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mardi 13 janvier 2026

Une piste pour intégrer les haredim. JBCH N° 2601 - 789

À 36 ans, Naor Narkis incarne une figure provocante et déterminée de la scène israélienne : un athée militant, homosexuel assumé, qui a fait de l’émancipation des haredim (juifs ultra-orthodoxes) son combat existentiel. Fondateur du mouvement Hozrim BeTvuna (« Retour à la raison »).


Il vise à briser l’isolement communautaire de ce groupe qui représente environ 14 % de la population israélienne (1,3 à 1,4 million de personnes) et dont le taux de fécondité exceptionnel (autour de 6,4 enfants par femme) pourrait les porter à 32 % d’ici 2065 selon les projections officielles.




Issu d’une famille modeste de Ramat Gan (père chauffeur de taxi, mère assistante), Narkis a grandi loin des cercles religieux. Militant précoce au Meretz, il a servi dans l’élite du renseignement militaire (programme Havatzélet de l’Aman). Après un séjour en Europe où il lance le groupe Facebook satirique « Olim le-Berlin » (dénonçant la vie chère en Israël via des comparaisons de prix de Milki/Nutella), il devient influenceur puis entrepreneur du numérique avant de revenir sur le devant de la scène en 2024 avec Hozrim BeTvuna.




Sa méthode ? Inverser les techniques classiques du « retour à la religion » (kiruv) : stands provocants dans les bastions haredim comme Bnei Brak, distribution de brochures, QR codes pour contact discret, vidéos pédagogiques sur l’évolution, l’entretien d’embauche ou comment éviter un mariage arrangé. Le mouvement fournit aussi des milliers de smartphones et ordinateurs portables (plus de 3 000 smartphones distribués depuis 2024) pour percer le mur d’ignorance et de contrôle communautaire imposé par les rabbins.




Narkis connaît intimement ce monde : sa propre sœur a « fait téchouva » et élevé neuf enfants sans éducation moderne. Il répond aux « be’ezrat Hachem » par « be’ezrat ha-mada » (grâce à la science). Son slogan choc – « Convertissons-nous à la raison ! » – a valu vandalisme et menaces de mort, mais aussi une visibilité massive : des dizaines de milliers de contacts, 10 000 personnes en dialogue régulier (dont 55 % de femmes), 23 000 donateurs, 15 salariés et des centaines de bénévoles.



Le diagnostic est implacable : les haredim forment une « société à part », financée par l’État (écoles talmudiques non contrôlées, allocations, exemption militaire) tout en pesant lourdement sur la politique via un vote discipliné. Cette exemption, renforcée par la guerre à Gaza, cristallise les tensions : Israël a besoin d’une armée plus nombreuse et d’une économie productive, pas d’une croissance démographique qui alimente la pauvreté et l’ignorance.





Narkis mise sur la « fuite » existante (estimée à 14 % des enfants haredim) pour la transformer en exode massif. Stratégie : encourager les jeunes (avant mariage) à s’engager dans l’armée (où l’État les loge et nourrit), casser le monopole informationnel via internet, et densifier la population laïque productive. Il ne prône pas forcément l’athéisme total, mais l’émancipation du joug rabbinique ultra-orthodoxe.




En 2025-2026, l’activisme s’intensifie : stands réprimés par la police à Bnei Brak et Jérusalem, vidéos virales, attaques personnelles (sur son homosexualité ou le passé judiciaire de son père). Pourtant, Narkis persiste et prépare l’arène politique : il rejoint Les Démocrates (fusion Avoda-Meretz, dirigée par Yaïr Golan), rêvant d’une « loi de 1905 » israélienne – séparation stricte religion-État, fin des financements publics aux systèmes éducatifs séparatistes, service militaire pour tous.




Pour moi, cette tendance se sépare du sionisme et d'Israël, jusqu'à pactiser avec les arabes ... Il serait temps de se saisir de ce problème qui pourrait amener le peuple juif à sa perte..


Pour lui, l’enjeu est vital : « La religion détruit l’État d’Israël. Regardez l’Iran ou Gaza. Les Israéliens doivent choisir entre Tel-Aviv et Téhéran. » Ironie ultime : cet « ultra-hétérodoxe » utilise la fécondité haredie contre elle-même pour sauver un Israël moderne, scientifique, militaire et libéral. 


Un pari audacieux qui divise autant qu’il fascine, mais dont l’impact démographique et politique pourrait redessiner le pays dans les décennies à venir.




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