Depuis un siècle, le peuple kurde incarne l’une des grandes tragédies silencieuses du Proche-Orient. Promis à l’indépendance après la Première Guerre mondiale, sacrifiés lors des accords successifs, instrumentalisés puis abandonnés, les Kurdes ont payé leur fidélité aux puissances occidentales au prix fort. L’offensive de Damas de janvier 2026 confirme une fois de plus cette constante : les Kurdes sont des alliés précieux tant qu’ils servent, puis deviennent des variables d’ajustement diplomatique.
Après avoir été en première ligne contre l’État islamique, protégeant non seulement leurs terres mais aussi l’Occident, parfois au prix de milliers de vies, y compris au sein de bataillons féminins devenus symboles de résistance, ils se retrouvent aujourd’hui livrés à leurs adversaires. Leur combat contre le jihadisme avait pourtant fait d’eux un rempart civilisationnel, un partenaire crédible et responsable dans une région dominée par l’instabilité.
le nouveau régime syrien, a méthodiquement profité de l’isolement progressif des Forces démocratiques syriennes. En quelques jours, Damas a reconquis des territoires stratégiques, notamment énergétiques, pendant que la communauté internationale détournait le regard. Cette opération n’aurait pas été possible sans le feu vert implicite de puissances majeures et la duplicité de Trump sous les conseils appuyés de l'Arabie..
Les USA ont acté leur désengagement. Après avoir utilisé les Kurdes comme force terrestre contre Daech, Washington a privilégié ses relations avec Damas et Ankara. La realpolitik a une nouvelle fois pris le pas sur la loyauté. En 2019 déjà, les Kurdes avaient été abandonnés face au nouvel empire Ottoman en création, en 2026, l’histoire se répète.
Même Israël pourtant souvent perçu comme proche des Kurdes sur le plan stratégique, a choisi la normalisation avec la Syrie plutôt qu’un soutien concret. Poutant l'état hébreux sait faire, comme on l'a vu avec les Druzes
La faiblesse de la résistance kurde ne traduit pas une défaite morale, mais une lucidité tragique. Privés d’alliés, confrontés à l’hostilité de tribus arabes islamistes et à la supériorité militaire adverse, les FDS ont choisi le repli plutôt que le sacrifice inutile. Leur démotivation est le fruit direct de l’abandon occidental, une tache qui restera ... On ne combat pas indéfiniment seul contre des États soutenus par des coalitions.
La question des prisonniers de Daech renforce encore l’amertume. Pendant des années, les Kurdes ont assumé un fardeau sécuritaire mondial. Aujourd’hui, ce fardeau devient un prétexte pour justifier leur marginalisation, voire leur mise sous tutelle.
Sur le plan historique, cette séquence s’inscrit dans la continuité du démantèlement du « rêve kurde ». Après la chute des "Assad", alliés de Poutine, beaucoup, dont notre cher Quai d'Orsay, espéraient voir émerger une Syrie pluraliste, respectueuse des minorités. La réalité est tout autre : le centralisme revient, maquillé par quelques concessions symboliques.
Au fond, ce drame dépasse la seule question kurde. Il révèle l’incapacité, plutôt la veulerie chronique de l’Occident à assumer ses responsabilités morales. On célèbre le courage des Kurdes quand ils meurent pour nous, puis on négocie leur sort sans eux. Cette trahison répétée nourrit le ressentiment, fragilise la lutte contre l’islamisme et affaiblit toute crédibilité future.
Les Kurdes ont protégé l’Europe et le Moyen-Orient contre le chaos jihadiste. En retour, ils reçoivent l’oubli, l’isolement et la soumission forcée.
Leur histoire récente est celle d’un peuple loyal dans un monde sans loyauté. Et tant que cette logique prévaudra, la région restera prisonnière de ses tragédies cycliques. Les livres d'histoire noteront à jamais notre lâcheté.
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