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mardi 13 janvier 2026

La Stratégie du Somaliland JBCH N° 2601 - 788

L’intelligence stratégique d’Israël dans l’alliance avec le Somaliland : un coup de maître géopolitique

Le 26 décembre 2025, Israël est devenu le premier État membre des Nations unies à reconnaître officiellement la République du Somaliland comme État souverain et indépendant. Ce geste audacieux, annoncé par le Premier ministre Benjamin Netanyahu lors d’un appel vidéo avec le président somalilandais Abdirahman Mohamed Abdullahi (dit « Irro »), s’inscrit dans une logique de haute stratégie qui dépasse de loin la simple diplomatie symbolique.


Situé à la pointe de la Corne de l’Afrique, face au Yémen, le Somaliland contrôle une côte de plus de 850 km le long du golfe d’Aden, à seulement 300-400 km des zones contrôlées par les Houthis. Cette position lui donne une vue directe sur le détroit stratégique de Bab el-Mandeb, par lequel transite environ 10 à 12 % du commerce maritime mondial, dont une part substantielle de pétrole et de marchandises reliant l’Asie à l’Europe via le canal de Suez.




Depuis 2023-2024, les attaques houthies – soutenues par l’Iran – ont transformé ce goulet en zone de haute tension, obligeant de nombreux armateurs à contourner l’Afrique via le cap de Bonne-Espérance, avec des surcoûts colossaux. En s’alliant avec Hargeisa, Israël acquiert une profondeur stratégique inédite : possibilité de surveillance maritime avancée, de partage de renseignement, voire – selon certaines sources – d’une présence militaire discrète ou d’infrastructures ISR (Intelligence, Surveillance, Reconnaissance) face aux menaces iraniennes et houthies.


Mais le génie israélien réside surtout dans le timing et dans la synergie régionale. La reconnaissance intervient après des années de contacts discrets (humanitaires via l’ONG Save a Child’s Heart, condamnation précoce du génocide des Isaaq en 1990, etc.), et s’appuie sur l’existant : le port de Berbera, modernisé depuis 2016 par DP World (Émirats arabes unis) avec un investissement massif de plus de 442 millions de dollars.




L’axe Inde-Israël : le duo discret mais déterminant pour verrouiller la Corne de l’Afrique

Si Israël frappe par sa rapidité et son audace diplomatique, l’Inde apparaît, dans l’ombre, comme le partenaire probablement le plus précieux et le plus durable pour consolider cette nouvelle architecture sécuritaire autour du détroit de Bab el-Mandeb.




New Delhi n’a pas (encore) officiellement reconnu le Somaliland – démentant même des rumeurs en ce sens sur les réseaux sociaux en janvier 2026. Pourtant, de nombreux analystes stratégiques indiens et occidentaux considèrent que l’Inde serait logiquement le second pays à franchir le pas, voire le plus important soutien opérationnel d’Israël dans cette zone.


Pourquoi ? Parce que l’Inde poursuit depuis une décennie une politique de « maritime statecraft » (SAGAR puis MAHASAGAR) visant à sécuriser ses routes commerciales dans l’océan Indien occidental, à contrer l’encerclement chinois (bases à Djibouti, Gwadar, Hambantota…) et à diversifier ses points d’accès à l’Afrique. Le port de Berbera, connecté à l’Éthiopie par un corridor routier et ferroviaire en développement (financé en partie par les Émirats), représente pour New Delhi une alternative crédible aux ports djiboutiens sous forte influence chinoise.





L’intelligence de l’axe Israël-Inde réside dans la complémentarité parfaite :

•  Israël apporte la technologie de pointe (cybersécurité portuaire, drones, surveillance maritime, contre-terrorisme), l’expérience opérationnelle anti-Houthis et la légitimité politique (premier à reconnaître).

•  L’Inde offre la masse critique : légitimité dans le Sud global, capitaux, présence navale croissante dans l’océan Indien, et surtout une relation privilégiée avec l’Éthiopie, pays de plus de 126 millions d’habitants et principal bénéficiaire du corridor Berbera.




L’Éthiopie, privée d’accès à la mer depuis l’indépendance de l’Érythrée en 1993, reste au cœur du dispositif. Son mémorandum d’entente (MoU) de janvier 2024 avec le Somaliland (accès naval et commercial à Berbera en échange d’une reconnaissance potentielle) avait déjà relancé le dossier. La reconnaissance israélienne de décembre 2025 agit comme un catalyseur : elle légitime le projet éthiopien, sécurise le corridor contre les menaces houthies/al-Shabaab, et ouvre la voie à une normalisation plus large (Abraham Accords élargis ?).




Ainsi, derrière le coup d’éclat israélien se dessine une triangulation subtile Israël – Somaliland – Éthiopie – Inde, soutenue par les Émirats (maîtres d’œuvre économiques de Berbera via DP World). Cette alliance informelle vise à créer un contrepoids stratégique face à l’axe Iran-Houthis-Turquie (très implantée à Mogadiscio) et Chine-Djibouti.



La manœuvre israélienne n’est pas seulement un pari diplomatique risqué : c’est une opération d’une rare finesse géopolitique qui, en plaçant un pion sur l’échiquier de la Corne de l’Afrique, sécurise ses arrières maritimes tout en offrant à l’Inde et indirectement à l’Éthiopie  l’opportunité de devenir les garants les plus solides de la stabilité du Bab el-Mandeb. 


Dans cette partie d’échecs en haute mer, Tel-Aviv a joué un coup de maître… et New Delhi tient probablement la pièce la plus décisive pour la suite.




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