Une virgule, pas un point final
Un accord avec le Hamas. Un accord signé, paraphé, célébré à grand renfort de communiqués depuis Washington, et déjà, le jour même de sa signature, désavoué par Jérusalem. Voilà résumée en une phrase la nature exacte de ce que le monde s'apprête, une fois de plus, à saluer comme une avancée historique.
Un texte, deux lectures
Le Board of Peace de Donald Trump annonce le désarmement complet du Hamas et des groupes armés de Gaza, un texte négocié avec l'Égypte, le Qatar et la Turquie ; mais le bureau de Netanyahou, en quelques heures, fait savoir que cette proposition en quinze points ne satisfait pas les exigences israéliennes de démilitarisation totale.
Le décor est planté. La feuille de route précise doit être établie sous quatorze jours, avec extensions possibles soumises à l'accord de toutes les parties — ce qui, en langage diplomatique, signifie que rien n'est acquis et que tout peut se déliter avant même d'avoir commencé.
Un négociateur immobilier au Proche-Orient
Il faut se garder de prendre ses désirs pour la réalité, et c'est précisément le piège dans lequel Donald Trump, porté par son tempérament de négociateur immobilier, semble vouloir entraîner le monde entier.
Un accord avec le Hezbollah, un accord avec le Hamas : la rhétorique se veut universelle, comme si ces mouvements obéissaient aux mêmes logiques, comme si l'on pouvait plaquer sur le Proche-Orient les méthodes d'une salle de conseil d'administration.
Or quiconque connaît un tant soit peu l'histoire de la région sait qu'il ne s'agit jamais, avec ces organisations, d'un point final, mais d'une virgule.
Les trêves signées avec les mouvements islamistes n'ont jamais été, depuis des décennies, autre chose que des pauses tactiques : le temps de se réarmer, de reconstituer les stocks, de former de nouvelles recrues, de renouer les filières d'approvisionnement iraniennes, avant de reprendre, inlassablement, le même projet, l'effacement d'Israël, la négation d'une présence juive que l'on voudrait réduire à un accident de l'histoire, une parenthèse coloniale récente sur une terre qui aurait toujours appartenu à d'autres.
C'est là un mensonge que le temps lui-même dément : les Juifs sont présents sur cette terre depuis trois mille ans, continûment, quand bien même les empires, les califats et les mandats se sont succédé au-dessus de leurs têtes.
Ankara à la table des négociations : le mauvais garant
Il y a, dans ce dossier, un détail que l'on passe trop vite : parmi les architectes de cet accord figure la Turquie d'Erdoğan, un pouvoir islamiste, issu de l'AKP, qui n'a jamais caché sa proximité idéologique avec les Frères musulmans dont le Hamas est directement issu.
Confier à Ankara un rôle de garant dans le désarmement d'une organisation avec laquelle elle partage une matrice politique et religieuse revient à demander à un parrain de témoigner contre son filleul.
Trump croit sans doute bien faire en élargissant le cercle des signataires pour donner du poids à son texte ; il se trompe s'il imagine que la Turquie fera pression pour un désarmement réel du Hamas, quand tout, dans la trajectoire diplomatique d'Erdoğan depuis vingt ans, indique plutôt qu'elle cherche à préserver ce mouvement comme relais d'influence régional.
Que Donald Trump se donne quinze jours pour aller « jusqu'au bout des choses » relève, à ce stade, davantage de l'incantation que de la stratégie. S'il parvient à imposer un désarmement réel et vérifié du Hamas, sous contrôle international effectif et non sous la simple promesse d'un texte, ce sera un succès diplomatique dont on ne pourra que se féliciter, y compris pour l'Autorité de Ramallah et pour la stabilité de toute la région.
Mais s'il s'agit, comme tant de fois auparavant, d'un accord de façade destiné à produire une photographie et un titre de presse, alors l'échec sera cuisant — et il sera d'autant plus retentissant que le président américain se sera personnellement exposé, en s'érigeant en arbitre d'une paix qu'il annonce avant même qu'elle existe, avec pour partenaire de rédaction un régime qui n'a aucun intérêt réel à ce que le Hamas disparaisse.
Un répit, pas un renoncement
Les Arabes, eux, connaissent parfaitement la valeur de ce genre de texte : ils savent en jouer, en tirer un répit, en écarter la pression internationale, sans jamais renoncer à l'objectif de fond.
Monsieur Trump ferait bien de s'en souvenir avant de crier victoire et de se méfier plus particulièrement de ceux, à Ankara, qui ont tout intérêt à ce que l'encre sèche sans que les armes ne changent réellement de main.
Reste une question qui dépasse la seule actualité diplomatique : sommes-nous proches d'un temps où la paix régnera véritablement entre les nations, ou assistons-nous, comme si souvent, à l'ultime avatar d'un cycle que rien ne semble pouvoir rompre ?
L'avenir seul le dira. En attendant, la prudence commande de ne célébrer aucune signature tant que les armes n'ont pas, réellement et durablement, changé de main.
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