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mercredi 29 juillet 2026

Paracha Choftim JBCH N° 2607 - 030

Paracha  ·  Choftim  ·  28 juillet 2026

Juger sans se soumettre au destin

Ce que Choftim dit de la justice, de la prophétie, et du monde d'aujourd'hui




Choftim commence par un ordre qui semble d'une simplicité administrative  : « Tu établiras des juges et des officiers dans toutes tes villes »  et se termine, quelques versets plus loin, par une mise en garde contre les devins, les augures et ceux qui prétendent interroger les morts. 

Entre les deux, tout un système de pensée se déploie : celui d'un peuple qui doit apprendre à discerner plutôt qu'à se soumettre, à juger plutôt qu'à consulter les esprits, à espérer plutôt qu'à se résigner.

La justice comme science du discernement

On peut y voir un lien organique plutôt qu'une simple juxtaposition de lois. Si la nécromancie est proscrite précisément dans une paracha consacrée aux juges, c'est que les deux pratiques s'opposent terme à terme. 

Interroger un mort, consulter un devin, c'est chercher une réponse toute faite, extérieure au réel, qui dispense de l'effort d'analyser une situation dans sa complexité. 

Juger, à l'inverse, exige d'écouter les témoins, de peser les preuves, de trancher dans l'incertitude bref, d'assumer la responsabilité du discernement plutôt que de la déléguer à une voix d'outre-tombe. 

La Torah ne condamne pas l'occulte par simple superstition inversée : elle le condamne parce qu'il est la négation même de ce que la justice exige.




Le devin et le prophète

Marc Abitbol pousse cette tension plus loin encore, jusqu'à opposer deux figures que l'on confond trop souvent : le devin et le prophète. 

Le devin enferme l'homme dans un destin déjà écrit — il prédit, et sa prédiction se referme sur celui qui l'écoute comme une prison. Le prophète, lui, ne prédit pas un futur fixe : il ouvre une parole qui appelle au changement, qui suppose que l'homme reste libre d'agir autrement, de se repentir, de choisir. 

C'est toute la différence entre une parole qui ferme et une parole qui ouvre — entre la fatalité et l'espérance active. Choftim, en interdisant la divination, ne fait que protéger cette liberté prophétique : celle d'un peuple qui reste responsable de son propre avenir.

Le devin ferme l'avenir sur une certitude. Le prophète l'ouvre sur une responsabilité.

Un juge et un policier dans chaque ville

Manitou insistait sur un détail qu'on lit souvent trop vite : la Torah n'ordonne pas seulement de nommer des juges, mais aussi des « chotrim », des officiers chargés de faire exécuter la sentence. 

Une justice sans force d'application n'est qu'une opinion ; une force sans justice qui la précède n'est qu'une violence. Le texte biblique refuse cette dissociation moderne entre le droit et le pouvoir : il exige les deux, ensemble, dans chaque ville, comme condition minimale de toute société qui prétend vivre selon une loi plutôt que selon la loi du plus fort.

La consolation d'Isaïe

La haftara, comme le rappellait Alain Goldmann, change de registre sans changer de sujet. 

Isaïe console un peuple frappé, mais il ne console pas par l'oubli : il console par la fidélité à l'Alliance, par la promesse qu'un avenir se construit précisément parce qu'un jugement juste a été rendu et qu'une parole prophétique continue de porter. 

La consolation biblique n'est jamais une anesthésie du réel ; elle est la certitude que la justice et l'espérance ne s'excluent pas, qu'elles se nourrissent l'une l'autre.




Ce que Choftim dit du monde d'aujourd'hui

Cette architecture,  discernement contre superstition, prophétie contre fatalisme, justice armée d'une force légitime, consolation adossée à la fidélité résonne étrangement avec notre époque. 

En Occident, la défiance envers les institutions judiciaires s'accompagne souvent d'un retour du devin sous des habits neufs : algorithmes prédictifs, théories du complot, oracles médiatiques qui prétendent lire l'avenir mieux que les faits ne le permettent.

 Choftim rappelle qu'aucune société ne peut fonctionner longtemps si elle abandonne le lent travail du jugement pour la certitude confortable de la prédiction.

En Israël même, le débat sur l'équilibre entre pouvoir judiciaire et pouvoir politique, loin d'être une simple querelle institutionnelle contemporaine, rejoue à sa manière la tension que pose déjà la paracha : un peuple ne tient que si le juge et le policier, la légitimité et la force restent tous deux présents, dans chaque ville, sans que l'un absorbe l'autre. 


Et face à l'épreuve que traverse le pays depuis des mois, la lecture d'Isaïe rappelle qu'une consolation véritable ne consiste jamais à fuir le réel dans l'illusion, mais à tenir, envers et contre tout, la fidélité à une alliance plus ancienne que la crise elle-même.


Restons unis ... C'et la seule issue qui nous reste !

— J.-B.

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