Israël face à une fracture civique :
refus haredi du service national et émancipation silencieuse des femmes religieuses
La question du service national et militaire en Israël cristallise aujourd’hui une fracture profonde au sein de la société. Au cœur de cette tension : le refus massif d’une grande partie des haredim, les ultra-orthodoxes, de participer à toute forme de service, qu’il soit militaire ou civil.
Dans ma famille, il y a des religieux mais ils sont sionistes, toutes et tous ont effectué l'armée.
Longtemps tolérée au nom d’un fragile compromis historique, cette exemption apparaît désormais à une majorité d’Israéliens comme une injustice flagrante, dans un pays soumis à une pression sécuritaire permanente et à une mobilisation quasi continue de sa population active.
Alors que des réservistes servent parfois plusieurs centaines de jours, que des jeunes issus de tous les milieux – laïcs, traditionalistes, religieux sionistes, druzes ou bédouins – assument le poids du service, une partie importante du monde haredi reste à l’écart. Le refus est souvent justifié par l’étude de la Torah, érigée en contribution spirituelle à la survie nationale.
Mais cet argument peine de plus en plus à convaincre une société confrontée à la guerre, à l’épuisement des forces armées et à des inégalités économiques croissantes. L’absence de participation au service national se double fréquemment d’un faible taux d’emploi, accentuant le sentiment d’un déséquilibre structurel et d’un contrat social rompu.
À l’autre extrémité du spectre religieux, un phénomène inverse se développe discrètement mais de manière significative : l’engagement croissant de femmes issues de milieux religieux, y compris conservateurs, dans les rangs de l’armée. Ces derniers mois, près de 4 000 femmes religieuses se sont enrôlées, un chiffre révélateur d’une évolution sociologique profonde.
Pour certaines, il s’agit d’un engagement idéologique assumé au service de l’État. Pour d’autres, l’armée représente aussi un espace de respiration, voire d’émancipation, face à un environnement familial et communautaire marqué par des tabous stricts, un contrôle social intense et des perspectives de vie fortement balisées.
L’armée israélienne devient ainsi, paradoxalement, un lieu de recomposition sociale. Elle offre à ces jeunes femmes une autonomie financière, une ouverture intellectuelle et un cadre structuré qui contraste avec l’étau des interdits imposés par certaines interprétations religieuses.
Ce mouvement met en lumière une tension interne au monde religieux lui-même : d’un côté, un conservatisme masculin souvent protégé par l’exemption ; de l’autre, une jeunesse féminine en quête de reconnaissance, de liberté et de participation pleine à la société israélienne.
Cette asymétrie nourrit un malaise croissant. Elle pose une question centrale : peut-il exister une citoyenneté à géométrie variable dans un État confronté à des défis existentiels ?
Le contraste entre le refus haredi et l’engagement des femmes religieuses révèle une transformation silencieuse mais profonde d’Israël, où les lignes de fracture ne passent plus seulement entre religieux et laïcs, mais au sein même du monde religieux, entre immobilisme et adaptation, entre privilège et responsabilité.
Les hommes étudient pendant que les femmes travaillent ... Ca ne peut plus durer ! l'armée apporte la Liberté !