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lundi 12 janvier 2026

L'Europe ne veut pas de Reza ... Pourquoi ? JBCH N° 2601 - 787

Pourquoi l’Europe n’appuie pas Reza Pahlavi malgré l’intensification des protestations en Iran


Malgré l’ampleur des manifestations en Iran et la montée en visibilité de Reza Pahlavi comme figure de ralliement, l’Europe demeure réticente à lui apporter un soutien politique explicite. Cette prudence s’explique d’abord par une culture diplomatique profondément marquée par la peur de l’instabilité. 


Pour de nombreux États européens, toute transition politique en Iran fait craindre un scénario de chaos comparable à ceux de la Libye ou de la Syrie. Soutenir un leader en exil, sans certitude sur sa capacité réelle à contrôler l’après-régime, est perçu comme un risque majeur pour une région déjà explosive.




À cela s’ajoute le traumatisme historique du renversement de Mossadegh en 1953. Les élites européennes redoutent d’être accusées d’ingérence néocoloniale en soutenant ouvertement le fils du dernier shah, d’autant plus que le régime islamique a fait de cette narration un pilier de sa légitimité. Appuyer Pahlavi fournirait à Téhéran un argument immédiat pour discréditer les protestations comme une manipulation étrangère, ce que l’Europe cherche à éviter à tout prix.




L’Europe reste également prisonnière de son approche légaliste et institutionnelle. Elle continue, malgré les faits, à considérer la République islamique comme un interlocuteur étatique légitime. 


Ambassades, négociations nucléaires, canaux humanitaires et intérêts économiques pèsent lourdement dans la balance. Reconnaître de facto Pahlavi comme un leader alternatif reviendrait à rompre avec cette architecture diplomatique, ce que peu de capitales européennes sont prêtes à assumer sans un feu vert clair de Washington qui lui-même reste ambigu.


Par ailleurs, l’image de la monarchie demeure problématique dans l’imaginaire politique européen. Même si Reza Pahlavi se présente aujourd’hui comme un partisan d’une transition démocratique et non d’une restauration autoritaire, son nom reste associé à un passé de dictature, de police politique et de dépendance occidentale. Pour des gouvernements européens sensibles à leur opinion publique, soutenir un héritier dynastique va à l’encontre du récit qu’ils promeuvent sur la démocratie et l’autodétermination des peuples.




Enfin, l’Europe est profondément divisée sur l’Iran. Certains États privilégient les droits humains, d’autres les intérêts économiques ou la stabilité régionale. En l’absence d’un consensus clair, l’inaction devient la ligne commune. Ce silence n’est pas tant une opposition à Pahlavi qu’une incapacité structurelle à assumer un choix stratégique fort.



Ainsi, si l’Europe observe avec attention l’émergence de Reza Pahlavi comme leader opérationnel, elle préfère, pour l’instant, rester spectatrice. 


Ce calcul, fondé sur la prudence et la peur du précédent, risque toutefois de la placer une fois encore du mauvais côté de l’histoire, aux yeux d’un peuple iranien qui réclame non des déclarations abstraites, mais un soutien clair face à une répression implacable.




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