Rechercher dans ce blog

mercredi 29 juillet 2026

Haïfa au coeur du détournement d'Ormuz. JBCH N° 2607 - 028

Éditorial  ·  28 juillet 2026

Contourner Ormuz : le vrai chemin passe par Haïfa

Pendant que le Golfe rêve de pipelines, l'Inde a déjà tracé sa route

Le détroit d'Ormuz n'est qu'un ruban de mer d'une quarantaine de kilomètres, mais c'est par lui que transite près d'un cinquième du pétrole mondial. Téhéran le sait, et en joue depuis des décennies comme d'un levier de pression, ravivant sa menace de fermeture à chaque poussée de tension avec l'Occident ou Israël. 

Face à ce risque permanent, une petite musique rassurante circule : les pays du Golfe construiraient à marche forcée des pipelines pour exporter leur brut sans jamais longer les côtes iraniennes. L'idée séduit parce qu'elle rassure. Elle est pourtant, dans sa version golfe-centrée, largement un mirage — et elle masque la seule alternative qui, elle, avance vraiment : le corridor qui relie l'Inde à l'Europe via Haïfa.

Le mirage des pipelines du Golfe

Les projets de contournement purement golfiens — vers la mer Rouge via l'Arabie saoudite, ou vers l'océan Indien via Oman — existent sur le papier depuis longtemps, et certains fonctionnent déjà partiellement. 

Mais ils souffrent tous du même défaut structurel : ils ne suppriment pas le risque, ils le déplacent. Un pipeline saoudien vers la mer Rouge reste vulnérable aux Houthis et à leurs missiles ; un contournement par Oman ne fait que repousser le goulot d'étranglement de quelques centaines de kilomètres, sans jamais sortir la région de sa dépendance à une poignée de points de passage fragiles. 

Ce sont des rustines, pas des solutions.



Le corridor qui, lui, change vraiment la carte

Pendant que le Golfe discute, l'Inde construit. Le corridor économique reliant l'Inde à l'Europe en passant par les Émirats, l'Arabie saoudite, la Jordanie et Israël jusqu'au port de Haïfa n'est plus une intention diplomatique : c'est un tracé physique, avec ses lignes ferroviaires, ses futurs pipelines et ses connexions portuaires. 

Sa force ne tient pas seulement à ce qu'il évite Ormuz — c'est aussi le cas des routes golfiennes — mais à ce qu'il évite également Suez et Bab-el-Mandeb, les deux autres points d'étranglement que les attaques houthies ont rendu, ces dernières années, tout aussi incertains. 

Un seul corridor terrestre qui neutralise trois détroits à la fois : voilà un argument qu'aucune rustine saoudienne ou omanaise ne peut revendiquer.

Un pipeline qui ne fait qu'éviter Ormuz ne résout rien ; un corridor qui évite Ormuz, Bab-el-Mandeb et Suez change la donne.

Croquis de l'itinéraire

MUMBAI → HAÏFA — le corridor qui évite Ormuz, Bab-el-Mandeb et SuezMumbai (Inde)mer d'ArabieÉmirats (Fujairah)rail / routeArabie saouditeJordanieHaïfaport méditerranéen→ EuropeEn pointillé : la route maritime classique, qui passe par Ormuz, Bab-el-Mandeb et Suez. En trait plein : le corridor terrestre Inde–Haïfa.

Pourquoi Haïfa gagne la partie diplomatique aussi

Le Port de Haïfa est désormais contrôlé majoritairement par le groupe indien Adani Ports and Special Economic Zone, qui détient 70 % du consortium avec le groupe israélien Gadot (30 %).  Cette prise de contrôle fait du port un maillon stratégique du corridor économique Inde–Moyen-Orient–Europe (IMEC) reliant l’Inde à l’Europe via Israël. 
Pour New Delhi, Haïfa représente à la fois un investissement commercial majeur et une présence stratégique accrue en Méditerranée. 




Ce tracé n'est donc pas seulement une prouesse logistique, mais c'est un fait accompli géopolitique. Il ancre les accords d'Abraham dans l'infrastructure lourde plutôt que dans la seule rhétorique diplomatique, et il donne à l'Inde,  puissance énergivore, en quête permanente de routes sécurisées, un intérêt direct et durable à la stabilité de la relation israélo-arabe. 

Un pipeline saoudien vers la mer Rouge ne lie personne à personne ; le corridor Mumbai-Haïfa, lui, tisse ensemble les intérêts de New Delhi, d'Abu Dabi, de Riyad, d'Amman et de Jérusalem autour d'un seul et même ruban de rails et de tuyaux. C'est cela, la vraie assurance contre Ormuz, pas un contournement de plus dans le Golfe, mais une sortie complète du piège des trois détroits.

La Turquie essaye de torpiller ce projet, en voulant que le chemin passe par la Syrie, mais les infrastructures ne sont pas encore pretes et les ports rongés par 14 années de guerre, détruits.



— J.-B.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire