Chouchani, l’énigme d’un maître qui fascine à nouveau
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jeudi 30 juillet 2026
Monsieur Chouchani. JBCH N° 2607 - 032
Tsadé la 18ème lettre de l'alphabet hébraïque. JBCH N° 2607 - 031
Tsadé(צ) : la lettre de la justice, du juste et de la réparation du monde
La guématria de la lettre elle-même Tsadé (צ) est la 18ᵉ lettre de l’alphabet hébreu, tandis que ‘Haï’ (חי), qui signifie « vie », a une valeur numérique de 18 (ח = 8, י = 10). Cette coïncidence a conduit certains commentateurs à voir dans le Tsadé, qui évoque le juste (tsaddik), un lien avec la vie, car, selon la tradition juive, le juste est celui qui fait vivre le monde par sa droiture.
mercredi 29 juillet 2026
Paracha Choftim JBCH N° 2607 - 030
Juger sans se soumettre au destin
Choftim commence par un ordre qui semble d'une simplicité administrative : « Tu établiras des juges et des officiers dans toutes tes villes » et se termine, quelques versets plus loin, par une mise en garde contre les devins, les augures et ceux qui prétendent interroger les morts.
Entre les deux, tout un système de pensée se déploie : celui d'un peuple qui doit apprendre à discerner plutôt qu'à se soumettre, à juger plutôt qu'à consulter les esprits, à espérer plutôt qu'à se résigner.
La justice comme science du discernement
On peut y voir un lien organique plutôt qu'une simple juxtaposition de lois. Si la nécromancie est proscrite précisément dans une paracha consacrée aux juges, c'est que les deux pratiques s'opposent terme à terme.
Interroger un mort, consulter un devin, c'est chercher une réponse toute faite, extérieure au réel, qui dispense de l'effort d'analyser une situation dans sa complexité.
Juger, à l'inverse, exige d'écouter les témoins, de peser les preuves, de trancher dans l'incertitude bref, d'assumer la responsabilité du discernement plutôt que de la déléguer à une voix d'outre-tombe.
La Torah ne condamne pas l'occulte par simple superstition inversée : elle le condamne parce qu'il est la négation même de ce que la justice exige.
Le devin et le prophète
Marc Abitbol pousse cette tension plus loin encore, jusqu'à opposer deux figures que l'on confond trop souvent : le devin et le prophète.
Le devin enferme l'homme dans un destin déjà écrit — il prédit, et sa prédiction se referme sur celui qui l'écoute comme une prison. Le prophète, lui, ne prédit pas un futur fixe : il ouvre une parole qui appelle au changement, qui suppose que l'homme reste libre d'agir autrement, de se repentir, de choisir.
C'est toute la différence entre une parole qui ferme et une parole qui ouvre — entre la fatalité et l'espérance active. Choftim, en interdisant la divination, ne fait que protéger cette liberté prophétique : celle d'un peuple qui reste responsable de son propre avenir.
Un juge et un policier dans chaque ville
Manitou insistait sur un détail qu'on lit souvent trop vite : la Torah n'ordonne pas seulement de nommer des juges, mais aussi des « chotrim », des officiers chargés de faire exécuter la sentence.
Une justice sans force d'application n'est qu'une opinion ; une force sans justice qui la précède n'est qu'une violence. Le texte biblique refuse cette dissociation moderne entre le droit et le pouvoir : il exige les deux, ensemble, dans chaque ville, comme condition minimale de toute société qui prétend vivre selon une loi plutôt que selon la loi du plus fort.
La consolation d'Isaïe
La haftara, comme le rappellait Alain Goldmann, change de registre sans changer de sujet.
Isaïe console un peuple frappé, mais il ne console pas par l'oubli : il console par la fidélité à l'Alliance, par la promesse qu'un avenir se construit précisément parce qu'un jugement juste a été rendu et qu'une parole prophétique continue de porter.
La consolation biblique n'est jamais une anesthésie du réel ; elle est la certitude que la justice et l'espérance ne s'excluent pas, qu'elles se nourrissent l'une l'autre.
Ce que Choftim dit du monde d'aujourd'hui
Cette architecture, discernement contre superstition, prophétie contre fatalisme, justice armée d'une force légitime, consolation adossée à la fidélité résonne étrangement avec notre époque.
En Occident, la défiance envers les institutions judiciaires s'accompagne souvent d'un retour du devin sous des habits neufs : algorithmes prédictifs, théories du complot, oracles médiatiques qui prétendent lire l'avenir mieux que les faits ne le permettent.
Choftim rappelle qu'aucune société ne peut fonctionner longtemps si elle abandonne le lent travail du jugement pour la certitude confortable de la prédiction.
En Israël même, le débat sur l'équilibre entre pouvoir judiciaire et pouvoir politique, loin d'être une simple querelle institutionnelle contemporaine, rejoue à sa manière la tension que pose déjà la paracha : un peuple ne tient que si le juge et le policier, la légitimité et la force restent tous deux présents, dans chaque ville, sans que l'un absorbe l'autre.
Et face à l'épreuve que traverse le pays depuis des mois, la lecture d'Isaïe rappelle qu'une consolation véritable ne consiste jamais à fuir le réel dans l'illusion, mais à tenir, envers et contre tout, la fidélité à une alliance plus ancienne que la crise elle-même.
Restons unis ... C'et la seule issue qui nous reste !
De la Judée à Israël La terre a toujours été habitée par des Juifs ... JBCH N° 2607 - 029
L'histoire ne commence pas au VIIᵉ siècle
La colonisation arabo-musulmane de la patrie juive a commencé par une invasion.
En 636-638, les armées du calife Omar conquièrent la Terre d'Israël, mettant fin à des siècles de domination byzantine sur une population qui, malgré les exils et les répressions successives, n'avait jamais cessé d'y vivre.
Ce n'est pas un détail : c'est le point de départ d'une histoire qu'on présente trop souvent comme ayant commencé avec cette conquête, alors qu'elle ne fait que s'y poursuivre.
La prise du mont du Temple
Près de 55 ans après la conquête, en 691-692, les nouveaux maîtres du pays édifient le Dôme du Rocher directement sur le mont du Temple, le lieu le plus saint du judaïsme depuis plus de 1 700 ans, là où s'étaient dressés les deux Temples juifs, détruits par Babylone puis par Rome.
La mosquée Al-Aqsa suit vers 715. Le choix du site n'est pas anodin : bâtir sur les ruines du sanctuaire juif, c'est inscrire dans la pierre la substitution d'un peuple à un autre sur son lieu le plus sacré.
La dégradation méthodique des Juifs
Ce qui suit n'a rien d'une coexistence apaisée. En 717, des impôts écrasants, la jizya frappant les non-musulmans chassent un très grand nombre de Juifs de leurs terres ancestrales, faute de pouvoir en assumer le poids.
En 720, le calife Omar II leur interdit purement et simplement de prier sur le mont du Temple. Cette interdiction dure plus de 1 200 ans, et se perpétue, dans les faits, encore aujourd'hui sous l'autorité musulmane du site : un Juif qui prie visiblement sur l'esplanade risque toujours d'en être expulsé par la police israélienne elle-même, au nom du statu quo hérité de cette même histoire.
Réduits au statut de dhimmis, ces « infidèles » de seconde zone tolérés mais jamais égaux dans leur propre patrie les Juifs paient l'impôt spécial, portent parfois des marques distinctives, sont exclus de certaines fonctions et de certains lieux.
Ce n'était pas de la coexistence. C'était une colonisation arabe, suivie d'une tentative d'effacement juif méthodique, institutionnalisée, prolongée sur plus d'un millénaire.
Un peuple qui n'a jamais vraiment quitté sa terre
Les Juifs n'ont pas « colonisé » la Terre d'Israël. Ils en sont le peuple indigène.
Certains ne l'ont jamais quittée : les communautés de Jérusalem, d'Hébron, de Safed, de Tibériade ont traversé les siècles, survivant aux croisades, aux Mamelouks, aux Ottomans.
D'autres y sont revenus, génération après génération, chaque fois que les circonstances le permettaient, vagues d'alyah bien antérieures au sionisme politique, portées par des rabbins, des mystiques, des familles entières fuyant les persécutions d'Europe ou du monde arabe pour retrouver une terre qu'ils n'avaient jamais cessé de considérer comme la leur.
Né en 1750, Yehuda Cohen-Tanudji, dit "Hadria" a été le premier à s'installer à Tzfat(Safed) pour pouvoir étudier la Cabbale, le Zohar, dans une ville sainte jamais abandonnée par les juifs.
Le sionisme politique, à la fin du XIXᵉ siècle, n'invente donc rien : il n'est que l'expression moderne, organisée et étatique, d'un lien qui n'a jamais été rompu.
Il aboutit à la restauration d'une souveraineté juive interrompue par la force, quatorze siècles plus tôt, par les armées du calife Omar, et non à la création d'un rapport nouveau entre un peuple et une terre.
Une histoire plus ancienne que la conquête
L'histoire ne commence pas au VIIᵉ siècle. Les racines juives sur cette terre remontent à plus de 3 000 ans, bien avant l'islam, bien avant l'arabisation de la région, bien avant qu'un dôme doré ne vienne s'ériger sur les vestiges du Temple.
Ce n'est pas un peuple qui revendique une terre étrangère ; c'est un peuple qui rentre chez lui après avoir été, pendant plus d'un millénaire, empêché d'y vivre en pleine dignité. texte à mettre sous le nez des négationnistes de la nouvelle gauche en occident, dont fait parti LFI et certains socialistes en France.
Haïfa au coeur du détournement d'Ormuz. JBCH N° 2607 - 028
Contourner Ormuz : le vrai chemin passe par Haïfa
Le détroit d'Ormuz n'est qu'un ruban de mer d'une quarantaine de kilomètres, mais c'est par lui que transite près d'un cinquième du pétrole mondial. Téhéran le sait, et en joue depuis des décennies comme d'un levier de pression, ravivant sa menace de fermeture à chaque poussée de tension avec l'Occident ou Israël.
Face à ce risque permanent, une petite musique rassurante circule : les pays du Golfe construiraient à marche forcée des pipelines pour exporter leur brut sans jamais longer les côtes iraniennes. L'idée séduit parce qu'elle rassure. Elle est pourtant, dans sa version golfe-centrée, largement un mirage — et elle masque la seule alternative qui, elle, avance vraiment : le corridor qui relie l'Inde à l'Europe via Haïfa.
Le mirage des pipelines du Golfe
Les projets de contournement purement golfiens — vers la mer Rouge via l'Arabie saoudite, ou vers l'océan Indien via Oman — existent sur le papier depuis longtemps, et certains fonctionnent déjà partiellement.
Mais ils souffrent tous du même défaut structurel : ils ne suppriment pas le risque, ils le déplacent. Un pipeline saoudien vers la mer Rouge reste vulnérable aux Houthis et à leurs missiles ; un contournement par Oman ne fait que repousser le goulot d'étranglement de quelques centaines de kilomètres, sans jamais sortir la région de sa dépendance à une poignée de points de passage fragiles.
Ce sont des rustines, pas des solutions.
Le corridor qui, lui, change vraiment la carte
Pendant que le Golfe discute, l'Inde construit. Le corridor économique reliant l'Inde à l'Europe en passant par les Émirats, l'Arabie saoudite, la Jordanie et Israël jusqu'au port de Haïfa n'est plus une intention diplomatique : c'est un tracé physique, avec ses lignes ferroviaires, ses futurs pipelines et ses connexions portuaires.
Sa force ne tient pas seulement à ce qu'il évite Ormuz — c'est aussi le cas des routes golfiennes — mais à ce qu'il évite également Suez et Bab-el-Mandeb, les deux autres points d'étranglement que les attaques houthies ont rendu, ces dernières années, tout aussi incertains.
Un seul corridor terrestre qui neutralise trois détroits à la fois : voilà un argument qu'aucune rustine saoudienne ou omanaise ne peut revendiquer.
Croquis de l'itinéraire
Pourquoi Haïfa gagne la partie diplomatique aussi
Le Port de Haïfa est désormais contrôlé majoritairement par le groupe indien Adani Ports and Special Economic Zone, qui détient 70 % du consortium avec le groupe israélien Gadot (30 %). Cette prise de contrôle fait du port un maillon stratégique du corridor économique Inde–Moyen-Orient–Europe (IMEC) reliant l’Inde à l’Europe via Israël.
Pour New Delhi, Haïfa représente à la fois un investissement commercial majeur et une présence stratégique accrue en Méditerranée.
Ce tracé n'est donc pas seulement une prouesse logistique, mais c'est un fait accompli géopolitique. Il ancre les accords d'Abraham dans l'infrastructure lourde plutôt que dans la seule rhétorique diplomatique, et il donne à l'Inde, puissance énergivore, en quête permanente de routes sécurisées, un intérêt direct et durable à la stabilité de la relation israélo-arabe.
Un pipeline saoudien vers la mer Rouge ne lie personne à personne ; le corridor Mumbai-Haïfa, lui, tisse ensemble les intérêts de New Delhi, d'Abu Dabi, de Riyad, d'Amman et de Jérusalem autour d'un seul et même ruban de rails et de tuyaux. C'est cela, la vraie assurance contre Ormuz, pas un contournement de plus dans le Golfe, mais une sortie complète du piège des trois détroits.
La Turquie essaye de torpiller ce projet, en voulant que le chemin passe par la Syrie, mais les infrastructures ne sont pas encore pretes et les ports rongés par 14 années de guerre, détruits.
mardi 28 juillet 2026
Encore une fois Einstein avait raison ... JBCH N° 2607 - 027
Le cube qui pivotait sans tourner
Imaginer un cube filant à presque la vitesse de la lumière relevait, il y a encore peu, de la pure expérience de pensée. Des chercheurs de l'université de technologie de Vienne viennent de la faire sortir du tableau noir pour l'installer dans leur laboratoire — et ce qu'ils ont vu ressemble, à première vue, à un défi lancé à Einstein lui-même.
La relativité restreinte fait une promesse simple en apparence : à très grande vitesse, le temps se dilate et les longueurs se contractent.
Un objet filant à 90 % de la vitesse de la lumière devrait, pour un observateur immobile, apparaître deux fois plus court que sa longueur réelle.
Par extension, tout ce qui se déplace à ces vitesses extrêmes devrait nous sembler écrasé dans le sens du mouvement une prédiction vérifiée mathématiquement depuis un siècle, mais jamais observée directement, faute de pouvoir accélérer un objet macroscopique à une fraction significative de la vitesse de la lumière.
L'intuition oubliée de Terrell et Penrose
Dans les années 1950, deux physiciens — l'Américain James Terrell et le Britannique Roger Penrose, futur Nobel pour ses travaux sur les trous noirs — avaient déjà nuancé cette image. Un cube relativiste ne se contente pas de rétrécir : il semble aussi changer de forme, voire pivoter, aux yeux d'un observateur extérieur.
L'explication tient à la lumière elle-même : les faces les plus éloignées du cube émettent leur lumière plus tôt que les faces proches, et celle-ci met plus de temps à nous parvenir.
Ce que l'œil capte n'est donc pas l'objet tel qu'il est à un instant donné, mais un montage de lumières parties à des instants différents — une rotation apparente, sans torsion réelle.
Un accélérateur de particules n'était pas nécessaire
Restait un obstacle de taille : selon Einstein toujours, plus un objet accélère, plus sa masse effective augmente, et plus il faut d'énergie pour continuer à l'accélérer. Envoyer un cube à 99 % de la vitesse de la lumière relève, littéralement, de la science-fiction.
Les physiciens viennois ont donc contourné le problème plutôt que de l'affronter : au lieu de faire courir l'objet, ils ont ralenti la lumière — ou plutôt, ils ont recréé les conditions d'un monde où la vitesse de la lumière serait bien plus faible qu'elle ne l'est réellement.
Leur dispositif : un cube et une sphère, éclairés par des flashs laser d'une brièveté vertigineuse de l'ordre de 300 pico-secondes et filmés par des caméras capables de capturer des millions d'images par seconde.
Un effet stroboscopique poussé à son extrême, qui leur a permis de simuler des vitesses comprises entre 80 % et 99,9 % de la vitesse de la lumière, publié dans la revue Communications Physics.
La géométrie retrouvée
Le résultat a confirmé, pour la première fois en laboratoire, l'intuition de Terrell et Penrose : le cube est apparu déformé, la sphère semblait avoir tourné sur elle-même.
Une image que les chercheurs eux-mêmes disent avoir trouvée belle à voir apparaître — la géométrie théorique, soudain rendue visible sur un écran.
Einstein n'a pas eu tort — bien au contraire
Il serait tentant d'y lire une faille dans la relativité restreinte. C'est l'inverse qui s'est produit. L'objet est bel et bien raccourci, physiquement, dans le sens de son déplacement c'est la caméra, elle, qui ne restitue pas cette contraction directement, et qui traduit le décalage des trajets lumineux en une illusion de rotation.
Ce que la relativité annonce depuis un siècle, c'est précisément cela : il n'existe pas d'observation absolue, seulement des points de vue, et ce que l'on voit dépend toujours de la façon dont la lumière nous parvient.
L'expérience viennoise ne fissure pas la théorie d'Einstein : elle en révèle, une fois de plus, la beauté silencieuse.
Israël : Les drones remplacent les fantassins JBCH N° 2607 -026
L'avantage israélien
Il y a une phrase qu'on répète trop peu souvent pour expliquer la puissance militaire israélienne : voir avant l'ennemi. Ce n'est pas un slogan, c'est une doctrine, forgée par des décennies de conflits sur un territoire exigu où chaque seconde d'anticipation vaut une vie. Israel Aerospace Industries, Elbit Systems, Rafael Advanced Defense Systems n'ont pas seulement construit des drones ; ils ont construit une grammaire entière de la guerre moderne — surveillance continue, détection d'infiltration, neutralisation à distance — et l'ont vendue, littéralement, au reste du monde
Une avance née de la nécessité
L'avantage israélien ne tient pas du hasard industriel. Il est le produit d'une contrainte géographique et démographique : un pays qui ne peut pas se permettre de perdre des soldats, ni de laisser filer le temps entre le renseignement et la riposte.
Les robots terrestres autonomes qui patrouillent aujourd'hui aux abords des frontières, les essaims de drones coordonnés par intelligence artificielle, les « équipiers » mécaniques qui explorent les zones les plus dangereuses avant que l'homme n'y mette le pied — tout cela répond à une seule logique : faire porter le risque à la machine, jamais au soldat.
C'est cette logique, plus que la simple performance technique, qui fait la valeur de la technologie israélienne sur le marché mondial. On n'achète pas seulement un drone made in Israël ; on achète une méthode éprouvée sur le terrain, testée dans l'urgence, validée par le retour d'expérience — un argument commercial qu'aucun laboratoire occidental ne peut revendiquer avec la même légitimité.
Abou Dabi : la sécurité comme fondation d'une alliance
Les Émirats arabes unis ne s'y sont pas trompés. Devenus en quelques années un acteur militaire majeur du Moyen-Orient, ils ont fait de la robotique et de l'intelligence artificielle de défense une priorité stratégique pour sécuriser leurs infrastructures et leurs frontières.
Mais au-delà de l'achat d'équipement, c'est une convergence plus profonde qui s'est installée depuis les accords d'Abraham : la coopération israélo-émiratie dépasse la vente d'armes pour toucher à l'électronique de pointe, à la cybersécurité, au renseignement partagé.
Abou Dabi n'achète pas seulement une capacité défensive ; elle achète un partenariat technologique durable, qui redessine les équilibres régionaux bien au-delà du strict registre militaire.
Rabat : la modernisation discrète
Le Maroc suit une trajectoire plus feutrée mais tout aussi significative. La modernisation de son armée passe par les drones de surveillance et par un transfert de compétences avec Israël dans l'électronique, la cybersécurité et l'intelligence artificielle.
Cette coopération, moins médiatisée que celle du Golfe, n'en est pas moins révélatrice d'un basculement : le savoir-faire militaire israélien est devenu une monnaie diplomatique à part entière, capable de consolider des alliances régionales que la seule diplomatie classique peinait à stabiliser.
Au-delà du champ de bataille
Cette même technologie déborde déjà largement le cadre militaire. Les drones surveillent les cultures et mesurent l'humidité des sols pour une agriculture plus précise et plus économe en eau.
Ils interviennent lors des incendies et des catastrophes naturelles pour localiser des victimes dans des zones inaccessibles à l'homme. Ils inspectent ponts, lignes électriques, centrales et pipelines, évitant des interventions humaines risquées.
Certains transportent déjà du sang, des vaccins et des médicaments urgents vers des régions coupées du monde.
Le drone civil hérite directement des standards imposés par son cousin militaire — une filiation qui n'a rien d'anodin et qui explique pourquoi les entreprises de défense israéliennes essaiment aussi vite dans le civil
La question qui ne se vend pas
Reste une frontière que ni la technologie ni la diplomatie ne résolvent : celle de la décision. Les grandes puissances militaires : États-Unis, Chine, Russie, Israël et plusieurs pays du Golfe misent désormais sur des drones connectés en réseau, capables de décider seuls, à la vitesse de la machine. Jusqu'où laisser un algorithme choisir sa cible ?
Qui répond de l'erreur, quand l'humain n'est plus dans la boucle ? Ces questions, l'avance israélienne ne les a pas résolues ; elle les a seulement rendues plus urgentes, en les exportant avec le reste de sa technologie vers Rabat, Abou Dabi, et bien au-delà.
Comme l'avion au siècle dernier, le drone redessine déjà la guerre, l'économie et les alliances de toute une région. Reste à savoir qui, de la machine ou de l'homme, en gardera vraiment le contrôle.
lundi 27 juillet 2026
La Chasse aux espèces. JBCH N° 2607 - 025
La chasse aux espèces, ou la traque du citoyen ordinaire
Ce matin, il m'a fallu chercher longtemps pour trouver un distributeur qui fonctionne. Ce n'est pas un hasard : c'est la méthode.
Ce matin, j'ai eu du mal à trouver un distributeur. Il y a deux ans encore, il y en avait cinq dans un rayon de trois cents mètres autour de chez moi. Deux banques ont fermé depuis, et le seul distributeur qui restait est tombé en panne. J'ai dû faire un détour pour retirer quelques billets — une opération qui, hier encore, prenait trente secondes au coin de la rue.
Ce genre de désagrément, on le range volontiers dans la catégorie des petits tracas du quotidien, une fatalité de plus imputée à la rationalisation bancaire. Ce n'en est pas une. C'est la conséquence directe, prévisible et assumée d'une politique délibérée : notre gouvernement veut supprimer les espèces, et la monnaie doit être contrôlée dans les moindres détails.
Car on ne supprime pas le cash en l'interdisant du jour au lendemain — cela susciterait une révolte immédiate. On le supprime en le rendant progressivement introuvable : on ferme les agences, on retire les distributeurs, on plafonne les paiements en liquide, on multiplie les justificatifs pour le moindre retrait un peu élevé. Chaque étape, prise isolément, se défend par un argument de bon sens — sécurité, coûts de gestion, lutte contre la fraude. L'addition de ces étapes, elle, dessine un objectif parfaitement cohérent : faire de chaque transaction une donnée, et de chaque donnée une preuve.
Car c'est bien cela, l'enjeu véritable derrière la disparition des espèces. L'argent liquide est la dernière transaction qui ne laisse pas de trace, le dernier geste économique qui échappe encore à l'œil de l'administration, de la banque et, demain peut-être, de l'algorithme. Le supprimer, ce n'est pas seulement moderniser les paiements ; c'est fermer la dernière fenêtre par laquelle un citoyen pouvait encore agir sans être immédiatement enregistré, catégorisé, tracé.
On nous dira que c'est le sens de l'histoire, que les jeunes générations ne connaissent déjà plus les pièces de monnaie, que le paiement sans contact a tout simplifié. C'est vrai, et c'est précisément ce qui rend la manœuvre efficace : elle avance sous couvert de confort, jamais de contrainte. Personne ne vous annoncera un jour l'interdiction du cash. On se contentera de fermer, patiemment, tous les endroits où l'on pouvait encore s'en servir.
Il restera alors une question simple, que la commodité ne devrait jamais dispenser de poser : une société où chaque euro dépensé est traçable est-elle encore une société de citoyens libres, ou déjà une société de comptes surveillés ? Je penche pour la seconde solutiion.
samedi 25 juillet 2026
Le Naufrage de la Tunisie JBCH N° 2607 - 024
Tunisie : le naufrage d'un pays qui avait tout pour réussir
Exception démocratique du monde arabe, berceau du Printemps arabe en 2011 : quinze ans plus tard, la Tunisie s'enfonce dans une crise dont elle ne semble plus apercevoir l'issue.
Je pleure quand je vois dans quel état s'est transformé mon pays de naissance ; la plus grande erreur a été de faire partir tous les juifs qui y habitaient depuis 2800 ans.
Avec un Président stupide, qui a pris tous les pouvoirs depuis des années, rien ne va plus du point de vue économique, social et politique : tous les feux sont au rouge.
L'Ifrikya, le grenier à blé de Rome, là où Carthage s'est épanouie, ce pays appelé la Tunisie, mon pays natal, s'enfonce dans des sables mouvants, et subit en ce moment la plus grande crise de son histoire.
Tunis, avec plus de 40°, est paralysée, et le gouvernement, très vite devenu dictatorial, ne sait plus comment diriger.
La Tunisie traverse une crise économique et sociale profonde : croissance faible, chômage élevé, notamment chez les jeunes, inflation persistante, dette publique importante et baisse du pouvoir d'achat alimentent un fort mécontentement populaire.
Le pays reste dépendant de l'aide extérieure et de l'UE, qui ne vérifie pas où est placé l'argent, et des réformes structurelles, tandis que l'incertitude politique freine les investissements et la création d'emplois.
La Tunisie fut longtemps l'exception du monde arabe. Terre de culture, d'éducation et de modération, elle incarnait l'espoir d'un développement fondé sur le savoir, le tourisme, l'ouverture et l'initiative privée. En 2011, elle fut également le berceau du « Printemps arabe », suscitant l'admiration des démocraties occidentales. Quinze ans plus tard, le constat est douloureux : le pays s'enfonce dans une crise économique, sociale et politique dont il ne semble plus apercevoir l'issue.
Depuis l'arrivée au pouvoir du président Kaïs Saïed et, surtout, depuis qu'il a concentré entre ses mains l'essentiel des pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire, la Tunisie donne le sentiment de s'être enfermée dans une impasse. La personnalisation du pouvoir s'est accompagnée d'un affaiblissement des contre-pouvoirs, d'une défiance croissante des investisseurs et d'une paralysie des réformes indispensables.
Les chiffres parlent d'eux-mêmes. Une croissance atone, une dette publique qui pèse lourdement sur les finances de l'État, un chômage persistant – particulièrement chez les jeunes diplômés –, une inflation qui réduit chaque jour un peu plus le pouvoir d'achat et une fuite des compétences vers l'Europe ou les pays du Golfe. Les entreprises hésitent à investir, les touristes reviennent moins nombreux que prévu et les finances publiques demeurent sous perfusion.
Cette situation est d'autant plus préoccupante que la Tunisie survit en grande partie grâce aux aides extérieures. L'Union européenne continue d'apporter un soutien financier important afin d'éviter un effondrement économique qui provoquerait une nouvelle vague migratoire vers les côtes européennes. Mais ces aides, souvent débloquées dans l'urgence, donnent le sentiment d'être accordées sans véritable contrôle sur les réformes promises ni sur leur efficacité réelle. Elles permettent de repousser l'échéance sans résoudre les problèmes structurels du pays.
Cette dépendance rappelle, à certains égards, celle de l'Autorité palestinienne à Ramallah, dont le fonctionnement repose également en grande partie sur les financements internationaux. Dans les deux cas, les bailleurs de fonds cherchent avant tout à préserver une stabilité minimale, sans toujours obtenir les transformations économiques et institutionnelles attendues.
L'isolement, la fuite des cerveaux et le choix qui reste à faire
Sur le plan diplomatique, la Tunisie apparaît aujourd'hui plus isolée que jamais. Alors que plusieurs États arabes ont choisi d'ouvrir une nouvelle page en rejoignant les Accords d'Abraham et en développant leurs relations avec Israël, Tunis demeure figée dans une posture de refus absolu. Cette position prive le pays de nombreuses opportunités économiques, technologiques et scientifiques, notamment dans les domaines de l'agriculture, de la gestion de l'eau, de la santé, de l'innovation ou des hautes technologies.
Les Accords d'Abraham ont démontré qu'il était possible de conjuguer réalisme politique, coopération économique et maintien du soutien à la cause palestinienne. Les Émirats arabes unis, Bahreïn, le Maroc ou encore le Soudan ont fait le choix du pragmatisme afin de favoriser leur développement et d'attirer les investissements internationaux. La Tunisie, elle, reste à l'écart de cette dynamique régionale.
Plus inquiétant encore, elle semble s'inscrire dans un axe de proximité avec l'Algérie, principal soutien financier et énergétique de Tunis. Si cette coopération répond à des nécessités immédiates, elle renforce également l'isolement diplomatique de la Tunisie vis-à-vis des nouvelles alliances qui redessinent le Moyen-Orient. L'Algérie demeure, elle aussi, gouvernée par un système fortement centralisé où l'armée conserve une influence déterminante sur les grandes orientations politiques.
Pendant ce temps, les jeunes Tunisiens continuent de quitter leur pays. Beaucoup ne rêvent plus d'entreprendre à Tunis, Sfax ou Sousse ; ils espèrent simplement obtenir un visa pour Paris, Montréal ou Berlin. Cette fuite des cerveaux constitue sans doute la plus grande tragédie d'un pays dont la principale richesse demeure son capital humain.
La Tunisie possède pourtant des atouts considérables : une population instruite, une position géographique exceptionnelle au cœur de la Méditerranée, un patrimoine historique unique, un climat favorable au tourisme toute l'année et une tradition d'ouverture sur le monde. Mais ces atouts ne peuvent produire leurs effets sans stabilité institutionnelle, sans confiance des investisseurs et sans vision économique.
L'histoire enseigne qu'aucune nation ne peut durablement vivre sous perfusion financière extérieure. Les aides internationales ne remplacent jamais les réformes, la liberté économique et la confiance. Elles peuvent accompagner un redressement ; elles ne peuvent en être le moteur.
Il appartient désormais aux dirigeants tunisiens de choisir entre deux voies : poursuivre un isolement politique qui accentue les difficultés économiques, ou engager enfin les réformes profondes capables de redonner confiance aux citoyens, aux entrepreneurs et aux partenaires internationaux. Car ce n'est pas seulement l'économie tunisienne qui est en jeu ; c'est l'avenir de toute une génération qui refuse de voir son pays sombrer alors qu'il possède encore les moyens de retrouver sa place parmi les grandes nations de la Méditerranée. Pauvre Tunisie !!