Qu'est-ce que le KADDISH ?
BCH
Qu 'est-ce que le Kaddish ?
Longtemps, j'ai cru que cette prière dans le rite juif, était réservée aux morts. Je me suis
trompé et j'ai découvert le véritable sens de ce texte si beau et si profond qui est un véritable
hymne à la vie et au un monde futur.
Pourtant, le Kaddish est le récit obsédant d'une année de deuil dans le cérémonial juif,
comprenant contraintes et devoirs. Une année à réciter cette prière trois fois par jour, afin de
soulager l'âme du défunt, mais également de celui qui reste « Magnifier et sanctifier... »
Un livre, beau, sur l'emprise des morts sur les vivants, mais aussi de la vie sur le deuil et la
souffrance.
Un livre sur l'espérance, sur la réflexion et les questions restées en suspens qui le resteront à
tout jamais. A moins que l'on trouve le réconfort intérieur qui nous amènera au Machiah, le
Messie, à la libération de toutes les âmes de ce monde, ou de l'au-delà.
Cette bénédiction rituelle exaltant la sainteté du jour était, à l'origine, la conclusion d'un
sermon. Après les événements tragiques de la première croisade, les juifs d'Europe centrale,
puis ceux d'Europe de l'Est, introduisirent un service commémoratif à l'occasion du Yom
Kippour et d'autres fêtes.
Dès lors, ils célébrèrent aussi l'anniversaire de la mort des parents.
Le Kaddish (pluriel, qaddichim) est une prière juive écrite en araméen (non pas en
hébreu afin qu’elle arrive directement à D. sans l’interception des Anges !) ) et
considérée comme l'une des plus élevées et les plus importantes du judaïsme. Il y a
quelques petites différences dans le nombre de mots suivant les communautés, mais l'essentiel
est identique.
Elle se dit seulement avec un minimum de 10 adultes, c'est-à-dire ayant plus de 13 ans
(minyane) dans le même endroit et jamais en solitaire, et uniquement dans quelques situations
avec des variantes:
- entre les sections principales des offices,
- pour le repos de l'âme d'un défunt et pour son élévation,
- après une étude de Torah réalisée en groupe.
Etant donné que le Kaddish revient souvent et qu'elle est dans une langue peu pratiquée par
l'ensemble, il faut veiller à ne pas le vivre en routine mais il faut le dire avec intention
(cavana), en en comprenant les mots et le sens de cette prière particulière, et son rôle très
important, et en respectant les règles précises. C'est ce que nous allons voir ensemble.
Puisque le Kaddish est rédigé en araméen, reportez-vous d'abord ici pour comprendre le rôle
de l'araméen dans la vie juive et dans l'étude et dans la prière. Il est différent de l'hébreu et se
conjugue avec lui, ce n'est pas seulement une bizarrerie historique ni un reste. Il a une
fonction dynamique précise
Nous ne comprendrons rien à cette prière si nous ne faisons pas l'effort préalable de
comprendre cette fonction. Cela étant fait, continuons.
Les différents Kaddichim
Ils ont tous une zone centrale identique, avec quelques variantes:
1. Le demi-kaddish ('hetsi qaddiche ou qaddiche lé êla), ou version courte qui est la base
des différentes sortes de qaddichim; il se dit en trois occasions:
- par le meneur collectif de la prière ('hazane ou chalia'h tsibbour) dans l'office du matin
(cha'harite), 1) avant la dernière et plus importante partie du Chéma Yisraél (après
Yichtaba'h), 2) après la supplication dite ta'hanoune qui se place avant la lecture de la Torah.
- également, par le dernier qui monte lire la Torah, avant qu'on ne dise le psaume Achré et que
l'on rentre le rouleau de la Torah dans l'armoire (arone ha qodéche). Certaines communautés
le rajoutent une fois à la fin de l'office après la dernière prière de Alénou lé chabéa'h.
Le début du kaddish dit :
Yitgadal véyitqaddache chémé rabba. (Amen)
"Qu'Il soit magnifié et sanctifié le grand Nom (Amen)
béâlma di-véra khirouté véyamlikh malkhouté
dans le monde qu'Il a créé selon Sa volonté, que règne son royaume,
véyatsma'h pourqané viqrev méchi'hé. (Amen)
et que germe Son salut et qu'Il fasse approche l'arrivée de Son Machia'h (Amen)
bé'hayékhone ouyomékhone ouv'hayé dékhol-béit Yisraël bâpaghala
de votre vivant et dans vos jours, et du vivant de toute la maison d'Israël, très bientôt
ouvizmane qariv véimrou Amen. (Amen)
et dans un temps proche. Et dites Amen (Amen).
(toute la séquence de cette image se dit en une seule respiration)
Yéhé chémé rabba mevarakh, léâlam léâlmé âlmaya
Que Son grand Nom soit béni, à tout jamais,
yitbarakh, véyichtaba'h, véyitpaar, véyitromam, véyitnassé, véyithaddar, véyitâllé, véyithallal,
chémé déqoudcha bérikh hou. (Amen)
qu'Il soit béni, loué, embelli, magnifié, élevé, grandi... louangé le Nom du Saint béni soit-Il.
(Amen)
léêla mine kol birkhata, chirata, tichbé'hata, véné'hémata
au-dessus de toutes bénédictions, cantiques, louanges et consolations,
daamirane béâlma véimérou amen. (Amen)
que l'on dit dans le monde. Et dites Amen. (Amen)
2. Le Kaddish plus long de l'officiant Kqaddish Titqabbal), se dit bien après la lecture de la
Torah, après la prière très sainte nommée qédoucha dé sidra et qui commence par Ouva lé
Tsione. Dans ce kaddish-ci, le 'hazane ou officiant ajoute ce passage Titqabbal
titqabbal tsélotéhone ouvaoutéhone dékhol beit Yisrael qadam avouhone
"qu'elles soient acceptées les prières et les demandes de toute la maison d'Israël devant leur
Père
dévichémaya véarâ véimérou Amen. (Amen)
des Cieux et sur la terre et dites: amen".
3. Le kaddish le plus long (kaddish dé rabbanane), se dit dans l'office du matin après la
première partie qui rappelle les sacrifices, avant les cantiques dits péssouqé dézimra. On le
laisse dire aux endeuillés, s'il y en a, et ils doivent absolument veiller à le dire d'une seule
voix. Et il est dit aussi à la fin de l'office du matin (cha'harite) avant la dernière prière Âlénou
léchabéa'h (nous devons louer).On le laisse dire aux endeuillés s'il y en a. On le dit aussi
après une étude de la Torah ché bé âl pé (la Torah orale, voir ce lien), comme la michna ou le
talmud, quand il y a au moins dix adultes (minyane).
Ce kaddish doub le presque la longueur du demi-kaddish par une partie qui ajoute :
Âl Yisrael vé âl rabbanane vé âl talmidéhone vé âl kol talmidé
"Sur Israël, sur les rabbins et sur leurs étudiants, et sur tous les étudiants
talmidéhone, déyatévine véâsséqine béorayéta qadichta, dit
de leurs étudiants qui s'assoient et sont occupés à étudier la sainte Torah, que
véatra hadén védi vékhol atar véatar, yéhé lana ouléhone
ce soit en cet endroit ou que ce soit en tout autre endroit, que sur nous et sur eux
oulékhone chélama 'hinna, vé'hisda, vé'hayé arikhé, oumézoné
et sur vous soit la paix, la grâce et la bonté, et une longue vie, une nourriture
révi'hé, véra'hamé, mine qadam élaha maré chémaya véarâ
abondante, et la miséricorde, venant de D.ieu le Maître du Ciel et de la terre.
véimrou Amen.
Et dites : amen".
Et il ajoute alors une partie nommée Yéhé chélama rabba, qui sera aussi typique d'un autre
qaddiche qqque nous allons présenter immédiatement, et qui comprendra seulement la
première partie ('hetsi kaddish) et cette partie Yéhé chélama rabba.
4. Le kaddish intermédiaire (kaddish Yéhé chélama rabba), se dit à Cha'harite vers la fin de
la prière après le psaume du jour et avant qavé (espère), et aussi quand on a fait une étude de
la Torah ou des psaumes en groupe d'au moins dix adultes. Il comprend la première partie
('hétsikqaddish) et ce texte-ci:
Yéhé chélama rabba mine chémaya, 'hayim véssavâ, vichouâ
"Qu'une paix grande nous soit accordée depuis le Ciel, la vie et l'abondance, et le salut
véné'hama, véchézava, ouréfoua, oughéoula, ousséli'ha, vékhapara,
et la consolation, et la délivrance, et la guérison, et la libération, et le pardon, et l'expiation,
véréva'h, véhatsala, lanou oulékhol âmo Yisrael véimérou Amen. (Amen)
et l'abondance, et le salut, à nous et à tout le peuple d'Israël, et dites Amen. (Amen)
5. Sauf le demi -kaddish, tous les autres se terminent par la formule :
Ôssé chalom bimromav, Hou véra'hamav yaâssé chalom
"Celui qui fait la paix dans les régions d'En-haut, Lui dans sa miséricorde, fera la paix
âlénou véâl kol âmo Yisrael véimérou Amen. (Amen)
sur nous et sur tout le peuple d'Israël, et dites Amen. (Amen)."
Le kaddish et les endeuillés
Résumons cette question à partir de ce que nous venons de dire: dans les trois offices de la
journée, en public quand il y a au moins dix adultes, les endeuillés directs disent le grand
kaddish de rabbane (âl Yisraël) avant la dernière prière de Âlénou lé chabéa'h; on appele ce
qaddiche "kaddish yatom" (kaddish de l'orphelin).
L'orphelin le dit pendant 12 mois après le décès (moins une semaine, dans des communautés) et le jour de l'anniversaire du décès ou yartseit. Si on l'a oublié, on peut le faire à une autre date. Quand le défunt n'a pas d'enfant capable de le dire, quelqu'un d'autre peut en être chargé ou le faire volontairement.
Coutume supplémentaire: les endeuillés disent aussi le kaddish de rabbane (âl Yisraël) avant
Hodou, comme et le kaddish Yéhé chéléma rabba avant la fin de la prière, avant qavé
(espère).
Les coutumes sont très légèrement différentes entre les communautés (se déplacer pour le dire
ensemble ou chacun depuis sa place, par exemple; et accents différents).
Les précisions de la halakha pratique
Selon le 'Hida
- il faut s'empresser d'aller entendre un Kaddish et y répondre quand on est à proximité.
- il faut toujours avoir dit des mots de Torah et des psaumes et de la Torah orale avant que l'on
ne dise le kaddish. Ils sont dans la prière des trois offices. On en reste aux occasions fixées
par les Sages et on ne multiplie pas les kaddichim.
- il faut conna ître et comprendre le texte du kaddish, même d'après une traduction.
(Aujourd'hui, tout le monde est capable de lire et d'étudier et donc de comprendre ce que l'on
dit).
- il faut en suivre attentivement le sens pour dire "amen" (accord, que cette volonté se réalise)
en sachant à quoi correspond cet accord que l'on signe.
- ne pas dire "amen" avant que le 'hazane n'ait terminé de dire sa phrase, le dire alors avec
affirmation et force intérieure et extérieure mais en gardant la mesure du ton qui ne doit
jamais être plus haut que celui du 'hazane, garder un ton beinoni, moyen. De même, on ne
prononce pas le kaddish et on ne le fredonne pas pendant que le 'hazane le dit, seul. Et on ne
récite pas d'autres versets pendant que le 'hazane dit ses mots car on doit être entièrement
présent à ce qu'il dit afin de le sanctionner par un amen.
- si on a commencé le kaddish et que l'un des membres du minyane a dû sortir, on continue le
kaddish. Un autre Juif peut relayer le manquant.
- quand on dit Yéhé chémé rabba, il faut continuer à dire tout haut d'une seule respiration
jusque ddéamirane bé alma (nous expliquerons ultérieurement pourquoi dans le chapitre qui
développera le sens du kaddish).
- on ne passe jamais devant quelqu'un qui dit le kaddish.
- si on est dans la Kéddoucha de la prière dite âmida, et que l'on entend un kaddish, on ne
s'interrompera pas pour y répondre.
- il n'y a pas d'obligation à dire le kaddish debout ou assis, et on suivra la coutume de la
communauté (les différences reposent sur des interprétations différentes sur le Talmud de
Jérusalem que nous ne pouvons pas expliquer ici), mais quand le kaddish est commencé on
reste debout si on l'a commencé debout, ou on reste assis si on l'a commencé assis.
Voyons quelques précisions supplémentaires données par le Rav Mordékhaï Eliahou
- s'il y a seulement six personnes qui répondent et que d'autres personnes sont autour dans le
même lieu, occupées, on peut dire le kaddish
- on penche la tête dans tout endroit du texte quand on y répond amen et sur le premier mot
"itgadal".
- il y a trois sen
s au mot "amen": j'en confirme la vérité, que ce soit la volonté, ou les deux
sens en même temps, et cela varie suivant les bénédictions.
- bien attendre que le 'hazane ait terminé de dire "vé imérou amén" avant de dire soi-même
"amen".
- dans "amen yéhé chémé rabba", il faut veiller à faire une petite pause entre amen et yéhé
chémé rabba.
- on fait trois petits pas en reculant à la fin du kaddish seulement pour le kaddish e titqabbal.
Car, en ce kaddish qui se dit après la répétion ('hazara) de la prière des 18 bénédictions âmida
ou chémona êsseré), ces trois pas correspondent au recul que l'on fait normalement en fin de
prière à ôssé chalom. Il n'y a donc aucune raison de le faire dans les autres kaddichim.
- quelqu'un qui n'essaie pas de vivre selon les mitsvotes de façon coutumière, on l'accepte
également dans le minyane si son intention est sincère dans l'acte qu'il fait présentement qui
est comme un retour (téchouva). Si c'est quelqu'un qui ne vit pas le chabbate, il peut dire le
qaddiche mais il ne complète pas le minyane et, alors, le 'hazane doit dire tout le qaddiche
pour compléter. Et si cela se reproduit, le 'hazane le dit systématiquement pour ne pas attirer
l'attention sur la personne.
- Un onéne (endeuillé d'un des 7 plus proches: parents, époux, frères et soeurs, enfant, dont le
défunt n'est pas encore enterré), ne peut pas être compté dans le minyane. On ne compte pas
non plus une personne qui dormirait, ou quelqu'un qui serait ivre sous état de boisson.
Observation :
- le kaddish ne contient aucune allusion au deuil, à la mort, à la vie future, à
l'immortalité ; il n'est en aucune façon une prière pour les morts
-
KADDISH: Musique Acte de foi ultime sur la tombe d'un défunt, il faut ... a inspiré de
nombreux musiciens: Max Bruch, Arnold Schoenberg, Ernst Bloch, Maurice Ravel Leonard
Bernstein, Chostakovich, ....
KADDISH : Littérature Joël Jouanneau adapte «Kaddish pour l'enfant qui ne naîtra pas»,
du prix Nobel Hongrois de litterature Imre Kertész: 2004) un immense monologue marqué
par la Shoah .« Dans le judaïsme, le kaddish est la prière des morts. L'auteur adresse cette
prière à un enfant, enfant qu'il n'a jamais eu, qu'il n'a jamais voulu avoir. Le texte est un
monologue intérieur, récit d'une vie gâchée, une vie de souffrance dont les origines remontent
à l'atrocité rencontrée dans les camps de la mort. »
KADDISH pour rendre claire la source des regards par Angela Fortuna
On célèbre les 60 ans de la libération du camp d’Auschwitz. Je pleure avec des mots qui
pleurent. Je ne peux pas oublier, je ne peux pas l’oublier...
Kaddish pour rendre claire la source des regards
et ceux-ci, dans les vagues glacées des utopies
ce sont tes yeux projetant des lapis lazulis
féeries nées d’une malédiction, comme des enfants
conçus par la mariée lors de sa nuit de noces
un maître me parle
de garnir mes veines de bagues de fiançailles
dans le développement de l’instinct
avec ces yeux de cendre
les chats blancs se passent les diamants
d’un arc-en-ciel à l’autre
tandis que tu partiras
et que tu te blottiras des genoux à la gorge
dans la poche marsupiale d’une pierre tombale
le professeur me parle
de réduire au même dénominateur
les bruits qui additionnent les interrogations de l’être
dans un souffle de vent
les résédas emplis du lait des mamelles
ouvriront pour toi la fleur
sous la terre de laquelle tintent les boucle s d’oreilles
tu te trouveras dans le temps assorti
un éclair de lumière dans un éclair de nuit
il me parle timidement
celui qui détient la calculatrice
de la vie dépourvue d’obstination
(Traduction : Nicole Pottier)
Sources : Aldin Steinsaltz, Modia, Munk, Choulhan Aroukh, ...

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