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lundi 20 juillet 2026

La fin du Royaume d'Israël JBCH N° 2607 - 018

Chronique

La chute d'Israël : chronique d'un effondrement annoncé

Chaque fois que les juifs se divisent il y a une catastrophe qui arrive et qui les touchent mortellement ... Le dernier épisode est celui du 7 Octobre 2023, la division venait de l'extrême droite qui voulait changer les lois qui régissent démocratiquement l'état et les partisans d'un contre-Pouvoir.

Après le règne du Roi Salomon, le royaume s’est divisé après la mort de son fils Roboam à cause des tensions entre les tribus d’Israël et les lourds impôts imposés par Salomon. Roboam refusa d’alléger les charges, ce qui provoqua une révolte menée par Jéroboam. Le royaume fut alors séparé en deux : Israël au nord et Juda au sud.


Le royaume du nord meurt deux fois avant de mourir vraiment : une première fois, humilié au rang de principauté d'opérette par Damas ; une seconde, effacé de la mémoire des hommes faute d'avoir jamais su, à la différence de Juda plus tard, ancrer en lui un sentiment national ou religieux capable de survivre à l'exil.


Vassal de Damas, vassal de l'Assyrie

La fin du IXe siècle est un creux. Hazaël, roi de Damas, écrase successivement Joachaz puis son fils Joas, petit-fils de Jéhu, réduisant Israël à une armée symbolique et à un lourd tributaire de plus pour l'Assyrie. Le royaume, quelques décennies plus tôt encore assez puissant pour renverser une dynastie, n'est plus alors qu'une principauté d'opérette, sans rôle ni poids sur l'échiquier régional. Quand l'armée araméenne assiégeant Samarie lève soudain le siège, la tradition y voit un miracle. La réalité est plus prosaïque, et plus intéressante : au nord, la cité vassale de Hatarikka — la Hazrak biblique — s'est révoltée contre son suzerain damascène, forçant Ben-Hadad III à détourner ses troupes ; l'Assyrie d'Adad-nirari III, elle, profite de la même occasion pour porter un coup décisif à Damas vers 797, la réduisant durablement à l'impuissance. Israël ne doit son répit à aucune vertu propre, mais à l'affaiblissement mécanique de son oppresseur.

Joas en profite pleinement : il récupère méthodiquement les territoires perdus face à un Ben-Hadad III désormais sans ressources, puis, fort de ce succès, se retourne contre Juda. Il écrase le roi Amasias, s'empare de Jérusalem, pille le Temple et le palais royal — épisode que l'on cite trop peu, tant il rappelle qu'avant d'être la victime de l'Histoire, Israël en fut aussi, à l'occasion, l'agresseur assez peu fraternel envers son voisin du sud.



L'âge d'or trompeur de Jéroboam II

Son successeur, Jéroboam II, règne quarante années dans une paix presque insolente : Damas assommé, Moab rayé de la carte, l'Assyrie provisoirement inactive sur son propre théâtre d'opérations. En quelques décennies, un royaume qui n'existait presque plus redevient une puissance régionale respectée, retrouvant des frontières qu'il n'avait plus connues depuis Salomon. C'est précisément cette embellie inattendue que les prophètes Amos et Osée choisissent pour annoncer le pire : le luxe et l'injustice sociale de Samarie, disent-ils, ne sont pas un triomphe mais un sursis, et ce sursis a un prix qu'Israël finira par payer.

Quarante ans de paix n'ont servi qu'à faire oublier au royaume à quel point sa survie tenait à peu de chose.

La mort de Jéroboam II confirme cette lecture prophétique de manière presque caricaturale : l'anarchie reprend aussitôt, et en quatorze années à peine, six rois se succèdent sur le trône de Samarie, tous assassinés sans exception. Aucune autre monarchie du Proche-Orient ancien n'affiche un tel taux de mortalité violente au sommet de l'État — signe, s'il en fallait un, qu'Israël n'a jamais résolu la question la plus élémentaire de toute royauté : celle de sa propre succession.


Le compte à rebours assyrien

Ménahem, l'un de ces usurpateurs, choisit la soumission : il s'incline devant le tout-puissant Téglath-Phalasar III et lui verse un tribut écrasant pour acheter la survie de son trône. Dix ans plus tard, son fils est assassiné par Péqah, qui opte pour la stratégie inverse — l'alliance avec Damas et les puissances voisines contre la tutelle assyrienne. Le pari est un désastre : en 734, Téglath-Phalasar écrase la coalition, annexe la Galilée et le Transjourdain, et procède à une première vague de déportations, dispersant des milliers de Judéens du nord aux quatre coins de l'empire. Péqah, discrédité, est écarté au profit d'Osée, installé sur un trône désormais réduit à sa plus simple expression.

Osée aurait pu se contenter de ce vasselage diminué. À la mort de l'empereur, encouragé par des promesses égyptiennes qui ne se concrétiseront jamais, il choisit de défier le nouveau souverain assyrien, Salmanasar V. Celui-ci vient mettre le siège devant Samarie, dont la position naturelle retarde la chute pendant trois années. La ville finit par tomber ; sa population entière, environ trente mille habitants, est déportée sans exception.

Deux siècles, deux effacements

  • vers 841 : Jéhu, tributaire du roi d'Assyrie, subit ensuite l'oppression de Hazaël de Damas
  • vers 797 : révolte de Hatarikka et pression assyrienne sur Damas — le siège de Samarie est levé
  • Joas : reconquête des territoires perdus, puis pillage de Jérusalem et du Temple
  • 734 : première déportation par Téglath-Phalasar III après la révolte de Péqah
  • 722-720 : chute finale de Samarie, déportation totale des trente mille habitants

Pourquoi Israël disparaît quand Juda survivra

C'est ici que se joue la vraie leçon de cet effondrement. Déportés à travers tout l'empire assyrien, les habitants du royaume du nord s'assimilent en une ou deux générations et disparaissent purement et simplement de l'histoire : aucun sentiment national ni religieux suffisamment solide n'avait été gravé dans leur mémoire collective pour résister au déracinement. Les Assyriens, pour leur part, remplacent la population déportée par des Koutéens venus de Médie, porteurs de leurs propres idoles et de leurs propres coutumes orientales — geste calculé pour rayer, cette fois définitivement, jusqu'au souvenir même du royaume d'Israël. Le pari assyrien, sur ce point précis, réussit totalement : contrairement à Juda, exilé un siècle et demi plus tard à Babylone mais revenu reconstruire son Temple, Israël du nord ne reviendra jamais. Encore une fois, les prophètes avaient vu juste — non seulement sur la catastrophe elle-même, qu'ils avaient annoncée des décennies à l'avance, mais sur sa cause profonde : un peuple sans mémoire ancrée ne survit pas à sa propre dispersion, aussi glorieux qu'aient pu être, quarante ans plus tôt, les règnes qui avaient fini par le lui faire oublier.




— J.-B. C.-H.

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