrestations, déportations, disparitions des êtres aimés, souffrance des rescapés à la Libération. Sentiments violents, mélange de tristesse, d'injustice et de révolte…
Tandis qu'il me confiait le douloureux souvenir de ce drame, il y a quelques années, au Salon du Livre à la Mairie du XVIème, nous représentions la Loge Janusz Korkzac, son regard d'acier m'hypnotisait
Je devinais un autre voyage en lui : l'émigration familiale, cette traversée d'est en ouest, avant la montée pressentie du nazisme. Russie, Pologne, Tchécoslovaquie, Allemagne — ce long périple et ses aventures ont marqué l'esprit rebelle du jeune Daniel, pour s'y concentrer en un mot-action qui hantera farouchement toute sa vie d'adulte : Liberté !
Il fréquentait le B'nai Brith fidèle a ses actions et à son devoir de mémoire , un jour je lui demandais ce qui l'avait le plus marqué dans sa vie ... Il me répondit , c'est d'avoir été en enfant juif sous l'occupation à Paris.
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De l'imprimerie à l'écriture
Élevé dans l'imprimerie paternelle, il y devient vite amoureux du papier et de l'encre, des caractères assemblés et de la phrase. Du langage et du sens, que ce boulimique autodidacte va chercher davantage dans les livres que sur les bancs de la faculté.
Quel métier exercer au quotidien lorsqu'on veut vivre libre, indépendant et altruiste ?
Hébraïsant subtil, passionné de sémantique, il aime extraire de la racine des mots la lettre autant que l'esprit. Il est captivé par leurs sons.
Pas étonnant que de l'imprimeur naissent progressivement le psychanalyste et l'écrivain, maîtrisant cinq langues européennes.
Puis de « l'écoutant rédacteur » surgit le franc-maçon, initié à l'O.I.T.A.R. et qui va poursuivre son chemin initiatique au Grand Orient, où il gravit tous les degrés du rite écossais ancien et accepté.
Quelque cinquante ouvrages et manuels, dont une bonne moitié consacrée à l'Art Royal, résultent de ce parcours. Ils constituent l'œuvre de Daniel Béresniak, l'humaniste militant, écrite entre consultations et tenues, au petit jour comme au creux des nuits.
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L'ange et le démon
L'homme, de haute stature, crinière blanche léonine et voix forte, offre un visage changeant, à même de passer dans la seconde d'un rire slave éclatant à la gravité absolue. De la douce bienveillance à la critique la plus sévère.
Son écriture est le reflet de cette constante dualité questionnante en lui. Il sait que le descendant des primates porte encore aujourd'hui l'ange et le démon. C'est pourquoi il a fait de sa plume l'arme, la loupe et l'outil, au service de son semblable.
L'arme, pour l'engager à lutter contre tous les fascismes et intégrismes (Les cavaliers noirs de l'ésotérisme, Les bas-fonds de l'imaginaire — Éditions Detrad) ; la loupe, pour lui permettre de se découvrir (Comprendre la psychanalyse, la thérapie en questions — Éditions du Rocher) ; l'outil, pour lui ouvrir les chemins maçonniques de la connaissance (Rites et symboles de la franc-maçonnerie, tomes 1 et 2 — Éditions Detrad ; Symboles des francs-maçons — Éditions Assouline). Six livres-clés, parmi tous les autres.
Béresniak a bien trop tôt rejoint son ciel. Avec lui sont partis une époque, un vécu en commun, mais il nous laisse heureusement sa manière de penser originale.
Il a su rapprocher maçonnerie et sciences de la vie, ce qui lui a permis de valoriser notre méthode symbolique et de nous la donner à voir, sous des angles inattendus et pertinents.
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Produire, et non reproduire
Alors que cette pratique est basée sur la répétition, il nous incite, paradoxalement, à en sortir ! Au vrai, la parole de Daniel nous recommande de nous affranchir, mais sans l'oublier de la pensée des auteurs d'autrefois, pour oser penser et habiter nos propres mots. Pour leur donner notre sens personnel, ici et maintenant.
Produire, c'est dépasser nos limites auto-imposées. J'entends encore le conférencier exceptionnel qu'il était aussi, lancer au micro d'une estrade ou d'une station de radio, son thème permissif de ralliement :
« Vous donner la liberté d'aller plus loin, c'est en fin de compte réunir. L'antique symbole du cercle avec ses rayons, qui tous se rejoignent au centre, figure et annonce cet élan nécessaire ! »
Cette conviction dans l'écriture, cette tranquille assurance dans l'expression orale, Daniel Béresniak les devait autant à une préparation constamment réfléchie qu'aux échanges avec sa « garde rapprochée », son épouse et ses deux enfants, comme lui épris de communication. Au vrai, nous a quittés un authentique « veilleur du monde ».
Un industriel au service de l'éducation juive et de l'Alliance israélite universelle
Sainte-Marie-aux-Mines, 21 juin 1908 — Jérusalem, 19 octobre 1993
J'ai eu le bonheur d'être invité chez lui à Jérusalem avec mon ami Harry Heller. Sa fille était présente et elle parlait de la nouvelle pièce qu'elle avait mis en scène : Du Côté de Meknes" Ce jour, un vendredi soir nous avions chanté le traditionnel "Chalom Alekhem"
Jules Braunschvig n'était pas un homme d'appareil. C'était un industriel, héritier d'une maison de négoce familiale installée à Casablanca, que la guerre et l'engagement communautaire ont peu à peu détourné des seules affaires.
Sous-lieutenant d'intendance sur le front de Lorraine en 1940, il est fait prisonnier après la débâcle et passe cinq ans en captivité en Allemagne. Cette expérience forge chez lui une conviction qui ne le quittera plus : la survie du judaïsme passe par l'éducation.
Dès 1932, encore jeune chef d'entreprise à Casablanca, il entre au comité central de l'Alliance israélite universelle, alors présidée par l'orientaliste Sylvain Lévi poursuivant ainsi une voie déjà tracée par son père.
Il en devient rapidement l'homme de terrain au Maghreb : représentant de l'institution au Maroc, artisan de sa commission des écoles, et, très tôt, de l'accueil des réfugiés.
De 1945 à 1955, il fait passer les effectifs des écoles de l'Alliance au Maroc de 12 000 à 32 000 élèves.
Libéré en 1945, il consacre l'essentiel de son énergie au développement de l'éducation juive marocaine dans la décennie qui précède l'indépendance. En 1946, avec le rabbin Rouche.
Il fonde l'École normale hébraïque de Casablanca, toujours active aujourd'hui.
Après 1956 et le départ progressif des Braunschvig du Maroc, il poursuit cette œuvre sous d'autres formes, en France comme à l'international.
Vice-président puis président
Aux côtés de René Cassin, président de l'Alliance de 1943 à sa mort en 1976, Braunschvig occupe la vice-présidence pendant trente ans.
C'est lui qui, dans l'ombre du prix Nobel de la paix, tient l'institution au quotidien et la relie à ses réseaux nord-africains.
En 1976, il lui succède naturellement à la présidence, qu'il occupe jusqu'en 1985, avant de céder la place à Ady Steg et de devenir président honoraire jusqu'à sa mort, à Jérusalem, en 1993.
Chevalier de la Légion d'honneur dès 1951, marié en 1947 à Gladys Tolédano issue d'une vieille famille séfarade de Tanger
Jules Braunschvig aura incarné, entre le comptoir de Casablanca et les bureaux parisiens de l'Alliance, une génération de notables juifs pour qui l'engagement communautaire ne se distinguait pas du sens du devoir.
J'avais sept ans, et je savais déjà que les rues ont une mémoire plus longue que les hommes.
L'avenue Pasteur commençait à la gare du TGM, ce train blanc en bois, composé de lattes blanches, et finissait là-bas, tout au bout, dans le sable blanc du Casino, où la mer de La Goulette prenait cette couleur de zinc chauffé qu'elle gardait tout l'été.
Entre les deux, il y avait le monde entier. Le prisonnier qui parlait fort en italien les jours de marché. Le marchand de bombolonis dont l'huile crépitait dès six heures du matin.
Les persiennes vertes, toujours entrouvertes d'un doigt, comme des yeux qui ne voulaient rien perdre.
Et les femmes, assises sur le pas des portes en fin d'après-midi, qui égrenaient les nouvelles du quartier avec la patience de celles qui n'ont jamais besoin de crier pour être entendues.
Moi, je passais. On me croyait occupé à mes billes, à mon cerceau, à mes noyaux d’abricots , à ma récolte de feuilles de muriers pour nourrir mes vers à soie à mes courses vers la plage.
On avait tort. Je n'ai jamais autant écouté que cette année-là, l'année où l'on chuchotait deux choses à la fois dans la même phrase, sans que je comprenne encore qu'elles n'avaient rien à voir : la France qui reculait, Mendes France en visite, le Bey affaibli, et Madame Berdah qui recevait, le soir, un homme qui n'était pas son mari...
II
Il y avait, sur l'avenue, un personnage que toutes les femmes connaissaient et qu'aucun mari n'aurait songé à interdire : Bajou.
C'était un colporteur d'un genre que je n'ai jamais revu depuis.
Efféminé, des boucles d'oreilles, une voix qui montait et descendait comme une chanson, il ne vendait que ce dont les femmes raffolaient : onguents, poudres, rouges à lèvres, parfums, et quelques aphrodisiaques qu'il proposait à mi-voix, en connaisseur.
Dès qu'on l'apercevait au bout de la rue, les cuisines se vidaient d'un coup, comme si une cloche invisible avait sonné.
Bajou les connaissait toutes. Il devinait, il sentait, il entrait dans leur intimité sans qu’elles s'en offusquent jamais, devenant en une phrase psychologue, psychiatre et confesseur en affaires du cœur et du corps.
« Le parfum, criait-il, excite les hommes, et le jasmin en est le meilleur ! » Et les femmes riaient, se resserraient autour de lui, un flacon à la main.
Elles étaient bien plus d'une dizaine, ce jour-là, réunion improvisée qui n'avait rien à voir avec les habituelles conversations de cuisine : juives pour la plupart, mais aussi siciliennes, maltaises et musulmanes , toute la palette des communautés de La Goulette rassemblée en un seul cercle.
Les musulmanes restaient en retrait, plus discrètes ; les Siciliennes, elles, se pavanaient sans pudeur, gorges offertes au soleil comme au regard de Bajou, qui ne semblait rien en faire, ce qui, précisément, autorisait tout.
Vu sa féminité, ses manières, son langage, ses vêtements, aucun homme ne pouvait voir en lui un danger. C'est ainsi qu'il parlementait avec elles à voix basse, et qu'elles lui parlaient sans pudeur, comme on ne parle qu'à celui dont on sait qu'il ne répétera rien ou qu'il répétera tout, mais ailleurs, et sans jamais dire de qui.
Moi, je n'approchais pas. J'avais peur d'être démasqué comme un voyeur, car Bajou, disait-on, avait du flair, il sentait les présences avant de les voir. Je me réfugiais alors un peu plus loin, près de l'étal du marchand de boutargue de thon, si salée, si forte, qu'il fallait ensuite se remplir la bouche de pain italien pour en atténuer le goût. De là, je regardais sans être vu, ou du moins je le croyais.
Bajou savait qu'aucun mari ne s'aviserait d'interdire à sa femme de descendre le voir.
À la fin de son numéro, il ramassait des liasses de petits billets, promettait de revenir bientôt avec de nouvelles marchandises, et repartait en criant lui-même son nom dans la rue, comme un dernier tour de chant : « Bajou ! Bajou ! »
III
C'était 1955, ou peut-être déjà 1956, je ne sais plus au juste, pour un enfant, le temps ne se découpe pas en dates, il se découpe en étés. Ce que je sais, c'est que les grandes personnes avaient, cette année-là, une manière particulière de se taire dès qu'un enfant entrait dans une pièce.
Un silence trop rapide, trop parfait, comme une porte qu'on referme sur un courant d'air.
À la maison, mon oncle Roger lisait La Monde, en fronçant les sourcils, et parlait de Bourguiba, de Mendès-France, d'autonomie interne, de mots trop grands pour moi et que je faisais rouler dans ma bouche comme des cailloux, sans en connaître le poids.
Mais ces mots-là, au moins, on les prononçait devant moi. Il y en avait d'autres, plus petits, plus proches, qu'on baissait la voix pour dire.
C'est ma tante Lucette qui m'a mis la puce à l'oreille, un jeudi, en sortant de chez le coiffeur avec ma mère.
« Tu as vu l'heure à laquelle il repart, le monsieur ? » avait-elle dit, sans me regarder, comme si je n'existais pas encore tout à fait, comme si les enfants n'avaient pas d'oreilles avant un certain âge.
« Chut, » avait fait ma mère. Et le mot avait suffi à graver la phrase en moi pour toujours.
IV
La maison des Berdah était la troisième après l’épicerie de Béchir, celle avec le figuier qui débordait sur le trottoir et dont on nous interdisait de voler les fruits, bien qu'on le fît quand même, l'été, avec la complicité tacite du vieux figuier lui-même.
Monsieur Berdah travaillait au port. Il partait tôt, revenait tard, sentait le goudron et le sel. Madame Berdah, elle, avait des cheveux noirs qu'elle portait relevés, et un rire qui montait un peu trop haut pour une femme mariée, c'est du moins ce que disaient les femmes de l'avenue, qui savaient mesurer un rire au millimètre.
L'homme qui venait le soir, je le connaissais de vue : on l'appelait Si Albert, il travaillait, je crois, à la Compagnie du chemin de fer, du côté de la gare. Il avait une bicyclette anglaise, très fine, qu'il appuyait toujours contre le même volet, celui de la chambre du fond. Il ne restait jamais bien longtemps.
Mais il venait souvent. Et à La Goulette, en ce temps-là, ce qui revenait souvent finissait toujours par se savoir.
V
Les rumeurs, dans notre quartier, ne marchaient pas droit. Elles zigzaguaient d'une cour à l'autre, changeaient de forme en changeant de bouche, s'arrêtaient boire un café chez l'une, se refaisaient une beauté chez l'autre.
Celle-là mit trois semaines à me parvenir tout entière, par fragments que je recollais le soir, dans mon lit, comme on recolle un vase qu'on n'a pas le droit d'avoir cassé.
Un fragment, glané derrière la fenêtre de la cuisine, un soir de sirocco où l'on avait laissé les volets ouverts pour chercher un peu d'air : « ... et le mari qui ne voit rien, ou qui fait semblant... »
Un autre, plus tard, que je n'ai compris que des années après : « ... si le mari l'apprend maintenant, avec tout ce qui se passe, avec les Français qui plient bagage, où voulez-vous qu'elle aille, la pauvre... »
C'est cette dernière phrase qui, sans que je le sache alors, cousait les deux rumeurs de l'année en une seule et même étoffe.
Le pays changeait de maître au moment même où Madame Berdah risquait de changer de vie, et les deux bouleversements, dans la bouche des femmes de l'avenue, finissaient par se répondre, comme deux cloches qui sonnent à quelques secondes d'écart et qu'on croit, un instant, n'entendre qu'une seule fois.
VI
Alors que la bicyclette était posée non loin, J'ai vu, surtout, la petite fille des Berdah, elle avait mon âge, peut-être un an de plus, assise seule sur le pas de la porte de derrière, en train de dessiner dans la poussière avec un bout de bois, sans dessiner rien de précis, juste pour faire quelque chose de ses mains pendant et j’allais lui parler pour lui tenir compagnie.
Elle a levé les yeux vers moi. Je n'ai jamais oublié ce regard. Ce n'était pas un regard d'enfant surpris. C'était un regard qui savait déjà, et qui me demandait, sans un mot, de ne` rien dire.
VII
Les fêtes allaient sonner et toutes les familles s’apprêtaient a retourner à Tunis … à 10 kilomètres , Les matelas et les affaires étaient posés sur les calèches, tirées par un cheval équipe d’un sac d’avoine, et les rues allaient se vider, les fêtes se passaient à Tunis, et pour ma grand-mère maternelle dans la synagogue des granas, rue de la Loire, et avec mon papa à l’Oratoire de la rue des Tanneurs qui disposait d’une immense terrasse.
VIII
Le pays, lui, ne s'est pas refermé de la même manière. Le drapeau a changé sur le fronton de la Résidence, à Tunis, et les conversations des hommes, sur le pas des portes, ont changé de sujet plus vite que celles des femmes. On parlait maintenant de ceux qui restaient et de ceux qui partiraient, de la France qu'on avait connue et de celle, plus incertaine, qui s'annonçait.
Je n'ai jamais revu Madame Berdah, après cette année-là, les familles du quartier se sont dispersées, comme se disperse le sable du Casino quand souffle le vent d'est, chacune reprise par son propre courant, Marseille pour les uns, Paris pour d'autres, ailleurs encore pour ceux qui hésitaient trop longtemps.
Mais je me souviens, moi, de ce que j'ai compris bien plus tard, adulte, en repensant à cette avenue : que les rumeurs de quartier et les rumeurs de nation naissent du même besoin, celui de mettre des mots sur ce qu'on sent venir avant de le comprendre tout à fait.
Le pays sentait venir son indépendance, et l'enfant que j'étais, sur l'avenue Pasteur, entre la gare du TGM et la plage du Casino, voyaient de sa fenêtre les manifestations de s indépendantistes, injuriant même le Bey, pour l’arrivée d’une République, avec un parti unique, celui du Néo Destour de Habib Bourguiba.
Quelques mois après, deux policiers se sont présentés pour demander à ma mère de préparer une valise sommaire, mon papa avait été arrêté à son bureau au Journal La Presse.
Nous apprenions deux jours après qu’il avait été expulsé - parce que français et sans explication- et mis dans un avion Breguet deux Ponts d’Air France et déposé à Bastia.
Résumé de l'entretien avec Stéphane Rozès, par Arnaud Benedetti
À huit mois du premier tour, Stéphane Rozès voit s'ouvrir une présidentielle d'un genre nouveau : une campagne lancée tôt, dans un pays inquiet, rongé par le sentiment de déclassement et la perte de maîtrise de son destin collectif.
Deux forces néfastes dominent, selon lui, la dynamique politique : Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon.
Non que leurs projets se ressemblent ils sont profondément contradictoires mais parce qu'ils sont, pour l'heure, les seuls à proposer un chemin : une vision de la France, une lecture de la période, une stratégie.
Cette confrontation funeste porterait une ombre sur la France, un Grand Malheur et l'abandon de notre "Europe" qui nous a pour la première fois dans l'histoire, garanti la Paix, Plus de 80 années de Paix !
De plus, financés par la Russie, ces deux partis rejoindront Poutine et sa dictature dès las premiers jours, s'ils sont élus. Alors réagissons, réfléchissons, car on peut se sortir de ce piège mortel.
Face à eux, les autres candidats apparaissent davantage comme des gestionnaires de contraintes que comme des porteurs de projet.
Le retour de la nation
La mondialisation a produit de la richesse, mais aussi un sentiment de dessaisissement : les peuples auraient perdu l'impression de décider de leur propre destin. La nation redevient un cadre de protection et de souveraineté. Rozès voit s'ouvrir en France un « moment bonapartiste » le désir d'un État rendu à la nation.
C'est dans ce cadre qu'il lit la progression du RN, à rebours d'une idée reçue :
« Les idées politiques ne sont pas des virus. »
Ce serait Marine Le Pen qui aurait perçu la première le déplacement du centre de gravité du pays, pendant qu'une partie de la gauche abandonnait le social et qu'une partie de la droite délaissait la question nationale.
Le débat du Medef, un révélateur
L'exercice, centré sur l'économie, aurait réduit les candidats à un examen de compétence gestionnaire.
Le Pen l'a franchi sans entamer son avantage électoral ; Mélenchon a choisi de ne pas y chercher d'approbation, fidèle à sa stratégie de conquête de la gauche.
Mais pour Rozès, l'essentiel se joue ailleurs que sur les plateaux : médias et responsables politiques n'inventent pas les mouvements profonds de l'opinion, ils les cadrent tout au plus.
Les signaux faibles plutôt que les sondages
Rozès invite à observer l'affluence des meetings, les conversations ordinaires, les mots qui reviennent d'un candidat à l'autre nation, République, laïcité, travail, immigration, Europe. Son diagnostic est sévère : les Français sentent le caractère exceptionnel du moment, mais jugent le personnel politique indigne de sa hauteur.
La question devient presque existentielle :
Le souhaitable peut-il encore devenir possible ? L'élection se jouera peut-être moins entre des camps qu'entre deux tentations rester avec le connu, si décevant soit-il, ou risquer un changement qui doit encore faire ses preuves.
Neuf mois, rappelle Stéphane Rozès, c'est le temps d'un enfantement. La campagne ne fait que commencer.
Munich, 5 septembre 1972 : onze noms, une doctrine qui n'a jamais changé
Par Jacques-Bernard Cohen-Hadria — 5 septembre 2026
Cinquante-quatre ans après l'assassinat de onze membres de la délégation israélienne aux Jeux olympiques de Munich, il ne suffit pas de dire que nous nous souvenons. Il faut se rappeler aussi combien de temps il fallut au mouvement olympique pour leur accorder cette minute de silence que leurs familles réclamaient, et comment, après trente-quatre heures à peine, les Jeux avaient repris.
À 4 h 30 du matin, le 5 septembre 1972, huit hommes armés du groupe Septembre noir franchissent la clôture du village olympique et se dirigent vers le 31 Connollystraße, où loge la délégation israélienne.
Ils sont venus chercher des Israéliens — pas sur un champ de bataille, mais aux Jeux olympiques. Des hommes venus courir, lutter, entraîner, arbitrer. Moshe Weinberg et Yossef Romano, qui tentent de résister, sont abattus.
Neuf autres otages sont pris. Après l'échec des négociations et le désastre de l'opération de sauvetage à Fürstenfeldbruck, les neuf otages sont exécutés, ainsi qu'un policier ouest-allemand. À la fin, ils sont onze.
Face à cette hécatombe, Golda Meir, alors première ministre d'Israël, ne se contente pas de pleurer les morts. Elle ordonne au Mossad de traquer, un à un, les responsables de la planification et de l'exécution du massacre, où qu'ils se cachent.
L'opération, restée dans l'histoire sous le nom de « Colère de Dieu », s'étendra sur plus de vingt ans, de Rome à Beyrouth, de Chypre à Paris. La doctrine est simple et sans appel : un État qui n'ose pas punir ses bourreaux jusqu'au bout du monde invite les suivants à recommencer.
Un État qui n'ose pas punir ses bourreaux jusqu'au bout du monde invite les suivants à recommencer.
Cette doctrine, Israël ne l'a jamais reniée. Le 7 octobre 2023, ce n'est plus une délégation olympique mais des kibboutz entiers, une rave party et des familles entières que le Hamas a massacrés, violés, enlevés. Et depuis, un à un, les planificateurs sont tombés : Saleh al-Arouri à Beyrouth en janvier 2024, Ismaïl Haniyeh à Téhéran en juillet 2024, Mohammed Deif visé le même mois, Yahya Sinwar traqué et abattu à Gaza en octobre 2024.
La liste s'allonge, comme s'allongea autrefois celle des artisans de Munich.
Ceux qui s'étonnent encore de cette constance n'ont rien compris à ce que Golda Meir avait posé comme principe il y a cinquante-quatre ans : la mémoire des victimes ne se construit pas seulement dans les commémorations, mais dans la certitude, donnée à leurs bourreaux, qu'aucun d'eux ne mourra tranquille.
Ce qui est arrivé aux assassins de Munich arrivera aux assassins du 7 Octobre. C'est une promesse qu'Israël tient depuis un demi-siècle, et qu'il n'a aucune intention d'abandonner.
Repères
5 septembre 1972 : onze membres de la délégation israélienne tués à Munich.
Golda Meir ordonne au Mossad la traque des responsables — opération « Colère de Dieu ».
7 octobre 2023 : attaque du Hamas contre Israël.
2024 : élimination successive d'al-Arouri, Haniyeh, Deif et Sinwar.
Onze noms à Munich. Une promesse qui, cinquante-quatre ans plus tard, continue de se tenir.
Gracques, Horaces, Phrygiens : l'État profond a-t-il déjà choisi son camp ?
Par Jacques-Bernard — 5 septembre 2026
Vingt ans de réseaux discrets de hauts fonctionnaires, du centre-gauche feutré des Gracques jusqu'aux Phrygiens insoumis révélés fin août : à dix-huit mois de la présidentielle, la haute administration française n'a jamais autant ressemblé à un vivier de partis qu'elle est censée servir avec neutralité.
Une généalogie de vingt ans
Le principe n'est pas nouveau : des hauts fonctionnaires ont toujours eu des affinités politiques et fourni, de façon informelle, des contributions aux partis qu'ils soutenaient. Ce qui change, depuis les années 2000, c'est la formalisation de ces réseaux.
Les Gracques, cercle proche du PS et de la social-démocratie, ouvraient la voie sur un mode de think-tank et d'influence discrète, plus proche du lobby que de la structure clandestine de conquête du pouvoir. Ce que les partis dominants faisaient sans le nommer, les formations dites hors système allaient bientôt le structurer, faute de militants et de cadres expérimentés.
Les Horaces, la matrice du RN
Fondé en décembre 2015 sous la houlette d'André Rougé, le cercle des Horaces rassemble une quarantaine de hauts fonctionnaires, d'anciens membres de cabinets ministériels et de cadres d'entreprise acquis au Rassemblement national.
Jean Messiha, avant de rejoindre Reconquête, en fut le porte-parole ; le député Jean-Paul Garraud y a été identifié comme spécialiste des questions judiciaires. Dès la campagne de 2017, le cercle se réunissait mensuellement avec Marine Le Pen pour nourrir sa crédibilité technique sur l'économie, la défense et la sécurité ;
En 2022, le rythme était passé à une ou deux réunions par semaine. Onze ans après sa création, les Horaces restent un pilier discret mais assumé jusque dans la presse — de la stratégie de dédiabolisation du parti.
Les Phrygiens, l'irruption à ciel ouvert
Créés en mai 2026, dans la foulée de l'officialisation de la candidature de Jean-Luc Mélenchon, les Phrygiens ont choisi un nom qui ne doit rien au hasard : le bonnet phrygien, symbole de la Révolution.
Selon les révélations de la presse fin août, le réseau rassemblerait environ 80 hauts fonctionnaires, présents à Bercy, à la Banque de France, au Quai d'Orsay, dans la fonction publique hospitalière et territoriale, à la Commission européenne et jusque dans la diplomatie.
Fonctionnement volontairement informel : une boucle Telegram, une réunion mensuelle en présentiel, un recrutement à la machine à café.
« Nous sommes présents dans tous les ministères. »Un porte-parole anonyme des Phrygiens, franceinfo, août 2026
Leur mission affichée : produire des notes sur les éco-régions ou la déconcentration des médias, deux marottes du programme insoumis, pour démontrer que LFI saurait gouverner. Coordination politique assurée par Clémence Guetté, cadre du mouvement en charge du programme présidentiel.
« Le but des Phrygiens est de nous aider à monter en compétence. »Entourage de Clémence Guetté
Le mouvement se réclame d'une filiation plus ancienne : jusqu'à sa mort en 2023, le conseiller d'État Bernard Pignerol avait déjà contribué à structurer des réseaux comparables de fonctionnaires acquis à la cause insoumise.
Ce qu'en dit Pierre Mathiot
Dans une analyse publiée le jour même sur Atlantico, le politiste Pierre Mathiot inverse la focale : ce n'est pas tant la haute fonction publique qui se partisanise structurellement, ce sont les partis eux-mêmes qui se transforment.
Privés du militantisme de masse et des réseaux d'élus locaux qui portaient jadis le PS et le RPR, les formations aujourd'hui affaiblies comme les outsiders RN et LFI hier comblent le vide par de la technicité importée. Les Phrygiens ne sont, dans cette lecture, qu'un symptôme de plus du délitement du militantisme traditionnel.
Neutralité de l'État : fiction commode ou ligne rouge ?
Un fonctionnaire a un devoir de réserve et d'impartialité. Produire, dans l'ombre, des notes pour un parti crée un risque réel de conflit d'intérêts et fragilise la confiance dans l'administration. Mais la neutralité de l'État n'a jamais été absolue : nominations discrétionnaires, cabinets ministériels, pantouflage l'ont toujours relativisée.
Refuser toute contribution experte aux partis hors système reviendrait, à l'inverse, à les maintenir dans un désavantage structurel face à des formations mieux implantées dans les élites. Le vrai problème n'est donc pas l'existence de ces réseaux, mais leur invisibilité et l'absence de toute obligation de déclaration.
À qui profite le silence ?
Ces cercles restent minoritaires quelques dizaines à une centaine de membres face à des milliers de hauts fonctionnaires. Mais leur existence sert une stratégie de communication précise : prouver que l'État n'est pas monolithique, et que chaque parti dispose déjà de relais à l'intérieur.
À dix-huit mois de la présidentielle de 2027, Gracques, Horaces et Phrygiens racontent la même histoire sous des habits différents : celle d'une démocratie où l'expertise administrative se négocie désormais en coulisses, faute de pouvoir encore se conquérir dans les sections locales.
Repères
Gracques (années 2000) : proches du PS, logique de think-tank et d'influence discrète.
Horaces (créés en 2015) : environ 40 membres, proches du RN, réunions régulières avec Marine Le Pen depuis 2017.
Phrygiens (créés en mai 2026) : environ 80 hauts fonctionnaires, proches de LFI, coordination liée à Clémence Guetté.
Aucun élément public ne démontre à ce jour un usage des moyens de l'administration par ces réseaux.
L'État se veut impartial. Ses agents, eux, ont visiblement déjà choisi — en silence, et par avance.