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dimanche 15 février 2026

Qui est Jared Isaacman nouveau patron de la Nasa ? JBCH N° 2602 - 872


Jared Isaacman, un véritable phénomène, nommé (et confirmé) à la tête de la NASA par Donald Trump


Le 4 décembre 2024, le président-élu Donald Trump a annoncé la nomination de Jared Isaacman, 41 ans, milliardaire juif américain, entrepreneur autodidacte et astronaute privé, au poste d’administrateur de la NASA. 





Cette décision, confirmée par le Sénat le 17 décembre 2025 (vote 67-30), fait de lui le 15e directeur de l’agence spatiale américaine. Il a prêté serment le 18 décembre 2025 et dirige aujourd’hui la NASA.



Un parcours hors norme – le « phénomène » Isaacman : Fondateur et PDG de Shift4, société de paiement en ligne (valorisée plusieurs milliards de dollars). Milliardaire qui a quitté l’école sans diplôme. Pilote de chasse expérimenté et passionné d’aviation.




Ses exploits spatiaux (les vrais « premiers ») : 
2021 : Commandant de la mission Inspiration4 (SpaceX) → première mission orbitale entièrement civile de l’histoire, sans aucun astronaute professionnel à bord. Il a levé plus de 250 millions de dollars pour l’hôpital St. Jude.  




Septembre 2024 : Commandant de Polaris Dawn (SpaceX) → première sortie extravéhiculaire (spacewalk) entièrement privée de l’histoire. La mission a battu le record d’altitude depuis Apollo (1 400 km) et testé de nouvelles technologies (communications Starlink, effets de la radiation, etc.).


Sa réaction après la nomination (postée sur X) : « Avec le soutien du président Trump, je peux vous promettre ceci : nous ne perdrons plus jamais notre capacité à voyager vers les étoiles et à nous contenter de la deuxième place. Les Américains marcheront sur la Lune et sur Mars, et nous améliorerons ainsi la vie sur Terre. »




Son identité juive : Isaacman est juif, mais n’en a jamais fait un élément central de son image publique. En 2010, il avait participé à une enchère du mouvement Habad (Chabad) du New Jersey pour devenir « pilote de chasse d’un jour ». 






Cette année encore, son père et lui figuraient parmi les mécènes d’un gala Habad. Il n’est cependant pas le premier Juif à diriger la NASA : Daniel S. Goldin (1992-2001) l’avait précédé sous George H.W. Bush.


Pourquoi ce choix  : Trump veut accélérer le retour des Américains sur la Lune (programme Artemis) et préparer Mars. Isaacman, proche d’Elon Musk et de SpaceX, incarne l’alliance entre secteur privé et ambitions spatiales américaines. Son parcours de self-made man, ses deux vols spatiaux financés personnellement et sa vision ambitieuse en font un profil atypique et très attendu.


Jared Isaacman n’est pas seulement un milliardaire qui va dans l’espace… c’est un entrepreneur qui a déjà changé la donne du vol spatial privé et qui, aujourd’hui, pilote la NASA elle-même. Un phénomène, effectivement !





ZIM s'en va .. JBCH N° 2602 - 871

ZIM, symbole de l’indépendance israélienne, vendue à un géant allemand

  

Partout dans le monde, on voit avec fierté des containers marqué du cygle "ZIM" et quelle fierté de les apercevoir à Singapoue, Calcutta, San Diègo ou à Rotterdam ... 


L’emblématique compagnie maritime israélienne ZIM tourne une page historique. Un accord de scission-vente complexe, conclu cette nuit, associe le géant allemand Hapag-Lloyd et le fonds israélien FIMI. Il marque la fin de l’indépendance de l’armateur né avec l’État hébreu il y a quatre-vingts ans.




Pour contourner les obstacles géopolitiques et réglementaires, les acquéreurs ont imaginé une structure inédite. Hapag-Lloyd reprendra l’essentiel du réseau international de ZIM (99 navires en location, routes globales hors Israël, réseau commercial et technologique)



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FIMI acquerra les lignes stratégiques desservant directement Israël : 16 navires en propriété (dont ceux battant pavillon israélien, mobilisables en cas de guerre), le siège de Haïfa, les systèmes informatiques et le personnel naval israélien. Une nouvelle entité, « New ZIM », verra le jour sous contrôle israélien, avec accès au réseau mondial de Hapag-Lloyd.



Israël conserve sa « golden share », qui lui permet de bloquer toute décision contraire à la sécurité nationale et d’exiger le maintien d’une flotte israélienne en cas de conflit. Cette précaution s’imposait : Hapag-Lloyd compte parmi ses actionnaires des fonds souverains saoudiens (environ 10 %) et qataris (environ 12 %), rendant impossible une prise de contrôle totale d’actifs jugés vitaux par le ministère de la Défense.



L’opération, valorisée à plus de 3,5 milliards de dollars, entraînera le retrait de ZIM de la Bourse de New York. Succès financier spectaculaire : introduite en 2021 à 1,5 milliard, la compagnie a vu sa valeur exploser grâce à la crise du transport maritime post-Covid.





Le maire de Haïfa, Yona Yahav, a réagi avec vigueur. Il exige l’arrêt immédiat de la vente :

« ZIM, dont le siège est à Haïfa, n’est plus une simple entreprise. C’est un actif stratégique pour la sécurité nationale. Transférer sa propriété à des intérêts étrangers, même avec un partenaire israélien, est problématique et pourrait entraîner des milliers de licenciements. »




Fondée en 1945 par l’Agence juive sous le nom de ZIM Palestine Navigation Company, avant même la création de l’État, ZIM a été l’un des piliers du développement économique israélien. D’abord publique, elle a été partiellement privatisée dans les années 1970, puis totalement cédée dans les années 1990 sous le premier gouvernement Netanyahou. Cette scission marque la fin de l’entité unique telle qu’elle existait depuis quatre-vingts ans, au profit d’une intégration dans les flux mondiaux du transport maritime.

Pour l’État d’Israël, l’enjeu dépasse l’économie : en temps de guerre, lorsque les compagnies étrangères refusent parfois d’accoster, seuls les navires israéliens assurent la continuité logistique. Avec cette opération, le pays tente de concilier ouverture mondiale et souveraineté maritime.

Une ère s’achève. Une autre commence, sous pavillon partagé




samedi 14 février 2026

On trahit une nouvelle fois le peuple kurde ... JBCH N° 2602 - 870


Depuis un siècle, le peuple kurde incarne l’une des grandes tragédies silencieuses du Proche-Orient. Promis à l’indépendance après la Première Guerre mondiale, sacrifiés lors des accords successifs, instrumentalisés puis abandonnés, les Kurdes ont payé leur fidélité aux puissances occidentales au prix fort. L’offensive de Damas de janvier 2026 confirme une fois de plus cette constante : les Kurdes sont des alliés précieux tant qu’ils servent, puis deviennent des variables d’ajustement diplomatique.


Après avoir été en première ligne contre l’État islamique, protégeant non seulement leurs terres mais aussi l’Occident, parfois au prix de milliers de vies, y compris au sein de bataillons féminins devenus symboles de résistance, ils se retrouvent aujourd’hui livrés à leurs adversaires. Leur combat contre le jihadisme avait pourtant fait d’eux un rempart civilisationnel, un partenaire crédible et responsable dans une région dominée par l’instabilité.



 le nouveau régime syrien,  a méthodiquement profité de l’isolement progressif des Forces démocratiques syriennes. En quelques jours, Damas a reconquis des territoires stratégiques, notamment énergétiques, pendant que la communauté internationale détournait le regard. Cette opération n’aurait pas été possible sans le feu vert implicite de puissances majeures et la duplicité de Trump sous les conseils appuyés de l'Arabie..




Les USA  ont acté leur désengagement. Après avoir utilisé les Kurdes comme force terrestre contre Daech, Washington a privilégié ses relations avec Damas et Ankara. La realpolitik a une nouvelle fois pris le pas sur la loyauté. En 2019 déjà, les Kurdes avaient été abandonnés face au nouvel empire Ottoman en création, en 2026, l’histoire se répète.




Même Israël pourtant souvent perçu comme proche des Kurdes sur le plan stratégique, a choisi la normalisation avec la Syrie plutôt qu’un soutien concret. Poutant l'état hébreux sait faire, comme on l'a vu avec les Druzes



La faiblesse de la résistance kurde ne traduit pas une défaite morale, mais une lucidité tragique. Privés d’alliés, confrontés à l’hostilité de tribus arabes islamistes et à la supériorité militaire adverse, les FDS ont choisi le repli plutôt que le sacrifice inutile. Leur démotivation est le fruit direct de l’abandon occidental, une tache qui restera ... On ne combat pas indéfiniment seul contre des États soutenus par des coalitions.


La question des prisonniers de Daech renforce encore l’amertume. Pendant des années, les Kurdes ont assumé un fardeau sécuritaire mondial. Aujourd’hui, ce fardeau devient un prétexte pour justifier leur marginalisation, voire leur mise sous tutelle.




Sur le plan historique, cette séquence s’inscrit dans la continuité du démantèlement du « rêve kurde ». Après la chute des "Assad", alliés de Poutine,  beaucoup, dont notre cher Quai d'Orsay,  espéraient voir émerger une Syrie pluraliste, respectueuse des minorités. La réalité est tout autre : le centralisme revient, maquillé par quelques concessions symboliques.



Au fond, ce drame dépasse la seule question kurde. Il révèle l’incapacité, plutôt la veulerie  chronique de l’Occident à assumer ses responsabilités morales. On célèbre le courage des Kurdes quand ils meurent pour nous, puis on négocie leur sort sans eux. Cette trahison répétée nourrit le ressentiment, fragilise la lutte contre l’islamisme et affaiblit toute crédibilité future.




Les Kurdes ont protégé l’Europe et le Moyen-Orient contre le chaos jihadiste. En retour, ils reçoivent l’oubli, l’isolement et la soumission forcée. 


Leur histoire récente est celle d’un peuple loyal dans un monde sans loyauté. Et tant que cette logique prévaudra, la région restera prisonnière de ses tragédies cycliques. Les livres d'histoire noteront à jamais notre lâcheté.




Sciences Po ... c'est fini JBCH N° 2602 - 869

L'occupation de Sciences Po par des soutiens activistes des frères Musulmans, les actions purement antisémites non punies,  ont marqué les entreprises. Celles ci n'embauchent plus ses diplômés ..


La séquence récente autour de Sciences Po marque un tournant préoccupant pour l’image de l’institution. Longtemps perçue comme un label d’excellence républicaine, formant les élites administratives, politiques et économiques du pays, l’école donne aujourd’hui le sentiment d’être devenue un champ de bataille idéologique. 


Les scènes d’ovation de Rima Hassan à Lyon ont cristallisé un malaise déjà profond : pour une partie de l’opinion, la frontière entre engagement politique et complaisance envers des discours ambigus, voire toxiques, semble avoir été franchie.



Dans ce climat, la responsabilité morale et symbolique de l’institution est engagée. Lorsqu’une école qui prétend former les décideurs de demain apparaît incapable de contenir certaines dérives ou de poser des lignes rouges claires, sa crédibilité s’effrite. Le débat d’idées est légitime ; l’exaltation de positions perçues comme radicales l’est beaucoup moins aux yeux d’un grand nombre de Français. Le fait que des responsables politiques comme Marine Tondelier soient associés, dans le débat public, à cette atmosphère militante renforce l’impression d’un entre-soi idéologique coupé d’une partie du pays.





Conséquence directe : la valeur symbolique du diplôme est fragilisée. Les employeurs, notamment dans les secteurs exposés à l’opinion publique ou à l’international, sont attentifs à leur réputation. Un CV mentionnant Sciences Po n’est plus seulement un gage de compétence académique ; il peut susciter des interrogations sur l’environnement intellectuel dans lequel le candidat a évolué. Même si tous les étudiants ne partagent pas ces positions, l’image collective pèse sur chacun.






L’accusation selon laquelle l’antisémitisme deviendrait, implicitement, un « critère d’excellence » est évidemment polémique, mais elle révèle une fracture de perception extrêmement grave. Dans un pays marqué par une histoire douloureuse en la matière, la moindre ambiguïté coûte cher en termes de confiance. Une grande école ne peut pas se permettre d’être associée, même indirectement, à ce type de soupçon sans en payer le prix.






Le jour où on a ouvert les portes aux banlieues cet établissement en supprimant le concours d'entrée, l' Institution s'est écroulée. Richard Decoin, ex directeur a introduit la discrimination"positive" et aussi l' entrée de 50% d'étrangers qui ont importé le wokisme.


L’image d’une institution se construit sur des décennies et peut se détériorer en quelques mois. Si Sciences Po  si cette institution veut survivre doit immédiatement retrouver , la rigueur intellectuelle et le refus absolu de toute dérive haineuse, le diplôme a déjà perdu son aura. 


Et dans un monde professionnel où la réputation est un capital déterminant, cela peut avoir des conséquences durables. C'est le 12 mars 2024 ou les pro-terroristes ont pris en otage les amphis.







vendredi 13 février 2026

Mishpatim la paracha et Epstein ! JBCN N° 2602 - 868


Mishpatim : 

La loi après le Sinaï et ce qu’elle nous dit du monde d’aujourd’hui



Après la rencontre mythique entre Moïse et Dieu au Mont Sinaï, la Torah ne laisse pas le peuple dans le vague : la spiritualité seule ne suffit pas. La paracha Mishpatim, qui suit directement Yitro, le beau-père de Moïse, entre dans le concret. 



Là où Yitro avait conseillé à Moïse d’organiser un système de juges pour déléguer le pouvoir et éviter l’épuisement, Mishpatim donne la liste des règles à appliquer dans la vie de tous les jours : comment traiter ses employés, protéger les veuves et orphelins, respecter les engagements et même prendre soin des animaux.





Le mot “Mishpatim” signifie simplement “jugements” ou “lois”, mais derrière ce mot se cache un message puissant : la liberté et la spiritualité doivent marcher main dans la main avec la justice et la responsabilité. Pas de foi sans cadre légal. Pas de loi sans éthique.




On pourrait croire que ces textes ne concernent que les Hébreux d’il y a trois mille ans, mais en réalité, ils parlent à notre monde moderne : En Occident, nos démocraties se sont construites sur des principes similaires : séparation des pouvoirs, tribunaux indépendants, protection des plus vulnérables. Mishpatim semble presque préfigurer nos lois contre la corruption, le travail forcé ou l’exploitation. 


Au Moyen-Orient, la tension entre justice traditionnelle et justice formelle est palpable. Les sociétés sont souvent organisées autour de structures tribales ou religieuses, et les régimes centralisés peinent à appliquer des lois universelles équitables. Le texte biblique rappelle que la loi doit être claire, appliquée et protéger ceux qui n’ont pas de voix. Mishpatim illustre un principe universel : la société a besoin d’un cadre légal solide pour que la liberté et la justice puissent coexister.




Mishpatim et l’affaire Epstein : un parallèle saisissant Même dans les affaires contemporaines, le message de Mishpatim reste pertinent. L’affaire Jeffrey Epstein est un exemple tragique : exploitation, abus de pouvoir, impunité apparente.





Si Mishpatim avait été appliqué, plusieurs de ses comportements auraient été immédiatement condamnés : exploitation des vulnérables, abus de pouvoir et manipulation des lois. L’affaire Epstein rappelle que la justice ne doit pas seulement exister sur le papier, elle doit être appliquée avec courage et intégrité – exactement ce que Yitro et Mishpatim enseignent depuis des millénaires.

Hearth & Mind 


La paracha Mishpatim n’est pas seulement un manuel juridique ancien. C’est une leçon intemporelle : liberté + responsabilité = société stable. Elle nous interpelle aujourd’hui, que l’on soit en Occident ou au Moyen-Orient, face à des systèmes judiciaires imparfaits ou des abus de pouvoir. 


La question n’a pas changé depuis le Sinaï : comment protéger les plus faibles et faire respecter la justice quand le pouvoir se concentre dans les mains de quelques-uns ?


En somme, Mishpatim est un texte religieux… et en même temps un miroir du monde contemporain. Il nous rappelle que la justice doit être plus qu’un concept : elle doit être vivante et effective. Et si l’on en doutait encore, Epstein et ses victimes nous donnent la réponse.





jeudi 12 février 2026

La lettre Beth et la matérialité . JBCH N° 2602 - 867

Beth, la maison du monde : 

 La lettre la plus matérielle de l’alphabet hébraïque, 


Cette lettre est solide, sa large base s’accroche à la terre. Contrairement au Youd  elle ne s’envole pas vers l’univers de la spiritualité … 


Contrairement au Lamed  : La lettre Lamed (ל), la plus haute, incarne l’étude et l’élévation (limoud) ; avec Beth elle forme « lev » (cœur), centre vivant où la maison devient enseignement et aspiration vers le Ciel.




Par où commence le monde ? La Bible hébraïque ne débute ni par la première lettre de l’alphabet, ni par un son discret ou éthéré, mais par Beth : Bereshit bara Elohim — « Au commencement, Dieu créa… ». Une lettre massive, angulaire, fermée sur trois côtés, ouverte sur un seul. Une lettre qui ne flotte pas : elle s’ancre, elle construit, elle abrite. Dans la tradition juive, cette anomalie alphabétique n’est pas un hasard : Beth n’est pas seulement une lettre, c’est une théologie en forme d’architecture.




Beth : une lettre qui dit “maison” En hébreu, Beth signifie littéralement la maison. Non pas l’idée abstraite de l’habitat, mais l’espace concret, clos, protecteur, où la vie se déploie. Dès l’origine, le judaïsme affirme ainsi que le monde n’est pas une illusion à fuir mais une demeure à habiter. Graphiquement, Beth ressemble à un angle droit : fermée à gauche, en haut et en bas, ouverte vers l’avant, vers le texte, vers l’histoire.



Les maîtres du Midrash y voient une leçon fondatrice : on ne regarde pas “avant” la Création, on ne sonde pas ce qui est au-dessus ou au-dessous, on avance dans le monde donné. La lettre elle-même devient un garde-fou contre la spéculation stérile, une invitation à l’engagement dans le réel.





Une morale de la limite : Contrairement à certaines traditions mystiques qui idéalisent l’évasion du monde, la Beth impose une éthique de la limite. Elle enferme pour protéger. Elle borne pour rendre habitable.

Sur le plan moral, Beth signifie : accepter un cadre, vivre dans une structure,transformer le chaos en espace de responsabilité.



La maison n’est pas un luxe : elle est la condition de la relation humaine. Sans murs, pas d’intimité ; sans seuil, pas d’hospitalité. Beth dit ainsi que la morale commence par le sol, par ce qui tient.



Dans la Kabbale, Beth prend une dimension encore plus radicale. Elle est associée à la Sefira de Hokhmah canalisée, la sagesse qui accepte de se faire forme. La lettre Aleph, silencieuse, aérienne, infinie, représente l’absolu divin. Beth, elle, représente le moment où l’infini consent à se loger dans le fini.

Le Zohar affirme que Dieu n’a pas créé le monde avec Aleph, car Aleph est trop parfaite. Beth, au contraire, est imparfaite, angulaire, lourde. Elle peut porter le monde. Beth est aussi liée à la notion de Berakha (bénédiction), mot qui commence par Beth. La bénédiction n’est pas une fuite vers le ciel, mais une circulation du divin dans la matière : dans le pain, le vin, le temps, 


Le philosophe et rabbin Marc-Alain Ouaknine insiste souvent sur ce point : le judaïsme n’est pas une religion de l’âme contre le corps, mais une pensée de l’incarnation du sens. Pour lui, Beth est le symbole d’un judaïsme qui refuse l’idéalisme pur. Ouaknine souligne que commencer la Torah par Beth, c’est affirmer que : Le sens n’existe que s’il s’inscrit dans une forme. » La lettre Beth est ainsi une lettre anti-gnostique. Elle combat l’idée que le monde serait une prison dont il faudrait s’évader. Au contraire, le monde est la seule scène possible du sens.





Pour Ouaknine, Beth est aussi la lettre de la responsabilité : on ne rêve pas le bien, on le construit. On ne médite pas la justice, on l’organise. La maison est l’image même du commandement : elle oblige à entretenir, réparer, transmettre.

Pourquoi cette lettre est-elle “si solide”  Beth est solide parce que le monde doit l’être.

Un monde trop fluide devient violent. Un monde sans structure devient inhabitable. La matérialité n’est pas l’ennemie du spirituel : elle est sa condition de survie.

Quelques exemples concrets dans la tradition juive : les mitsvot passent par le corps (manger, marcher, parler) le temps est sanctifié par le calendrier, l’espace par la maison, la synagogue, la table du Shabbat. Même Dieu, dans la pensée rabbinique, demande une demeure (Dirah batahtonim) : un lieu en bas, matériel, où Sa présence peut résider.





Enfin, La lettre Beth, de valeur numérique 2, symbolise la dualité : ciel et terre, spirituel et matériel, Dieu et l’homme, appelés à dialoguer. Elle invite donc à s’attacher à la relation, à la construction du monde dans l’unité à partir de la différence.


À l’ère du virtuel, du flux continu, de la dématérialisation généralisée, Beth apparaît presque comme une lettre de résistance. Elle rappelle que sans ancrage, le sens se dissout. Sans maison, pas de mémoire. Sans poids, pas de parole qui tienne.


Beth n’est pas une lettre confortable : elle oblige à porter le monde, à l’assumer, à le réparer. Mais c’est précisément pour cela qu’elle ouvre la Torah. Le judaïsme commence par une maison, parce qu’il commence par le monde.