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lundi 19 janvier 2026

Taux records de femmes religieuses pour le service militaire. JBCH N° 2601- 804

Israël face à une fracture civique : 

refus haredi du service national et émancipation silencieuse des femmes religieuses


La question du service national et militaire en Israël cristallise aujourd’hui une fracture profonde au sein de la société. Au cœur de cette tension : le refus massif d’une grande partie des haredim, les ultra-orthodoxes, de participer à toute forme de service, qu’il soit militaire ou civil. 


Dans ma famille, il y a des religieux mais ils sont sionistes, toutes et tous ont effectué l'armée.





Longtemps tolérée au nom d’un fragile compromis historique, cette exemption apparaît désormais à une majorité d’Israéliens comme une injustice flagrante, dans un pays soumis à une pression sécuritaire permanente et à une mobilisation quasi continue de sa population active.




Alors que des réservistes servent parfois plusieurs centaines de jours, que des jeunes issus de tous les milieux – laïcs, traditionalistes, religieux sionistes, druzes ou bédouins – assument le poids du service, une partie importante du monde haredi reste à l’écart. Le refus est souvent justifié par l’étude de la Torah, érigée en contribution spirituelle à la survie nationale. 



Mais cet argument peine de plus en plus à convaincre une société confrontée à la guerre, à l’épuisement des forces armées et à des inégalités économiques croissantes. L’absence de participation au service national se double fréquemment d’un faible taux d’emploi, accentuant le sentiment d’un déséquilibre structurel et d’un contrat social rompu.



À l’autre extrémité du spectre religieux, un phénomène inverse se développe discrètement mais de manière significative : l’engagement croissant de femmes issues de milieux religieux, y compris conservateurs, dans les rangs de l’armée. Ces derniers mois, près de 4 000 femmes religieuses se sont enrôlées, un chiffre révélateur d’une évolution sociologique profonde. 




Pour certaines, il s’agit d’un engagement idéologique assumé au service de l’État. Pour d’autres, l’armée représente aussi un espace de respiration, voire d’émancipation, face à un environnement familial et communautaire marqué par des tabous stricts, un contrôle social intense et des perspectives de vie fortement balisées.




L’armée israélienne devient ainsi, paradoxalement, un lieu de recomposition sociale. Elle offre à ces jeunes femmes une autonomie financière, une ouverture intellectuelle et un cadre structuré qui contraste avec l’étau des interdits imposés par certaines interprétations religieuses.



Ce mouvement met en lumière une tension interne au monde religieux lui-même : d’un côté, un conservatisme masculin souvent protégé par l’exemption ; de l’autre, une jeunesse féminine en quête de reconnaissance, de liberté et de participation pleine à la société israélienne.




Cette asymétrie nourrit un malaise croissant. Elle pose une question centrale : peut-il exister une citoyenneté à géométrie variable dans un État confronté à des défis existentiels ? 


Le contraste entre le refus haredi et l’engagement des femmes religieuses révèle une transformation silencieuse mais profonde d’Israël, où les lignes de fracture ne passent plus seulement entre religieux et laïcs, mais au sein même du monde religieux, entre immobilisme et adaptation, entre privilège et responsabilité. 

Les hommes étudient pendant que les femmes travaillent ... Ca ne peut plus durer ! l'armée apporte la Liberté !








Des troublions criminels CGT ne feront pas la Loi à la Philarmonique JBCH N° 2601 - 803

La Philharmonie de Paris, bastion culturel menacé par la violence politique


Depuis son ouverture, la Philharmonie de Paris s’est imposée comme l’un des piliers majeurs de la vie culturelle française. Bien plus qu’une salle de concert, elle est un lieu de transmission, de dialogue et d’émancipation, où se rencontrent des publics divers, des artistes du monde entier et des répertoires qui dépassent les frontières. 


Chaque saison, elle incarne l’idée que la musique peut relier ce que la politique, la guerre ou les idéologies séparent.


La Philarmonique


C’est précisément cette vocation universelle qui a été brutalement mise à l’épreuve lors du concert de l’Orchestre philharmonique d’Israël, le 6 novembre 2025. Ce soir-là, des groupes de militants radicaux, identifiés comme proches de réseaux syndicaux CGT radicalisés, ont multiplié les interruptions, allumé des fumigènes dans la salle et créé une situation de danger réel pour le public, les musiciens et le bâtiment lui-même.




L’usage de fumigènes dans un espace clos, recevant des milliers de spectateurs, aurait pu provoquer un incendie ou une panique dramatique. On ne parle plus ici de contestation, mais d’une dérive criminelle.





Face à ces violences, Olivier Mantei, directeur général de la Cité de la musique – Philharmonie de Paris, a rappelé avec fermeté la ligne de l’institution : refuser l’autocensure et préserver la liberté artistique. « La musique peut être un dernier langage commun », affirme-t-il, soulignant que les artistes ne sauraient être rendus comptables de la politique de leurs gouvernements, sauf engagement explicite de leur part. Céder à la pression, explique-t-il, reviendrait à appauvrir la culture et à donner raison à ceux qui veulent la faire taire.





La Philharmonie n’est pas sourde aux drames du monde. Elle accueille, soutient, protège des artistes venus de zones de guerre, d’Ukraine à Gaza, et assume pleinement que la culture ne soit jamais totalement déconnectée du politique. Mais elle refuse que la salle de concert devienne un champ de bataille idéologique. Boycotter est un droit ; mettre en danger des vies et intimider artistes et spectateurs ne l’est pas.




L’incident du 6 novembre marque une ligne rouge franchie. En attaquant la Philharmonie, ces « troublions » n’ont pas défendu une cause : ils ont menacé un bien commun. À l’heure où les fractures s’aggravent, la Philharmonie demeure l’un des rares espaces où le désaccord peut encore coexister avec l’écoute. La protéger, c’est défendre bien plus qu’une institution culturelle : c’est défendre l’idée même d’un langage partagé




Qui se souvient du naufrage de l'Egoz ? BBCH N° 2601 - 802


Egoz : l’exode noyé qui marqua à jamais l’aliyah marocaine



Le 10 janvier 1961, à seulement dix milles des côtes nord du Maroc, un vieux rafiot britannique reconverti, l’Egoz (« noix » en hébreu), sombra en quelques minutes dans une mer déchaînée. À son bord : 44 âmes, hommes, femmes, enfants, nourrissons tous juifs marocains en quête d’une vie nouvelle en Israël.



Seuls trois membres d’équipage, dont le capitaine, parvinrent à s’enfuir dans le seul canot de sauvetage. Vingt-deux corps furent repêchés, portant des gilets de sauvetage. Les 22 autres, dont 16 enfants, disparurent à jamais avec l’épave.




Ce naufrage n’était pas un simple accident maritime. Il fut la tragédie la plus sanglante de l’exode clandestin qui, entre 1956 et 1961, permit à environ 30 000 Juifs marocains de fuir un pays devenu indépendant mais qui interdisait officiellement l’émigration vers Israël. L’Egoz, petit bateau de contrebande, avait pourtant réussi douze rotations sans encombre depuis la plage d’Al Hoceima. La treizième, fatale, emporta avec elle des familles entières.





Parmi les victimes : les Benarroch, fraîchement mariés la veille ; David Dadon, qui espérait rejoindre sa femme et deux fils déjà en Israël ; Chaim Tzfarti, jeune radio-opérateur du Mossad né à Fès, à quelques semaines de son propre mariage. Et puis il y avait les Gutman-Azulai : une mère et cinq enfants engloutis, ne laissant que trois survivants sur les huit que comptait la fratrie.



Pendant des décennies, le silence pesa lourd. Silence des autorités marocaines, silence des survivants traumatisés, silence même au sein des kibboutzim et des internats israéliens où les orphelins furent recueillis. Gila Gutman-Azulai, alors âgée de dix ans, raconte comment, pendant vingt ans, elle cacha sa douleur, convaincue que parler de cette perte était presque honteux. Son frère aîné David, membre actif de la clandestinité, porta jusqu’à sa mort en 2017 un écrasant sentiment de responsabilité.





Le drame de l’Egoz eut pourtant un effet paradoxal : il accéléra la fin de l’interdiction. À partir de 1961, le jeune Hassan II, fraîchement monté sur le trône, accepta un accord secret avec Israël – l’opération Yachin – moyennant finances substantielles. Entre 1961 et 1964, puis au fil des décennies, plus de 250 000 Juifs marocains purent quitter le royaume. Aujourd’hui, près d’un million d’Israéliens revendiquent une ascendance marocaine.



Au Mont Herzl


En décembre 1992, les restes exhumés des victimes furent rapatriés en Israël lors de l’opération Ayelet HaShachar. En 2008, Shimon Peres, qui avait suivi l’affaire de très près en tant que numéro deux de la Défense en 1961, rendit hommage aux disparus lors d’une cérémonie solennelle à Mount Herzl : « Le dernier vœu de ceux qui sont morts était que l’opération continue. »


L’Egoz sombra. Le rêve de Sion, lui, ne coula pas.



(C° Aish)

L'Affaire des Enfants Yéménites. JBCHN° 2601 - 801


L'Affaire des Enfants Yéménites : 

Un Scandale Oublié au Cœur de l'Histoire Israélienne




Dans les années 1950, au milieu du chaos de la fondation de l'État d'Israël, une ombre plane sur l'histoire du pays : la disparition de milliers de bébés et de jeunes enfants, principalement issus de familles immigrantes yéménites, mais aussi marocaines et d'autres communautés mizrahies (juives orientales).


Connue sous le nom d'« Affaire des Enfants Yéménites », cette tragédie a marqué des générations, mêlant allégations de racisme institutionnel, de négligence médicale et d'enlèvements systématiques. Des estimations varient entre 1 000 et 10 000 enfants touchés, la plupart âgés de moins de trois ans, arrachés à leurs parents dans les camps d'immigration surpeuplés.


Aujourd'hui, plus de 75 ans plus tard, les plaies restent ouvertes, avec des familles toujours en quête de vérité.




L'histoire commence avec l'opération « Sur les Ailes de l'Aigle » (1948-1950), qui a permis l'immigration massive de près de 50 000 Juifs yéménites vers le nouvel État d'Israël. Fuyant la persécution dans leur pays d'origine, ces familles arrivent dans un Israël en pleine période d'austérité, confronté à un afflux d'immigrants. Logés dans des camps de transit appelés ma'abarot des tentes précaires à Rosh HaAyin, Ein Shemer ou Atlit , ils font face à des conditions sanitaires désastreuses : maladies infectieuses, malnutrition et surpopulation.



Les autorités, débordées, décident de séparer les bébés et les enfants malades de leurs parents pour les placer en quarantaine dans des hôpitaux ou des structures en béton. C'est là que le drame se noue. De nombreux parents, souvent analphabètes et ne parlant pas hébreu, sont informés verbalement que leur enfant est décédé, sans corps à enterrer ni certificat de décès. Les enterrements se font en hâte, parfois dans des fosses communes, sans notification préalable.




Qui a décidé ces enlèvements ? Les enquêtes officielles pointent du doigt un mélange d'acteurs : le personnel médical (médecins, infirmières), les travailleurs sociaux de l'Agence Juive (responsable de l'immigration), et des institutions gouvernementales comme les ministères de la Santé et de l'Immigration. Il n'y a pas de preuve d'une directive unique d'un haut responsable, mais un système défaillant imprégné de racisme. Des sources soulignent que les immigrants mizrahis étaient vus comme « arriérés » par l'élite ashkénaze (juive européenne) dominante. Des témoignages révèlent que des enfants étaient adoptés par des familles ashkénazes sans enfant, parfois contre de l'argent, ou même envoyés à l'étranger, aux États-Unis.





Des allégations plus sombres parlent d'expériences médicales : des cœurs prélevés pour des recherches sur les maladies cardiaques, ou des injections expérimentales ayant causé des décès. Pourquoi ? Les motifs invoqués incluent le « bien de l'enfant », pour les élever dans des familles « civilisées », mais des analyses récentes y voient un racisme structurel visant à « blanchir » la société israélienne post-Holocauste. « Le racisme opère en construisant des frontières symboliques infranchissables », notait le théoricien Stuart Hall, une description qui colle à cette affaire où les Mizrahis étaient traités comme inférieurs.





Les parents ont-ils été avertis ? Rarement de manière adéquate. Beaucoup rentraient à l'hôpital pour trouver un lit vide, avec une explication laconique : « Votre enfant est mort. » Pas de corps, pas de funérailles auxquelles assister. Des années plus tard, certains recevaient des avis de conscription militaire pour des enfants supposés décédés, alimentant les soupçons d'enlèvement. Cette opacité a semé le doute : étaient-ils vraiment morts, ou vendus à des familles adoptives ? Des activistes comme ceux de l'Association Amram dénoncent un « crime raciste » contre les Mizrahis, exigeant reconnaissance et guérison communautaire.




Les investigations ont-elles apporté des réponses ? Trois commissions d'enquête officielles ont été menées. La première, Bahul-Minkowski en 1967, a examiné 342 cas : 316 décès confirmés, deux adoptions, 24 indéterminés. La commission Shalgi (1988-1994) a revu 301 dossiers, concluant à 65 destins inconnus. Enfin, la commission Kedmi (1995-2001), la plus exhaustive, a étudié plus de 1 000 cas : 972 décès, cinq enfants vivants, 56 irrésolus.


Toutes ont rejeté l'idée d'un enlèvement systématique par l'État, attribuant les disparitions à des décès dus aux maladies et à une bureaucratie chaotique. Pourtant, des critiques persistent : les commissions étaient-elles impartiales ? Yaacov Lozowick, historien d'État, admettait « pas de crime, mais un péché » – une insensibilité profonde.





Y a-t-il eu des procès ou des condamnations ? Non. Malgré les allégations, aucune poursuite judiciaire n'a abouti à des verdicts. Des familles ont intenté des actions en justice, comme en 2019 où la Cour suprême a autorisé un procès pour 11 cas, citant un « motif préoccupant de pattern d'action ». Mais pas de condamnations individuelles.



Le gouvernement était-il au courant ? Absolument. Les archives décalcifiées en 2016 400 000 documents révèlent l'implication des ministères dans les séparations et les adoptions. En 2016, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a nommé un ministre pour réexaminer l'affaire, la qualifiant de « plaie ouverte », et admis que des centaines d'enfants avaient été pris sans consentement. Un rapport du ministère de la Santé en 2021 admettait le rôle de ses médecins dans les adoptions.












Les tests génétiques ont apporté une lueur d'espoir récente. Depuis 2018, des exhumations ont été autorisées : 18 tombes en 2018, et en 2022, un match ADN complet pour Yosef Melamed, confirmant sa mort et non un enlèvement. D'autres cas, comme celui d'Uziel Houri, ont révélé des corps supplémentaires dans les tombes, compliquant les enquêtes. En 2021, le gouvernement a exprimé des « regrets » et approuvé une compensation de 162 millions de shekels (jusqu'à 200 000 NIS par famille pour les cas irrésolus), sans excuse formelle. Des familles rejettent cela comme de l'« argent du silence », exigeant la vérité.




Cette affaire n'est pas isolée : des disparitions similaires touchent des enfants ashkénazes, mais en moindre mesure, soulignant un problème systémique.


Des voix, appellent Israël à admettre les enlèvements systématiques, teintés de racisme post-Holocauste. D'autres, comme les commissions, insistent sur des tragédies accidentelles.


Au final, l'Affaire des Enfants Yéménites reste un symbole de fractures ethniques en Israël, où la quête de justice se poursuit. Des activistes comme l'Association Amram militent pour une reconnaissance comme acte de génocide culturel. Tant que les tombes parleront, l'histoire ne sera pas close.