Mémoire · 11-Septembre · 25 ans
11-Septembre, 25 ans après : un drame qu'on ne doit pas laisser effacer
Vingt-cinq ans jour pour jour après les attentats qui ont tué près de trois mille personnes à New York, au Pentagone et dans le ciel de Pennsylvanie, on aurait pu croire ce quart de siècle suffisant pour que la date échappe enfin aux calculs politiques. C'est l'inverse qui se produit.
Quand la mémoire devient un enjeu de calendrier politique
À New York, cette année, la cérémonie de Ground Zero se tient sous tension : le maire Zohran Mamdani, élu en novembre 2025, fait face à une pétition rassemblant plus de 98 000 signatures de familles endeuillées lui demandant de ne pas y paraître, en raison de prises de position jugées incompatibles avec l'esprit du lieu. Il a choisi de s'y rendre malgré tout, et a signé le 4 septembre un arrêté instituant le 11-Septembre « Journée du souvenir et du service » à l'échelle de la ville — un geste qui n'a pas éteint la polémique.
Au même moment, le président des États-Unis a renoncé à se rendre à Manhattan pour ce vingt-cinquième anniversaire, préférant le Pentagone, où il lui était permis de prendre la parole les organisateurs de la cérémonie de Ground Zero maintiennent depuis des années une commémoration volontairement sans discours politique.
Que l'on juge ce choix légitime ou regrettable, le simple fait qu'il faille l'expliquer, le justifier, le commenter, dit quelque chose : même au sommet de l'État qui a été frappé, la commémoration du 11-Septembre n'est plus un moment d'unité automatique.
Elle est devenue un terrain, disputé, recomposé, parfois déserté. C'est cela, très concrètement, qu'on peut appeler un effacement au plus haut niveau non pas un déni des faits, mais une dilution progressive de leur centralité, absorbée par d'autres agendas.
Ce que ce jour-là a réellement été
Il faut donc, chaque année davantage, revenir aux faits nus. Le 11 septembre 2001, dix-neuf terroristes d'Al-Qaïda détournent quatre avions de ligne. Deux frappent les tours du World Trade Center, qui s'effondrent en moins de deux heures sous les yeux du monde entier, retransmis en direct.
Un troisième frappe le Pentagone. Le quatrième, le vol 93, s'écrase en Pennsylvanie après que des passagers reprennent le contrôle de la cabine.
Près de trois mille morts, parmi lesquels 343 pompiers de New York, morts en montant dans des tours que tout le monde fuyait.
Le texte de Sarah Cattan : se souvenir sans s'installer dans le deuil
C'est cette tension entre la nécessité de nommer et le risque de s'enfermer dans la commémoration que Sarah Cattan a su formuler avec une justesse rare, dans un texte publié pour ce 25e anniversaire sur HaBayta, que je reproduis ici en partie tant il me semble dire l'essentiel :
Cette comparaison avec le passage israélien de Yom HaZikaron — jour du souvenir des soldats et victimes du terrorisme à Yom Ha'atzmaout, jour de l'indépendance, n'est pas une simple analogie de circonstance.
Elle désigne une discipline : celle qui consiste à tenir les deux bouts, le deuil et la vie, sans que l'un dévore l'autre.
Ce qui s'est ouvert ce jour-là ne s'est jamais refermé
Sarah Cattan le rappelle avec force : il ne s'agit pas de tracer une ligne simpliste entre New York 2001, les guerres qui suivirent, les attentats qui ont frappé tant de villes, et le 7 octobre 2023.
L'Histoire ne fonctionne pas par ligne droite. Mais il existe des dates qui révèlent brutalement ce qu'une époque portait déjà en elle — et le 11-Septembre a révélé qu'une idéologie pouvait faire de la mort un spectacle, frapper des civils précisément parce qu'ils étaient civils, et transformer la sidération du monde en une part de sa victoire.`
Zakhor : la mémoire qui transmet plutôt qu'elle n'enferme
Le mot hébreu que convoque Sarah Cattan, Zakhor — « souviens-toi » , est au cœur de la tradition juive depuis le Deutéronome. Mais ce commandement n'a jamais signifié rester figé face au passé : il signifie transmettre, nommer, comprendre, pour continuer à vivre en sachant.
C'est cette discipline, précisément, qui manque aujourd'hui à une partie du débat public autour du 11-Septembre où l'on discute de qui a le droit d'être présent à une cérémonie plutôt que de ce que cette cérémonie doit continuer à enseigner.
Vingt-cinq ans après, la meilleure façon de résister à l'effacement n'est donc pas de sanctuariser cette date dans un silence solennel une fois par an. C'est de continuer à raconter ce jour-là aux plus jeunes, qui n'étaient pas nés ; de continuer à nommer ce que cette idéologie visait — non pas seulement des bâtiments ou des vies, mais la possibilité même de vivre ensemble dans des sociétés libres ; et de refuser que la commémoration devienne un simple objet de calcul politique, quel qu'il soit.
Se souvenir. Comprendre. Défendre ce qu'ils voulaient détruire. Vingt-cinq ans après, c'est toujours, très exactement, ce qu'il nous reste à faire.
JBCH Réflexions — 11 septembre 20276. © Sarah Cattant
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