Chronique · Institutions & présidentielle 2027
« Spoil system » à la française :
Le vrai problème n'est peut-être pas celui qu'on croit
Gabriel Attal veut donner au futur président davantage de latitude pour choisir ses hauts fonctionnaires.
François Bayrou dénonce une politisation dangereuse de l'administration. Mais si le blocage de l'action publique venait d'ailleurs ?
À l'approche de la présidentielle de 2027, le « spoil system à la française » revient hanter le débat politique, comme il le fait à chaque cycle électoral depuis les années 1990 sans jamais franchir le cap de la mise en œuvre réelle.
Gabriel Attal veut donner au président élu davantage de latitude pour choisir les hauts responsables chargés d'appliquer son programme. François Bayrou, lui, dénonce une mesure qui politiserait l'administration.
Derrière ce clivage, une question plus dérangeante : l'État français est-il vraiment entravé par sa haute administration, ou les responsables politiques cherchent-ils surtout à reprendre la main sur un appareil dont ils peinent, eux-mêmes, à obtenir les résultats promis ?
Un serpent de mer électoral
- Emmanuel Macron avait déjà promis, dès 2017, un renouvellement des hauts fonctionnaires au nom de leur loyauté aux réformes
- Le sujet ressurgit à chaque campagne présidentielle depuis les années 1990, sans jamais être formellement instauré
- Le statut actuel de la fonction publique place déjà les emplois supérieurs à la discrétion du gouvernement
Un pouvoir de nomination qui existe déjà
C'est là que l'argument d'Attal se heurte à une réalité juridique gênante : le système français permet d'ores et déjà au pouvoir politique de reprendre la main sur sa haute administration.
Les responsables nommés aux postes clés doivent certes être compétents, mais ils doivent surtout être loyaux et bénéficier de la confiance du gouvernement en place — ce qui, dans les faits, s'apparente déjà à une forme de spoil system feutré, sans en porter le nom ni en assumer la brutalité américaine.
Changer les têtes ne change pas les majorités, les arbitrages qui se contredisent d'un mois sur l'autre, ni un budget qui ne boucle jamais.
Le vrai goulot d'étranglement serait ailleurs
C'est l'angle mort de tout le débat : les blocages de l'action publique tiennent sans doute moins à la loyauté supposée insuffisante des hauts fonctionnaires qu'aux revirements politiques à répétition, à l'absence de majorité stable à l'Assemblée, à des arbitrages gouvernementaux qui changent au gré des remaniements, et à des contraintes budgétaires devenues, années après années, quasiment ingérables.
Un haut fonctionnaire loyal au gouvernement du moment ne peut pas exécuter une politique que le gouvernement suivant renie six mois plus tard.
Le risque d'une fausse bonne idée
Ce que le spoil system pourrait casser
- Une politisation excessive des nominations, au détriment de la compétence technique
- Une rupture de la continuité de l'État à chaque alternance, y compris sur des dossiers de long terme
- Un problème de vivier concret : remplacer massivement les cadres dirigeants suppose d'avoir, en réserve, des profils prêts à les remplacer
Reste que le débat, aussi daté soit-il, dit quelque chose de la présidentielle qui s'annonce : de Gabriel Attal à Jean-Luc Mélenchon, chacun cherche déjà, avant même le premier tour, les leviers institutionnels qui lui permettraient de gouverner sans être immédiatement neutralisé par un appareil d'État jugé, à tort ou à raison, insuffisamment docile.
Réformer les modes de nomination peut avoir du sens. Mais tant que l'instabilité gouvernementale, l'absence de majorité et l'impasse budgétaire resteront la norme, changer les têtes de l'administration ressemblera surtout à un remède qui soigne le symptôme en ignorant la maladie. A suivre ...
Chronique inspirée d'un article de presse de Nicolas Bina et Pierre Steinmetz sur le débat du spoil system à la française.(Atlantico) JBCH Août 2026
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