Cher Yohanan Manor,
Il est des rencontres qui tracent des sillons profonds dans une existence, des rencontres dont on ne mesure la portée qu’avec le recul des années. Celle que j’ai eu la chance de faire en 1970 — en votre compagnie et à celle de Lionel Stolerú est de celles-là.
Il faut nous souvenir qu’à l’époque En compagnie de Patrick Davidovici, de Harry Heller, et de Georges Goldman avec votre soutien nous avions créé le CERJI, Cercle d’Etudes et de Recherche sur le Judaïsme et Israël.
Je ne saurais dire aujourd’hui ce qui, de votre enseignement ou de votre présence, a le plus marqué le jeune homme que j’étais alors. Peut-être l’un et l’autre se confondaient-ils déjà en une seule et même chose.
Plus d’un demi-siècle s’est écoulé depuis ces années et je vous observe avec admiration continuer d’œuvrer avec la même rigueur, la même conviction, la même ardeur intellectuelle.
Dès 2002, Nous avions collaboré en compagnie de Gilles et Simone Slama, et de François Zimray, alors député européen, contre le financement par l'europe de livres scolaires antisémites, au sein du B'nai B'tith - Janusz Korczak.
Nous avons aussi imprimé et diffusé auprès de tous les représentants du peuple français : Assemblée Nationale, Sénat, ... la "Charte du Hamas", document prémonitoire ..
Votre engagement au sein du CMIP, votre travail fondateur sur les manuels scolaires palestiniens, cette patience de l’entomologiste appliquée à décrypter les ressorts de la haine et les chances de la paix : tout cela porte témoignage d’une vie pleinement habitée par ses idéaux.
Vous avez consacré une grande part de votre existence à ce que d’autres appelleraient une cause impossible : convaincre que l’éducation n’est pas neutre, qu’un manuel scolaire peut valoir une armée, que la paix se gagne d’abord dans les esprits qu’on façonne, est aujourd’hui important , les assassinats du 7 octobre 2023 ont montré comme vous aviez ô combien raison. C’est votre œuvre — patiente, exigeante, nécessaire.
Je voulais simplement, au seuil de ce printemps 2026, vous dire ce que l’on dit trop rarement à ceux qui nous ont formés : merci. Merci de m’avoir appris que la politique ne vaut que si elle s’adosse à une vision, et que la vision ne vaut que si elle accepte d’être éprouvée par les faits. Ces leçons, je les porte encore.
Puissiez-vous continuer longtemps encore à éclairer ceux qui cherchent à comprendre un Moyen-Orient toujours plus complexe, et à inspirer ceux qui, après vous, auront à cœur de faire de l’éducation un vecteur de paix plutôt qu’un instrument de guerre.
Avec tout mon respect et ma fidèle admiration,
Jacques -Bernard Cohen-Hadria
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