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samedi 23 septembre 2017

La Naissance du Jazz (JC Benzekri)

La Naissance du Jazz
JC Benzekri,

Des Schtetls à Broadway


Comment Juifs et noirs, persécutés, ont lutté pour une universalité de l'Homme ... et comment, ensemble, ils y ont réussi

Ce film-documentaire musical , coproduit par la Chaîne de TV ARTE et Artline Films, retrace l'histoire de la migration des juifs de l’Europe de l’Est vers l'Amérique, du début du XXème siècle jusqu'avant la seconde Guerre mondiale, à travers la musique des Shtetls du Vieux Monde Yiddish, jusqu'aux comédies musicales de Broadway...de l'exode au succès, avec pour héros, Fanny Brice, Sophie Tucker, les Barry Sisters, Al Jolson, George Gershwin, Benny Goodman, Irving Berlin et tant d'autres...

En trois ans la réalisatrice a visionné et assemblé près de 3000 morceaux de films tournés de 1896 à 1945, dont certaines très rares et inédites : des extraits de spectacles et concerts filmés, de courts-métrages musicaux, de comédies musicales américaines et yiddishes, de spectacles comiques américains, de dessins animés...

Les 100 films tournés en yiddish entre 1910 et 1945, surtout en Amérique mais aussi en Russie et en Pologne, sont peu connus du grand public. Comédies musicales pour la plupart, ces films ont pour thèmes principaux l'immigration, le conflit générationnel dû à l'inévitable assimilation exigée par l'intégration.

La réalisatrice
Fabienne Rousso-Lenoir est journaliste, collaboratrice régulière au magazine "Elle" depuis 1983, cinéaste et écrivain, mais aussi juriste en droit international des droits de l'homme, elle travaille sur les rapports entre mémoire et histoire. Ses trois films, dont les deux premiers sont muets, ont en commun de faire une large part à l'élément sonore et musical qui y tient une place aussi importante que le traitement de l'image. "Zakhor", sa très émouvante "cantate en forme de film" a obtenu, entre autre distinctions, le « Gold Hugo Award » au Festival International du Film de Chicago en 1996.


Contexte historique et l’histoire de la naissance du Jazz par Jean-Claude Benzekri :
Déportés d’Afrique de l’Ouest depuis le 17ème siècle, les esclaves noirs ont connu un sort cruel : Familles dispersées, rites ancestraux et musiques interdits, sans identité, ils n’ont plus que le grain de leur voix et la couleur de leur peau pour se réinventer un peuple et retrouver enfin une âme.
Dès le 18ème siècle, les noirs se réunissent par centaine à l’occasion de la Pentecôte, car coupés de leurs racines et privés de leur Dieux, ils trouvent leur place dans les églises et adaptent sous forme de négro-spirituals, la tradition protestante des blancs. Issu de cette
musique, le Gospel-Song marque profondément l’ensemble de la musique populaire des deux derniers siècles.

Chantés par les noirs, les ballades folkloriques des blancs se teintent de « notes bleues », une couleur bleue pour peindre la douleur des noirs.

On fait remonter la terminologie du « Blues » en Angleterre au 16ème siècle où l’état dépressif était alors attribué à l’Empire du « Blue Devil » (Diable Bleu). On disait : a fit blue, un coup de cafard. Au début du 19ème siècle: I have the blues : Je suis déprimé ; en fait, ce que ressentent les populations noires, après la brève lueur d’espoir qui suivit l’abolition de l’esclavage à l’issue de la Guerre de Sécession … et les noirs s’abandonnent au « Blues » pour commenter l’actualité de leur vie.
Au sortir de l’esclavage, les noirs américains s’approprient la lutherie européenne : les instruments à corde des bals de campagne, les pianos des salons bourgeois, les instruments à vent et à percussion des fanfares. Sous l’influence de la tradition, européenne, les noirs inventent une grande école de piano : le « Ragtime ». Dans les rues de la Nouvelle Orléans, une folle musique prend naissance : le « Jazz ».

Entre 1880 et 1924, plus de 2 500 000 Juifs débarquent en Amérique, dont plus 1 600 000 entre 1901 et 1914. A mesure que l'Amérique va donner une nouvelle mutation de l'être juif, la musique et la chanson populaire juive-américaine, à travers les spectacles qu'elles vont engendrer, forgeront à son tour l'identité culturelle de l'Amérique moderne.

L'Amérique que les juifs découvrent en débarquant à Ellis Island n'est pas la Terre Promise, accueillante et égalitaire, dont ils ont tant rêvée. Légalement ouverte aux immigrants, l'Amérique leur reste socialement fermée. Mais pour les Juifs, aucun retour en arrière n'est possible. La seule voix est celle de l'intégration, et la leur passe par celle de tous.

Sur ce continent dont la dynamique va bouleverser leurs traditions et leur culture ancestrale, c'est la musique qui sera leur facteur d'unité ; sur cette planète inconnue dont ils ignorent le langage, elle qui sera leur plus sûr moyen de communication. Portés sur les ailes de leur désir, les enfants du ghetto iront bâtir de toutes pièces leur rêve américain, en façonner les formes d'expression autant que d'illusion.

Ce rêve de la terre promise, d'une communauté où tous existent à chances égales, les artistes juifs le projettent sans relâche sur les pages des partitions, sur les scènes de théâtre, et de Music Halls, sur les écrans de cinéma. A Tin Pan Alley, à Broadway, à Hollywood. Avec deux clefs universelles, l'émotion et l'humour, ils s'imposeront sur une Amérique anglo-saxonne, blanche, puritaine et protestante pour se mêler au grand melting pot.

A Chicago comme dans toute l’Amérique, de jeunes musiciens blancs se prennent de passion pour la musique venue de la Nouvelle Orléans et ce à partir des années 1920 où New York gagne le titre de Capitale du Jazz.

Et pour un musicien noir, jouer du Jazz était pour lui aussi une façon de « s’en sortir ».

Tout au long de l’histoire du Jazz, dans leur aspiration à s’imposer à la majorité anglo-saxonne protestante, les différentes vagues d’immigrations juives d’Europe centrale et italienne avaient pactisé avec la communauté noire contre l’immigration irlandaise, d’où nombre de jazzmen blancs d’origine juive.

Il ne faut pas non plus oublier que la prohibition de l’alcool entre 1919 et 1933 a suscité un gigantesque trafic frauduleux contrôlé par les mafias juives et siciliennes lesquelles ouvrent leurs cabarets aux musiciens noirs ; on y trouvait la un des rares sas de communication entre les deux races, la fréquentation des noirs étant interdite aux blancs.

Le nom de ces compositeurs et de ces musiciens juifs est universellement connu :
Irving Berlin, George Gershwin, Jerome Kern, Larry Hart, Benny Goodman, Al Jolson, les Marx Brothers, Sophie Tucker, Fanny Brice, Molly Picon, Eddie Cantor, Abraham Goldfaden, Abe Ellstein, Sholom Secunda, Betty Boop, Ben Pollack, Gene Krupa, Harold Arlen, Artie Shaw, les Barry Sisters, Glenn Miller, ...

A travers leurs compositions, leurs paroles, leurs rythmes, leurs styles, de la mélodie traditionnelle à la chanson populaire, du théâtre yiddish à la comédie musicale, du Klezmer au Ragtime, du Jazz symphonique au Swing, ce film raconte l'histoire merveilleuse de la métamorphose d'une mélodie.
Noirs et juifs, tous sortis d’un univers de souffrance, de racisme de haine sont unis au début du 20ème siècle afin de vaincre le racisme. Avec l appui au combat de Martin Luther King, qui était leur ami, la victoire de ce combat s’annonce avec l’élection en 2008 du premier Président noir, Barack Obama, démocrate, appuyé par la communauté juive. La politique a enfin rejoint la Musique !


Les Grands du Jazz
George Gershwin, de confession juive est né le 16 Septembre 1898 à Brooklyn ; il meurt le 11 Juillet 1937. Le musicien noir Paul Withman lui commande la « Rhapsodie in Blues », ce concerto de jazz un des plus classiques est créé le 12 février 1922. Puis il y a « Porgy and Bess », interprété par Louis Amstrong et Ella Fitzgerald, « Lady Bee Good » et bien d’autres.

Louis Amstrong, né le 4 Août 1889 et mort le 6 Juillet 1971, est né dans une famille pauvre de la Nouvelle Orléans. Il commence par jouer du cornet à piston, mais son instrument sera la trompette. On le surnomme « Satchmo » à cause de sa bouche en forme de saccoche. Il a acheté son premier instrument avec de l argent prêté par la famille Karnovdky, des juifs originaires de Moscou ; Bing Crosby influencé par Louis Amstrong créé le Jazz chanté.

Irvin Berlin, né le 11 mai 1888 et mort le 22 septembre 1989, se nommait Israël Baline, fils d’un Cantor d’une des très nombreuses synagogues de New York. C’est à Chinatown, au café Pelhmas qu il écrit en une seule portée la musique qu’il jouait avec un seul doigt et certains « spring song » accommodé à la sauce Ragtime la Chanson du Printemps de Mendelsshon. Il fut le plus prolifique auteur américain écrivant plus de 900 chansons et 17 comédies musicales : « Top Hat », « Easter Parage », « Putting in the Ritz », « That Yiddish Jazz », « Yddish Charleston », « Joseph, Joseph »…
Ella Fitzgerald ; née le 25 Mai 1018 à Newport (Virginie) et décédée à Los Angeles le 15 Juin 1986 a été très jeune, chanteuse avec les « Boswell Sisters »Elle fréquente Harlem, les clubs, les dancings. A 17 ans, elle s’inscrit au Harlem Opéra House qui organise un concours qu’elle remporte. Remarquée par la CBS, elle signe son premier contrat. Son chef d’orchestre Chick Webb devient son tuteur légal.
Al Jolson né le 26 Mars 1884 en Russie à Siredzivi est mort le 23 Octobre 1950 à San Francisco. De son vrai nom Asa Yoelson, son père Mosché est Hazan de synagogue. Il lui inculque les règles du chant afin qu’il devienne Rabbin. A Washington, il fuit la maison familiale et chante : « Mammy », « Casino de Paris », et joue dans le premier film parlant « Le Chanteur de Jazz ».


Benny Goodman, né en 1909 à Chicago décède en 1986. Avec sa clarinette magique, il quitte l’école à 14 ans pour devenir musicien. En 1929, il s’installe à New York et est engagé au Music de Billy Rose en 1934. Le 21 Août 1934, à Los Angeles il participe à la création du « Swing ». En introduisant des musiciens noirs dans son orchestre, il brise un tabou. Dans une Amérique ségrégationniste. Benny Goodman a été le premier musicien de Jazz à se produire au Carnegy Hall à New York en 1938, on le nomme : « King of Swing » alors qu’il est le plus grand vendeur de disques. Sans Benny Goodman, le Swing n’aurait probablement jamais vu le jour.

Duke Ellington né le 29 Avril 1899 à Washington DC et mort le 24 Mai 1974 à New York. De par son apparence aristocratique et de son style de vie bourgeois que ses amis l’ont surnommé le « Duke » . A 7 ans il prend des cours de piano, à 16 ans, il compose un ragtime « Soda Fountain Rag ». En 1923, il créé son premier orchestre et fait son premier enregistrement à 24 ans. Il est à la fois Chef d’orchestre et soliste. En 1927, il se produit au « Cotton Club ». Il manie avec génie l’esprit du Blues et il s’avère comme étant un maître du Swing. Son orchestre a été mondialement connu, il semble éternel puisqu’après son fils Mercer, son chef est aujourd’hui Barry Lee Hall Jr. Grâce à sa musique les barrières du racisme ont été repoussées.

On retrouve parmi ses principaux partenaires Sidney Bechet, C Mingus, Al Jolson, Jimmy Dorsey, Benny Goodman, Glenn Miller, Lionel Hampton, Colman Hawkins, Count Basie, Sarah Vaughan, Mills Davis, Django Reinhart et bien d’autres.

Jean-Claude Benzekri




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