Beewise :
le kibboutz qui sauve les abeilles du monde
Pendant qu’on boycotte Israël, Israël fait polliniser les amandiers de Californie
Née en 2018 dans un kibboutz de Galilée, Beewise a inventé la ruche robotisée et levé près de 170 millions de dollars, en partie auprès d’investisseurs émiratis. Une belle histoire israélienne, que l’Europe des boycotts préfère ignorer.

Tout commence à Beit Ha’emek, un kibboutz du nord de la Galilée. Un apiculteur, Eliyahu Radzyner, a une idée : remplacer la vieille ruche en bois, inchangée depuis cent cinquante ans, par une machine capable de soigner les colonies jour et nuit.
Il la confie à Saar Safra, entrepreneur rentré de Seattle, qui ne devait l’aider que quelques mois. Il ne repartira jamais. En 2018, Beewise est née.
L’urgence est réelle. Chaque année, les apiculteurs perdent une part énorme de leurs colonies : environ 40 % dans le monde, et aux États-Unis, plus de 60 % des colonies commerciales ont disparu l’an dernier.
Or près d’un tiers des cultures alimentaires dépend de la pollinisation. Sans abeilles, pas d’amandes, pas de pommes, pas de fraises, pas de café.
« Du logiciel emballé dans de la tôle »
La BeeHome ressemble à un conteneur posé dans un champ. À l’intérieur, vingt-quatre colonies et un bras robotisé guidé par l’intelligence artificielle. Alimenté à l’énergie solaire, il inspecte chaque cadre, régule température et humidité, distribue eau, nourriture et traitements, prévient l’essaimage et récolte même le miel.
L’apiculteur, lui, suit ses ruches sur son téléphone. Saar Safra résume d’une formule : « du logiciel emballé dans de la tôle ».
L’arme maîtresse s’attaque au fléau numéro un des ruchers : le varroa, un acarien qui décime les colonies. La dernière génération, la BeeHome 4, le tue par la chaleur, sans produit chimique.
Résultat revendiqué : un taux d’effondrement des colonies autour de 8 %. « 8 %, c’est encore trop », reconnaît le patron. La modestie est rare dans la tech.

Des amandiers californiens à l’argent d’Abou Dhabi
Le succès est venu vite. Classée parmi les meilleures inventions de l’année par le magazine Time dès 2020, Beewise lève 80 millions de dollars en 2022, le plus gros tour de table de l’agritech israélienne.
Parmi les investisseurs : Sanad, un fonds d’Abou Dhabi. Deux ans après les accords d’Abraham, des capitaux émiratis financent des ruches robotisées conçues dans un kibboutz.
Voilà la paix concrète, celle des affaires et de l’intérêt commun, que les chancelleries européennes n’ont jamais su construire.
En juin 2025, nouveau tour de 50 millions, avec Insight Partners, Fortissimo ou le fonds de pension néerlandais APG.
Plus de 1 200 BeeHomes tournent désormais, surtout aux États-Unis, où elles louent leurs abeilles aux géants de l’agriculture : Blue Diamond pour les amandes, Driscoll’s pour les fruits rouges. L’entreprise vise la rentabilité dès cette année et affirme avoir sauvé plus de 197 millions d’abeilles en 2025.
Les abeilles ne pratiquent pas le boycott. Elles vont là où l’on sait les sauver.
Une ombre au tableau
Le succès a ses revers. Fin septembre, la presse américaine a révélé que plusieurs apiculteurs sous contrat avec Beewise attendaient depuis des mois le paiement de leurs prestations de pollinisation, parfois plusieurs centaines de milliers de dollars. L’entreprise explique que des producteurs d’amandes ne l’ont pas payée elle-même, et en poursuit trois en justice. Une crise de croissance, pas un échec, mais un rappel : l’innovation ne dispense pas de payer ses partenaires.
La leçon israélienne
Beewise est l’histoire typique de la « start-up nation » : un problème mondial, une idée née sur le terrain, des ingénieurs formés souvent dans les unités technologiques de l’armée, et des investisseurs qui prennent le risque.
Le kibboutz qui faisait fleurir le désert il y a soixante-quinze ans fait aujourd’hui polliniser les vergers de Californie.
Pendant ce temps, en Europe, des universités votent le boycott des chercheurs israéliens, des syndicats réclament l’embargo, des élus exigent qu’on rompe tout lien avec l’« entité sioniste ».
Ils mangent pourtant, chaque matin, des amandes et des fruits pollinisés par des abeilles que des Israéliens maintiennent en vie.
© JBCH Octobre 2026
Sources : The Times of Israel (31 août 2021) ; Fortune (31 octobre 2022) ; The Robot Report et AgNavigator (juin 2025) ; Aspen Public Radio / Aspen Daily News (27 septembre 2026). Photos : Wikimedia Commons.






















