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lundi 19 janvier 2026

L'Affaire des Enfants Yéménites. JBCHN° 2601 - 801


L'Affaire des Enfants Yéménites : 

Un Scandale Oublié au Cœur de l'Histoire Israélienne




Dans les années 1950, au milieu du chaos de la fondation de l'État d'Israël, une ombre plane sur l'histoire du pays : la disparition de milliers de bébés et de jeunes enfants, principalement issus de familles immigrantes yéménites, mais aussi marocaines et d'autres communautés mizrahies (juives orientales).


Connue sous le nom d'« Affaire des Enfants Yéménites », cette tragédie a marqué des générations, mêlant allégations de racisme institutionnel, de négligence médicale et d'enlèvements systématiques. Des estimations varient entre 1 000 et 10 000 enfants touchés, la plupart âgés de moins de trois ans, arrachés à leurs parents dans les camps d'immigration surpeuplés.


Aujourd'hui, plus de 75 ans plus tard, les plaies restent ouvertes, avec des familles toujours en quête de vérité.




L'histoire commence avec l'opération « Sur les Ailes de l'Aigle » (1948-1950), qui a permis l'immigration massive de près de 50 000 Juifs yéménites vers le nouvel État d'Israël. Fuyant la persécution dans leur pays d'origine, ces familles arrivent dans un Israël en pleine période d'austérité, confronté à un afflux d'immigrants. Logés dans des camps de transit appelés ma'abarot des tentes précaires à Rosh HaAyin, Ein Shemer ou Atlit , ils font face à des conditions sanitaires désastreuses : maladies infectieuses, malnutrition et surpopulation.



Les autorités, débordées, décident de séparer les bébés et les enfants malades de leurs parents pour les placer en quarantaine dans des hôpitaux ou des structures en béton. C'est là que le drame se noue. De nombreux parents, souvent analphabètes et ne parlant pas hébreu, sont informés verbalement que leur enfant est décédé, sans corps à enterrer ni certificat de décès. Les enterrements se font en hâte, parfois dans des fosses communes, sans notification préalable.




Qui a décidé ces enlèvements ? Les enquêtes officielles pointent du doigt un mélange d'acteurs : le personnel médical (médecins, infirmières), les travailleurs sociaux de l'Agence Juive (responsable de l'immigration), et des institutions gouvernementales comme les ministères de la Santé et de l'Immigration. Il n'y a pas de preuve d'une directive unique d'un haut responsable, mais un système défaillant imprégné de racisme. Des sources soulignent que les immigrants mizrahis étaient vus comme « arriérés » par l'élite ashkénaze (juive européenne) dominante. Des témoignages révèlent que des enfants étaient adoptés par des familles ashkénazes sans enfant, parfois contre de l'argent, ou même envoyés à l'étranger, aux États-Unis.





Des allégations plus sombres parlent d'expériences médicales : des cœurs prélevés pour des recherches sur les maladies cardiaques, ou des injections expérimentales ayant causé des décès. Pourquoi ? Les motifs invoqués incluent le « bien de l'enfant », pour les élever dans des familles « civilisées », mais des analyses récentes y voient un racisme structurel visant à « blanchir » la société israélienne post-Holocauste. « Le racisme opère en construisant des frontières symboliques infranchissables », notait le théoricien Stuart Hall, une description qui colle à cette affaire où les Mizrahis étaient traités comme inférieurs.





Les parents ont-ils été avertis ? Rarement de manière adéquate. Beaucoup rentraient à l'hôpital pour trouver un lit vide, avec une explication laconique : « Votre enfant est mort. » Pas de corps, pas de funérailles auxquelles assister. Des années plus tard, certains recevaient des avis de conscription militaire pour des enfants supposés décédés, alimentant les soupçons d'enlèvement. Cette opacité a semé le doute : étaient-ils vraiment morts, ou vendus à des familles adoptives ? Des activistes comme ceux de l'Association Amram dénoncent un « crime raciste » contre les Mizrahis, exigeant reconnaissance et guérison communautaire.




Les investigations ont-elles apporté des réponses ? Trois commissions d'enquête officielles ont été menées. La première, Bahul-Minkowski en 1967, a examiné 342 cas : 316 décès confirmés, deux adoptions, 24 indéterminés. La commission Shalgi (1988-1994) a revu 301 dossiers, concluant à 65 destins inconnus. Enfin, la commission Kedmi (1995-2001), la plus exhaustive, a étudié plus de 1 000 cas : 972 décès, cinq enfants vivants, 56 irrésolus.


Toutes ont rejeté l'idée d'un enlèvement systématique par l'État, attribuant les disparitions à des décès dus aux maladies et à une bureaucratie chaotique. Pourtant, des critiques persistent : les commissions étaient-elles impartiales ? Yaacov Lozowick, historien d'État, admettait « pas de crime, mais un péché » – une insensibilité profonde.





Y a-t-il eu des procès ou des condamnations ? Non. Malgré les allégations, aucune poursuite judiciaire n'a abouti à des verdicts. Des familles ont intenté des actions en justice, comme en 2019 où la Cour suprême a autorisé un procès pour 11 cas, citant un « motif préoccupant de pattern d'action ». Mais pas de condamnations individuelles.



Le gouvernement était-il au courant ? Absolument. Les archives décalcifiées en 2016 400 000 documents révèlent l'implication des ministères dans les séparations et les adoptions. En 2016, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a nommé un ministre pour réexaminer l'affaire, la qualifiant de « plaie ouverte », et admis que des centaines d'enfants avaient été pris sans consentement. Un rapport du ministère de la Santé en 2021 admettait le rôle de ses médecins dans les adoptions.












Les tests génétiques ont apporté une lueur d'espoir récente. Depuis 2018, des exhumations ont été autorisées : 18 tombes en 2018, et en 2022, un match ADN complet pour Yosef Melamed, confirmant sa mort et non un enlèvement. D'autres cas, comme celui d'Uziel Houri, ont révélé des corps supplémentaires dans les tombes, compliquant les enquêtes. En 2021, le gouvernement a exprimé des « regrets » et approuvé une compensation de 162 millions de shekels (jusqu'à 200 000 NIS par famille pour les cas irrésolus), sans excuse formelle. Des familles rejettent cela comme de l'« argent du silence », exigeant la vérité.




Cette affaire n'est pas isolée : des disparitions similaires touchent des enfants ashkénazes, mais en moindre mesure, soulignant un problème systémique.


Des voix, appellent Israël à admettre les enlèvements systématiques, teintés de racisme post-Holocauste. D'autres, comme les commissions, insistent sur des tragédies accidentelles.


Au final, l'Affaire des Enfants Yéménites reste un symbole de fractures ethniques en Israël, où la quête de justice se poursuit. Des activistes comme l'Association Amram militent pour une reconnaissance comme acte de génocide culturel. Tant que les tombes parleront, l'histoire ne sera pas close.




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