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lundi 20 juillet 2026

Vance / Zelinsky ... JBCH 2607 - 005

Le 28 février 2025, le monde a assisté à un spectacle rare dans l’histoire diplomatique américaine : un vice-président des États-Unis choisissant, devant les caméras, d’humilier un chef d’État allié en pleine guerre. JD Vance n’a pas argumenté, il a dénigré. Il n’a pas convaincu, il a rabaissé. 




Reprochant à Volodymyr Zelensky de ne pas assez remercier l’Amérique, il a oublié — ou feint d’oublier — les remerciements répétés que le président ukrainien avait adressés depuis 2022, devant le Congrès, devant Biden, devant le monde entier. 


Ce jour-là, Vance n’a pas défendu les intérêts américains ; il a sacrifié la dignité de sa fonction sur l’autel d’une posture de force factice, préférant l’invective à la diplomatie. 


En accusant Zelensky de mener une “tournée de propagande”, lui qui n’avait jamais mis les pieds en Ukraine, Vance a révélé moins une conviction qu’un réflexe : celui de l’homme qui compense l’absence d’arguments par l’agressivité verbale. 


La faute est double : morale, envers un peuple en guerre pour sa survie ; stratégique, car elle a fragilisé la crédibilité américaine aux yeux de ses alliés. 


L’Histoire retiendra peut-être que ce jour-là, ce n’est pas Zelensky qui a perdu la face.


Vance a préparé un MoU avec une certaine gouvernance iranienne .. c est un échec total ! on voit aujourd’hui l’impréparation de ce homme. 


Un Vice Président non préparé, qui fait peur

Homere toujours actuel ! JBCH 2607 - 017

Chronique

Pourquoi Homère nous parle encore

Un poème de deux mille sept cents ans vient de réaliser l'un des plus gros démarrages de la carrière de Christopher Nolan. Il y a là quelque chose qui devrait nous arrêter : dans une industrie obsédée par les franchises et les univers étendus, c'est un aède aveugle et probablement fictif qui remplit les salles IMAX du monde entier.



Les chiffres, d'abord, parce qu'ils sont sidérants. Sorti le 17 juillet 2026, « The Odyssey » de Christopher Nolan a rapporté environ 264 millions de dollars dans le monde dès son premier week-end, dont 124,5 millions aux États-Unis — le meilleur démarrage mondial de toute la carrière du cinéaste, devant même « Oppenheimer ». Un film classé R, long de près de trois heures, sans super-héros ni suite annoncée, porté par Matt Damon dans le rôle d'Ulysse aux côtés de Tom Holland, Anne Hathaway, Zendaya ou Charlize Theron. La moitié du public avait entre 18 et 34 ans. Autrement dit : ce ne sont pas seulement les latinistes en fin de carrière qui remplissent les salles, mais une génération qui n'a, pour l'essentiel, jamais ouvert le texte grec, et qui redécouvre pourtant, sidérée, une histoire qu'elle connaissait déjà sans le savoir.

Deux poèmes, deux visions de l'existence

L'Iliade et l'Odyssée ne racontent pas la même chose, et c'est bien pour cela qu'elles se complètent. L'Iliade est le poème de la colère : celle d'Achille, privée de son butin de guerre par Agamemnon, qui se retire du combat et laisse mourir des milliers d'hommes par orgueil blessé, avant de revenir se venger dans un accès de fureur qui le déshumanise presque autant que son ennemi Hector. C'est un texte sur la fragilité de l'honneur guerrier, sur la mort qui égalise le vainqueur et le vaincu — la scène la plus bouleversante du poème n'est pas une bataille, mais la rencontre nocturne entre Achille et Priam, le père de l'homme qu'il vient de tuer, venu réclamer humblement le corps de son fils.





L'Odyssée, elle, est le poème du retour — le nostos, cette nostalgie au sens le plus littéral du terme, la douleur du retour empêché. Ulysse n'y gagne pas par la force, comme Achille, mais par la ruse, la métis, cette intelligence retorse qui lui permet de tromper le Cyclope, de résister aux Sirènes, de survivre à dix années d'épreuves pour retrouver Ithaque, Pénélope et son fils. 


C'est, en un sens, le premier grand roman de la littérature occidentale : un texte qui s'intéresse moins à la geste héroïque qu'à l'identité, à la mémoire, à la question de savoir ce qui reste d'un homme après qu'il a tout perdu.




Trois mille ans plus tard, nous racontons encore nos vies avec les mots qu'Homère a inventés pour les siennes.

La puissance d'un récit fondateur

Ce qui rend ces poèmes irremplaçables n'est pas leur ancienneté, mais leur fonction : ils ont doté la civilisation occidentale de son premier vocabulaire commun pour penser la guerre, l'exil, le désir, la mortalité. « Odyssée » est devenu, dans toutes les langues européennes, le nom générique de tout long périple semé d'épreuves ; un « talon d'Achille » désigne la faille secrète de n'importe quel puissant ; une « guerre de Troie » est convoquée à chaque conflit que l'on croyait pourtant évitable. Aucun autre texte, si l'on excepte la Bible, n'a fourni un tel réservoir d'images à deux mille sept cents ans de littérature, de peinture, de philosophie et, désormais, de cinéma. Le succès du film de Nolan n'est donc pas un accident marketing : c'est la preuve que la structure même du récit homérique — la chute, l'épreuve, le retour transformé — continue de correspondre à quelque chose de profondément vrai dans l'expérience humaine, indépendamment du monde qui l'a vu naître.




Homère a-t-il vraiment existé ?

C'est là que l'histoire se dérobe. Ce que l'on appelle la « question homérique » agite les spécialistes depuis l'Antiquité elle-même : sept cités grecques revendiquaient déjà, il y a deux mille ans, l'honneur d'avoir vu naître le poète, sans qu'aucune ne puisse le prouver. L'hypothèse la plus solide aujourd'hui n'est ni celle d'un homme unique ni celle d'un mythe pur, mais celle d'une tradition orale, portée pendant des siècles par des générations d'aèdes qui composaient et recomposaient ces récits de mémoire, avant qu'un ou plusieurs poètes exceptionnels ne leur donnent, autour du VIIIe siècle avant notre ère, la forme fixée que la Grèce a ensuite couchée par écrit. « Homère » serait donc moins un individu qu'un nom de marque, apposé après coup sur l'aboutissement d'une longue chaîne collective — une hypothèse qui, loin d'amoindrir le texte, en explique la densité presque géologique, faite de couches accumulées sur plusieurs siècles de récitation.

L'ombre de Gilgamesh

Et Homère lui-même n'a rien inventé du néant. Quinze siècles avant lui, en Mésopotamie, l'Épopée de Gilgamesh racontait déjà les aventures d'un roi à moitié divin parti, après la mort de son compagnon Enkidu, en quête d'une immortalité qu'il finira par ne pas trouver. Les parallèles avec les poèmes grecs sont trop nombreux pour relever du seul hasard anthropologique : l'amitié virile qui bascule dans le deuil dévastateur, transposée presque terme à terme dans le lien entre Achille et Patrocle ; la descente aux Enfers pour y consulter les morts, que l'on retrouve à l'identique dans le chant XI de l'Odyssée ; le récit d'un déluge universel, que l'on retrouve chez Gilgamesh comme, plus tard, dans la Genèse. Les spécialistes du monde égéen ancien documentent aujourd'hui, avec une précision croissante, la façon dont les récits mésopotamiens ont circulé vers l'ouest pendant l'âge du bronze, portés par les marchands et les scribes, pour irriguer en profondeur l'imaginaire grec naissant. Homère ne clôt pas une tradition : il en est l'héritier le plus brillant, celui qui a su faire fructifier, sur les rives de la mer Égée, un fonds narrativement déjà vieux de mille cinq cents ans lorsqu'il s'en est emparé.

Ce que les deux traditions partagent

  • Un héros à la frontière du divin et du mortel, obsédé par la question de la mort
  • Une amitié virile brisée par la perte, moteur de toute la seconde partie du récit
  • Une descente au royaume des morts pour y chercher un savoir interdit
  • Un déluge originel, mémoire commune à tout le Proche-Orient ancien

C'est peut-être cela, au fond, la vraie leçon du triomphe inattendu de Christopher Nolan : un poème composé pour être chanté, avant d'être écrit, avant d'être lu, avant d'être filmé, continue de trouver son public parce qu'il n'a jamais cessé de raconter la même chose que Gilgamesh racontait déjà sur les rives de l'Euphrate,  qu'aucun homme, si fort soit-il, n'échappe à la mort, et que la seule immortalité qui lui reste est celle que le récit, transmis de génération en génération, veut bien lui accorder.

— J.-B. C.-H.

Les Trésors du Temple ... JBCH 2607 - 016

Enquête

La Menora disparue : enquête sur un trésor volé deux fois




L'Espagne et Damas ont un rôle dans cette histoire. Mais l'enquête révèle une confusion vieille de mille ans : deux trésors du Temple ont voyagé sur des routes parallèles, et la légende, avec le temps, les a fondus en un seul objet.





Commençons par ce que l'on sait avec certitude. En 71, Titus fait défiler dans Rome les dépouilles du Temple de Jérusalem : la ménorah d'or, la table des pains de proposition, les trompettes d'argent. La scène est gravée à jamais sur l'Arc de Titus, achevé en 81, que l'on peut encore contempler aujourd'hui près du Colisée — c'est d'ailleurs cette gravure, seule représentation antique fiable de l'objet, qui servira de modèle à l'emblème de l'État d'Israël, vingt siècles plus tard. L'empereur Vespasien fait ensuite exposer le butin dans un bâtiment construit à cet effet, le Temple de la Paix, où le candélabre restera visible pendant plus d'un siècle, jusqu'à ce qu'un incendie ravage l'édifice en 191. C'est à partir de ce moment que la piste documentée s'interrompt, et que commence la véritable enquête.

Rome pillée à son tour

La ville qui avait pillé Jérusalem connaît, deux siècles plus tard, le même sort. En 410, les Wisigoths d'Alaric mettent Rome à sac ; en 455, les Vandales de Genséric récidivent, plus brutalement encore, pendant quatorze jours de pillage systématique. La ménorah, si elle se trouvait encore dans la ville, a nécessairement changé de mains à l'une de ces deux occasions — mais laquelle ? Une légende tenace veut qu'Alaric, mort peu après le sac de 410 près de Cosenza, en Calabre, ait été enseveli avec le trésor volé, le lit d'un fleuve détourné puis remis en place pour dissimuler la tombe à jamais. Une version concurrente, aujourd'hui privilégiée par la plupart des historiens, attribue plutôt le vol aux Vandales de 455, qui auraient emporté le candélabre jusqu'à Carthage, leur nouvelle capitale nord-africaine.




L'histoire ne s'arrête pas là. Près d'un siècle plus tard, en 533-534, le général byzantin Bélisaire écrase le royaume vandale et reprend Carthage au nom de l'empereur Justinien. L'historien Procope de Césarée, qui accompagne l'expédition, affirme avoir vu, parmi le butin ramené, les trésors mêmes du Temple de Jérusalem, aussitôt exhibés en triomphe dans les rues de Constantinople. Puis, selon ce même Procope, la piste prend un tour presque théologique : averti qu'un Juif de sa cour le mettait en garde contre la malédiction pesant sur tout lieu ayant hébergé ces objets — 



Rome pillée, puis Carthage à son tour —, Justinien, superstitieux, aurait fait renvoyer les trésors à Jérusalem. Si ce récit est exact, la ménorah aurait ainsi bouclé la boucle, revenant mourir dans l'oubli, précisément là où l'aventure avait commencé cinq siècles plus tôt.

Deux trésors, deux légendes, une même route vers l'ouest — et c'est cette route commune qui a fini par les confondre.

L'autre trésor : la Table qui, elle, est bien allée jusqu'à Damas

Le Temple ne fut pas dépouillé d'un seul objet précieux, mais de plusieurs, et l'un d'eux, la table des pains de proposition — que la légende médiévale rebaptisera « Table de Salomon » —, a suivi un tout autre chemin, parfaitement documenté par les chroniqueurs arabes. Prise elle aussi par les Wisigoths lors du sac de Rome en 410, elle voyage avec leur trésor royal à travers le sud de la Gaule, par Carcassonne puis Narbonne, avant de rejoindre l'Espagne wisigothique : Barcelone à partir de 531, puis Tolède, capitale du royaume, à partir de 546. Elle y demeure près de deux siècles, jusqu'à ce que l'invasion musulmane de 711 renverse le dernier roi wisigoth, Roderic, à la bataille du Guadalete.




C'est le général berbère Tariq ibn Ziyad — celui-là même dont le nom reste attaché au rocher de Gibraltar, « Jabal Tariq » — qui découvre la table à Tolède et s'en empare comme butin de guerre. Une rivalité éclate aussitôt avec son supérieur, le gouverneur Musa ibn Nusayr, chacun voulant s'attribuer l'honneur de l'offrir au calife omeyyade Al-Walid, à Damas. Les chroniques rapportent même que Tariq, prévoyant la dispute, aurait discrètement retiré l'un des pieds de la table avant de la remettre à Musa, afin de pouvoir prouver, le moment venu devant le calife, que c'était bien lui, et non son rival, qui l'avait trouvée le premier. La table parvient ainsi jusqu'à Damas, capitale du califat, où elle est présentée à la cour — avant de disparaître à son tour des archives, sans que l'on sache ce qu'il en est advenu par la suite.




Deux objets, deux destins

  • La ménorah : Jérusalem → Rome (71) → Temple de la Paix, incendié en 191 → Wisigoths (410) ou Vandales (455) → peut-être Carthage puis Constantinople (534) → peut-être Jérusalem, sur ordre de Justinien
  • La table du Temple : Jérusalem → Rome (71) → Wisigoths (410) → Narbonne, Barcelone, Tolède → prise par Tariq ibn Ziyad (711) → Damas, sous le calife Al-Walid

Ce que Rome cacherait peut-être encore

La rumeur la plus tenace, et la plus difficile à vérifier, situe l'objet non pas en Orient mais au cœur même du Vatican. Elle s'appuie sur un détail troublant : en 1900, dans l'ancien ghetto de Rome, on exhume une inscription rapportant que trois Juifs auraient été décapités, des siècles plus tôt, sur ordre impérial, pour avoir tenté de récupérer dans le Tibre l'Arche d'alliance et la ménorah — preuve, selon certains, qu'une tradition ancienne situait déjà les deux trésors cachés dans le fleuve plutôt qu'emportés au loin. 


Une mosaïque du XIIIe siècle dans la basilique romaine de Saint-Jean-de-Latran affirme, elle, explicitement que la Ville éternelle conserve toujours ces objets. Le Vatican a toujours démenti. Mais le simple fait qu'une telle rumeur ait survécu huit siècles, jusqu'à ressurgir dans la presse à chaque visite papale dans une synagogue, dit assez ce que cet objet continue de représenter : non pas un simple lingot d'or perdu dans les remous de l'histoire, mais la preuve, toujours espérée, toujours différée, qu'un vainqueur ne garde jamais éternellement ce qu'il a volé.

Le Symbole de la renaissance d'Israël ...


La Ville de Rome et la déportation des juifs JBCH 2607 - 015

Chronique

De Judée à Rome : le peuple qu'on croyait avoir enchaîné

Titus voulait effacer un peuple. Il n'a réussi qu'à en fonder une colonie qui vit toujours, deux mille ans plus tard, à quelques encablures de l'arc triomphal élevé en mémoire de sa victoire. Il n'existe pas de meilleure démonstration, dans toute l'histoire ancienne, de l'échec structurel de l'entreprise génocidaire






Après la chute de Jérusalem en 70, puis l'écrasement de la révolte de Bar Kokhba au siècle suivant, Rome achemine vers l'Italie des dizaines de milliers de captifs judéens, réduits en esclavage comme trophées de guerre. Une bonne part d'entre eux finit sur le chantier du plus grand amphithéâtre jamais construit par la puissance romaine — celui que la postérité appellera le Colisée. Le financement de l'ouvrage provient directement du butin prélevé sur le Temple de Jérusalem : l'argent d'un lieu voué à la paix sert ainsi à ériger l'arène où l'on donnera la mort en spectacle pendant des siècles, aux dépens, souvent, des descendants mêmes de ceux qui avaient payé pour sa construction sans l'avoir voulu.


Un peuple d'esclaves devient une communauté

C'est de cette masse de prisonniers, rachetés ou simplement survivants, que naît la véritable communauté juive de Rome telle qu'on la connaîtra pour les deux millénaires suivants. Quatre lignées en particulier, amenées par Titus après la destruction du second Temple, marqueront durablement le judaïsme italien de leur empreinte : les familles que l'on retrouvera plus tard sous les noms de delMansi, dePommes, delVecchio et deRossi. Que des esclaves déportés aient pu, en quelques générations, redevenir des lignées de rabbins, de commentateurs et d'érudits dont le nom traverse le Moyen Âge, dit assez ce que l'humiliation initiale n'a pas réussi à détruire.




Rome elle-même a pris soin de graver sa victoire dans la pierre : sur l'Arc de Titus, encore debout aujourd'hui non loin du Colisée, des bas-reliefs montrent les captifs judéens enchaînés et les soldats romains emportant la ménorah et les autres trésors du Temple. Le monument devait dire, pour l'éternité, que Rome avait vaincu et que Jérusalem avait cessé d'exister. Vingt siècles plus tard, l'arc est un vestige touristique que l'on photographie ; la prière que les légionnaires croyaient avoir fait taire résonne, chaque semaine, dans les synagogues qui bordent l'ancien ghetto, à cinq cents mètres de là.

Le vainqueur a construit un arc de pierre. Le vaincu a construit une mémoire — et la mémoire a mieux résisté au temps.



 

Hadrien achève ce que Titus avait commencé

Titus n'a pas eu le dernier mot romain sur la question judéenne. Soixante ans après la chute de Jérusalem, l'empereur Hadrien réprime avec une brutalité plus systématique encore la révolte de Bar Kokhba (132-135) : l'historien romain Cassius Dion évoque près de six cent mille morts au combat, auxquels s'ajoutent d'innombrables victimes de la famine et des maladies, et un demi-millier de bourgades judéennes rasées. Hadrien ne se contente pas de massacrer ; il entreprend d'effacer jusqu'au nom du vaincu. Jérusalem devient Aelia Capitolina, une cité païenne d'où les Juifs sont bannis sous peine de mort, et la province elle-même est rebaptisée Syrie-Palestine, précisément pour faire disparaître jusqu'à la référence géographique à la Judée. Les survivants, vendus par milliers sur les marchés d'esclaves de la région à des prix si bas que les chroniqueurs s'en étonnent, viennent grossir à leur tour les rangs de la diaspora forcée vers Rome et l'Italie, aux côtés des captifs de 70. Deux générations de déportations successives, deux tentatives d'effacement méthodique — et un seul et même résultat : une communauté qui, à Rome, continue de grandir précisément là où l'on voulait qu'elle disparaisse.

Le Rabbin et Marc Aurèle

Ce que Rome n'a jamais réussi à effacer

Ce n'est pas un hasard si, à travers les siècles de ghetto, de badges jaunes et de sermons de conversion imposés, la communauté juive de Rome a conservé sa propre liturgie, distincte de toutes les autres traditions ashkénazes ou séfarades apparues plus tard — le Nusach Italki, hérité directement des usages de la Terre d'Israël antique, et transmis sans rupture depuis l'époque même de la déportation. Une communauté née dans les chaînes a produit, siècle après siècle, des dictionnaires talmudiques, des codifications du droit juif, des générations d'érudits qui ont continué d'étudier un texte que Rome, à plusieurs reprises, a tenté de brûler purement et simplement.

Deux mille ans, un seul fil

  • 70 : chute de Jérusalem, déportation massive vers Rome comme esclaves
  • 81 : achèvement de l'Arc de Titus, célébrant la « fin » du peuple juif
  • 135 : écrasement de la révolte de Bar Kokhba par Hadrien, nouvelle vague de déportations
  • Moyen Âge : les lignées issues des captifs produisent les grands noms du judaïsme italien
  • Aujourd'hui : la même liturgie, née de cette déportation, continue d'être priée à Rome

On raconte qu'un grand maître lituanien du siècle dernier, de passage à Rome pour y enseigner, s'est un jour fait conduire devant l'Arc de Titus. Il l'a regardé avec le mépris qu'inspire un vainqueur depuis longtemps disparu, et a rappelé, à voix haute, une évidence que la pierre elle-même contredit chaque jour où une synagogue reste ouverte non loin de là : de l'empire qui prétendait avoir liquidé un peuple, il ne reste qu'un monument qu'on visite en touriste ; du peuple qu'on croyait liquidé, il reste des maisons d'étude, sur tous les continents, où l'on continue de lire le même texte. Rome a gagné la guerre. Elle a perdu, définitivement, le pari qui comptait vraiment.

— J.-B. C.-H.

La Presse de Tunisie JBCH 2607 - 014

J’avais huit ans, et mon père, journaliste, m’emmenait à son bureau de La Presse, avenue Jules Ferry, devenue depuis avenue Habib Bourguiba. 


Mes deux parrains civils, corses, Charles Carcopino et Jacques Andreani, formaient avec André, mon père, un trio inséparable. 


Tous trois m’initiaient aux secrets de la fabrication du journal, ce quotidien tunisois dont le propriétaire, Henri Smadja, possédait aussi Combat à Paris.





On rédigeait l’article, on en dressait la maquette sur la morasse, on choisissait les titres. Le linotypiste frappait ensuite pour assembler le texte, avant que tout ne parte vers la rotative,  la machine qui imprimait et assemblait les pages dans une odeur d’encre fraîche restée gravée en moi.


Les trois compères saisissaient le premier exemplaire sorti du monstre de fer et, pipe à la bouche, contemplaient leur œuvre, comme une mère découvre son nouveau-né.


Mais ce que je comprends aujourd’hui, avec le recul de l’âge, c’est que ce trio n’était pas le fruit du hasard. 


Charles Carcopino et Jacques Andreani n’étaient pas seulement les collègues de mon père : ils étaient mes parrains, choisis, adoptés, faisant famille avec un enfant juif de Tunis. 


Cette symbiose entre Corses et Juifs, en terre tunisienne, n’avait rien d’anecdotique. 


Les uns et les autres portaient en eux la mémoire d’îles et de rivages : la Corse pour les uns, la Méditerranée tout entière comme matrice pour les autres et partageaient cette condition de communautés à la fois enracinées dans l’Empire et jamais tout à fait absorbées par lui. 


Fonctionnaires, gendarmes, douaniers, journalistes, les Corses de Tunisie formaient un maillage serré de l’administration coloniale ; les Juifs de Tunis, marchands, artisans, hommes de loi et de plume, tenaient les rouages économiques et intellectuels de la ville. 


Entre ces deux mondes minoritaires, ni tout à fait arabes ni tout à fait français, s’était nouée une fraternité de fait, faite de respect mutuel et d’un sens aigu de l’honneur : cette parole donnée que l’on ne reprend pas, cette loyauté qui, chez les Corses comme chez les Juifs, vaut plus que tous les contrats.


Carcopino et Andreani n’ont jamais traité mon père en collègue de circonstance. Ils l’ont traité en frère. Tous trois citoyens d’un belle France laïque et humaniste.


Et par extension, moi, l’enfant, en fils. Il y avait dans leur façon de me montrer la morasse, de m’expliquer le choix d’un titre, quelque chose qui dépassait la simple pédagogie professionnelle : c’était une transmission, au sens plein du terme, celle d’un monde d’hommes qui se faisaient confiance au-delà des origines, 


Ils m’ouvraient les portes de leur métier comme on ouvre celles de sa maison.


Les trois compères saisissaient le premier exemplaire sorti du monstre de fer et, pipe à la bouche, contemplaient leur œuvre, comme une mère découvre son nouveau-né.


 Dans ce silence recueilli, il n’y avait plus ni Corse ni Juif : il y avait trois hommes de plume, unis par le même amour du travail bien fait et par une amitié que ni la distance ni le temps n’ont jamais désavouée.


C’est peut-être là, dans cette odeur d’encre et cette fraternité muette de trois hommes devant une feuille encore tiède, que s’est scellée ma vocation d’écrire , et ma conviction, portée depuis l’enfance, que les plus solides des alliances entre les peuples ne se décrètent pas dans les grands discours, mais se tissent, patiemment, dans le silence partagé d’un atelier d’imprimerie.


C’est peut-être là, dans cette odeur d’encre et ce silence recueilli de trois hommes devant une feuille encore tiède, que s’est scellée ma vocation d’écrire.

Falsificateur et Menteur ... JBCH 2607 - 013

Mahmoud Abbas a menti à Macron à qui il avait écrit ses intentions afin que le President francais reconnaisse son état à l’ONU en séance privée. 





L’accusation portée dimanche par le département d’État américain ne relève pas du simple différend technique : elle expose au grand jour la duplicité structurelle de l’Autorité de Ramallah. 


En annonçant dès février 2025 la suppression d’un système d’allocations indexées sur la durée des peines des détenus condamnés pour terrorisme, Mahmoud Abbas cherchait moins à rompre avec une politique incitative à la violence qu’à ménager une façade présentable face à ses bailleurs occidentaux.


L’affaire des paiements versés en novembre selon l’ancien barème, découverte quelques mois à peine après l’annonce triomphale, confirme que la réforme n’était qu’un exercice de communication destiné à débloquer une reconnaissance internationale et des financements. 


Le limogeage du ministre des Finances, présenté comme un geste de rigueur, ressemble davantage à un fusible sacrifié pour préserver l’essentiel du système. 


Washington, en rejetant l’audit externe truqué censé blanchir Ramallah, refuse de se laisser enfermer dans cette mise en scène. 



Cette séquence illustre une constante : l’Autorité de Ramallah excelle dans l’art de dire une chose aux chancelleries occidentales tout en en faisant une autre sur le terrain, où la rémunération du terrorisme demeure une politique d’État à peine dissimulée. Le pilier de son financement, le fameux « pay-for-slay », continue ainsi de fonctionner sous des habillages renouvelés, quels que soient les décrets signés pour l’occasion. 


Cette duplicité n’est pas un accident de parcours mais la traduction budgétaire d’une idéologie qui érige l’attaque contre les Israéliens en acte méritoire et rémunéré. 


Tant que cette architecture perdurera, aucune promesse de réforme ne pourra être prise au sérieux par une administration américaine échaudée. 


La confiance, une fois trahie par un mensonge documenté, ne se restaure pas par un limogeage cosmétique mais par la disparition pure et simple du système qu’il prétendait corriger.


Seul Macron et son copain Sanchez sont tombés dans le piège d’Abbas !

dimanche 19 juillet 2026

La Canicule, et l'Energie en France JBCH 2607 - 012

L 'été 2003 a laissé près de 15 000 morts sur le sol français, pour l'essentiel des personnes âgées asphyxiées dans des appartements et des maisons de retraite sans climatisation. 




Le choc fut tel que chacun jura, à l'époque, que « plus jamais ça ». Vingt ans plus tard, le constat est amer : la France reste l'un des pays les moins climatisés d'Europe occidentale, avec un taux d'équipement des logements qui plafonne autour de 25%, contre plus de 90% en Italie du Sud ou en Espagne pourtant soumises aux mêmes latitudes.


Ce retard n'est pas un accident. Il est le produit d'un courant idéologique : l'écologie punitive à la française, qui a fait de la climatisation un objet de suspicion morale plutôt qu'un outil de santé publique. Pendant deux décennies, la doctrine verte a présenté l'air conditionné comme un luxe individualiste, énergivore, contraire à la sobriété qu'il fallait imposer aux Français. 


Résultat : des normes thermiques RE2020 pensées pour freiner l'installation de climatiseurs, des débats interminables sur la « clim comme symptôme du capitalisme fossile », et des collectivités locales, souvent acquises aux Verts, qui ont retardé ou compliqué l'équipement des EHPAD et des écoles au nom de la transition énergétique.


Le paradoxe est cruel : la France est l'un des pays d'Europe les mieux dotés en ressources énergétiques propres, le nucléaire, que ce même courant écologiste a combattu avec la même ténacité depuis Fessenheim jusqu'aux EPR, mais aussi en hydrocarbures non conventionnels. 


Le sous-sol français regorge, selon les estimations de l'Agence internationale de l'énergie, plusieurs milliers de milliards de mètres cubes de gaz de schiste, en particulier dans le bassin du Sud-Est. 


La loi Jacob de 2011, imposée et votée avec le soutien actif des écologistes, a interdit purement et simplement toute recherche, fermant la porte à toute exploration, quand les États-Unis, eux, transformaient leur indépendance énergétique et faisaient chuter leurs prix de l'électricité grâce au même gisement géologique. Gaz qu’ils nous vendent à prix d’or ! 


On peut décider, en conscience, de renoncer au gaz de schiste pour des raisons dogmatiques. Mais on ne peut pas, dans le même mouvement, refuser l'indépendance énergétique qu'il aurait permise, combattre le nucléaire qui aurait pu compenser, et freiner la climatisation qui aurait sauvé des vies en attendant et puis s'étonner que la facture énergétique explose et que les étés tuent. 

Le dogmatisme a un prix ; en France, il se paie en surmortalité l'été et en dépendance gazière l'hiver.

Le SafSaf. JBCH 2607 - 011

🔵 Dans mon imaginaire d’enfant à Tunis, il existait un lieu enchanté : le SafSaf de La Marsa.






Ce n’était pas seulement un café, c’était un monde à lui tout seul, un lieu où le passé semblait encore respirer.

Ce qui me fascinait par-dessus tout, c’était le dromadaire qui avançait lentement en tournant autour du puits.

Je l’observais, fasciné pendant un temps indéfini … lui tournait … ses œillères lui empêchaient d’avoir le vertige  !

Ses pas réguliers faisaient tourner une grande roue, la noria, qui remontait l’eau fraîche des profondeurs de la terre ..   une eau délicieuse.

Pour mes yeux d’enfant, ce spectacle avait quelque chose de magique : un animal du désert faisait jaillir la vie de la terre.

Je pouvais rester longtemps très longtemps à regarder ce mouvement paisible, comme une scène venue d’un autre siècle.

Le bruit de la roue, le pas du dromadaire et le filet d’eau qui apparaissait formaient une musique unique.

Autour de lui, le SafSaf vivait avec ses familles, ses conversations, ses parfums de menthe et de jasmin.

Ce lieu racontait une Tunisie authentique, attachée à ses traditions et à ses gestes anciens.

Le dromadaire n’était pas une attraction : il était l’âme du lieu, le gardien d’une mémoire

Il représentait le lien entre la terre, l’eau, les hommes et le temps qui passe.


Pour l’enfant que j’étais, le SafSaf était un endroit où l’histoire devenait réelle sous mes yeux.

Chaque visite était une découverte, une petite aventure pleine d’émerveillement.

Aujourd’hui encore, le souvenir de cette roue entraînée par le dromadaire reste gravé dans ma mémoire.


Nabeul. JBCH 2607 - 010

 Avant l’indépendance de la Tunisie en 1956, Nabeul  était une ville juive depuis plus de mille huit cents ans, les arabes, eux ont conquis le pays en 703 avec la décapitation de la Reine juive berbère la Kahina près de Tabarka..




La ville était réputée pour son artisanat, son agriculture et son commerce. 


La communauté juive, bien intégrée à la vie économique, jouait un rôle important dans plusieurs métiers artisanaux et commerciaux, tandis que les artisans musulmans perpétuaient des savoir-faire transmis de génération en génération. 


La poterie et la céramique, héritières d’une tradition remontant à l’Antiquité. Les ateliers fabriquaient des jarres, plats, carreaux décorés, vases et objets utilitaires. À partir du début du XXᵉ siècle, 


la faïence décorative s’est développée sous l’influence d’artisans tunisiens et européens.  


La broderie, réalisée principalement par les femmes, notamment le célèbre point de Nabeul, utilisé pour les vêtements de cérémonie et le linge de maison. 


 Le tissage, la fabrication de nattes en jonc et en alfa, la vannerie, la ferronnerie, le travail du bois, du cuir et la cordonnerie faisaient également vivre de nombreuses familles. 

 

La communauté juive de Nabeul était ancienne, elle était installée avec les carthaginois; 

Sous le protectorat français (1881-1956), elle comptait plusieurs centaines de personnes, parfois davantage selon les périodes

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Les relations entre Juifs et musulmans étaient généralement celles de voisins, de commerçants et d’artisans travaillant ensemble. Comme ailleurs en Tunisie, elles étaient faites de coopération quotidienne, même si chaque communauté conservait ses traditions religieuses et ses fêtes.


L’un des événements qui marqua le plus la communauté juive de Nabeul fut l’occupation de la Tunisie par les forces germano-italiennes de l’Axe, pendant la Seconde Guerre mondiale. 


Les Allemands arrivèrent en Tunisie par le sud, par la Libye, après que Rommel eut essuyé la défaite du deuxième combat d’El-Alamein devant les forces britanniques de Montgomery. 


Nabeul fut occupée le 14 novembre 1942 et la présence allemande se fit sentir alors dans la ville et fut vécue très difficilement par la communauté juive locale. Les Juifs de la ville durent porter l’étoile jaune  comme à Sfax,


Les occupants nazis s’approprièrent des locaux et des habitations, ils confisquèrent des voitures, des vélos, des postes de radio (TSF), des meubles et les accessoires ménagers dont ils avaient besoin. 


Ils investirent la ville et la municipalité et exigèrent de la main-d’œuvre juive quotidienne pour les travaux obligatoires, principalement dans les bases militaires du cap Bon. 


Ainsi, la population juive de Nabeul, comme partout ailleurs en Tunisie, vécut sous la menace constante d’une éventuelle arrestation pour être envoyée au travail obligatoire. 


Les déplacements en dehors de la ville étaient risqués, la surveillance allemande était omniprésente et on sentait un manque grandissant de nourriture disponible à la vente ainsi que de produits de base et de tout autre matériau comme le cuir, les tissus, les matériaux de construction, etc. 


Mais surtout, il y avait l’incertitude quant au lendemain…


Après 1956 et l’indépendance,   puis surtout après les tensions régionales liées au conflit israélo-arabe (notamment 1967), la majorité des Juifs de Nabeul quittèrent progressivement la ville pour Tunis, puis la France ou Israël. 


La communauté locale disparut


En revanche, l’artisanat est resté l’une des grandes identités de Nabeul. La poterie, la céramique, la broderie et les métiers d’art continuent aujourd’hui de faire la renommée de la ville.  


Ainsi, le Nabeul d’avant 1956 qui était une ville vivante où l’artisanat constituait le cœur de l’économie et où les communautés musulmanes et juives participaient ensemble à la prospérité commerciale et culturelle du Cap

Bon a disparu … elle vit encore dans nos coeurs…

Qui était Ahmed Ben Bella JBCH 2607 - 009

Après avoir été renversé par le colonel Houari Boumediene lors du coup d’État de 1965, Ahmed Ben Bella, premier président de l’Algérie indépendante, passe quinze années en prison avant d’être libéré en 1980. 





Il s’exile ensuite en Suisse, dans le village vaudois de Begnins, où il mène une vie discrète tout en poursuivant son engagement politique. 


Protégé par ses amis Noé Graff, un vigneron aux convictions trotskistes, et Françoise Fort, il transforme sa résidence en quartier général de son opposition au régime algérien.


Son emprisonnement l’a profondément marqué. 


Soumis à un isolement extrême, il redécouvre la foi musulmane et développe une réflexion politique renouvelée. 


À sa libération, il dénonce fermement le parti unique, qu’il considère comme un échec des indépendances africaines. 


Il conserve son engagement anti-impérialiste, mais y ajoute une dimension spirituelle, écologiste et favorable au dialogue avec les islamistes.


Depuis son exil, Ben Bella voyage beaucoup, soutient diverses causes internationales, et les peuples autochtones, et fonde en 1984 le Mouvement pour la démocratie en Algérie. 


Son activité politique inquiète les autorités françaises, qui limitent progressivement sa liberté d’action. 


Une perquisition à son domicile en 1983, liée à l’arrestation de son garde du corps armé, accélère son installation définitive en Suisse.


Malgré son image de militant révolutionnaire, Ben Bella mène un train de vie confortable, financé en grande partie par le dirigeant libyen Mouammar Kadhafi. 


Il possède plusieurs résidences en Europe, voyage fréquemment et entretient un vaste réseau politique. 


Cette situation contraste avec son discours démocratique et suscite parfois l’incompréhension de ses proches.


En 1990, les autorités algériennes lui permettent de rentrer au pays. 


Son parcours illustre les paradoxes d’un dirigeant devenu opposant : héros de l’indépendance, prisonnier politique, exilé influent, mais aussi personnage complexe, partagé entre idéaux révolutionnaires, alliances controversées et volonté constante de retrouver une place dans la vie politique algérienne.


Je n’ai jamais aimé cet homme si proche de Nasser