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mercredi 12 août 2026

L'IA et le Golem ! JBCH N° 2608 - 075

Chronique · Histoire & intelligence artificielle

Le Golem du Maharal de Prague : 

La première mise en garde contre l'intelligence artificielle

Quatre siècles avant les débats sur l'alignement des grands modèles de langage, un rabbin de Prague façonnait dans l'argile une créature censée protéger sa communauté avant de devoir, lui-même, la désactiver. 

Cette légende dit peut-être mieux que nos rapports d'experts ce qui nous attend avec l'IA.

À la fin du XVIe siècle, Rabbi Yehouda Loew ben Betsalel, connu sous le nom de Maharal de Prague, façonne dans la glaise des rives de la Vltava une créature humanoïde destinée à protéger la communauté juive de la ville contre les persécutions et les accusations de crime rituel. 




Selon la légende, il anime cette créature   le Golem  en inscrivant sur son front le mot hébreu Emet, « vérité »

Une créature puissante, mais sans discernement

Le Golem obéit, protège, exécute. Mais il ne pense pas, il n'a ni libre arbitre, ni conscience morale, ni capacité à s'arrêter de lui-même. 

Dans plusieurs versions du récit, la créature grandit en force et en taille chaque jour, jusqu'à devenir incontrôlable, voire dangereuse pour ceux-là mêmes qu'elle était censée protéger. 

Le Maharal doit alors effacer la première lettre du mot inscrit sur son front, transformant "Emet" (vérité) en "Met" (mort), pour désactiver sa création avant qu'elle ne cause un dommage irréversible.




Un mythe fondateur, bien avant Frankenstein

Cette histoire, popularisée en Europe au XIXe siècle, est souvent considérée comme l'une des matrices du mythe moderne de la création artificielle incontrôlée — antérieure de près de deux cents ans au Frankenstein de Mary Shelley, et directement citée par des générations d'auteurs de science-fiction. 

Le mot même de « robot », inventé par l'écrivain tchèque Karel Čapek en 1920, naît d'ailleurs dans cette même Prague hantée par la légende du Golem.

Ce que la légende met en scène

  • Une créature fabriquée pour protéger, qui échappe progressivement au contrôle de son créateur
  • Une intelligence d'exécution, sans jugement moral propre
  • Un créateur seul responsable, en dernier ressort, d'arrêter sa propre création
  • Un mécanisme de désactivation pensé dès l'origine — l'équivalent, quatre siècles avant l'heure, d'un « bouton d'arrêt d'urgence »

Ce que l'IA contemporaine lui doit vraiment

Le Maharal n'a pas seulement créé le Golem. Il a créé, dans le même geste, la nécessité de savoir l'arrêter.

Ce qui frappe, en relisant cette légende à l'ère des grands modèles de langage, ce n'est pas tant la ressemblance technique, l'argile n'a évidemment rien à voir avec les réseaux de neurones, que la ressemblance structurelle du problème. 

Une intelligence créée pour servir un objectif précis, dotée d'une puissance croissante, mais dépourvue de la capacité à juger par elle-même des limites de son action : c'est très exactement le débat qui agite aujourd'hui les laboratoires d'IA sur l'alignement, le contrôle et la nécessité de conserver, à tout moment, la possibilité humaine d'interrompre le système.




Le Maharal, lui, avait anticipé une évidence que certains promoteurs de l'IA semblent parfois redécouvrir avec surprise : on ne peut pas se contenter de rendre une création puissante et utile, il faut penser, dès sa conception, à la manière de la reprendre en main si elle échappe à son but initial. 




Inscrire le mot juste sur le front de la créature ne suffit pas ; il faut aussi savoir, et pouvoir, en effacer la première lettre.

Un golem (hébreu : גולם, « embryon », « informe » ou « inachevé ») est, dans la mystique puis la mythologie juive, un être artificiel, généralement humanoïde, fait d’argile, incapable de parole et dépourvu de libre-arbitre, façonné afin d’assister ou défendre son créateur.(Wikipedia)


Quatre siècles séparent le rabbin de Prague des ingénieurs de la Silicon Valley. Le matériau a changé, l'ambition démesurée, elle, n'a pas bougé d'un pouce, ni la question qui la accompagne depuis l'origine : sommes-nous encore capables d'effacer la première lettre, le jour où il le faudra ?





JBCH Août 2026

mardi 11 août 2026

Pipe-Line Israël / Italie ! JBCH N° 2608 - 074

  

Déception des italiens qui n'ont pas trouvé au large de l'Egypte la nappe de gaz escomptée, 

Quant à la France elle devra probablement  … un jour … exploiter la richesse de son sous sol !





Le quai d’Orsay aurait demandé  « qu’aucun achat de gaz ne se fasse en Israël ». Mais la France n’a jamais imposé officiellement un tel embargo bilatéral. 


Cependant, le projet EastMed (gazoduc Leviathan – Chypre – Grèce – Italie) est bien une réalité. 


Ce projet, soutenu par l’Italie, la Grèce, Chypre et Israël, vise à acheminer le gaz israélien vers l’Europe du Sud d’ici 2027-2030, avec un coût estimé à 6-7 milliards d’euros.


 Il concurrence directement les projets de la France et de l’UE qui privilégient le gaz algérien, le GNL américain ou l’hydrogène vert.


Que ferait la France sans ce gaz ? La réponse est nuancée :


  1. La France n’est pas dépendante du gaz israélien. Sa consommation repose sur : le gaz norvégien (≈30%), le GNL américain et qatari (≈30%), le gaz algérien (≈15-20%), et le gaz néerlandais/russes (résiduel).

    L’arrivée du gaz israélien en Italie ne changerait pas structurellement l’approvisionnement français.

  2. Sur le gaz de schiste : la France possède d’importantes réserves (notamment dans le Bassin parisien et le Sud-Est), mais l’exploitation est interdite depuis 2011 par une loi votée sous Nicolas Sarkozy.
    Cette interdiction repose sur des risques environnementaux (pollution des nappes phréatiques par la fracturation hydraulique).
    Emmanuel Macron, comme ses prédécesseurs, a maintenu cette interdiction, malgré des débats récurrents.  

  3. La stratégie française réelle : face à la diversification des routes gazières, la France mise sur :

    • L’électricité nucléaire (70% de son mix) et les renouvelables, réduisant sa dépendance au gaz pour la production d’électricité.
    • Le GNL : la France a investi dans des terminaux méthaniers (Dunkerque, Fos-sur-Mer) pour importer du GNL de multiples sources.
    • L’hydrogène vert et la sobriété énergétique, dans le cadre de la transition écologique.





En conclusion : la France ne serait pas « privée » de gaz si le projet EastMed aboutissait. Elle continuerait d’importer via d’autres canaux en payant bien évidemment le prix fort.


Le gaz de schiste reste une option théorique, politiquement et écologiquement verrouillée. Le vrai défi pour la France n’est pas de remplacer le gaz israélien, mais de garantir sa souveraineté énergétique dans un monde où les routes gazières se diversifient et se politisent. 


La réponse française est donc moins dans le gaz que dans l’accélération de sa transition énergétique et le renforcement de ses alliances (Algérie, Norvège, Qatar).


 On verra bien si les diplomates parti-pris et si naïfs imposeront leurs dogmes. Moi jen doute et je sens avec raison un certain  antisémitisme de la part du quai d’Orsay.



JBCH 2026

Trump à l'attaque du continent Africain. JBCH N° 2608 - 073

 Décryptage · Géopolitique africaine


jbch 2026


Trump redessine la stratégie américaine en Afrique, pendant que la France de Macron efface plus de deux siècles de présence

Loin d'avoir déserté le continent, Washington y renforce méthodiquement ses partenariats sécuritaires, du Sahel aux Grands Lacs, sur fond de rivalité frontale avec Pékin, Moscou, Ankara et Téhéran. 

Pendant ce temps, Paris solde en silence deux siècles de présence — et laisse le champ libre à un acteur autrement plus inquiétant : l'Africa Corps russe.

Un an après son investiture de 2017, Donald Trump choquait le monde entier en qualifiant l'Afrique de « pays de merde ». 

Moins d'une décennie plus tard, la réalité administrative dément largement la formule présidentielle : jamais l'appareil sécuritaire américain n'a été aussi actif sur le continent. 

Le contraste est d'autant plus frappant qu'il s'écrit en miroir inversé du retrait français, brutal et largement subi, des dernières années.

La sécurité comme axe prioritaire

Malgré une rhétorique présidentielle désinvolte, l'armée américaine maintient une architecture de défense à la pointe sur le continent. 

Les stratégies de défense nationale successives identifient la lutte contre l'extrémisme violent comme un objectif prioritaire  et pour cause : 

les pays du Sahel concentrent désormais plus de la moitié des décès liés au terrorisme dans le monde. Face à cette menace, Washington muscle ses liens avec les États côtiers, à travers des accords de défense formels avec le Ghana, le Nigeria et le Sénégal, ainsi qu'une coopération renforcée en matière de renseignement au Bénin, en Côte d'Ivoire et au Togo.



Bakary Sambe, président du Timbuktu Institute, résume la doctrine américaine par une formule limpide : les Américains ont, selon lui, tiré les leçons de l'expérience militaire française sur le terrain. 

Washington privilégie désormais une approche hybride et à distance — surveillance aérienne, capteurs au sol, intelligence artificielle, formation des forces locales — plutôt qu'un engagement massif au contact, jugé à la fois coûteux et politiquement toxique dans la région.




Garantir l'accès aux marchés et contenir Pékin

Cette architecture sécuritaire répond aussi, très directement, à la rivalité stratégique avec la Chine. Le général Dagvin Anderson, chef de l'Africom, s'est publiquement inquiété de ce que les ports chinois installés en Afrique de l'Ouest pourraient, à terme, représenter une menace directe pour les intérêts américains. 

En mars 2026, Washington a repris contact avec les pays de l'Alliance des États du Sahel (Mali, Burkina Faso, Niger), tout en se posant en médiateur entre la RDC et le Rwanda, dans un contexte de course effrénée aux minerais stratégiques.

L'Amérique de Trump ne s'est pas retirée d'Afrique. Elle en a simplement changé le prix d'entrée : moins de troupes au sol, plus de contrats et de capteurs.


Le grand vide français

Ce redéploiement américain n'aurait probablement pas la même portée sans l'effondrement, presque volontaire, de la présence française sur le continent. En quelques années, Paris a perdu ses bases au Mali, au Burkina Faso, au Niger, puis au Sénégal et au Tchad parfois expulsée manu militari, parfois sommée de partir par des juntes en rupture ouverte avec l'ancienne puissance coloniale. 





Deux siècles de présence, de réseaux diplomatiques, économiques et culturels, effacés en l'espace d'un mandat, sans qu'aucune stratégie de remplacement crédible n'ait été mise en musique à Paris. L'espace ainsi libéré n'est pas resté vide bien longtemps.




Et l'Africa Corps russe, dans tout ça ?

C'est précisément là que le tableau devient le plus préoccupant. Héritier du groupe Wagner après la mort de Evguéni Prigojine, l'Africa Corps s'est officiellement présenté comme une version plus disciplinée, davantage intégrée à l'appareil d'État russe. Sur le terrain, la continuité l'emporte largement sur la rupture : 


de nombreux combattants portent encore l'insigne Wagner sous leur nouvel uniforme, et la logique reste la même  : sécurité contre ressources.

L'Africa Corps en chiffres

  • Environ 10 000 à 12 000 hommes revendiqués au Mali selon l'Africa Corps lui-même ; des estimations d'analystes indépendants évoquent plutôt 3 500 combattants sur le terrain
  • Présence confirmée au Mali, au Burkina Faso, au Niger, en Centrafrique, en Libye et en Guinée équatoriale
  • Sanctionné par le Royaume-Uni en novembre 2024 pour violations des droits humains et exploitation des ressources naturelles au profit du Kremlin
  • Programme de prospection minière lancé par la société d'État russe Rosgeologie au Mali dès 2025

Le pillage n'est plus un simple soupçon documenté par des ONG : des images ont montré des Russes présents sur le plus grand site d'extraction artisanale d'or du Mali, à N'Tahaka, tandis que Moscou consolide en parallèle son accès à l'uranium nigérien et aux diamants centrafricains via des contrats signés avec les juntes locales. 

La promesse initiale — une sécurité efficace, sans les leçons de démocratie occidentales  s'est heurtée à une réalité plus rude : l'échec de Wagner à endiguer l'insurrection jihadiste a directement contribué à l'essor du Jnim au Mali, dont les blocus routiers ont plongé Bamako dans des pénuries de carburant à répétition ces derniers mois.




Un continent redevenu un marché de dupes

  • La Russie échange sécurité et mercenaires contre l'accès direct aux gisements d'or, de diamants et d'uranium
  • La Chine sécurise ses routes commerciales par des ports stratégiques que Washington juge menaçants pour ses propres intérêts
  • La Turquie et l'Iran étendent leur influence par la coopération militaire et religieuse, profitant du même vide laissé par la France
  • Les juntes sahéliennes, elles, jouent ouvertement ces puissances les unes contre les autres, au meilleur prix sécuritaire du moment

Un ancien diplomate américain résume crûment la vision de Trump : réduire l'Afrique à un réservoir d'opportunités économiques, et être présent partout où se joue la question des ressources stratégiques. 

C'est une realpolitik assumée, sans fard humanitaire,  mais elle a au moins le mérite de la cohérence face à un continent où la France a choisi, sans le vouloir vraiment, de laisser le champ libre à des acteurs autrement moins regardants sur les moyens.




Chronique inspirée d'un article de presse sur la stratégie africaine de l'administration Trump, enrichie d'éléments sur l'Africa Corps russe issus de sources indépendantes (Africom, The Sentry, presse spécialisée). JBCH Août 2026

Excellents résultats pour Milei. JBCH N° 2608 - 072

 Chronique · Économie & Amérique latine

Javier Milei : un pari économique en passe d'être gagné ?

Au début du XXe siècle, l'Argentine comptait parmi les pays les plus riches du monde. Un siècle de péronisme et de pseudo-populismes successifs l'a menée au bord de la ruine. 

Trois ans après l'arrivée de Javier Milei au pouvoir, les indicateurs macroéconomiques virent enfin au vert, mais la partie 'est pas encore gagnée.

Il faut avoir cette histoire en tête pour mesurer ce qui se joue à Buenos Aires : un pays qui, il y a un siècle, figurait parmi les plus riches de la planète, rattrapé par des décennies de dérèglement monétaire, de dépense publique incontrôlée et de démagogie électorale entretenue par le péronisme et ses avatars. 

C'est ce passif que Javier Milei a promis de solder à coups de tronçonneuse budgétaire depuis son arrivée au pouvoir.

Les indicateurs macroéconomiques passent au vert

Après une inflation de 211 % en 2023, le taux annuel est retombé à environ 30 %. Le PIB a rebondi de 4,4 % en 2025 après deux ans de récession, et le FMI anticipe 3,5 % de croissance en 2026. 

Les réserves de change ont franchi le seuil des 50 milliards de dollars début août, un niveau inédit depuis 2019. Le risque pays est retombé sous les 500 points, et l'écart entre le taux officiel et le dollar parallèle s'est réduit à environ 5 %.





Des réformes structurelles engagées

L'excédent primaire est rétabli, la réforme du travail a été adoptée, et le régime d'incitations aux investissements (RIGI) attire des projets dans l'énergie, les mines et l'agroalimentaire, notamment autour du gisement de Vaca Muerta. Le FMI valide cette orthodoxie budgétaire et monétaire, saluant la refonte proposée de la Banque centrale.



Un siècle de démagogie ne se solde pas en trois ans de rigueur budgétaire, même réussie.

Des défis considérables demeurent

Ce qui reste fragile

  • Social : plus de 44 % des emplois sont informels, et la reprise du pouvoir d'achat reste inégale
  • Financier : l'Argentine doit 57 milliards de dollars au FMI, avec un « mur » de remboursements à partir de 2028 (9,5 milliards par an jusqu'en 2031)
  • Politique : le recul sur la libéralisation de l'achat de terres par les étrangers montre la résistance persistante du Sénat

Le verdict

Milei a indéniablement stabilisé l'économie argentine et restauré la crédibilité internationale du pays. Mais la « seconde mi-temps » s'annonce plus difficile : il faut désormais convertir cette stabilité macroéconomique en prospérité microéconomique — emplois formels, financement des PME, hausse des salaires réels.

Le pari est en voie d'être gagné sur le plan macroéconomique, mais reste suspendu à la capacité de transformer ce rebond en cycle de croissance durable.







Revolution dans la planète "IA" ou "AI". JBCH N° 2608.- 071

 Chronique · Intelligence artificielle & géopolitique tech

Zuckerberg remet les modèles ouverts au cœur de la bataille de l'IA



Depuis quelques semaines, j'utilise des IA chinoises, comme OpenAI , Claude me limitent , j'ai découvert d'autres horizons entièrement confidentielles et gratuites ..

En publiant un manifeste de 6 500 mots en faveur de l'open source, le patron de Meta ne se contente pas de changer de doctrine technique : 

Il rouvre une guerre à trois camps, entre Washington, Bruxelles et Pékin, sur la question de savoir qui aura le droit de garder l'intelligence artificielle sous clé.


Ce qu'il faut retenir

  • Meta relance ses modèles ouverts avec Muse Glimmer, dont les poids sont librement téléchargeables
  • Une version ouverte de Muse Spark 1.2, le modèle phare du groupe, doit suivre
  • Zuckerberg publie en parallèle un manifeste de 6 500 mots théorisant l'open source comme rempart de sécurité
  • Meta investit 145 milliards de dollars cette année dans ses infrastructures d'IA
  • Le groupe comparaît la même semaine devant un tribunal californien pour l'addiction de mineurs à ses réseaux sociaux

Le grand retournement

Il y a quelque chose de savoureux à observer Mark Zuckerberg, qui avait discrètement rangé sa doctrine open source fin 2025 après des résultats jugés décevants, la ressortir aujourd'hui comme un étendard. 

Entre-temps, le paysage a changé : les laboratoires chinois, DeepSeek en tête, puis Alibaba avec sa famille Qwen, ont tout simplement pris le contrôle du segment des modèles en libre accès que Meta avait contribué à populariser avec Llama. 

Le retour à l'ouverture n'est donc pas une conversion philosophique tardive. C'est une reconquête de terrain perdu, habillée en manifeste.


Un argument de sécurité retourné contre ses rivaux

Le plus habile, dans ce texte fleuve, c'est la manière dont Zuckerberg retourne l'argument de la sécurité contre OpenAI et Anthropic. 

Ces derniers justifient le contrôle exclusif de leurs modèles les plus avancés au nom de la prudence, le temps de s'assurer qu'ils sont sûrs. Zuckerberg balaie l'argument d'un revers de manche : il n'existe pas, selon lui, de « superintelligence unique et bienveillante » capable de satisfaire à la fois les valeurs contradictoires de milliards d'individus.

Garder ces modèles sous clé, écrit-il en substance, n'est pas la solution prudente — c'est au contraire le scénario le plus dangereux, quelle que soit la rhétorique de responsabilité qui l'habille.

Verrouiller l'intelligence artificielle au nom de la prudence, ou la diffuser au nom de la sécurité : les deux camps se drapent dans le même mot pour vendre des stratégies opposées.

Une offensive contre les régulateurs des deux côtés de l'Atlantique

Le manifeste ne s'arrête pas aux rivaux commerciaux. Il vise directement les législateurs. Zuckerberg plaide pour une supervision volontaire : un accès anticipé donné au gouvernement américain sur l'entraînement des modèles, en échange d'un engagement à ne jamais retarder leur sortie pas même d'un mois au nom de la compétition avec la Chine. 

Cette philosophie de la collaboration choisie tranche frontalement avec l'approche européenne : depuis le 2 août, l'AI Act impose aux grands développeurs un droit de regard contraignant, avec un pouvoir réel de restriction pour les régulateurs. D'un côté de l'Atlantique, une main tendue conditionnelle ; de l'autre, une obligation légale. Le message de Zuckerberg est sans ambiguïté sur celle qu'il préfère.



Un timing qui n'a rien d'un hasard

Ce grand plaidoyer pour la confiance et l'ouverture intervient à un moment particulièrement inconfortable pour Meta. Le groupe a déjà été condamné deux fois cette année pour les effets nocifs de ses réseaux sociaux sur les jeunes utilisateurs, et doit comparaître dès mercredi devant un tribunal d'Oakland, où quatre États américains l'accusent d'avoir sciemment rendu Instagram et Facebook addictifs pour les mineurs. Demander la confiance du public sur l'IA quand on est simultanément poursuivi pour avoir construit son modèle économique sur l'addiction des adolescents relève d'un sang-froid rhétorique qu'il faut au moins saluer.

Une concession de gouvernance, pas une révolution

Pour crédibiliser sa démarche, Zuckerberg annonce que le conseil d'administration de Meta se verra confier le pouvoir d'approuver les critères de sécurité conditionnant le déploiement de ses futurs modèles. Une concession réelle, venant d'un dirigeant qui a toujours gardé un contrôle capitalistique et décisionnel très étroit sur son groupe. Il assure ne pas vouloir être seul à décider du déploiement d'une éventuelle superintelligence — un aveu implicite que la question s'est déjà posée dans ces termes en interne.

Deux visions qui s'affrontent

  • Camp fermé : OpenAI, Anthropic — contrôle centralisé, déploiement progressif et encadré
  • Camp ouvert : Meta, dans le sillage de DeepSeek et Alibaba — diffusion large des poids, sécurité par la transparence
  • Arbitre involontaire : la Chine, dont l'avance sur l'open source a forcé Meta à revoir sa doctrine


Sur le terrain économique, Zuckerberg rejette les discours qu'il juge « catastrophistes » sur la destruction d'emplois par l'IA, promettant qu'elle stimulera davantage l'invention que l'automatisation pure. Une lecture optimiste qui s'oppose frontalement à celle de nombreux pionniers du secteur, dont Geoffrey Hinton et Yoshua Bengio, signataires en octobre 2025 d'un appel à l'interdiction de toute superintelligence tant qu'aucun consensus scientifique ne permet d'en garantir le contrôle. Il reconnaît toutefois, du bout des lèvres, les risques réels de détournement de l'IA à des fins de cyberattaque ou de conception d'armes biologiques — sans que cela l'amène à infléchir sa ligne anti-régulation.

Sur le terrain plus prosaïque de l'acceptabilité locale, Meta a par ailleurs annoncé un fonds d'un milliard de dollars destiné aux communes accueillant ses centres de données, alors que la multiplication de ces infrastructures géantes suscite des tensions croissantes, notamment sur la consommation énergétique et les ressources locales.


Derrière la bataille des modèles se joue en réalité une question bien plus large : qui écrira les règles de l'intelligence artificielle de demain, et selon quelle logique celle du contrôle centralisé version Silicon Valley californienne, ou celle de la diffusion large, où la Chine a pris une longueur d'avance que Meta tente aujourd'hui, tant bien que mal, de rattraper.







Chronique inspirée d'un article de presse sur le manifeste open source de Mark Zuckerberg et la relance des modèles ouverts de Meta.                JBCH Aôût 2026

Une communauté "juive" en Nouvelle Guinée ! JBCH N° 2608 - 070

Reportage · Communautés juives émergentes

Un Shabbat inattendu au cœur de la jungle papouasienne


La Papouasie-Nouvelle-Guinée entretient des relations diplomatiques avec Israël depuis 1978 et a franchi une étape majeure en 2023 en ouvrant son ambassade à Jérusalem, reconnaissant ainsi Jérusalem comme capitale d’Israël.



En 2026, les liens se renforcent encore avec l’annonce de l’ouverture par Israël d’un bureau de représentation en Papouasie-Nouvelle-Guinée.
J'ai tenu à en savoir plus sur ce pays du bout du monde, entre l'Indonésie et l'Australie ... 


Cinq cents personnes attendent sur la berge, coiffées de kippot, drapées de tallitot, dansant et chantant des airs juifs au son du shofar. 

Au milieu de la jungle, loin de tout aéroport digne de ce nom, la tribu des Gogodala accueille deux visiteurs israéliens comme des frères retrouvés.

Repères

  • Les Gogodala : environ 25 000 personnes réparties sur une trentaine de villages, delta du fleuve Fly, Papouasie-Nouvelle-Guinée
  • Les visiteurs : Ari Greenspan et Ari Zivotofsky, chercheurs et voyageurs israéliens
  • L'organisation : Kulanu, association qui accompagne les communautés juives émergentes à travers le monde
  • Accès à Balimo : deux vols par semaine seulement, suivis d'un trajet en pirogue

Un peuple en quête de ses origines

Ari Greenspan et Ari Zivotofsky sont venus rencontrer ce peuple qui revendique une descendance des dix tribus perdues d'Israël. 

Leur intérêt a été éveillé par une vidéo YouTube montrant des centaines d'habitants en jupes d'herbe et peinture de guerre entonnant le Shema. 

L'organisation Kulanu, qui soutient les communautés juives émergentes, avait déjà tissé des liens avec les Gogodala en 2013, lors d'une visite du professeur Tudor Parfitt.


L'accueil de Balimo

À Balimo, accessible seulement deux fois par semaine par un petit avion de douze places suivi d'une longue course en pirogue, le village a préparé un accueil solennel. 

Un grand abri ouvert arborait des étoiles de David et un panneau de bienvenue rappelant le premier passage de Kulanu. 

Discours, paroles de Torah, chants. Les hôtes offrent des bougies de havdalah et des housses à challah ; les Gogodala, eux, drapent les visiteurs de foulards bleu et blanc faits main. Partout flottent des drapeaux israéliens. 

Beaucoup parlent de « Yabi Saba », leur nom pour Jérusalem, et affirment vouloir un jour rejoindre la terre de leurs ancêtres.


Cinq cents personnes sur la berge, coiffées de kippot, chantant au son du shofar, au milieu de la jungle papouasienne.

Entre judaïsme et christianisme, une identité en construction


Le chef charismatique Tony Waisa a réintroduit les prières du samedi et pousse à une pratique plus clairement juive, même si une partie de la tribu reste réticente. 

Entre judaïsme et christianisme, l'identité est encore en construction. Mais le sentiment d'appartenance au peuple d'Israël est palpable.



Le retour impossible

Le retour vers Port Moresby devait se faire le vendredi. L'avion est annulé. Le plus proche appareil se trouve à Daru, « six heures en aval ». 

Ces six heures se transforment en vingt-quatre : escales dans des villages isolés, mer ouverte, vagues menaçantes, tout cela à bord d'une fragile pirogue. 

Arrivés vendredi à 12 h 30, le vol de l'après-midi est à son tour annulé. Pas de nourriture casher, vêtements trempés, aucun lit prévu.

Un Shabbat improvisé au bout du monde

Tony Waisa, stupéfait de découvrir que ses hôtes refusent de voyager le samedi, répète : « Quel témoignage que cette observance du Shabbat ! » 



Et voilà que, dans ce bout du monde, trois petits groupes de Gogodala observant le Shabbat se révèlent. Dans une maison, un pupitre orné d'une étoile de David, un drapeau israélien et le Shema affiché au mur. 

Des hommes coiffés de kippot arrivent. Le Shabbat se déroule là, improvisé, austère et d'une intensité rare.

Quel témoignage que cette observance du Shabbat !— Tony Waisa, chef de la communauté gogodala de Balimo

Une histoire encore en train de s'écrire

L'avenir de cette communauté reste ouvert. Leur équilibre entre traditions juives et héritage chrétien évolue encore. 


Mais le désir d'appartenance est réel. Et Kulanu, fière d'accompagner ce mouvement mondial de « retour » et de ré-émergence, y voit une page de plus dans une histoire encore en train de s'écrire.


D'après le récit de voyage d'Ari Greenspan et Ari Zivotofsky chez les Gogodala de Papouasie-Nouvelle-Guinée, avec le soutien de l'organisation Kulanu.                   JBCH Août 2026