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mardi 19 septembre 2017

Saga des Juifs de Tunisie

Grands voyageurs les juifs ont accompagné les Phéniciens dans tous leurs périples et sont stés plusieurs millénaires en Ifrikya en Tunisie ...
Les juifs en Afrique ou Ifrikya
Origine des Juifs de Tunisie
Carthage fut fondée par la Reine Didon vers 813 avant JC, elle fut détruite par les Romains en -146. L'influence de Carthage fut fondamentale, car par le biais de ses colonies, elle va semer la culture des peuples sémitiques du Proche Orient, unis, avec les phéniciens et les juifs. Pendant sept siècles, Carthage va régner sur l'Afrique du Nord, et ouvre des comptoirs en Espagne et sur les côtes occidentales de l'Afrique.

Les juifs sont présents, la langue utilisée, le punique, est bien sûr proche de l'hébreu.

C'est à DJERBA, après la destruction du premier Temple par Nabuchodonosor en 586, que quelques milliers juifs trouvèrent refuge, ils avaient suivi le prophète Jérémie qui lui allait se diriger vers Eléphantine en Haute Egypte, ces juifs ont traversé la Cyrénaique et la Tripolitaine, La majorité d'entre eux serait composée de Cohen (Cohanim) qui auraient même apporté avec eux des pierres du Temple édifié par Salomon, les autres juifs surtout l'élite et les Hauts Fonctionnaires ayant été massivement déportés à Babylone.

On pense que la Synagogue dite de la Ghriba date de cette époque. Cependant, ces juifs auraient rejoint d'autres familles qui avaient suivi les Phéniciens et avaient contribué à l'édification de Carthage pour fonder leur première diaspora.

Il existe 11 synagogues dans l'île, de Djerba et on dénombre en 1999 une population de plus de mille juifs vivant dans deux quartiers que l'on appelle "Hara Kebira" et "Hara Sghira" avec leurs maisons décorées avec des mains, des dessins d'yeux, des poissons et des étoiles de David.

Les juifs organisent tous les ans lors de Lag Bahomer une Hilloula , les femmes viennent particulièrement prier pour leur fertilité et celle de leur descendants. De nos jours, la communauté juive de Djerba semble vivre en parfaite harmonie avec ses concitoyens arabes, malgré un climat pesant depuis septembre 2 000.


Au premier, puis au second siècle, après la destruction du second Temple, d'autres juifs viennent rejoindre leurs frères. En effet, plusieurs centaines de milliers de juifs sont massacrés ou déportés par les romains (Titus et Trajan au 1er siècle puis Hadrien au 2ème siècle) dans toute la Méditerranée. A Gamarth, près de Tunis, on a découvert une nécropole juive datant de cette époque. On est à peu près certain de l'époque, les juifs vivants après le second Temple parlaient l'araméen.

Ils sont nombreux, arrivent même par le sud, venant du Yémen, passant par le Soudan, et le Sahara, si nombreux qu'ils font du prosélytisme, et convertissent des tribus Berbères; à l'époque on trouve des juifs dans le Sahara, dans le Hoggar, au Mali à Tombouctou, et au Niger, ces derniers venaient de l'Empire juif du Touat situé plus au nord, (d'où sont issus les noms de Touitou, Touati,).

Le Talmud raconte qu'au II ème siècle, Rabbi Akiba fit un séjour dans cette province appelée alors "Césarienne", il venait de Judée, pour consolider l'instruction et la culture juive, et contrer celle imposée par les Romains.

Les juifs sont nombreux lorsque s'écroule l'Empire romain, ils voient passer de nombreux conquérants : Les Vandales tolérants (vers 430), les Grecs de Byzance qui imposent la conversion et les répriment durement, ils assistent aux débuts officiels du catholicisme (St Augustin, d'origine Berbère vit à Hippone, l'actuelle Anaba).

Une impératrice juive, la Kahéna, fait face à l'invasion des Arabes en 693, son Empire chevauche la Tunisie (Gabes) et l'ouest de l'Algérie (jusque dans les Aurès). Elle meurt au combat à la tête de sa cavalerie après avoir fait subir de très lourdes pertes aux conquérants arabes, et les berbères sont dès lors obligés de se convertir massivement, sous peine de mort, à l'Islam. Ils gardent encore à ce jour des coutumes de cette époque et demeurent rebelles à la culture et à la langue arabe.

D'autres juifs viennent alors enrichir les "autochtones" ils suivent les troupes arabes et viennent de Perse et d'Irak (Bagdad est la ville-phare de cette époque), plus instruits, ces juifs contribuent à la construction de Kairouan, et à son resplendissement. Kairouan devient la nouvelle capitale de l'Ifrikya Ces juifs apportent avec eux le Talmud et les commentaires rabbiniques jusque là inconnus dans cette contrée.

Sous une lourde domination musulmane, fortement imposés, souvent humiliés, ou battus, appelés "Dhimmis", ils sont considérés comme citoyens de seconde zone, néanmoins « protégés » par les gouvernants, et plus tard par le Bey, sous la domination Ottomane, lequel nommait un Caid parmi ses sujets juifs, on peut citer les COHEN-TANOUDJI et les SCEMAMA. Jamais persécutés, les juifs qui se comptent par dizaine de milliers, peuplent de nombreuses villes : Bizerte, Tunis, Hamam Lif (cité de Naro, où on a trouvé les restes d'une synagogue en 1883), Gabès, Tozeur, Hadrumète, Gafsa, Sfax, Sousse, des communautés nomades vivent sous la tente dans le sud tunisien, d'autres dans des maisons troglodytes à Tataouine et à Matmata, mais ceux de Djerba gardent jalousement le secret de leur identité.

En Tunisie, on assiste à une ghettoisation des communautés, avec un regroupement des juifs dans les "haras", c'était pour des raisons de sécurité, mais aussi pour des raisons sociologiques et religieuses.

A Kairouan, Jacob ben Nissim ben Josias, fonda une Yéshiva réputée, au IX éme siècle, à la fin du X éme siècle, un esclave Huchiel ben Elhanan devint l'autorité spirituelle du judaisme en Afrique du Nord, deux grandes autres sommités s'illustrèrent dans cette ville : Issac ben Amram Hamoussalem et Isaac Israëli, médecins réputés. Au XI ème siècle, Kairouan fut décrétée ville sainte de l'Islam, et fut interdite aux juifs. Ces derniers quittent la ville; ils n'y sont jamais retournés.

Les siècles passent, l'Espagne est devenue musulmane depuis 711. Dans la péninsule ibérique, les trois religions cohabitent, la civilisation resplendit et éblouit le monde par l'éclat des découvertes scientifiques et philosophiques. Mais après la "Reconquista" (1492) voulue et orchestrée par Isabelle la Catholique, fuyant l'inquisition, les juifs s'éparpillent dans le bassin méditerranéen, certains gardent la langue judéo espagnole, le Ladino, on les retrouve à Alexandrie, à Smyrne, à Salonique. D'autres se rendent au Maroc surtout à Fès puis à Meknès, quelques rares familles se réfugient en Tunisie.

La Communauté Juive Portugaise en Tunisie.

D'autres familles avaient choisi de quitter l'Espagne pour le Portugal plus proche, car en Espagne, beaucoup ont adopté la religion imposée pour ne pas perdre la vie, on les a appelé les Marranes ou Conversos, ils pratiquaient néanmoins en cachette les rites juifs et respectaient les grandes fêtes et le Chabbat.

Le Portugal est alors un pays dans lequel l'inquisition n'était pas encore opérationnelle. Les Juifs commercèrent avec l'Angleterre, la Hollande et la France. Ils durent précipitamment quitter au XVI éme siècle le Portugal. Un grand nombre s'est installé à Amsterdam, ou à Londres d'où ils partirent fonder des colonies dans le nouveau monde, d'autres, après avoir cherché asile en Europe, trouvèrent refuge en Italie, plus précisément en Toscane

C'est donc un siècle après l'expulsion, en 1592 que Ferdinand 1er de Médicis, protecteur de Galilée les invite. Ils peuvent en toute liberté pratiquer leur religion, s'installer dans des villes en pleine mutation intellectuelle et architecturale comme Florence, Sienne, Pise, célèbre par sa Tour penchée et Livourne, grand port de commerce de l'époque. C'est l'époque de la Renaissance.

La décision des Médicis n'était d'ailleurs pas innocente, car les juifs avaient non seulement le sens du commerce, mais gardaient des liens étroits d'amitié avec leurs coreligionnaires de l'empire Ottoman. Ils devenaient le trait d'union entre l'Orient et l'Occident.

De Toscane, dès le XVIII éme siècle, des familles partirent s'installer à Tunis, et firent de Livourne et des princes de Toscane les interlocuteurs privilégiés des Ottomans et des Arabes : Rachat des esclaves faits prisonniers par les pirates, commerce de matières premières, d'épices et de produits artisanaux, ils participèrent à la création des premières industries, ces juifs parlaient l'italien, et ne se mariaient qu'entre eux.

On les appela les "GRANA" ou Livournais. Habillés à l'européenne, portant perruque, se poudrant, ils avaient leurs propres rites, leurs propres synagogues, leurs officiants et rabbins, leurs cacheroutes, leurs cimetières, et se considéraient comme le fleuron de la bourgeoisie venue d'Europe. Ils fondèrent le "Souk el Grana" qui fut le centre commercial de la veille ville.

L'arrivée de cette nouvelle communauté provoqua la création d'un schisme qui divisa les juifs de Tunisie pendant presque deux siècles. Le premier accord a été ratifié par le très célèbre "Baba Sidi", Rav Abraham Taieb en 1741, il concrétisa malheureusement la séparation des deux communautés Ils n'avaient pas ou peu de relations avec les juifs autochtones (TOUANSA) tunisiens qui eux parlaient le judéo-arabe se vêtaient à l'orientale.

Les relations entre les deux communautés étaient tendues. Les "Grana" soutinrent l'Italie tout au long du XIX éme siècle dans sa lutte pour la colonisation de la Tunisie, contre la France. Les Beys de Tunis ne cédèrent pas à la pression. Ce n'est qu'à la fin du XIXème siècle, après le décès du Grand Rabbin des Grana : Tapia, et sous la pression des autorités françaises qui installèrent un « Protectorat », que la fusion fut acceptée.

Cet état de fait n'a été véritablement aboli que lorsque les autorités, au lendemain de la première guerre mondiale prirent la décision de raser le mur du cimetière de Tunis, qui séparait, même dans la mort les deux communautés.

Quelques noms de Grana : Boccara, Calvo, Cardoso, Castro, Cassutto, Cohen de Lara, De Paz, Franco, Gabison, Garsin, Luisada, Lumbroso, Medina, Mendoza, Moreno, Malka, Nunez, Pariente, Scialom, Sasportas, Senior, Silvera, Soria, Valensi, etc…

Les De Paz construisirent une industrie basée sur les sucreries, les bonbons et surtout se rendirent célèbre en commercialisant le "Halva le Lion".

La période de 1940 à 1944 fut tragique pour la communauté, mais seuls les juifs de Sfax portèrent l'étoile jaune, car malgré les ordres du gouvernement français de Vichy, le Résident Général de France n'appliqua pas à la lettre les décrets, mais un numerus closus fut imposé dans les écoles, et sous la pression des troupes d'occupation allemandes et italiennes, le travail obligatoire mobilisa tous les jeunes juifs dans les camps du Borgel et de Bizerte, quant au Bey, il protégea les juifs.

La libération par les troupes alliées finit par arriver, à la tête des troupes libératrices le Général Montgomery. De nombreux juifs s'engagent et participent au débarquement de l'île d'Elbe à la libération de l'Italie et pourchassent les Allemands en Rhénanie, leur casernement fut établi à Baden.

Conclusion

Aujourd'hui, on ne parle plus de "GRANA" ou de "TOUANSA". Une première vague d'émigration a eu lieu en 1948 vers Israël. Les autres juifs tunisiens choisirent la France, après l'avènement de l'indépendance en 1956, bien qu'un nombre important de juifs ait participé aux instances dirigeantes du Néo-Destour, parti unique dirigé par Habib Bourguiba, M. Barouch, important commerçant siège dans le premier gouvernement tunisien, une troisième vague d'exil s'effectue avec les événements de Bizerte en 1960, et la dernière avec la guerre des 6 jours, ou des masses incontrôlées arabes mirent le feu à la Grande Synagogue de Tunis (1967). Nous pouvons penser que depuis l'attentat terroriste de Djerba en Avril 2002, a apporté un coup sévère au tourisme, principale industrie de la Tunisie

Les livres d'histoire distribués dans les lycées et collèges tunisiens ne mentionnent pas cette présence depuis près de 3000 ans dans ce pays. C'est un défi que nous nous devons de relever : le défi de Mémoire.*

La petite communauté juive de Tunisie compte en l'an 2005, 1 500 juifs de nationalité tunisienne est plus ou moins bien intégrés, bien que protégés par le Président Ben Ali. Plusieurs milliers de juifs d'origine tunisienne retournent tous les ans en Tunisie, principalement pendant la période estivale. De nombreux hôtels avec un service cacher les y accueillaient.

Le pèlerinage de la Ghriba à Djerba réunit tous les printemps plus de 5 000 juifs venus de France, d'Israël, et du Canada, et après un arrêt de quatre années du au déclanchement de la seconde intifada par les palestiniens, ce pèlerinage a repris avec
Vigueur en 2005, les journalistes Alexandre Adler et Yvan Levai étaient invités par le Ministre du tourisme, M. Tijani Haddad.

En Avril 2002, de graves attentats se sont produits en Tunisie à l'encontre de la toute petite communauté juive. Le premier à Djerba, ou un membre tunisien d'Al Kaida a fait sauter un camion rempli de bombonnes de gaz devant la Ghriba, tuant 18 touristes allemands et deux français, le second attentat est la saccage de la synagogue de la Marsa et le troisième, l'incendie de la synagogue de Sfax, sur ce dernier, on ne possède pas de témoignage averti. D'autres incidents antisémites ont eu lieu, notamment des dégradations et des profanations dans les cimetières juifs mais aucun renseignement officiel n'en rend compte.

Le Président de la République, M. Ben ALI aurait promis de constituer une commission d'enquête internationale.

A Paris, les juifs tunisiens qui ont habité tout d'abord Belleville, le Faubourg Montmartre se retrouvent dans l'ouest parisien : le XVIème et le XVIIème arrondissements, Neuilly et Boulogne. Ils sont nombreux dans les professions libérales, dans le domaine de la politique, des arts et du spectacle, d'autres se ont ouverts de nombreux commerces dans le quartier sensible de la mode, dans le "Sentier". Ils ont créé les grandes marques du prêt à porter de cette fin de siècle

Des associations de commerçants et d'industriels juifs se sont créées pour pousser les investissements français et européens en Tunisie.

La Tunisie dont le taux d'alphabétisation est de 100%, du moins pour la nouvelle génération, se doit d'investir dans les Hautes Technologies, et souhaite recevoir l'appui d'Israël. L'avenir du secteur textile semblerait se ternir, et se diriger vers la Chine.


Le 14 Janvier 2011,  C est la révolution dite du printemps arabe ...Ben Ali est renvoyé...  Bien que berbères la Constitution reste arabe et est basée sur une charia plus modérée. Le parti islamiste Ennharda intégriste reçoit la majorité des voix ... Vu le tollé mondial et l arrêt des aides financières internationales,  ce parti se retire ... mais reste dans l'ombre du côté obscur de la Force : les juifs eux quittent à nouveau  le pays ... 


Nous voila en 2017 et rien ne change avec un président effacé de plus de 80 ans ...  et des attentats fréquents qui font fuir les touristes.







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