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vendredi 31 juillet 2026

Paracha Ekev. JBCH N° 2607 - 037

Paracha  ·  Ekev  ·  28 juillet 2026

Parachat Ekev : 

la fidélité dans l'épreuve

Deutéronome 7,12 – 11,25

La paracha Ekev poursuit le grand discours de Moïse avant l'entrée du peuple d'Israël en Terre promise. Son nom signifie littéralement « à la suite de », mais il évoque aussi le talon (akev). La tradition y voit une leçon décisive : les fondements d'une vie juste ne reposent pas seulement sur les grands gestes héroïques, mais aussi sur les mitsvot que l'on risque de fouler du talon,  les devoirs quotidiens, apparemment modestes.

Rouleaux de Torah

Rouleaux de Torah — la parole transmise, du talon à la tête.

« Ce n'est pas par ta justice »

Moïse rappelle au peuple que la prospérité à venir ne devra jamais être confondue avec une supériorité morale. « Ce n'est pas par ta justice » que tu reçois cette terre, avertit-il. Cette phrase est d'une actualité philosophique durable : ni la puissance, ni la réussite, ni même le sentiment d'avoir raison ne dispensent d'humilité. 

Une nation, comme une personne, se fragilise lorsqu'elle attribue ses succès à sa seule force. La mémoire de l'esclavage, de la manne et du désert sert précisément à combattre l'ivresse de la puissance.

La manne, ou l'homme au-delà du pain

La manne est au cœur de cette pédagogie. Elle apprenait que « l'homme ne vit pas de pain seulement » : la vie humaine n'est pas réductible à l'abondance matérielle, à la sécurité ou au calcul des intérêts. 


Elle dépend aussi d'une parole, d'une loi et d'une capacité à reconnaître une limite. Dans un monde politique où la peur pousse facilement à la brutalité, Ekev rappelle que la sécurité est nécessaire, mais qu'elle ne peut être le seul horizon d'un peuple.


Récolte de la manne dans le désert

                                                       La récolte de la manne dans le désert (atelier de Rubens, LACMA).
La vie humaine dépend aussi d'une parole, d'une loi et d'une capacité à reconnaître une limite.

Le second Shema : justice, mémoire, transmission

La paracha contient aussi le second paragraphe du Shema. Il relie la fidélité morale à la responsabilité collective : justice, mémoire, transmission aux enfants et rapport à la terre ne sont pas des domaines séparés. 

La terre elle-même devient, dans le texte, le miroir de la conduite humaine. Cela ne doit pas être lu comme une formule simpliste expliquant chaque événement historique par une faute ou un mérite ; c'est plutôt une exigence : une société ne se maintient pas durablement si elle abandonne la justice, la retenue et la responsabilité envers autrui.






Les talons du Messie

Dans la lecture kabbalistique, Ekev renvoie au temps des « talons du Messie », une époque de confusion où les repères moraux paraissent inversés et où les forces de division se manifestent avec vigueur. 

Le travail spirituel consiste alors à faire descendre la sainteté jusque dans les actes concrets : la parole publique, la manière de traiter l'adversaire, le refus du mensonge et la fidélité à la dignité humaine. La lumière ne réside pas seulement dans les idées élevées, mais dans la façon de les traduire en comportement.

Paysage désertique

                                                              Le désert, lieu de l'épreuve et de l'apprentissage de la limite.

Protéger sans perdre la loi

Appliquée avec prudence à la situation d'Israël, Ekev invite à tenir ensemble deux vérités : le droit et le devoir de protéger la population face aux menaces réelles ; et l'obligation de ne pas laisser la guerre, la colère ou le traumatisme dissoudre les principes de justice.

 Elle refuse autant la naïveté devant la violence que l'idée selon laquelle la nécessité sécuritaire permettrait tout. L'identité juive et israélienne ne se défend pas seulement par la force : elle se défend aussi par la fidélité à la loi .


Lucidité face à l'antisémitisme

Face à l'antisémitisme en Europe et en France, la paracha appelle également à la lucidité. La haine des Juifs ne doit jamais être excusée, relativisée ou dissimulée derrière un vocabulaire politique. 

Critiquer un gouvernement est légitime ; viser les Juifs comme collectivité, leur imputer des crimes imaginaires ou leur dénier une sécurité et une dignité accordées à tous les autres peuples ne l'est pas. 

Ekev demande de ne pas se laisser écraser par la peur, mais de répondre à l'hostilité par la mémoire, l'unité, l'éducation et une parole ferme.

Ce que retient Ekev

Son message final est donc exigeant : ne pas oublier d'où l'on vient, ne pas idolâtrer sa propre puissance, ne pas mépriser les petits devoirs, et conserver une boussole morale au cœur de l'épreuve. 


C'est peut-être là la force d'Ekev : rappeler que l'avenir d'un peuple se joue autant dans ses choix quotidiens et dans la qualité de ses paroles que dans les grands événements de son histoire.

 

JBCH.    Juillet 2026
« Tu choisiras le choix » — commentaire du rabbin Yann Boissière (ULIF Marseille).

Résumé animé de la paracha Ekev.                          JBCH Juillet 2026

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