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lundi 12 octobre 2026

Trahisons de Fillon à Trump ! JBCH N° 2610 - 240








Éditorial · Réfléchissez, il est encore temps
JBCH N° 240.                                                 12 Octobre 2026        

De Fillon à Trump : 

Ceux qui ont cru acheter Poutine


2007-2026 : 


Quand la France a frôlé la catastrophe, et quand l’Amérique recommence

                 



     

Un Premier ministre devenu administrateur de groupes pétroliers russes. Un président qui signe à Moscou la perte d’un cinquième de la Géorgie. Deux navires de guerre presque livrés au Kremlin. 

Et aujourd’hui, un marchand new-yorkais qui croit rouler l’ancien colonel du KGB. Chronique d’un aveuglement  

Acte I · 2007-2012Les années Fillon : une proximité jamais interrogée

Pendant cinq ans, de 2007 à 2012, François Fillon fut le Premier ministre de la France. Cinq ans à Matignon, au cœur de tous les secrets d’État : la défense, le nucléaire, la diplomatie, le renseignement. 

Cinq ans pendant lesquels Vladimir Poutine eut à Paris un interlocuteur de choix, un homme qui parlait sa langue de la Realpolitik, qui voyait dans la Russie non une menace mais un « partenaire stratégique », et qui ne manquait jamais une occasion de rappeler son amitié pour le maître du Kremlin. 

Ce que l’on sait aujourd’hui éclaire cette période d’une lumière crue. Battu en 2017, condamné dans l’affaire des emplois fictifs de son épouse, François Fillon ne s’est pas retiré dans la Sarthe pour méditer sur la grandeur de l’État. 

Il s’est reconverti. Par sa société de conseil, 2F Conseil, il a monnayé son carnet d’adresses. En 2021, il entre au conseil d’administration de Sibur, géant russe de la pétrochimie, puis de Zarubezhneft, compagnie pétrolière d’État. Deux entreprises adossées au pouvoir de Vladimir Poutine, en remerciement des services rendus  !!! 

Un ancien chef de gouvernement, gardien des secrets de la République, devenu administrateur de l’industrie d’État russe : on aurait cru à une fiction, et pourtant !

Il ne démissionnera de ces postes que le 25 février 2022, au lendemain de l’invasion de l’Ukraine. Pas avant. Il aura fallu des chars russes dans les faubourgs de Kiev et les tueries de milliers de civils pour que l’ancien Premier ministre découvre - si l'on veut - la nature du régime qu’il servait.avec docilité

Entendu en 2023 par la commission d’enquête de l’Assemblée nationale sur les ingérences étrangères, il a balayé toute idée de conflit d’intérêts. On avait la larme (de crocodile à l'oeil)  ... 

L’affaire en est restée là. Aucune enquête approfondie n’a cherché à savoir ce que Moscou avait pu apprendre, ou espérer, d’une telle recrue. C’est un trou noir démocratique qu'il faudra élucider un jour .

Géorgie, août 2008 : le cessez-le-feu de la reddition



Acte II · 2011-2015L’affaire des Mistral : le point de rupture

Le symbole le plus fou de cette époque, c’est l’affaire des Mistral. En 2011, sous Nicolas Sarkozy et François Fillon, la France signe avec la Russie la vente de deux bâtiments de projection et de commandement de classe Mistral, construits à Saint-Nazaire, pour environ 1,2 milliard d’euros. 

Trois ans seulement après la Géorgie.

Ce que la France s’apprêtait à livrer

  • Deux porte-hélicoptères amphibies, capables d’embarquer des hélicoptères de combat, des blindés et plusieurs centaines de soldats.
  • Leurs noms, choisis par Moscou : Vladivostok et Sébastopol.
  • Un outil taillé pour les opérations en mer Noire et dans le Pacifique.

Imaginez une seconde le Sébastopol, bâti en France, ancré en Crimée annexée. C’est là qu’on a frôlé la catastrophe historique. Si la majorité de 2007 avait été reconduite en 2012, rien n’indique que la livraison aurait été stoppée. Ceux qui avaient signé avec Moscou trois ans après la Géorgie n’auraient pas renoncé pour la Crimée.





François Hollande, lui, a dit non. Malgré les pressions, malgré les pénalités financières, malgré le chantage à l’emploi à Saint-Nazaire, il suspend la livraison en novembre 2014, puis l’annule en août 2015. 

Et il trouve une sortie habile : les deux navires sont revendus à l’Égypte, avec l’appui financier de l’Arabie saoudite. La France sauve son honneur, son industrie, et évite d’armer son futur adversaire.

Acte III · 2008-2022Le projet impérial que l’Europe a arrêté

Le projet de Vladimir Poutine n’a jamais été un secret. Dès 2005, il qualifiait l’effondrement de l’URSS de « plus grande catastrophe géopolitique du siècle ». Il a ensuite appliqué, méthodiquement, le même schéma : protéger les « russophones », organiser un référendum sous occupation, annexer




2008. La Géorgie amputée de l’Abkhazie et de l’Ossétie du Sud. L’Europe signe.
2014. La Crimée annexée, le Donbass en guerre. Sanctions, format Normandie.
2022. L’invasion générale de l’Ukraine, et la tentative manquée sur Kiev.

Chaque recul occidental a été lu à Moscou comme une invitation. Ce que Poutine voulait, ce n’était pas quelques territoires : c’était reconstituer une zone d’influence sur l’ancien espace soviétique et au-delà, où l’Europe n’aurait plus son mot à dire.

Mais en 2022, il s’est trompé. L’Union européenne, que l’on disait faible, divisée et bureaucratique, s’est levée comme un seul homme : sanctions sans précédent, soutien militaire à l’Ukraine, sortie de la dépendance au gaz russe, candidatures ukrainienne et moldave à l’Union. 

Poutine pensait retrouver la France de 2007-2012, celle qui lui vendait des navires de guerre et comprenait ses « intérêts légitimes ». Il a trouvé une autre Europe.

Acte IV · 2025-2026Trump, le marchand qui croit rouler le tsar

Et puis est revenu Donald Trump. L’Histoire nous rejoue le même piège, en version américaine. 

Trump revient au pouvoir en 2025 avec une seule conviction : tout s’achète, tout se vend. Il croit qu’il va rouler Poutine, qu’il est plus malin, plus fort en affaires ; qu’avec un accord sur les terres rares ukrainiennes, un autre sur le pétrole, un autre sur l’Arctique, il mettra le Kremlin dans sa poche.

L’UkrainePour Trump, ce n’est pas une démocratie agressée, c’est une ligne de bilan. Une charge. Il est prêt à lui imposer une paix qui ressemble à une capitulation, et à entériner l’occupation d’environ 20 % de son territoire. Exactement comme la Géorgie en 2008.
L’EuropePour Trump, ce n’est pas un allié, c’est un concurrent qui ne paie pas assez. Il menace l’OTAN, humilie les dirigeants européens et négocie directement avec Moscou au-dessus de leurs têtes, comme si l’Europe n’existait pas.

Il pense que Poutine le respectera parce qu’il est fort. Il n’a rien compris. Poutine ne respecte pas la force mercantile : il la méprise. Il ne s’arrête que devant une ligne rouge collective et infranchissable, celle que l’Europe a tracée en 2022.

Trump croit faire un coup de génie en lâchant l’Ukraine pour se concentrer sur la Chine. Il refait en réalité l’erreur de Sarkozy en 2008, puissance dix. En 2008, on a laissé Poutine prendre un cinquième de la Géorgie : il en a conclu qu’il pouvait prendre la Crimée. En 2014, on l’a laissé prendre la Crimée : il en a conclu qu’il pouvait marcher sur Kiev. 

Si l’on brade aujourd’hui l’Ukraine pour un contrat minier et une poignée de main, il en conclura que les pays baltes et la Pologne sont à sa portée.

Le marchand de New York croit rouler l’ancien colonel du KGB. C’est l’inverse qui se produit.



 

De Fillon à Trump, la boucle est bouclée. Des hommes qui ont cru que Poutine était un homme d’affaires comme un autre, avec qui l’on pouvait « faire du business ». Un Premier ministre qui a fini par toucher les jetons de présence de l’industrie russe. 

Un président qui a signé la reddition de la Géorgie et la vente de navires de guerre au Kremlin. Et un milliardaire qui met la sécurité de l’Europe en vente pour un contrat.

L’Union européenne a arrêté le projet de Poutine une première fois. Elle devra l’arrêter une seconde fois. Cette fois, sans Washington. Et il faudra se souvenir, le moment venu, de ceux qui, à Paris, lui avaient ouvert la porte.

© JBCH Octobre 2026 

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