Le Mal français · Histoire
Charles Hernu,
le ministre qui avait trahi
De l’agent « André » aux tentations du RN et de LFI : la question qui revient
JBCH N° 247 14 Octobre 2026
Depuis Pétain, la France a connu au plus haut niveau des hommes qui ont servi d’autres intérêts que les siens.
Après François Fillon, voici le cas le plus vertigineux de la Ve République : un ministre de la Défense dont le passé d’agent de l’Est fut, de surcroît, couvert par l’Élysée.

Charles Hernu n’est pas un ministre comme les autres. Ami intime de François Mitterrand depuis les années 1950, compagnon de la traversée du désert, fondateur en 1953 du Club des Jacobins, maire de Villeurbanne à partir de 1977, c’est lui que Mitterrand choisit en mai 1981 pour le poste le plus sensible de l’État : ministre de la Défense.
L’homme de confiance absolue. Celui qui a accès à tout : la dissuasion nucléaire, les secrets de l’OTAN, les opérations au Tchad et au Liban, les services secrets. Celui qui démissionnera en septembre 1985, emporté par l’affaire du Rainbow Warrior.
Et c’est cet homme-là qui, dans sa jeunesse politique, avait renseigné l’Est.
IL’agent « André »
Les pièces s’emboîtent dès 1953. Jeune militant de la gauche radicale, Hernu est approché à Paris par Raïko Nikolov, officier de renseignement à l’ambassade de Bulgarie. Il devient une source. En 1956, son traitement passe à un officier du KGB soviétique. Plus tard, la Securitate roumaine reprend contact à son tour. Trois services du bloc de l’Est, un seul homme.
Contre de l’argent, il fournit des notes sur la vie politique française, sur la gauche non communiste, sur les réseaux atlantistes. Moscou va jusqu’à financer sa campagne législative de 1958. Ce n’est pas un militant naïf qui bavarde au café : c’est une source rémunérée, suivie par des officiers traitants.

IIUne double trahison, et un mensonge d’État
La trahison est à deux niveaux. Personnelle d’abord : Hernu a menti à Mitterrand, qui voyait en lui un frère, et l’a laissé lui confier les clés de la défense nationale. D’État ensuite : un homme qui a été source rémunérée de trois services ennemis n’aurait jamais dû approcher le secret de la dissuasion. Car même si nul n’a prouvé qu’il renseignait encore Moscou une fois ministre, son passé faisait de lui une cible idéale pour le chantage. Le KGB savait. La France, elle, ne savait pas.
Le paradoxe rend l’affaire plus troublante encore. Ministre, Hernu se montre un atlantiste ferme pendant la crise des euromissiles : il soutient l’installation des Pershing américains face aux SS-20 soviétiques. Ses défenseurs y voient la preuve de son innocence. D’autres y lisent le comportement classique d’un ancien agent qui a tourné la page, ou qui donne des gages.

Mais le vrai scandale, le « mal français », est ailleurs. En 1992, le patron de la DST, Jacques Fournet, apporte à l’Élysée le dossier transmis par un responsable roumain. La réaction de François Mitterrand ? Classer le passé de son ami secret d’État, au motif qu’un mort ne peut se défendre. Pas d’enquête, pas de débat, pas de vérité. Il faudra attendre la presse, en 1996, puis le livre de trois anciens de la DST, Raymond Nart, Michel Guérin et Jean-François Clair, en 2023, pour l’établir : Hernu a bien été, « pendant une partie de sa carrière politique », l’agent de trois services de l’Est.
Le traître n’est jamais seul. Il lui faut, pour durer, des amis qui ne veulent pas savoir.
Hernu n’est d’ailleurs pas un cas isolé. En février 2024, L’Express révélait que son propre ancien directeur, Philippe Grumbach, avait été pendant des décennies une source du renseignement soviétique.
Chaque fois, la même indulgence : les fonctionnaires et les militaires sont poursuivis ; les hommes politiques et les notables, protégés.
IIILe RN et LFI prennent le même chemin !
La question qui se pose aujourd’hui n’est pas historique. Elle est actuelle.
Soyons précis : ni le Rassemblement national ni La France insoumise ne sont accusés d’espionnage au sens pénal.
Personne n’a retrouvé de fiches de paie du SVR. Mais la mécanique de l’influence a changé.
On ne recrute plus avec une enveloppe dans un café. On agit par des prêts bancaires, des invitations, des relais médiatiques et, surtout, par la convergence idéologique.
Il faut souligner que le "Mentor" de Bardella et copain de la "Marine" Alain Soral " se le plus antisémite, trouve logé et nourri chez Monsieur Poutine ! Soyez Vigilents !!!
- En 2014, un prêt de 9,4 millions d’euros obtenu auprès d’une banque tchéco-russe.
- Des années de voyages à Moscou et un discours faisant de la Russie de Poutine un modèle d’ordre et de puissance.
- Au Parlement européen, des votes contre ou des abstentions sur des résolutions visant le Kremlin.
- Depuis 2022, une prise de distance affichée… sans jamais lever tout à fait le doute. et l'empreinte d'Alain Soral sur Bardella & Co !
- Dès 2014, Jean-Luc Mélenchon renvoie dos à dos la Russie et l’OTAN sur l’Ukraine.
- En 2022, refus des livraisons d’armes au nom du risque de « cobelligérance ».
- En mars 2024, vote contre l’accord de sécurité franco-ukrainien.
- Un anti-américanisme qui excuse presque tout à Moscou.
- Un amour inconsidéré pour les partis dits Bolivariens en Amérique du Sud.
Le RN incarne l’alignement : ce n’est pas de l’espionnage, c’est de la connivence.
LFI incarne l’autre jambe : la justification idéologique de l’adversaire, l’idée que l’OTAN serait coresponsable de la guerre et que désarmer l’Ukraine servirait "leur paix"
Dans les deux cas, l’effet stratégique rejoint celui que recherchait Moscou avec Hernu : affaiblir le pilier atlantique, fissurer la solidarité européenne, disposer de relais au cœur du débat français.
Une constante de l’histoire de France
Pétain qui pactise avec l’occupant au nom de la paix. Les compagnons de route qui chantaient Staline. Hernu qui renseigne l’Est. Fillon qui, sorti du pouvoir, a siégé aux conseils d’administration de groupes pétroliers russes jusqu’à l’invasion de l’Ukraine. À chaque génération, des hommes ont cru que la France serait mieux servie en s’accommodant de la puissance d’en face.Hernu a sans doute cru, jeune, que l’Est l’emporterait, ou qu’il fallait s’en accommoder. Il a vendu des informations pour une place dans le monde d’après.
C’est la même tentation qui guette aujourd’hui les extrêmes : vendre l’indépendance française, non plus pour de l’argent soviétique, mais pour une rente électorale.
Dire aux Français qu’ils seront plus forts seuls avec Poutine qu’avec leurs alliés.
© JBCH Octobre 2026
Sources : Jérôme Dupuis et Jean-Marie Pontaut, « Charles Hernu était un agent de l’Est », L’Express, 31 octobre 1996 ; The Irish Times, 31 octobre 1996 ; Raymond Nart, Michel Guérin et Jean-François Clair, La DST sur le front de la guerre froide (2023), recensé par Conflits ; L’Express, février 2024 (affaire Grumbach). Photos : Wikimedia Commons.

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