Est-ce une révolution technologique ? La propulsion à eau pour les satellites
Les rêves d’exploration spatiale profonde dépendent de notre capacité à utiliser des ressources simples, comme l’eau, pour propulser les fusées plus loin dans le système solaire. Malgré des décennies d’essais, les ingénieurs n’ont pas encore réussi à faire voler un vaisseau avec un moteur à eau.
Mais voilà que General Galactic, une jeune entreprise californienne, affirme pouvoir transformer l’eau en carburant, un vrai miracle moderne qui pourrait changer la donne pour les voyages dans l’espace.
L’humanité a toujours rêvé d’aller plus loin dans l’espace, mais le carburant reste un gros problème. Les fusées actuelles utilisent des produits chimiques toxiques et compliqués à manier, qui coûtent cher et posent des risques. Imaginez pouvoir juste prendre de l’eau, la plus banale des ressources, et la transformer en carburant pour satellites ou vaisseaux. C’est ce que promet General Galactic, une start-up fondée par d’anciens ingénieurs de SpaceX et d’autres boîtes spatiales.
D’après un reportage de Wired, l’entreprise prépare le lancement d’un satellite de 500 kilos en octobre 2026, à bord d’une fusée Falcon 9 de SpaceX. Ce satellite n’utilisera que de l’eau comme carburant pour se déplacer en orbite. Une fois dans l’espace, il testera deux façons de propulsion à base d’eau : une version électrique et une chimique. Pour les deux, on commence par casser les molécules d’eau en hydrogène et oxygène, un processus appelé électrolyse, qui se fait avec de l’électricité.
Dans la version chimique, on brûle l’hydrogène avec l’oxygène pour créer une poussée forte mais courte, idéale pour des manœuvres rapides. Pour la version électrique, on transforme l’oxygène en plasma – une sorte de gaz super chaud et chargé – et on l’expulse avec un champ magnétique pour une poussée douce et continue, parfaite pour les longs voyages. Luke Neise, cofondateur de General Galactic et ancien de Varda Space, explique à Wired : « On peut offrir des mouvements lents et économes, mais aussi des boosts rapides si besoin, par exemple pour éviter un danger en orbite. »
Ça sonne simple, non ? L’eau est faite d’hydrogène et d’oxygène, les bases des carburants de fusées depuis les années 1960. Mais en réalité, c’est un défi énorme. L’idée n’est pas nouvelle : la NASA y pense depuis les années 1960. Dès 1969, des ingénieurs de la NASA ont testé des prototypes de moteurs à électrolyse d’eau, en voyant des avantages comme la sécurité et le faible coût. En 1997, ils ont amélioré des modèles, mais ça restait trop lourd et compliqué pour l’époque. Le premier vrai test en orbite a eu lieu en 2021 avec le système HYDROS de la NASA, sur un petit démonstrateur. Mais personne n’a encore fait un moteur pratique et puissant pour des missions sérieuses.
General Galactic veut changer ça avec son système appelé Genesis. Sur leur site, ils disent que leur tech utilise l’eau comme unique carburant et surpasse les vieux propulseurs toxiques. Halen Mattison, l’autre cofondateur et ex-ingénieur SpaceX, raconte à Wired que l’idée lui est venue en voyant les limites des carburants actuels. « On a toujours supposé qu’il fallait emporter tout le carburant depuis la Terre, mais avec l’eau, on peut en trouver sur la Lune, Mars ou des astéroïdes et la transformer sur place. » C’est ce qu’on appelle l’utilisation des ressources in situ, un truc qui pourrait rendre les missions vers Mars bien plus faciles et moins chères.
Les avantages sont clairs : l’eau est sûre, facile à stocker – pas besoin de la garder au froid extrême comme le méthane liquide, et elle ne risque pas d’exploser. Elle ne pollue pas comme les carburants toxiques. En plus, pour les satellites, ça pourrait multiplier par 5 ou 10 la capacité à changer de direction ou de vitesse, ce qui est crucial avec les tensions en orbite – pensez aux satellites chinois ou russes qui frôlent les nôtres. Mark Lewis, ancien scientifique en chef de l’US Air Force et maintenant à Purdue, dit à Wired que c’est « une façon astucieuse de pousser un petit satellite », même s’il y a encore beaucoup d’inconnues.
Mais est-ce vraiment une révolution ? Pas si vite. Il y a des pièges. L’oxygène ionisé peut ronger les pièces du moteur, ce qui complique tout. Ryan Conversano, un expert de la propulsion qui conseille General Galactic et qui vient du Jet Propulsion Laboratory, prévient : « L’oxygène ionisé réagit avec tout, ça rend le choix des matériaux super dur. » Ajoutez à ça que le système d’électrolyse ajoute du poids au vaisseau, et que la vitesse d’échappement n’est pas toujours au top par rapport aux carburants classiques. C’est pour ça que, malgré les idées depuis 50 ans, personne n’a encore réussi à en faire une norme.
Des articles sur l’histoire de la propulsion à eau, comme ceux de la NASA ou de revues scientifiques, montrent que des tests ont eu lieu dans les années 1970, avec des systèmes qui stockaient l’eau inerte et la transformaient en gaz explosifs seulement quand besoin. Mais ça n’a pas décollé à cause de la tech pas assez mature. Aujourd’hui, avec les progrès en panneaux solaires pour l’électricité et en matériaux résistants, General Galactic pourrait être le premier à craquer le code.
Si leur mission Trinity réussit, ça pourrait ouvrir une nouvelle ère. Imaginez des stations-service spatiales sur Mars, où on mine de la glace d’eau et on la transforme en carburant pour ravitailler des fusées. Ça briserait la chaîne des missions limitées par le carburant emporté de la Terre. Pour les satellites commerciaux, ça signifierait des vies plus longues et plus flexibles, avec moins de risques environnementaux. Des sites comme Gizmodo ou Interesting Engineering parlent d’un potentiel énorme pour l’exploration humaine de la Lune et au-delà.
Pourtant, les sceptiques restent. Lewis ajoute que c’est « plein de si », et que ça vaut le coup d’essayer seulement si les attentes sont réalistes. General Galactic n’est pas le seul : d’autres start-ups et la NASA travaillent sur des idées similaires, mais personne n’a encore prouvé ça à grande échelle. Est-ce une révolution ? Peut-être pas encore, mais un gros pas en avant. Ça dépendra du test en octobre. Si ça marche, on pourrait dire adieu aux carburants polluants et bonjour à un espace plus accessible. Pour l’instant, c’est une promesse excitante, mais le vrai miracle sera de la voir voler pour de bon.
Et si on allait plus loin ? Pensez aux implications pour l’humanité. Avec l’eau comme carburant, les missions vers Mars deviennent plus faisables. On sait qu’il y a de la glace sur la planète rouge, et sur la Lune aussi. Au lieu d’envoyer des tonnes de carburant depuis la Terre – ce qui coûte une fortune et limite les charges utiles – on pourrait extraire l’eau sur place, la casser en hydrogène et oxygène, et repartir. C’est ce que vise General Galactic à long terme : construire des stations de ravitaillement sur Mars.
Dans l’industrie spatiale, qui explose avec des boîtes comme SpaceX ou Blue Origin, cette tech pourrait démocratiser l’espace. Les satellites, qui servent à tout – internet, météo, défense – deviendraient plus agiles. Avec les conflits géopolitiques qui s’étendent en orbite, avoir des satellites qui bougent vite et longtemps est un atout stratégique. Conversano souligne que résoudre le problème de la corrosion sera clé, mais si General Galactic y arrive, ça change tout.
Regardons le passé pour jauger. L’hydrogène a été utilisé dès les missions Apollo, mais toujours produit sur Terre. L’électrolyse en espace a été testée dans les années 2010 par des Européens et la NASA, avec des papiers scientifiques qui parlent de systèmes pour petits satellites. Par exemple, un article de 2023 dans Acta Astronautica décrit des tests couplés de propulseurs et électrolyseurs, mais rien d’aussi ambitieux que ce que propose General Galactic avec son mode double.
Les défis techniques sont réels : la vapeur chaude pourrait abîmer l’électronique, et l’efficacité n’est pas toujours meilleure. Mais les pros voient du potentiel. Un rapport de la fondation H2GP note que l’hydrogène de l’eau pourrait être la clé pour des bases lunaires durables. Si General Galactic réussit, ça pourrait inspirer une vague d’innovations, comme des CubeSats avec propulsion à eau pour des missions interplanétaires low-cost.
Est-ce une révolution ? Pas tout à fait encore, car c’est un test. Mais si ça passe, oui, ça pourrait l’être. Ça rend l’espace plus vert, plus sûr et plus ouvert. Comme dit Mattison à Wired, c’est le moment de briser les vieilles limites. Reste à voir si ce satellite volera sur de l’eau pure, ou si ce sera juste une goutte dans l’océan des idées spatiales. Les yeux sont rivés sur octobre 2026.